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Intention / Intuition

Publié le

Aux onomatopées de pleins et déliés,
deux êtres tentent de se parler.
Des sons assemblés forment des signifiants,
convenus, enseignés et partagés, pour poser des signifiés.
Les phonèmes s'accompagnent de grimaces et de postures physiques.
Une chorégraphie codée, elle aussi, pour exprimer des intentions.
Un air malicieux peut prévenir d'une chose amusante. Par exemple.
L'émoticône facial, affichée pour annoncer la plaisanterie. Comme le second degré.

Pour dire à l'autre, attention, je vais te dire avec de l'aplomb, pour rire, le contraire de ce que je pense.
Pour se moquer avec toi de ceux qui pensent ce que je vais te dire.
Et je peux procéder ainsi parce que je sais que tu sais que je ne le pense pas.
Quand le second degré est une marque de considération pour l'interlocuteur,
l'expression d'une connivence avec lui, d'une complicité.
Il faut s'émerveiller de pouvoir ainsi émettre des sons capables de sens,
lorsqu'ils sont ordonnés pour composer des mots, des phrases, selon la convention transmise,
partagée par un groupe d'individus qui souhaite s'organiser et vivre ensemble.
Mais la langue n'est pas seule à exprimer les choses, quand le ton, l'intonation,
permettent des improvisations qui affinent le sentiment, l'esprit et l'objectif.
Le visage et le corps en entier, participent aussi à préciser le dessein.
Les mains prennent leur place, dans l'espace, pour imager et rendre palpable le parcours de la pensée.
Pour capter l'attention peut-être. Pour chorégraphier les volutes d'un raisonnement sans doute.
Les doigts peuvent se frotter entre eux, s'ouvrir ou se dresser pour envoyer des signaux complémentaires.
Pour exprimer une assurance ou une incertitude, une fermeté comme une hésitation.
Les nuances sont infinies. Au point de craindre d'être mal compris. A tant de malentendus possibles.
Puisque même avec des mots pesés, choisis, leur ordonnance peut conduire sur de fausses routes.
Et l'intention peut être manquée. Lorsque tout peut perturber la connexion entre deux êtres.
Communiquer est alors à la fois, la chose la plus simple du monde, et la plus compliquée.


Les mots et les mimiques n'ont leur chemin dans l'autre qu'à la lumière d'une considération.
Ils n'ont leur pouvoir que relativement au type de confiance que l'on accorde à la personne.
Professionnelle. Commerciale. Amicale. Amoureuse. Installée comme un contexte préalable.
Le degré de confiance, et sa nature, vont faciliter et accélérer la compréhension.
Les mêmes mots, les mêmes phrases, n'auront pas le même impact en fonction de l'état de cette confiance.
Les mêmes propos, au mot près, seront mieux acceptés et compris, s'ils viennent d'une personne fiable,
que s'ils viennent d'une personne dont on se méfie.
Les mots peuvent être mal interprétés.
Puisque les mots, quels qu'ils soient, d'où qu'ils viennent, doivent l'être.
Suivant l'humeur et le contexte, les mêmes mots, et venant d'une même personne,
peuvent prendre des sens différents, peuvent inspirer aussi bien la confiance que la défiance.
Même face à une personne à qui l'on accorde du crédit, un ensemble d'éléments peut contrarier l'échange.
Ces perturbations peuvent venir d'ailleurs. Elles sont capables de corrompre la compréhension.

Et ruiner les efforts les plus sincères.

L'interprétation est donc double. Puisque celle de l'émetteur doit se confronter à celle du récepteur.
La chance de se planter, de tomber à côté, de manquer la cible est donc double. A minima.
Il y a donc un miracle de la communication qui sourd des profondeurs les plus reptiliennes.
L'intuition déchiffre l'intention.
Un faisceau de signes subliminaux orientent nos dispositions à comprendre l'autre.
Quelle que soit la précision de l'expression.
Le message de l'autre n'a de chances de parvenir qu'à la condition de certaines résolutions.
Celles du destinataire. Qui présuppose que son interlocuteur est honnête ou non, sincère ou pas,
bienveillant ou malveillant, tant en fonction de signaux à décrypter que de l'état d'esprit.
C'est au filtre de l'interprétation, et du propos, et de l'intention du propos,
que l'intuition finira par ouvrir la cible du message, ou par la fermer.
On trouvera la même phrase, la même idée, brillante ou idiote, suivant de qui elle vient.
Et, même venant de la même personne, on la jugera à l'aune de ce qu'on pense de l'individu.
On jugera l'idée intelligente si on est dans la bienveillance ou l'admiration. Stupide en cas contraire.
Eviter les malentendus tient donc à une inclination de principe. D'amour. De confiance.
Et de générosité.




