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Les désincarnations

Publié le

Aux veines du biceps, aux poils des avant-bras,
le plaisir aux forceps s'est bandé sous les draps.
Pour soulever la croupe, et tout mettre dans l'axe,
positionner les troupes que tes paumes malaxent.
Aux caresses qui bruissent, ton menton en arrière,
le mien entre tes cuisses, nous cherchons la lumière.

Ta tête est renversée au chevet de la lampe,
aux désirs inversés qui s'envolent et qui rampent,
la mienne aux profondeurs de tes obscénités,
qui mange ton odeur et ton intimité.
Tu sembles découvrir tout un monde connexe,
des portes à ouvrir et ton deuxième sexe.
Tu vas jouir de ton corps dans son entièreté.
Dans le fruit que je mords, giclent des voies lactées,
des torrents de visions en téléportations
dans l'ultime explosion d'une révélation.



Philippe LATGER / Mai 2023

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A boire du soleil

Publié le

L'orange pressée.
Je bois du soleil.
Il est toujours vivant.
L'orange blessée.
Je noie mon sommeil.
Il est toujours devant.

Mon père est toujours vivant.
Mon père est toujours vivant.

Mon père est toujours vivant.
Mon père est toujours vivant.

Pour combien de temps ?

Le liquide ambré, couleur de miel
au fond du verre à whisky.
Les feutres et l'ivoire du jeu d'échecs.
La DS devant la porte.
Les gouaches et le papier calque.
Mon père est toujours vivant.

La nuit peut tomber.
A la bouteille, goulûment,
je bois du soleil.
Le jus d'orange et le levant.
Sur la mer aux pinèdes 
de voluptueux étés.
Je suis toujours vivant.
Et j'enrage à la mort
et j'enrage dedans.
Il est toujours vivant
et je bois le soleil.




Philippe LATGER / Mai 2023

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Aux menaces perdues

Publié le

Lutter pour sa propre fraîcheur n'est pas une coquetterie.
Je lutte pour les gens que j'aime. Je lutte pour l'enfant que j'ai été.
Pour tout ce en quoi je crois. Et veux croire encore.
Je lutte pour sauver la beauté du monde.
Je lutte comme un chien pour me sauver, pour tout sauver.
En ayant l'air de ne pas lutter.
Je lutte pour garder l'intégrité de mon sourire.
Je lutte pour préserver ma sincérité.
Ce n'est pas de l'orgueil ni de l'ambition.

C'est l'hygiène nécessaire pour être digne.
C'est la discipline nécessaire pour être heureux.
Etre heureux pour rendre heureux.
Etre solaire pour distribuer la lumière.
Etre lumineux pour partager le soleil.
Restituer la beauté du monde. La voir et la dire.
En toute franchise. En toute honnêteté.
Parce que c'est une conviction.
A transmettre.
Que je ne laisserai personne,
absolument personne,
détruire ni abîmer.



Philippe LATGER / Mai 2023

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ça s'attend

Publié le

Le temps viendra pour être dit.
Le temps viendra pour exister.
Quand tout viendra bien assez tôt.
Les dénouements.
Les dénuements.
Il y a un temps pour mettre un masque.
Et puis celui pour l'enlever.
Il y a celui pour le construire.
Et vient celui pour s'en passer.

Il y a la place pour mettre en place
ce qui doit être dit tant qu'il est temps.
Au bon moment.
Sans se presser.
Puisqu'il viendra.
A bon escient.
Juste et patient.
Comme une chance.
Préprogrammée.




Philippe LATGER / Mai 2023

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Cash Misère

Publié le

Comment ça... tu n'y avais pas pensé ?
- Eh bien, à vrai dire, non. J'ai regardé une émission sur internet, sur Youtube, une interview,
c'était sous-titré par l'intelligence artificielle, et il y a eu ce merveilleux accident.
- ... Accident ?
- Oui, enfin, non, tu as raison, ça n'est pas un accident, c'est juste que l'intelligence artificielle
a traduit " cache-misère " par " cash misère ", extraordinaire, ça m'a... ça m'a consterné et ravi à la fois.
- Cache-misère...
- Oui, le gars interviewé parlait d'un cache-misère, je ne sais plus pourquoi mais peu importe,
et le traducteur automatique a écrit cash à la place de cache. Tu imagines ? C'est juste magnifique.

