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Ligne d'eau

Publié le

Les racines en silence creusent leurs galeries. Se cherchent d'un arbre à l'autre, sous la terre,
comme nos pieds sous la couverture, dans le lit, pour se passer des messages. Dans la nuit.
Des tunnels. Pour grandir. Avancer. Et pousser. S'élargir, s'allonger vers le haut, vers le bas.
Pour les sels minéraux. En sous-sol. Chercher l'eau. Quand ailleurs tes cheveux au réveil,
s'ouvrent et cherchent aussitôt, une issue, le soleil.
Le miroir. Culbuto. La surface nous ceinture. L'axe de symétrie. Vers le bas. Vers le haut.
Et ce qu'on ne voit pas est aussi grand, aussi beau, que ce qu'on découvre face à face.

Les racines en silence, puisent tout ce qu'il faut pour atteindre le ciel.
Plus ça descend, plus ça monte. Plus tu plonges, plus tu t'élèves.

Tes deux extrémités s'éloignent l'une de l'autre, s'éloignent du point de départ. Vers le haut. Vers le bas.
Tout ce que l'on voit de toi, cache autant qu'on n'imagine pas. Tu es deux fois plus grand que ça.
Le sol est la ligne d'eau, entre l'objet et son reflet, ce qui est dehors et ce qui est dedans,
la surface du miroir, ligne de flottaison, entre l'immergé et l'émergé de ton corps qu'on ne voit qu'à moitié.
Les racines qui avancent, qui s'enfoncent, te permettent de croître et te hisser. Toujours plus bas.
Toujours plus haut. Ton voyage souterrain est ton plan aérien. Et je plane. Dans tes branches. Déployées.
Petit arbre, crois-moi. Si tu doutes, n'oublie pas... Tu es deux fois plus grand que toi.

 

Philippe LATGER / Septembre 2022

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Au vinaigre

Publié le

Des rideaux de feu. Des pluies d'étincelles ininterrompues. L'éruption volcanique.
La nuit devient jour. La brume orangée rougeoie sur la ville. Le cumul de lumière devient flash aveuglant.
C'est une fête phosphorescente. La queue de comète. Les étoiles filantes. Et la musique éclate à son tour.
Se mêle aux détonations. En poches de poudre ponctuelles qui flamboient. Eclosent dans le ciel à verse.
Je te roule des pelles. Puis à lui. A elle. J'empoigne l'entre-cuisses. Aux bouquets innombrables et bruyants.
Qui grondent leur tonnerre d'opéra sur les toits. Où neigent des flammèches scintillantes et silencieuses.
J'ai la bouche pleine de langues. Les mains pleines de sexes. Dans l'orgie néronienne de l'équinoxe.

La ville brûle à nos pieds. Le soufre s'échauffe, l'incendie gagne la chair et les chiennes des deux genres.
Le ciel crépite d'orgasmes pyrotechniques et de supplices chinois. La civilisation vacille. L'humanité avec.

De jeunes hommes nus voient en riant des poils pousser bien longs à leurs mollets, leurs jambes se plier,
dressées sur la pointe de leurs pieds se transformant en sabots, des cornes de boucs s'enrouler sur leur tête,
sans que cela ne dérange un seul instant les garçons et les filles qui les suçaient consciencieusement.
" Ne me dis pas que ces porcs vont se sodomiser ... " dit une femme à son mari.
" Mais voyons . Ce ne sont pas des porcs, ce sont des faunes ! " répondit-il dans un sourire émerveillé.
Un giclée de foutre éclaboussa la dame indignée. Qui concéda l'idée, du bout de son index vernis de sang,
la surprise passée, de prendre sous son œil une lampée de semence pour la porter à sa bouche et la goûter.
" Délicieux ... " convint-elle. Et le visage grimaçant, elle grogna. " J'en veux plus. J'en veux davantage... "
Elle s'agenouilla devant son mari pour ouvrir sa braguette et en extirper sa bite. " J'en veux des litres ... "
Des fleurs géantes explosaient dans la nuit, couvrant les hurlements du mari se faisant dévorer le sexe. 

Les faunes, comme convenu, se sodomisaient joyeusement laissant les filles à leurs plaisirs saphiques.
Je prends fermement ta tête entre mes mains et approche ton visage du mien. Je te regarde dans les yeux.
" Tu me fais confiance ? " Je replace une mèche sur ton front, tendrement, et répète ma question.
Tu fais un oui bref de la tête. Sans un mot. " Je vais te sortir de là... Tu m'entends ?... Regarde-moi. "
Il ne fallait pas que tu voies la femme qui était à quatre pattes en train de dévorer son mari en entier.
" Je vais t'embrasser. D'accord ? Je vais t'embrasser et tu vas te réveiller. Tranquillement. Dans ton lit. "
Et c'est ce que je fis. Pour que tu te réveilles dans ton lit. A l'abri. Me laissant seul dans ce cauchemar.
Quand les rêves érotiques peuvent tourner. En un clin d'oeil. Au vinaigre.