Philippe LATGER / Avril 2023

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You Do Me

Publié le

L'homme marche droit devant lui, debout, fier et déterminé,
avec sa chevelure dans le vent, il avance au soleil, sous la pluie, sous la neige,
il est beau, la tête haute, regarde droit devant lui, et pourtant,
au jour et à la nuit, aux saisons qui défilent, voici qu'il perd son sac en lambeaux,
ses épaules, son manteau, le textile qui s'érode, les cheveux qui s'effilochent,
il avance quand même, contre l'orage, contre le vent, il avance contre le temps,
sa chair se flétrit, sa lumière s'envole comme des lucioles, comme les graines de pissenlits
sauvages, qui se détachent de lui comme des flocons, au fil de sa désintégration.

Ryuichi Sakamoto n'aurait pas dû mourir.

Le monde s'écroule sous mes pieds.
Plus j'avance. Plus le monde se retire de moi-même.
Ce qui m'avait construit me détruit en finissant par disparaître.
J'avais pleuré Gainsbourg, à 17 ans, comme à la perte de mon propre grand-père.
J'avais manqué les cours au lycée, étais resté chez moi, toute la journée, catastrophé, épouvanté,
à la perte du fumeur de Gitanes que le radio-réveil m'avait annoncée au petit matin sinistre.
Je comptais parmi l'armée de P'tits gars à laquelle maître Gainsbarre s'adressait depuis Love on the beat.
Une partie du navire avait été gravement endommagée. Et j'étais devenu une sorte d'orphelin.
Plus tard, les décès de Claude Nougaro ou de James Brown m'avaient bousculé sans me faire fléchir.
Plus étrange encore, j'étais resté presque indifférent à la mort de Prince.
Alors que la coque du vaisseau avait franchement été lacérée.
On avait touché là à un organe vital. Quand Prince pesait autant que Gainsbourg dans ma constitution.
Mais la maturité, j'imagine, m'avait mis à l'abri de l'effondrement. J'avançais sans me sentir diminué.
Et la douleur se réveille là où l'on ne s'y attendait pas.
Ryuichi Sakamoto n'aurait pas dû mourir.

Le monde s'écroule sous mes pieds.
Plus j'avance. Plus le monde se retire de lui-même.

Comme dans un manga tragique, l'homme aux cheveux longs marche dans la neige,
sur une nuée de cordes épaisses, qui portent le drame comme aux tangos argentins.
Les cheveux s'envolent de lui à son vieillissement, dansant avec la constance du pollen,
et sa propre logique, à la peau qui se désagrège, à la violence du soleil de l'été,
et des pluies de l'automne, et des tempêtes de l'hiver.
L'homme doit se courber aux assauts du temps, abîmé comme un être de sable,
dont chaque grain se sépare de lui pour partir au loin, derrière lui, rejoindre le vaste monde.
La vie le déshabille. Mais il marche toujours. Se courbe davantage, et redouble d'efforts.
Le vie le disloque. Et le décompose. Vivant. Debout. Avançant mètre par mètre. Pixelisé.
Les points épars du pissenlit. Pour finir en poussières.

