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Poupées russes

Publié le

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J'aime Rudolf Noureev.
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J'aime Piotr Ilitch Tchaïkovski.
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J'aime Maxime Gorki.
J'aime Mstislav Rostropovitch.
J'aime Boris Pasternak.
J'aime George Balanchine.
... Je développe ?...


Philippe LATGER / Février 2023

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Dame La Basse

Publié le

La Basse n'est pas de basse condition. La Basse est de la Haute.
Sainte-Colombe-de-la-Commanderie s'il vous plaît.
Quand les modestes 234 mètres du Serrat del Pou, où madame vient au monde,
suffisent à lui donner de l'élan.
A l'ombre des sommets des Albères et du robuste Canigou, elle scintille à la source,
comme s'étirant au réveil, avec l'envie de descendre à la plage :
quitter Thuir et les Aspres, tournant le dos à l'Espagne, pour se jeter dans sa course enfiévrée.
L'amour qu'elle fait à notre terre fait son lit aussi vrai qu'elle le défait,

dans de houleux ébats, aux orages débordants.
Templiers, moines et paysans façonneront des siècles durant, le paysage pour la canaliser.
Impatiente d'aller à la mer, elle avait trouvé son chemin pour rejoindre la Têt directement à Canet.
Après le Traité des Pyrénées, ce sont les ingénieurs du Roi de France, au XVIIe siècle,
qui calmeront ses ardeurs en l'invitant à s'arrêter en ville, à Perpignan.

16 km ne sont rien. Un méandre à Toulouges,
et voici qu'elle fait son entrée triomphale dans la capitale du Roussillon.
Elle parvient aux abords de la gare, le Centre du Monde,
où les Perpignanais lui réservent le meilleur accueil.
Escortée par de puissants platanes, le Ganganeil vient alors la rejoindre pour lui prêter main forte,
sous les façades du Lycée Arago.
D'énormes bouquets de lauriers en fleurs s'ouvrent sur son passage.
Passé le Pont de Guerre, elle défile aux pieds de la Grand Poste, du Palais Consulaire,
du Palais de Justice, pour être couronnée furtivement du Palmarium.
Comme guidant les flammes de la St-Jean jusqu'à la Porte Notre-Dame,
elle caresse tendrement le Quai Vauban, pour mieux parader devant le Castillet.
Elle ne divise pas la ville. Elle la relie.
Les lieux de divertissement accourent pour la saluer.
Le cinéma du Castillet, le Rallye et le Familia aujourd'hui disparus, ou les Allées Maillol,
tissent leurs passerelles, lui tirent une révérence, comme pour la remercier.

Si la dame irrigue impétueusement la terre qu'elle féconde,
elle grossit tant à la pluie qu'il fallut la corseter.
Elle a accepté l'effort des humains à la contenir, mais son but est irrésistiblement
de retourner dans le ventre de sa mère. La Méditerranée.
C'est la Têt et les eaux des Pyrénées qui l'y conduiront tout droit. 
Avec, après un passage festif dans la cité des Hommes, un retour à l'état nature,
d'oiseaux et de roseaux, ignorant la tour mutique de Château Roussillon.
Les Perpignanais qui s'agitent et s'activent depuis des siècles entre le ciel et la terre,
le savent en les observant.
Les eaux de la Basse ont leurs propres trajectoires.
Par leur course terrestre, comme par la course des nuages de pluie.
La dame emprunte éternellement ce même circuit, par le ciel, par la terre.
Et nous, qui errons entre les deux, avec l'intuition que la fin et le début sont une même chose,
de la source à l'embouchure, vénérons cette Basse qui nous porte la vie, avec notre élément,
et qui, contrairement à ce que son nom indique,
nous donne de la hauteur.


Philippe LATGER / Février 2023

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La tentation de l'eau

Publié le

On plonge.
C'est une chute.
D'un élément à un autre.
De l'air à l'eau.
L'attraction terrestre. La pesanteur.
Le corps traverse l'air jusqu'au point de contact.
La surface de l'eau.
La résistance est faible. Mais la chute est freinée.

Dans les éclaboussures pailletées de lumière, on passe de l'autre côté du miroir.
Des gerbes d'étincelles agrémentent le choc. Le passage d'un élément à un autre.
Changement de densité. La chute se prolonge mais au ralenti.
On ne plonge plus. On sombre.
Loin des luminosités.
Qui s'éloignent en surface. De l'autre côté.
Au dessus.
C'est l'expérience folle, de son vivant,
du passage d'un monde à un autre.
Deux mondes mitoyens.
Qui coexistent.

Nager sous l'eau est cette certitude.
Que notre monde n'est pas le seul à exister.
Que d'autres mondes sont possibles.
Que d'autres mondes existent.
Nager sous l'eau, c'est visiter l'envers du décor,
s'approcher de la mort.
Dans notre élément
originel.
Où notre corps n'est plus enclume.
Où notre corps n'est plus prison.
Où l'intérieur et l'extérieur se confondent.
Où nous pouvons nous dissoudre
sans disparaître.