 

Philippe LATGER / Septembre 2022

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49ème

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L'été me déshabille.
Me prend la bouche.
Je me laisse faire.


 

Philippe LATGER / Août 2022

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Rien à feutre

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Marteau. Feutre. L'ivoire. Appelle le doigt. L'oblige à appuyer. Pour en tirer quelque chose.
Un de ces doigts qui ont composé ce tango magnifique et enlevé.
De ceux dont on peut être fier.
" Tu l'as composé pour moi ? 
- Oui.
- J'en ai rien à foutre. "
Marteau. Feutre. L'ivoire. Repousse le doigt. L'oblige à faire autre chose. A réagir.
Crayon. Papier. Stylo. Un portrait. Ou un autre. Un croquis. Griffonné.
" J'en ai rien à foutre. "

Des brassées de monnaie du pape. Parfum. Papier peint. Orgue ou guitare électrique ?
" Rien à foutre. 
- Je vais te flanquer une sacrée fessée. C'est ça que tu veux ?
- Tu vois ? Tu es violent !
- Tu veux que je te viole ?
- Oui. "

 

Philippe LATGER / Août 2022

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Ligne droite

Publié le

Le moustique s'agite. Pas moi.
Je conduis. France Musique.
Je taille ma route.
Il n'y en a qu'une.
Celle que j'ai choisie.
C'est assez simple.
Le moustique s'agite.
Dans l'habitacle.
Peut changer de direction.

Brasser de l'air. Revenir sur ses pas.
Aller et venir. Dans ses circonvolutions.
Il est dans la voiture. Avec moi.
Et va au même endroit.
Je suis ma route.

 

Philippe LATGER / Août 2022

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Le diable danse

Publié le

Les chevaux se cabrent dans le chaos. On brandit un étendard lacéré.
Un homme se maintient sur sa monture, dressée sur ses pattes arrières, la crinière ébouriffée.
Et le soldat, debout sur ses éperons, comme escaladant le dos de l'animal, agite une bannière éraflée.
Des éruptions de terre aveuglent les combattants désorientés, éclatent dans l'espace et mangent la lumière.
Les destriers encore valides hennissent leur panique, quand ceux au sol, éventrés, fumant encore,
râlent leur douleur en se contorsionnant sur des cavaliers piégés aux jambes brisées.
Les cuissardes, éclaboussées de grumeaux de boue et de sang mêlés, ont renoncé à briller.

Les brandebourgs souillés semblent tenir des blessures béantes et les hémorragies dans l'orage.
Le tambour des fantassins roule encore ici où là dans le désordre, répondant au clairon de cavalerie.

La charge fut une tempête écumante, foudroyante, aussi vrai qu'elle fut un naufrage bourbeux.
Des canons enlisés sont abandonnés sur place comme les corps entassés de morts et de blessés.
Les vivants geignant parmi les cadavres. Alors que des officiers, sabre à la main, ne maîtrisent plus rien.
Des chevaux musculeux font gronder la terre au galop, sous une forêt de casques, de shakos déplumés,
de bicornes et d'oriflammes piteux, déferlant dans la gueule de l'enfer ou dans l'œil du cyclone.
Des boulets ennemis viennent creuser leurs cratères, renversant tout alentour, hommes et montures,
ouvrant des fosses où les suivants vont se casser les membres.
Louis, à genoux, cherche son bras dans les immondices d'une tourbe abjecte piétinée jusqu'au sang.
Ignorant les corps égorgés, mutilés, amputés, décapités, émasculés, qui lui compliquent la tâche.
L'épaisse effluve de poudre à canon ne parvient pas à couvrir l'odeur pestilentielle de charogne.

Joachim, au secours de Louis, vomit ses tripes sur des dépouilles désarticulées et éviscérées.
Se reprend pour tenter quelque chose par instinct de survie, dans le désastre et le découragement.
Louis, sous son bras, lui échappe, embroché net par un sabre, sorti aussi sec de son abdomen,
pour tournoyer en l'air avant de s'abattre sur lui pour lui couper la tête.
Le diable danse joyeusement sur la folie collective, l'infamie et ses abominations.
Il n'y a plus d'humains ni de bêtes. Seulement de la viande. De la chair à canon.
Un officier se suicide. Les femmes sont restées à la maison.