Dans les Années 90, tout le monde était amoureux de 
Ryuichi Sakamoto.
Beau comme un dieu, il était à la fois un merveilleux compositeur et une gravure de mode.
Pionnier de l'électro japonaise, il explorait la musique par la voie des nouvelles technologies de l'époque.
Armé de son goût tempétueux pour la musique impressionniste du XIXe siècle européen,

notre Debussy japonais fendait les Années 80 avec l'appétit créatif des outrances possibles.
Le monde entier se l'arrachait. Pour le cocktail d'intelligence et de sex-appeal qui le rendait irrésistible.
Il y a des êtres capables d'être élégants et sexy à la fois. 
Ryuichi Sakamoto n'aurait pas dû mourir.
Il laisse son œuvre, comme seule trace de son cheminement dans la neige et la tempête.
Pour finir en poussières. Qui recomposent le monde. Plus beau qu'avant. Plus beau qu'avant lui.
Plus beau qu'avant lui, grâce à lui.

Je n'y pensais pas il y a encore quelques heures.
Cela faisait des années que je n'avais pas pensé à lui.
Apprendre sa mort fut une gifle. J'avais oublié qu'il existait en moi.
J'avais oublié qu'il était de ce monde. Et que je l'avais aimé.
Je ne pensais pas à lui il y a encore quelques heures.
Alors qu'il était dans mon derme. Silencieux. Me portant dans ma chair.
Dans mon squelette. Mon ossature. Je l'avais mangé. Avant Almodovar.
En pleine croissance. Je l'avais dévoré. Mon amour. Mon soleil levant.
A l'annonce, ce soir, c'est un effondrement. Mon avatar a mis un genou à terre.
Mon monde disparaît.

Calling from Tokyo. Je suis troublé.

17 ans. 18 ans. 19 ans. Il participe à la construction de mon univers musical. Et à celle de ma libido.
Le jazz et la musique traditionnelle japonaise. La funk music et Debussy. La confusion des genres.
Comme Prince. Il me forme. A distance. Je le mange. A mon soleil levant. Droit devant. Debout.
Je marche à mon tour, fier et déterminé, les cheveux dans le vent. Un chemin. 1990. 1991. 1992.
Je marche droit devant. Dans le sel du soleil, dans le pollen de la neige. Ma sexualité.
Il me forme et me nourrit. Mes protéines. Ma masse musculaire. Mon désir. Ma créativité.

Mon soleil levant. A fini par se coucher. Mon monde disparaît. Plus beau qu'avant.
Ryuichi Sakamoto n'aurait pas dû mourir.

Calling from Tokyo. Je suis troublé.
You Do Me. J'avais oublié.
Ryuichi Sakamoto fait partie de ceux qui m'ont fait.



Philippe LATGER / Avril 2023

 

" You Do Me. J'avais oublié.
Ryuichi Sakamoto fait partie de ceux qui m'ont fait. "

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Levain

Publié le

Satan. Salem.
Saturne.
Safran.
Sabbat. Sablier.
Sabines. Salive.

Savon. Saphir. Salope. Saccarose.
Sacrifice. Salaison. Saragosse.
Aucune suite dans les idées.
Un verre d'eau suffit. Pour se noyer.

Satyre. Sabadell. Satellite. Sarrasin.
Le vin n'est pas du jus de raisin.





Philippe LATGER / Avril 2023

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La vie, c'est devant

Publié le

Le plaisir était double. Roissy.
Retrouver deux amours.
Ma ville et l'être aimé.
Les deux à la fois.
Rejoindre mon amour à Montréal.

Voilà qui n'était pas ordinaire.
J'ai le trac. Je ne tiens pas en place.
Roissy.


Les bagages sont partis en soute.
Je suis dans le salon business de la compagnie aérienne.
Montée en gamme. Ce n'était plus le Terminal 9.
Invité par la prod. Charlebois n'est pas loin.
Je reviens à Montréal.
Je n'ai pas trente ans.
Je suis heureux.
Il y a vingt ans.

Je suis dans un salon business de Roissy.
Mon portable sonne. Mon cousin. M'appelle de Toulouse.
Ma grand-mère est morte.
Je suis tétanisé.
Mes bagages en soute.
Je suis enregistré.
Mon cousin attend quelque chose de moi.
Il attend que je plante tout pour rentrer à Toulouse.
Il attend que je plante mes deux amours. 
Que je choisisse ma famille.

J'ai choisi mes amours.

