Ligne d'eau
Les racines en silence creusent leurs galeries. Se cherchent d'un arbre à l'autre, sous la terre,
comme nos pieds sous la couverture, dans le lit, pour se passer des messages. Dans la nuit.
Des tunnels. Pour grandir. Avancer. Et pousser. S'élargir, s'allonger vers le haut, vers le bas.
Pour les sels minéraux. En sous-sol. Chercher l'eau. Quand ailleurs tes cheveux au réveil,
s'ouvrent et cherchent aussitôt, une issue, le soleil.
Le miroir. Culbuto. La surface nous ceinture. L'axe de symétrie. Vers le bas. Vers le haut.
Et ce qu'on ne voit pas est aussi grand, aussi beau, que ce qu'on découvre face à face.
Les racines en silence, puisent tout ce qu'il faut pour atteindre le ciel.
Plus ça descend, plus ça monte. Plus tu plonges, plus tu t'élèves.
Tes deux extrémités s'éloignent l'une de l'autre, s'éloignent du point de départ. Vers le haut. Vers le bas.
Tout ce que l'on voit de toi, cache autant qu'on n'imagine pas. Tu es deux fois plus grand que ça.
Le sol est la ligne d'eau, entre l'objet et son reflet, ce qui est dehors et ce qui est dedans,
la surface du miroir, ligne de flottaison, entre l'immergé et l'émergé de ton corps qu'on ne voit qu'à moitié.
Les racines qui avancent, qui s'enfoncent, te permettent de croître et te hisser. Toujours plus bas.
Toujours plus haut. Ton voyage souterrain est ton plan aérien. Et je plane. Dans tes branches. Déployées.
Petit arbre, crois-moi. Si tu doutes, n'oublie pas... Tu es deux fois plus grand que toi.
Philippe LATGER / Septembre 2022
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