 

Philippe LATGER / Août 2022

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Borgia au petit pied

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Les Borgia sont à l'œuvre. Avec leurs dagues dans les manches et leurs bagues à poison.
Les complots. Les mutineries. Délations. Stratagèmes. Et procès en sorcellerie.
Au château, on rase les tapisseries. Dos au mur. On fouille les poubelles.
On lâche des rumeurs. On veut couper des têtes.
Certains voudraient celle de St-Jean Baptiste.
C'est la moindre des choses.

Game of Thrones mais en mieux. Le même jeu mais sans le politiquement correct.
Les histoires de fric. Les histoires d'ego. Les histoires de fesses. Tout y est.
Et des têtes vont tomber.

 

Philippe LATGER / Août 2022

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Frénétiques

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Les cigales au dehors
frétillent comme des centaines de serpents à sonnette,
frémissent comme des milliers de tambourins
frénétiques.

 

Philippe LATGER / Août 2022

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Les foules que nous sommes

Publié le

Son œil au coin du nez est ce que je regarde dans l'ombre dangereuse.
C'est l'entrée d'un tunnel. Celui des souterrains. L'accès à d'autres mondes.
Et j'hésite à sombrer. A m'y abandonner. De peur de ne plus en sortir. Bien que tenté.
Je pourrais m'y perdre. Je pourrais aimer m'y perdre. Et n'en revenir jamais. 
Le poing sur la joue. Appuyé sur un coude. J'admire sans me lasser. Cette porte vers d'autres galaxies.
Et je veux l'y rejoindre. Je me sens prêt. Peu m'importe de disparaître. Je suis prêt à plonger.
Les cils sont longs. En rangs serrés. Pour faire un trait naturel d'eyeliner
. Tel que sa main l'aurait dessiné.
Sur papier. Où jaillissent des gestes venus de l'intérieur. Les extensions visibles des gravitations internes.
Des éruptions du magma du dedans. Où je pourrais fondre et couler. Sans appeler à l'aide.

Dans le drap, la moitié de visage est posée. Comme j'aurais aimé la sculpter. Comme je l'immortalise.
Sa pupille ardente n'est pas le seul chemin. Mon souffle pourrait choisir sa bouche. Et je serais aspiré.
Dans ce corps où flottent des planètes. Où dansent des lueurs et d'immenses voilages. Je pourrais basculer.
Et je suis très tenté. Tenté d'y aller. De me perdre dans cet autre. L'univers parallèle. Allongé près de moi.
Sa perception du monde. Qui est un autre monde. Un autre que le mien. Le même, mais le sien.
Et je suis très tenté. Quand le lit se défait. Au geste que j'opère. Malgré moi. Ma main attirée.
La pommette. La tempe. L'arcade sourcilière. Délicatement. Je veux chérir la boîte crânienne.
Où se forment des nébuleuses et des lieux habitables. Où naissent des musiques et des danses sacrées.
Ma main prend le galbe pour le masser. Ce crâne merveilleux. Posé sur l'oreiller. Je veux le protéger.
Comme un père, une mère, ferait avec la tête de l'enfant qui dort. Je ne suis ni l'un ni l'autre.

Mais c'est une même adoration. Ce même amour sans limite. Inconditionnel. Absolu. Magnifique.
La bonté qui m'envahit n'est pas la mienne. Elle me bouleverse. Je la laisse prendre les commandes.
Je la laisse faire. Elle s'y prend mieux que moi. Pour donner sans compter. Et pour veiller au grain.
Mon corps est le véhicule de l'amour. Ma main est guidée et caresse la tête de l'enfant qui n'est pas le mien.
Cet enfant qui n'en est pas un. Qui est un adulte que j'aime en adulte. Mais des choses se jouent ailleurs.
Que je laisse se jouer. Aux sortilèges de l'intimité. Intimidante. Où je deviens plusieurs.
C'est comme si j'étais déjà entré. Dans cet œil qui m'invite. C'est comme si je m'étais déjà perdu.
Dans ce sourire diabolique qui provoque et s'excuse à la fois. Ce sourire d'enfant et d'adulte.
Qui se moque de moi et m'implore de l'aimer. 
Je nage déjà dans les rivières souterraines de cette créature, de cavités en boyaux, de roches en cascades,
pour goûter aux chorales et aux vitraux de cathédrale qui le disputent aux forêts et aux îles. Fabuleuses.
Où l'on peut réveiller les foules que nous sommes et recréer le monde. Plus beau qu'il ne sera jamais.

 

Philippe LATGER / Août 2022

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Sempé

Publié le

On comprenait encore
que rire de quelque chose
pouvait être une façon de l'aimer.

 

Philippe LATGER / Août 2022

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