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La cocaïne et les francs suisses

Publié le

Du maquillage permanent. Un trait vert autour des yeux en guise d'eye liner.
Pour que le noisette des iris tire vers cette couleur. Et je sentais les réminiscences du Palace.
Ce Studio 54 parisien que j'avais eu le temps de goûter à 17 ans avant sa fermeture.
Cela sentait les fêtes Disco des Années 70 / 80, ce délire d'avant l'hécatombe tragique des années Sida.
Je le regardais en pensant à cela. Je le regardais comme un survivant. Un rescapé de la catastrophe.
Qui avait dû perdre bien des amis sur le front. Où je me décidais à poser un baiser.
Il était fier de me montrer sur un book pro, tous les top models des Années 90 qu'il avait coiffés.
Je quittais Patrick Juvet et Amanda Lear pour l'accompagner jusqu'à Cindy Crawford et Claudia Schiffer.

Une période en revanche, où j'étais en activité. Dans le voguing de Madonna et le catwalk façon Mugler.
Tout cela n'était pas si vieux. Et la House Music n'était pas si loin dans mes membranes.
Il cherchait à me convaincre que son travail de coiffeur était artistique, qu'il était un créateur, lui aussi.
Qu'il produisait des œuvres sur ses clientes, comme je le faisais moi avec mes textes et mes musiques.
Assis dans le lit, calé dans un oreiller, perplexe, je ne comprenais pas son besoin de se justifier.
Dans cet appartement d'un dernier étage de la rue de Berri, je fumais ma cigarette.
Je ne savais pas exactement ce qu'il pensait avoir trouvé en moi. Mais cela m'effrayait.

Flanqué dans les escaliers de Montmartre, mon deux-pièces est devenu un crève-cœur.
Il est à quatre pattes sur mon lit. Et je le défonce en mode automatique, sans trop de conviction.
Je suis spectateur de la scène et non loin de débander. Je dois penser à un truc excitant au plus vite.
Et plus une partie de mon cerveau cherche des images ou des situations bandantes pour m'aider,
plus une autre partie trouve tout ce cirque lamentable. Et sordide. Mais aussi grotesque. Répugnant même.
Je me demande pourquoi je fais ce que je suis en train de faire. Je trouve son corps plutôt dégueulasse.
Quand c'est moi qui me sens dégueulasse. Qu'est-ce que je suis en train de faire ?... La pute ?
Pour une facture de téléphone et une invitation au restaurant ? Je le baise pour du fric ?...
" Tu n'es pas avec moi... " Il tourne la tête vers moi. " Je ne te sens pas avec moi " insiste-t-il.
Je m'éjecte. Me débecte. Je me dégage de l'attelage. Me désolidarise avec un air ténébreux.
On entre dans la zone du drama convenu de la panne sexuelle. Je n'ai pas envie d'être là.

J'aurais pu aussi bien me rhabiller sans dire un mot et me barrer. Sauf que j'étais chez moi.
J'aurais pu aussi bien le foutre dehors. Mais sous quel prétexte ?... Le refuge de la cigarette.
Je fais les cent pas avec une bite aussi molle qu'amochée entre les cuisses et ne trouve rien à dire.
J'ai toujours Michel dans la peau. Et je me sens sale. J'ai besoin d'une douche. D'urgence.
Je n'ai pas envie de cette conversation. Je veux juste qu'il se rhabille et qu'il se casse.

Je me suis fait annoncer à l'accueil. Chez mon éditeur. Avenue de Wagram.
Ma directrice artistique est contente que je passe dire bonjour, puisque j'étais dans le quartier.
On discute. On fait un point. En fait, je n'ose pas demander une avance. Je n'y parviens pas.
Bien sûr, je n'étais pas dans le quartier par hasard. J'étais venu pour ça. Bien décidé à ça.
Cette option me semblait moins indigne que d'autres. Plus légitime. Ce devait être naturel.
Je ne peux plus payer mon loyer. Et j'ai vendu mon piano. Je dois me ressaisir. Demander de l'aide.
Il y a un projet bien engagé. C'est le moment d'en glisser un mot. Qui ne sort pas. J'ai honte.
Je repars comme je suis venu. Furieux. Je lui écrirai un mail. Je trouverai les mots justes.