- Mais tout le monde a dû la faire cent fois celle-là... non ? Tu ne l'avais pas trouvé tout seul ?
- Non, je n'y ai jamais pensé moi-même, enfin, je ne crois pas, mais là, dans ce truc, sur Youtube,
ce synthé avec son erreur de traduction, c'était éblouissant, il faut en faire quelque chose...

- Bon... apparemment, il y a un groupe qui s'appelle comme ça... un quartet. Puis une chanson de Rap.
- Evidemment. Fallait s'en douter.
- Mais... en fait, y'a pas tant de choses que ça. 
- C'est tellement génial. Associer ces deux mots de cash et de misère. Bon sang. Qu'est-ce que j'ai foutu ?
- Tu ne vas pas me faire un fromage avec ça comme avec ton " trou noir troublant ".
- Ah non, ne remue pas le couteau dans la plaie. S'il te plaît.
- Si tu n'y penses pas avant les autres, que veux-tu que je te dise, c'est que tu es mauvais.
- Oui, tu as raison. Nul de chez nul. Oh putain, le trou noir troublant... comment je n'y ai pas pensé...
- Et allez, c'est reparti...
- C'est génial trou noir troublant, non ? Et ça... Cash misère putain. C'est juste parfait. Cash. Misère.
- Moi je trouve que ça fait nom pourri de salon de coiffure.
- Ah... ah bon ? Tu trouves ?... Genre Cash Miss Hair ? Coif' Miss Hair !
- Tu me fatigues.
- Avec l'accent allemand : Coaf Miss Herr !
- Tout ces jeux de mots à la con, c'est bon pour la pub et les salons de coiffure.
- Oui, à la con, d'accord, mais là... Cash et misère, c'est pas un jeu de mots à la con. C'est intéressant.
- Pour en faire quoi ? Le titre d'un livre ? D'une chanson ?... déjà fait. Le nom d'une banque en ligne ?
- Oh ben, ok, je vois. Tu as décidé d'être rabat-joie. C'est entendu.
- ... Une association caritative. Parfait pour le charity-business.
- Allez, c'est bon... J'abandonne.




Philippe LATGER / Mail 2023

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Le ruban

Publié le

Mes guirlandes d'Amérindiennes sorties des tumbleweeds.
Entre les mots que je n'ai pas, espaces.
Quand tout est horizon.
Prisons. Rapaces.
Le ciel.

Le ruban de la route.
A perte de vue.
Rien n'est perdu.



Philippe LATGER / Mai 2023

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Exercice

Publié le

Après panier-piano, panier-piano, panier-piano...
Latger-jetlagué, Latger-jetlagué, Latger-jetlagué...

 


Philippe LATGER / Mai 2023

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Terre de littérature

Publié le

John Fante. Henry Miller. Edgar Allan Poe.
Les Etats-Unis ne sont pas qu'une terre de puritains.
Tennessee Williams. William Faulkner. Ernest Hemingway.
Les Etats-Unis ne sont pas qu'une terre de vulgarité.
John Steinbeck. Francis Scott Fitzgerald. Jack Kerouac.
Les Etats-Unis sont une terre de littérature.

L'enfant avait aimé le jazz que son père adorait.
Les films en noir et blanc. Les comédies musicales.

Les fresques de Hollywood et les enthousiasmes de Gershwin.
Le cinéma, la télévision et la radio l'avaient ensemble orienté outre-Atlantique.
C'était assez pour être ébloui par la culture américaine.
Orson Welles. Buster Keaton. Woody Allen. Vincente Minnelli.
Frank Capra. John Ford. Cecil B. DeMille. C'était déjà du beau monde.
Avant même d'aimer Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Ridley Scott,
Stanley Kubrick, Robert Altman, Brian de Palma, Milos Forman,
et d'adorer Quentin Tarantino, M. Night Shyamalan et Tim Burton.
Des images qui abondaient pour submerger des générations entières.
Doublées d'ondes portant le rock, la soul, le funk, la pop,
qui m'imposèrent autant Ray Charles que James Brown et ce lutin de Prince.
C'était vendu. J'aimais l'Amérique. Parce que j'aimais le spectacle.
Le cinéma et la musique.
Mais je n'étais pas au bout de mes découvertes.
Il fallut attendre l'Université. Les lettres modernes.
Pour découvrir une littérature.
Exceptionnelle.

