Le coup de foudre... c'est l'éblouissement de la rencontre.
S'il est réciproque, si les planètes sont alignées, on enchaîne avec la passion amoureuse.
Mais les deux phénomènes ne durent qu'un temps.
La foudre, celui de tomber. Et la passion, celui de s'éteindre.
L'amour, c'est ce qui suit. C'est ce qui survit à tous ces incendies. C'est le lien qui grandit, se transforme.
C'est le travail qui s'opère en suivant pour faire quelque chose de ce magnifique accident. C'est construire.
Pour l'écriture, l'inspiration vous donne une trouvaille, une fulgurance, qui s'impose,
comme si elle venait d'ailleurs.
Mais la phrase soufflée par les étoiles ne fait pas le texte. C'est là que le travail commence.
Il faut ensuite écrire les mots que l'on estime à la hauteur de ce don du ciel.
Pour l'amour, c'est pareil. On n'a aucun mérite à prendre la foudre dans la gueule.
C'est quelque chose que les astres vous collent sur votre chemin.
La rencontre est donnée comme la fulgurance poétique.
La passion peut s'en suivre, mais la passion n'est pas l'amour. Elle est un vertige narcissique.
Dans la fièvre d'une passion amoureuse, on est amoureux de l'amour, et de soi dans les yeux de l'autre.
On aime la façon que l'autre a de vous aimer. Cet autre qui est interchangeable.
Dans la passion, on n'aime pas l'autre, on aime que l'autre vous aime.
On aime l'histoire d'amour que l'on écrit avec l'autre. Cela ne veut pas dire que l'on aime l'autre.
C'est quand les masques tombent que le travail peut commencer. Quand la fièvre se dissipe.
On dessoûle. Et là... les yeux ouverts, ça passe ou ça casse.
Si après l'éblouissement du coup de foudre, après le brasier de la passion amoureuse,
il reste quelque chose, un attachement, de l'estime, de l'admiration, de la complicité, de l'espoir,
de l'ambition même, une envie d'aller plus loin avec l'autre au milieu des décombres, c'est bon signe.
On a traversé des tempêtes, vu l'autre dans ses mauvais jours, fait le tour de ses défauts, de ses limites,
essuyé des violences, des incompréhensions, des revers, découvert mille choses qui agacent... et pourtant.
On se rend compte que l'on connaît l'autre. Pour le meilleur et pour le pire. Ses lumières et ses ombres.
Ses qualités superbes et ses pires tares. Ses petits anomalies physiques. Ses phobies. Ses rêves.
Et, les yeux ouverts, on a irrépressiblement envie de garder le package. Tout le package.
Pourquoi ? Parce que vous l'aimez. Vous aimez l'autre. Avec tout ce qui vous ennuie et vous consterne.
Tout ce qui devient prévisible et décourageant. C'est aux défauts acceptés ou pardonnés de l'autre,
qu'il faut bien concéder une chose. Vous l'aimez vraiment. Parce que complètement.
Aimer l'autre parce qu'il est brillant, magnifique, spirituel, drôle, élégant, sociable, influent, irrésistible...
Non seulement, c'est fastoche, mais c'est souvent et d'abord un vulgaire faire valoir.
Notre relation avec cette personne d'exception nous valorise. Tout le monde l'admire et vous l'envie.
C'en est assez pour vivre une passion amoureuse. Mais est-ce cela l'amour ? La réponse est non.
Ou plutôt, il est trop tôt pour juger. Il faut que le rideau tombe, que tout retombe, pour savoir.
Quand la comédie romantique s'arrête, après le générique de fin, quand tout le monde est démaquillé...
voyons ce qui arrive. On sait si l'on s'aime vraiment quand la fête est finie.
Aimerez-vous autant son côté obscur que son rayonnement ? L'aimerez-vous dans sa complétude ?
Dans son entièreté ? Une fois lucide. L'aimerez-vous autant dans sa chute que dans son ascension ?
Qu'advient-il quand les problèmes surgissent ? Les échecs. Les désillusions. La maladie. Les doutes...
Les problèmes d'argent. De santé. La vulgarité du quotidien. Au moment de la gueule de bois.
Si vous plantez la personne, si vous ne lui pardonnez rien, c'est que vous ne l'aimiez pas.
Vous aimiez votre rôle et lui donner la réplique dans la comédie romantique. Mais vous ne l'aimiez pas.
Il n'y a pas de mal à cela. Il n'y a pas de jugement moral. C'est juste que l'amour, c'est autre chose.
Même si ça commence - pas toujours mais souvent - par le coup de foudre et la passion hollywoodienne.
On hésite, dans cette scène classique, avant de courir à l'aéroport rattraper la personne, in extremis,
pour la demander en mariage. Le mot FIN arrive à ce moment-là, alors que c'est là que tout commence.
La philo de Terminale savait autrefois porter le sujet au Bac. Différence entre amour et passion.
Vous avez 4 heures.
Philippe LATGER / Décembre 2022