Je ne veux pas donner l'impression de mendier. Je marche dans Paris. Je vais m'en sortir.
Cette ville ne respecte que la force. Ce monde et ce milieu ne respectent que la force.
Je ne suis pas une pute. Je suis éblouissant. Et je peux bien me faire payer un restaurant.
Ce type est amoureux de moi. Il est brillant. Et je le mérite sans doute. Je suis de ce métier.
Il connaît du monde. Il croit en moi. Il peut m'aider... C'est mon parcours. C'est le destin.
Je ne l'ai pas rencontré par hasard. Entré dans ma vie pile au moment où j'en avais besoin.
Arrivé chez moi, je n'écris pas à ma directrice artistique pour lui demander de l'argent.
J'écris à la Star pour lui dire que j'ai toujours Michel dans la peau, que Michel me manque.
Que je suis heureux de l'avoir rencontrée, mais que je quitte son ami.




Philippe LATGER / Février 2023

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Café Chic

Publié le

" Viens me rejoindre au salon. Tout de suite. Il faut que je te présente quelqu'un. "
Bon Dieu Tout Puissant. Créateur du Ciel et de la Terre. J'ai vendu mon piano pour payer le loyer.
Pour payer mes factures. Michel m'a planté et laissé notre deux-pièces romantique sur les bras.
Je dois répondre quelque chose. La vérité sans doute.
" Je peux être là dans une demi-heure.
- Comment ça, une demi-heure ? Saute dans un taxi et viens tout de suite.
- Je ... Je n'ai pas les moyens pour le taxi. Je vous rejoins au plus vite. Compte une demi-heure.
- Arrête avec ça. Fais ce que je te dis. Sors de chez toi et arrête le premier taxi. Je m'occupe du reste.

Café Chic. Rue du Faubourg Saint-Honoré. Je t'assure, c'est important, ça ne peut pas attendre. "
Il avait aimé mon appartement. Avait débarqué quelques jours plus tôt avec une bouteille de champagne.
Des photos de moi avec des personnalités connues de la chanson et du cinéma l'avaient mis à l'aise.
C'était assez pour le convaincre. Je faisais partie de la maison. J'étais digne de confiance.
Que je travaille dans l'industrie du disque et du spectacle était une garantie. Je faisais partie du club.
C'était censé être un plan cul. C'est devenu un casting. Il aimait mes cheveux longs et ma vie de bohème.
Ma situation à Montmartre lui plaisait. Mon statut d'artiste. Même sans le sou. Surtout sans le sou. 
C'est là qu'il devait intervenir. Trouver son rôle. Michel était parti et j'avais vendu mon piano.
Je n'avais même pas de quoi prendre le métro. Ma demi-heure, c'était le temps de descendre à pied.
J'ai fait ce qu'il a dit. Je suis monté jusqu'à Caulaincourt attraper un taxi. Rue du Faubourg Saint-Honoré.
Il devait guetter ma voiture. Elle eut à peine le temps de s'arrêter qu'il était déjà à la portière du chauffeur,
qui baissa la vitre pour encaisser la course, et je me suis retrouvé au milieu de la rue face à lui, triomphant.
" Viens Philippe. Je vais te présenter. " Il était surexcité. Fou de joie. Sûr de son effet. Et je le suis, inquiet,
avec la désagréable impression, déjà, d'être un faire-valoir ou un trophée, la petite souris à moitié morte
que le chat est fier de rapporter à sa maîtresse pour lui dire " regarde ce que j'ai trouvé ".
J'entre dans l'établissement dont il me tient la porte. Une salle de bar lounge, toute en longueur,
d'un kitsch clinquant et démodé dont seul le VIIIe arrondissement a le secret.
De ces lieux de nuit qu'il est toujours étrange et dérangeant de visiter de jour et non alcoolisé.
De ces lieux de nuit que l'on n'a pas envie de découvrir de jour et non alcoolisé.