On plonge.
Et notre monde n'est plus le seul possible.
Le silence nous étreint avec ses merveilles sensorielles.
L'élément nous porte et nous soulage. En apesanteur.
Comme à la dérive, dans l'espace, où le mouvement est permis à la brasse.
C'est une expérience. Troublante. Envoûtante. Attirante.
Aussi douce que le sommeil. Bienfaitrice. Libératrice.
Le retour à la matrice. Notre matière.
Notre constitution.
H2O.

D'un battement de cuisses, le corps remonte,
comme expulsé. L'instinct vital a présidé.
Une torpille qui fuse jusqu'au jour.
Eblouissant. En surface.
Quand l'air vient à manquer.
Comme ton rire à provoquer.


Philippe LATGER / Février 2023

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Des testés

Publié le

Tu me repousses pour me maintenir en alerte.
Tu maintiens la pression pour ne pas que l'on s'endorme.
C'est une façon de garder les gens. Ou de les tester.
Puisque ça passe ou ça casse.
Tu me demandes de l'aide pour pouvoir me la reprocher.
Qui pourrait dormir sur ses lauriers ?
Surtout quand on ne peut pas dormir et qu'il n'y a pas de lauriers.


Enroulés dans nos plaids, il faut lutter contre le froid.
Le drapé nous fait des kimonos, des toges romaines et des capes de Dark Vador.
C'est rustique. C'est drastique. Une façon de trier les gens. Ou de les tester.
Puisque ça passe ou ça casse.
C'est la chaleur du bois mais avec ses échardes.

Tu me piques pour m'obliger. Pour que ça vive. Pour que ça chante.
Tu me piques pour me tester.
Et moi, je tiens la distance.

 

Philippe LATGER / Janvier 2023

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Le fils canot de sauvetage

Publié le

Regardez cette pute avec son grand chapeau. Il lui mange le visage. On ne voit que sa bouche.
Le silence lui ouvre la porte. Elle entre avec son grand manteau. Aux épaules pointues. Qui remontent.
Très haut jusqu'aux oreilles. On ne voit pas ses yeux. On ne voit pas son nez. Juste sa bouche.
Elle entre dans la pièce avec son chapeau noir, avec son manteau noir. Pute et veuve à la fois.
Son silence est un rire. Qui ne me plaît pas du tout.
J'essaie de voir la grimace. Sous son large chapeau de biais.
La grimace que fait sa bouche. Au rire qu'on n'entend pas.

La noirceur du manteau a bavé dans la pièce.
Je ne vois plus rien de la silhouette.
Aux épaules pointues.
Il m'avait semblé qu'elle s'appuyait sur une longue canne, haute comme la crosse d'un évêque,
un bâton pastoral, qui dans un éclat de lumière furtif aurait pu révéler une lame brandie.
Mais la lumière n'entra pas. Et rien ne put briller, même furtivement, au sommet du bâton.
Comment pouvais-je savoir qu'elle portait un chapeau ? Puisque tout était noir dans la pièce.
Comment pouvais-je savoir qu'elle se tenait là, debout, avec son rire silencieux, à côté de mon lit ?
Sous son chapeau de biais, sa bouche vint à s'ouvrir. Largement. Anormalement largement.
Dans sa bouche répugnante grouillaient des milliers de vers.

Le hurlement rêvé fut une sonnerie de téléphone. Dans la vraie vie. Route de Fronton. Toulouse.
Petite nuit. Mal dormi. Cauchemars. Ou bien pire encore. Quand le cauchemar fut de se réveiller.
Dans la vraie vie. Chez mon oncle. Où je dormais avec mon frère. Où nous n'avions jamais dormi.
C'est l'heure. C'est arrivé. Elle est morte. Dans la maison voisine.
On nous tire du lit. Le téléphone. Pour aller dans la maison voisine. Constater. Elle est morte.
Mon frère et moi descendons de chez notre oncle. Passons d'un portail à l'autre. La maison voisine.
A l'étage. Le parquet. Le couloir. La porte au bout du couloir. La porte s'ouvre.

Un lit deux places comme un radeau dans la tempête. Mon père hurlant dans les vagues.
Recroquevillé sur le cadavre. Dans les bourrasques du vent, nous l'entendons à peine hurler.
" Tout ça pour rien !... Tout ça pour rien ! ... "
Le lit chahuté menace de chavirer sous une pluie torrentielle.
Sur le pas de la porte, je suis indifférent au naufrage. Je ne vois pas mon père pleurer.
Je lève la tête. Quelqu'un nous regardait.
Au ralenti. Je lève la tête vers le plafond.
Je ne vois que le lustre et ses pampilles idiotes. Rien ne bouge.
Ma mère est morte.