L'incendie de Los Angeles. De Nathanaël West.
Il fallait ouvrir le spectre. Sortir des seuls romans de Paul Auster.
Du Truman Capote qu'un ami de terrasses de café m'avait offert.
Philip Roth. Chuck Palahniuk. Bret Easton Ellis.
L'Amérique n'est pas qu'une terre d'esbroufe.
Outre le cinéma et la musique. L'architecture. La peinture.
L'Amérique est une terre de littérature. Virile. Délicate. Désespérée.
Capable de grands espaces. De villes en construction et de fresques sociales.
Capable de poésie. Capable d'esprit. De malice. Et d'ironie.
Un livre ouvert. La condition humaine. Contemporaine.
L'Amérique est une terre de littérature.
Et de machines à écrire.


Philippe LATGER / Avril 2023

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C'est la paix

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Alors... tu es mort ? C'est fini ?
- Plaît-il ?
- Je ne sais pas. J'ai connu un prédateur redoutable. Je ne te reconnais pas vraiment.
- Un prédateur ? Tu parles de moi ?
- De qui d'autre ?
- Ah bon... C'est drôle que tu aies ce sentiment. Tu as surtout connu quelqu'un qui se noyait.
Un prédateur est tout sauf quelqu'un qui se noie.
- Allons. Tu plaisantes ?... Tu ne vas pas te faire passer pour une victime. Pas à moi...
- C'est quoi ce système de pensée ? Selon toi, nous sommes soit des prédateurs, soit des victimes ?

C'est ça ta vision du monde ? Il y a deux camps et il faut choisir ?
- Alors d'accord. Ok. Disons que... que j'ai connu quelqu'un qui cherchait l'amour. Activement.
- C'est mieux. Oui... ça c'est mieux.
- C'est ce que je voulais dire. Je t'ai connu plus... conquérant.
- Prédateur. Conquérant... Bon. J'ai toujours vanté les rapports de force. C'est ma faute.
Je comprends. Finalement, tu as raison. J'étais moi-même dans ce schéma.
- Et donc, c'est le sens de ma remarque, tu ne l'es plus.
- Quand je dis que je me noyais, c'est précisément pour cela, c'est que j'étais en guerre...
contre moi-même. J'imagine que c'est ce qui explique ton champ lexical si... si martial.
- En tous cas, tu étais dans la fête, et la séduction. Tu ne donnais pas l'impression de te noyer.
Tu collectionnais les relations. Compulsivement. Frénétiquement. Et tu donnais l'impression d'aimer ça.
Peut-être que tu n'es pas mort mais que tu as juste vieilli. Je ne sais pas. Mais tu as changé. Radicalement.
Tu étais toujours en quête de ce que tu n'avais pas. Toujours à te battre. A te mettre en danger...
Donc, tu as déposé les armes. Comme si tu étais sorti du jeu. Tu as renoncé. C'est fini. 
- Oui. Oui voilà. La guerre est finie.
- ...
- Qu'est-ce qu'il y a ?... Autre chose ?
- Eh bien... Et donc ?...
- Ah. Je vois... Tu veux savoir qui a gagné.
- Ben oui !
- Une guerre contre moi-même... ça t'étonne si je te dis que c'est moi-même qui l'ai gagnée ?
Je l'ai forcément gagnée autant que je l'ai perdue. C'est l'avantage d'une guerre contre soi-même.
- Arrête. Ne sois pas de mauvaise foi. Tu comprends ce que je veux dire.
- Ecoute. On s'en fout. C'est fini. Tout le monde a gagné. La guerre est finie. 
Je suis peut-être mort, mais dans ce cas, je suis au paradis. Je suis serein. Tranquille. Heureux.
Vieilli ou pas. Mort ou pas. Je suis bien. J'ai trouvé ma place. C'est la paix.
- C'est la paix parce que tu ne cherches plus l'amour ?
- Ah non ! C'est la paix parce que je l'ai trouvé !

 


Philippe LATGER / Avril 2023

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Jamais nus

Publié le

Non, mais... vous allez arrêter de saloper vos corps avec ces conneries de tatouages ?...


Philippe LATGER / Avril 2023

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