Une tablée nous attend à l'entrée, contre la devanture vitrée, avec au centre, l'idole.
Christian est aux anges. Manifestement aussi fier vis-à-vis de moi que de son amie.
L'assistante, sèche comme une vieille fille, prête à mordre, me passe au scanner avec méfiance.
La Star, elle, me sourit comme si elle me reconnaissait. Et je ne sais plus trop ce qui m'arrive.
On m'installe face à elle. Et on me fait parler de mon travail chez Sony. Cela a l'air passionnant.
L'assistante se détend, au fur et à mesure, à l'énumération des gens pour qui je travaille.
Quelques noms l'autorisent à avoir l'air un peu moins désagréable d'abord, et finalement,
quelques autres que j'ai gardés pour la fin, lui permettent de considérer que je suis digne d'être là,
à leur table, ce qu'elle me fait savoir avec une grimace étrange qu'elle m'adresse en guise de sourire.
Celui de la Star, en revanche, franc, sincère et rayonnant, est ravageur, et emporte tout sur son passage. 
Je suis troublé en comprenant qu'il cherche à me plaire et je comprends qu'il est mon assurance-vie.
Je plais à la patronne. Et elle veut me séduire. A la barbe de Christian qui, survolté, euphorique,
ne tenait pas en place et commandait des boissons pour tout le monde. Une chose bizarre me prend.
Pris dans les filets du regard de la Star, quelque chose se précise en moi. Christian me fait honte.

Qu'elle sache ou qu'elle pense que je couche avec Christian me fait honte. Et j'ai honte d'avoir honte.
Je me rends compte que je veux lui plaire aussi et que je pourrais renier Christian s'il le fallait.
Il m'embarrasse. A son comportement, je passe pour un gigolo. Je me débats pour me sortir de là.
Je comprends qu'elle a un shooting le lendemain pour la sortie d'un livre et qu'elle vient se faire coiffer.
Le salon est en face et, toute la soirée, les serveurs du Café Chic vont traverser la rue avec des verres.
Le coiffage devient une sorte de before alcoolisé de part et d'autre de la rue auquel je prends ma part.
Le brushing final sonnera le temps du repli sur le seul Café où la dame, prétendument abstinente,
s'accordera une respiration festive au flux de testostérone d'une équipe au complet de All Blacks
venue s'encanailler au tournant de la nuit, contre lequel je ne pouvais pas lutter.
L'assistante veillait au grain. Et à la carte bleue de la Star. Un œil sur la dame, l'autre sur sa montre.
Elle, n'avait pas bu une goutte d'alcool. Agacée ou inquiète de voir sa patronne s'amuser un peu.
Christian me dira d'elle plus tard qu'elle fut le grand amour d'Alain Delon.
Elle finira en fée Carabosse par sonner la fin de la récréation. On alla faire chercher la voiture.
Sur le trottoir, je me retrouve un instant seul avec la Star qu'il était temps de ramener chez elle.
Elle passe tendrement ses doigts dans mes cheveux longs avec un regard de louve.
Je lui dis en retour que j'ai toujours été impressionné par sa façon de se maquiller les yeux.
Je lui parle des papillons que ça fait, sans savoir d'où ça vient. Peut-être à ses battements de cils.
Je comprendrai plus tard qu'elle et son coiffeur partagent un goût pour les garçons aux cheveux longs.
Ce dernier monte avec moi à l'arrière de l'énorme Mercedes. La Star à l'avant. L'assistante au volant.

Et nous voilà partis pour les Yvelines. " Retiens bien la route " me dira l'icone. " Pour pouvoir revenir ".
Elle était ivre et nous a raconté une histoire drôle. Honnêtement très drôle. Irrésistiblement bien racontée.
Pendant que Christian me faisait des choses à l'arrière. Des choses que se font les amoureux j'imagine.
Nous allons dormir chez elle. Au prétexte que c'était plus pratique pour préparer la journée du lendemain.
Il lui fallait son coiffeur et ami sur place, pour les retouches, pendant le fameux shooting.
Et nous sommes arrivés sur la propriété que j'avais déjà vue dans la presse et à la télévision.
Le portail s'est ouvert et notre voiture fut accueillie par des chiens qui vinrent tous nous faire la fête.