Ma sœur comprend. Je lui parle au téléphone. Bouleversé.
Je fais les cent pas dans le salon business de Roissy.
Je suis déjà enregistré. Mon avion décolle dans quelques minutes.
Elle m'explique que, pour ma grand-mère, c'est trop tard.
Elle ne me met pas la pression. Elle comprend que je puisse choisir la vie.
Elle comprend que je puisse choisir mes deux amours.
J'aime ma sœur. J'aime ma grand-mère. J'aime mon cousin.
Je suis dévasté. Déchiré. Roissy, je te hais.
Je n'ai pas choisi Toulouse.
La vie, c'est devant.
Les hôtesses m'appellent.
On me cherche.
On m'attend.




Philippe LATGER / Mars 2023

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Les anses

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Les dalles brûlantes, sous les pieds nus, mordent les plantes.
Même l'eau retenue sur la margelle, aux éclaboussures de la piscine, est devenue bouillante.
Un corps bien trempé sort du brasier, les bras tendus sur les anses de l'échelle blanche.
Les épaules larges. Les hanches étroites. La silhouette est taillée par l'été. Pour l'été.
La virilité peut peser dans un short flottant qui vient soudain mouler l'ensemble.
Les cheveux mouillés sècheront vite. Redessinant le visage pour en faire autre chose.
La serviette sent le sel et le sable chaud. Elle est cuite. Prête à accueillir mon cul, puis mon dos.
Je me déplie et, sur le sol raide, croise mes bras derrière la tête pour improviser un oreiller.

Offert au ciel et au soleil. Les yeux fermés sur une chaleur qui enflamment mes paupières. Oranges.
Les brasses sous-marines m'ont ouvert les poumons et la poitrine. Je peux respirer, ruisselant.
Reprendre mon souffle dans le baiser de la fournaise. Sans me soucier d'autre chose. Minéral.
Je deviens le schiste sur lequel je suis allongé. Végétal. Je deviens les pins que j'inhale avec bonheur.
Ils s'invitent dans mes narines pour ouvrir leurs parasols dans mes bronches. Dans mes branches.
Je suis l'arbre. La pinède. La piscine. Et sa réverbération.




Philippe LATGER / Mars 2023

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Les cascades immobiles

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Le silence a eu raison du bruit.
Le vacarme s'en était allé. Le silence a pris la place. Il avait attendu son tour. Qui est venu.
C'est d'abord un grand vide. L'impression d'un grand vide. Un lac.

" Tu entends ?
- Quoi ?
- ... ce bruit.
- Quel bruit ?

- Chut. Ecoute...
- ...
- Tu n'entends pas ?
- Non !
- C'est la Terre qui tourne. "

Le silence était tombé.
Le bruit, en partant, avait laissé un fond de quelque chose. Un son. A flux constant.
Comme celui d'une soufflerie.

" Comment ça, la terre qui tourne ?
- Elle roule comme une boule... et fait crisser le vide.
- Mais... tu veux dire, comme on fait crisser du gravier ? "

Cela siffle un peu. Cela grésille un peu.
Imperceptiblement.
Mais bientôt, on n'entendait plus que cela.

" C'est dingue... ce bruit sourd. C'est énorme. A la taille de la Terre.

- On dirait une clim, non ?
- Non, ça, c'est ta respiration de fumeur. Arrête de respirer. Ecoute ! "

Le silence s'était installé à la place du vacarme.
Il s'avérait plus puissant que le vacarme.
Le souffle de la Terre fendant l'espace devenait envahissant.
Et ce faux silence si bruyant déclencha le mouvement.

" Oh putain !...
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Putain, ça bouge !
- Qu'est-ce qui bouge ? 
- Mais enfin, tu ne sens pas ? 
- Ah... Oui. Ben, si, bien sûr, ça tourne.

- Sérieux, tu ne sens pas ?... ça ne tourne pas, ça roule ! "

La fenêtre avait basculé.
La lune, dans la fenêtre, avait basculé,
au point de disparaître.
Dans un silence assourdissant.
A perdre l'équilibre.
.



Philippe LATGER / Mars 2023

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CIT(o)Y(en)

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Le soleil est au fond du trou.

Citizen.
Citizen.
Citizen.