Dans le noir complet. Sa respiration était tout près de mes oreilles. Un noir complet impossible.
Puisque je ne dormais jamais les stores fermés. Il y avait toujours la lumière de l'éclairage public de la rue.
Je n'ai jamais pu dormir dans le noir complet. C'était impossible. J'ai compris que je rêvais.
Et qu'il fallait me réveiller. De toute urgence. A ce rire silencieux. Qui me glace le sang.
Ma mère s'appelle Angèle. Et elle est morte. J'ai 23 ans.
Au bout du couloir. A Toulouse. Le cancer a gagné.
Et je suis orphelin. Assommé. Eviscéré.
A peine entré dans la chambre, je lève la tête.
Elle n'est plus dans le corps auquel mon père s'agrippe.
Je ne sais pas encore que j'ai rendez-vous avec ma mère à Los Angeles.
C'est là que je la retrouverai dans ma chair. Quelques mois plus tard.
La pute pouvait rire sous son chapeau. Elle ne m'a rien pris.
N'a rien gagné du tout.
Tant que je suis en vie.

 

Philippe LATGER / Février 2023 

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Heureux qui communient

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Il y a des amours sans bonheur
mais il n'y a pas de bonheur sans amour.

 

Philippe LATGER / Février 2023

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Le même mot

Publié le

Mon vieux... il va falloir se battre.
Au crépuscule. Réunir des forces. Encore et encore.
28 ans après, le même mot revient dans la famille.
Le même mal.
Mon vieux... tu n'es pas obligé de te battre.
Tu t'es bien battu.
Il te reste à te laisser vivre.
Doucement. Gentiment. Sans maux et sans violence.
28 ans après. Il revient. Le gros mot. Qui n'impressionne personne. Pas chez nous.
C'est nous qui allons nous battre. Tu n'auras rien à faire.
Mon Dieu... il va falloir se battre. Encore et encore.
Le coeur est à l'abri. Il bat à l'heure pile.
Et l'amour invincible triomphe de tout.
Se battre n'est rien. Ne sert à rien. Puisqu'il suffit d'aimer.
La force ne vient que de ça.
Et les mots finiront par se taire.

 

Philippe LATGER / Février 2023

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Enorme

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La liberté. Ce n'est pas rien.
Un dieu qui nous fait libres, à son image. Est-ce qu'on se rend compte du cadeau ?
C'est un amour vrai. Celui des parents qui ne veulent pas emprisonner leurs enfants.
Celui des parents qui veulent que leurs enfants s'émancipent. Qu'ils soient libres.
Le bien et le mal à notre disposition. Et dont nous serons les seuls responsables. Soit.
C'est tout de même une religion intéressante. La liberté individuelle ! Fantastique.
Alors, oui. Il y a cette idée de liberté et de responsabilité.

Qui en soit, est une révolution peu ordinaire.
Mais, tenez-vous bien. Voilà que ce dieu est amour.
Alors là... c'est au-delà de la révolution.
L'amour ?... Vraiment ?
Alors voilà. C'est une révélation.

On ne parle pas de ce que les Hommes ont fait de cela.
On ne parle pas ici de l'Eglise, des églises, et de leurs ressources humaines.
On parle des principes nouveaux d'une religion nouvelle.
Qui ne fait plus du dieu unique un terrible vengeur renfrogné, rancunier et injuste, qui terrorise
- et qui punit ! - mais d'un dieu qui pardonne, un dieu miséricordieux... qui est amour.
Je ne sais pas s'il faut retenir du message qu'il faut absolument tendre l'autre joue en permanence,
et se laisser marcher sur les pieds... même si je remarque dans mon éducation que l'on a tendance
à présenter des excuses à tout le monde et tout le temps, excusez-moi de vous déranger, excusez-moi,
pardon, excusez-moi de vous demander pardon, etc... mais finalement tant mieux. C'est plutôt grand.
Lier dans le même dieu, les notions de liberté, d'amour et de pardon, c'est extraordinaire.
On peut rire des dérives. Rire de ces fameuses " vertus chrétiennes devenues folles ".
Mais franchement, je trouve que le message est puissant.
Pas tant parce qu'il a façonné quelques civilisations qui tiennent encore tant bien que mal.
Mais parce que l'amour et le pardon, la liberté et la responsabilité, c'est philosophiquement énorme.

 

Philippe LATGER / Janvier 2023

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Théorie de l'évolution

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Le faucon. L'épervier.
Le lièvre et le lévrier.
Les vautours et les buses.
Le vaudou. Le Veau d'or. Le Vaucluse.
Les aigles et le silence.
Immobile.
Aérien.
Et la chute.

Sur la proie.

Je n'aime plus la corrida.


Philippe LATGER / Janvier 2023

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Froid polaire

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Peut-on être ailleurs
que là où nous sommes ?

Il était dans mon écran. Entre mes mains.
Il était ailleurs. Et vivant. Mais l'est-il toujours ?
Je sais que ce n'est pas parce qu'il n'est plus dans mon écran, entre mes mains, qu'il n'est plus.
L'état des choses est incertain. Leur réalité aussi sans doute. Puisque tout est incertain.
A part ce froid qui me glace les mains.

Peut-on être ailleurs que dans les écrans ?
Il était là. Bien vivant. A m'écouter et me répondre. Me raconter.

Mon pouce est aller chercher une pastille rouge pour raccrocher.
Une dernière image de lui s'est figée. Entre mes mains.
Où est-il maintenant ?
Est-il encore bien vivant ?
Et le suis-je moi-même ?

 


Philippe LATGER / Janvier 2023

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