Nous éviterons des erreurs de jugement et même des fautes,
si nous cessons de considérer la nature comme notre environnement.
J'insiste sur ce point qui n'est pas qu'une question de sémantique ou de terminologie.
Philosophiquement, intellectuellement, politiquement, socialement, écologiquement... à tout point de vue,
il est essentiel de rappeler la dimension animale de l'être humain qui fait partie de la biodiversité.
Que nous nous considérions comme prédateurs est une chose, quand nous le sommes sans doute, capables,
bien que de physionomies modestes et limitées, de nous dresser au sommet de la chaîne alimentaire.
Mais que nous nous séparions mentalement de la biosphère est une catastrophe.
Et au moins, le statut de prédateur nous maintient-il dans les règles du monde animal.
L'être humain peut sans doute construire des stations spatiales et faire des selfies en slip sur instagram,
il n'en reste pas moins un mammifère, un vertébré, bipède, un primate, de la famille des hominidés.
Que nous ayons une conscience, et par conséquent le sens d'une responsabilité, qui nous honore,
n'empêche pas ce fait : nous faisons partie du vivant de cette planète, de la nature et du monde animal,
lorsque nous obéissons, inconsciemment la plupart du temps, individuellement et collectivement,
souvent à la barbe de la culture, et même lorsque nous tentons de nous en émanciper,
aux seules lois de la nature.
Homo sapiens n'est pas une race. C'est une espèce du genre humain.
Ainsi la " race humaine " n'existe pas. Nous sommes une espèce.
Et nos villes, notre habitat, quel qu'en soit le degré d'évolution technique, reste l'équivalent
de l'habitat d'autres espèces, d'autres animaux, au même titre que les fourmilières des fourmis,
qui, à leur échelle, n'ont aucun scrupule à transformer l'existant pour y faire fonctionner leur société.
Comment peut-on sérieusement être à la fois écologiste et misanthrope ?
Sinon en oubliant que l'Homme est un animal, une créature de mère nature, parmi d'autres.
Cessons de nous extraire du monde. Acceptons-le comme notre milieu et notre élément.
C'est une humilité qui nous permettra de progresser dans la compréhension de notre condition,
et de nos responsabilités, comme dans le respect du vivant, et de nous-mêmes.
L'écologie politique peut être philanthrope. Et miser sur notre intelligence pour régler les problèmes.
C'est ce que nous avions mis quelques milliers d'années à installer et conceptualisé comme le progrès.
Nous savons d'expérience qu'en résolvant un problème nous en créons de nouveaux.
Nous vérifions cela dans nos vies individuelles comme dans l'Histoire de l'Humanité.
Cela ne nous a jamais empêché de continuer à batailler pour résoudre des problèmes.
La vie d'un homme se limite à peu près à ça : nous passons notre temps à régler des problèmes.
Nous en avons. Tant mieux. C'est signe que nous sommes vivants, et, mieux que ça,
toujours conscients et responsables.
Le problème n'est pas l'être humain. Le problème est que nous renoncions à l'être.
Nous avons des problèmes, nous allons les régler. En créer de nouveaux, que nous réglerons.
Il en faut un peu pour chaque génération, n'est-ce pas ?
Aux petits jeunes qui pensent que nous leur laissons un monde tout pourri,
je peux rappeler la liste de tous les problèmes que nous avons réglés avant qu'ils ne viennent au monde.
Il y en a de nouveaux, certes, mais je crains que ce ne soit leur tour désormais de s'en charger.
Et nous verrons bien le monde qu'ils laisseront à leurs propres enfants...
Qui seront prompts, avec la même ingratitude, à leur reprocher le monde pourri dont ils hériteront.
C'est le jeu classique du conflit des générations. Avec l'arrogance (utile) d'une jeunesse impitoyable.
Arrogance utile si elle est le moteur d'une énergie de construction, de transformation, et donc, de progrès.
Se construire contre ses parents reste se construire. Cela reste donc construire.
On peut ainsi déconstruire si c'est pour reconstruire ensuite. C'est un système d'évolution.
Mais le mouvement misanthrope qui consiste à la fois à nous sortir de l'Histoire, c'est à dire de la filiation,
et de la biodiversité - c'est à dire de l'appartenance au monde naturel et au vivant - est un phénomène
inquiétant dans la mesure où il développe la tentation du suicide et donc, du renoncement.
Oui, nous vous laissons des problèmes, comme nos parents avant nous. Mais ne soyez pas injustes.
Car oui, nous avons aussi réglé des problèmes en notre temps, comme nos parents avant nous.
Sauf qu'encore une fois, en solutionnant un problème, on en crée mécaniquement dix nouveaux.
Si nous vous avons désarmés, ré-armez-vous. Si l'on essaie de vous désarmer, révoltez-vous.
Résistez. Imposez-vous. Mais ne renoncez pas. C'est à votre tour d'exister et de construire.
Si l'on vous a ôté la fierté d'être ce que nous sommes, ce que vous êtes, reconquérez-la.
L'Humanité a été certes capable du pire, je serai de ceux qui vous rappellerai, de toutes me forces,
à quel point elle a aussi été capable du meilleur. Que vous puissiez vous aimer un peu vous-mêmes.
Que vous puissiez comprendre que dans ce monde, vous n'êtes pas le problème mais la solution.
En tant qu'animaux doués d'intelligence qui reste humblement la capacité à comprendre les choses.
Nous n'avons rien compris ? Ok. Alors, allez-y. On vous écoute. A vous de jouer.
Philippe LATGER / Décembre 2022