Citizen.
Citizen.
Citizen.
Citizen.


Le trou est au fond du soleil.

Citizen.
Citizen.
Citizen.
Citizen.
Citizen.
Citizen.
Citizen.




Philippe LATGER / Mars 2023

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Aux boulets immatures

Publié le

Séparer. Le bon grain de l'ivresse.
Les signaux de détresse.
N'est pas trompé celui qu'on croit.
C'est pareil. Délivrer les caresses.
Débusquer la paresse.
Il n'y a pas de royaumes sans roi.
Le soleil. N'habite plus à cette adresse.
Puisque les fuites en avant

ne mènent nulle part.
Tant mieux pour ceux qui ont le temps.
Bon voyage et bon vent.



Philippe LATGER / Mars 2023

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A leurs narcisses

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Je me signerai à toutes les peines,
ce avant qu'il ne soit trop tard,
je me saignerai aux quatre veines,
pour te porter hors du brouillard
où je laisserai mes dernières forces

à t'aimer plus que de raison,
à m'arracher toutes les écorces
et les barreaux de tes prisons.
Je te crierai la terre entière,

l'envie de vivre et de chanter,
je t'écrirai tout en poussières
pour nous survivre et nous hanter,
à la brume d'un fleuve aux eaux vertes,
ce avant qu'il ne soit trop tard,
aux plumes de nos ailes grandes ouvertes
pour t'échapper sous les radars.
J'épouserai le diable en vitrine
pour le convertir à l'amour,
j'époumonerai ma poitrine
pour te sauver au petit jour,
sortir le démon comme l'ange
qu'il me reste à réconcilier,
à tresser tout seul tes louanges,
à t'aimer comme un fou à lier.
Je t'invente une éternité
ce avant qu'il ne soit trop tard,
paie le prix de ta liberté,
s'il pleut des cordes et des guitares,

pour te laisser grandir en paix,
sûr de ta route, de ton destin,
au repos d'un sommeil épais
où le soir se rêve matin.
Je pourrai fendre les orages
ce avant qu'il ne soit trop tard.
La foudre et la tempête en nage,
qui enragent et pleurent à crier gare,
à prier Dieu de te connaître,
quand je te sais, quand je te vois
briller comme le ciel aux fenêtres,

ma chance de t'avoir dans les doigts.
J'ai du charbon pour ta lumière,
quand tout arrive, à ton départ,
pour te faire passer la frontière,
ce avant qu'il ne soit trop tard.

Je range ce que tu déranges,
pour que les ténèbres s'éclaircissent
au jus des deux moitiés d'orange
que je mélange à leurs narcisses.




Philippe LATGER / Mars 2023

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A un mètre de moi

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La lampe me projette sur le mur.
Du coin de l'œil, je me vois. De profil.
Une surface noire sur le mur blanc. Découpée.
Le front. Le nez. Le menton. Les épaules.
La lampe me projette sur le mur.
Un autre moi-même, à un mètre de moi.
Qui touille son café avant de porter lui aussi la tasse à sa bouche.
Je me demande si cet autre moi a sa vie propre.
Pourrait-il comme dans Peter Pan, se désolidariser de moi ?...
Il penche la tête sur ses mains qui roulent une cigarette avec les miennes.
Comme dans les jeux espiègles, il a entrepris de faire exactement tout ce que je fais.
Sa silhouette sur le mur a levé le menton avec moi pour expirer d'énormes nuages de tabac.
Je pense à mon effroi si, soudain, il se levait pour me quitter et aller faire autre chose.
Ce qui m'agaçait, finalement, me rassure. Qu'il continue à faire tout ce que je fais. Si ça l'amuse.

Je saisis des lunettes qui me servent de miroir. Je peux ainsi l'observer sur le mur.
Je surveille ce profil dont je reconnais la forme du crâne. Les arcades sourcilières. Et le nez.
Et je me dis tout à coup que j'ai un pouvoir de vie et de mort sur cet autre moi projeté sur le mur.
Dont je me suis lassé. Il m'a suffit d'un geste. Sec.

Pour éteindre la lampe.


Philippe LATGER / Mars 2023

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