Philippe LATGER / Février 2023

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Les voix respiratoires

Publié le

La fibre fine des ourlets sous la moustache couvre des dents désordonnées.
Lorsque cela se retrousse, le soleil apparaît.
Les yeux plissés, aveuglés par eux-mêmes, rayonnent à tout dissoudre.
Hugh Grant peut aller se rhabiller. Et Julia Roberts avec lui.
Quand j'ai les deux, mais en mieux.
La malice est sexy. L'intelligence aussi.
La bouche qui mastique et qui m'inspire, en entier,
fait ses ronds de fumée en inventant le monde.

J'y fourre tout de moi. Ma langue et tout le bois dont je suis fait,
que je débite à tour de bras, pour alimenter l'incendie.
Les lèvres qui s'entrouvrent laissent échapper des râles, des volutes et une voix
qui fait de mes tympans des zones érogènes, des voûtes de cathédrale dont elle est la lumière.
Elle me pénètre et m'envahit, me pulvérise peut-être, quand je deviens les ondes heureuses de la porter.
Son grain me visite. Aux Grandes Orgues. Par voies sanguines. Circule partout dans l'organisme.
La caresse de l'intime. Le timbre aimé de l'ocytocine. Pour réveiller mon corps au feu de sa fréquence.
Au silence, il me reste le souffle. Nez à nez, je respire son âme, suspendu à sa fièvre, ivre de l'inhaler.
Entre ici mon amour. Ma cage thoracique ne saurait être un piège lorsqu'elle est un abri.
Elle s'ouvre comme un refuge, un écrin, l'horizon, où tu peux t'ébrouer sans craindre la prison.
Le sourire est immense. Il a mangé le mien. Tout fond de ma substance. Et plus rien ne me tient.
Sinon cette présence qui surpasse l'aurore, le plaisir et le rêve, l'espérance et la mort.
Elle fume. Indifférente. Fait la moue. Dans un mouvement de tête. Regard par en dessous.
Elle me dit " tu es bête ". Ta façon de me dire que je suis amoureux et que je ne devrais pas l'être.
Mais je ne le suis pas. Je relève un sourcil. Sans un mot. Voilà que ça t'inquiète.
C'est pire que ça. Inspiré. Expiré. Mais vivant. Tu peux faire la fête. Danser et chanter à tue-tête.
Aux voix secrètes. Respiratoires. Mieux qu'amoureux, je suis heureux.
Zippo. Cigarette. Fin de l'histoire.


Philippe LATGER / Févrierr 2023

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Les bipolarités

Publié le

La démence des aimants.


Philippe LATGER / Février 2023

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Nous y sommes

Publié le

C'est comme un parfum. Un arôme. A peine perceptible.
Qui ne vient pas tout de suite. Que je détecte au fond d'une profonde inspiration.
Je ne suis pas sûr de moi. Je réitère. J'inspire profondément. Je hume. Attentif.
Moi qui guette cet instant, à l'affût, chaque année. Je ne voudrais pas me tromper.
Je cours à la fenêtre. J'ouvre. J'inspecte. Je respire. Quand des indices m'encouragent.
Le linge sur l'étendoir semble avoir séché plus vite. Certes. Et je vais pieds nus dans l'appartement.
Je n'ose encore crier victoire. Je dois me rendre compte par moi-même et en avoir le cœur net.
Je descends dans la rue et la chaleur m'embrasse aussitôt. Elle me cueille et me roule des pelles.

Je vais un peu ivre. Et tout concorde.
Des oiseaux... J'entends gazouiller des oiseaux. Des oiseaux que l'on n'entendait plus.
Et la chaleur sur le trottoir libère une odeur magnifique de ciment chaud. Que je reconnais.
J'inspire encore et encore. Et c'est bien ça. Le printemps. Il est là.
Avec l'odeur si particulière de son retour. Indescriptible. Mais reconnaissable entre toutes.
Il y a des essences végétales qui se mélangent vaguement à des effluves troublantes.
Des choses délivrées à la chute du froid. Qui explosent en silence. Une bombe sensorielle.
Je prends la déflagration dans mes narines. Elle ouvre mes bronches. Et j'ai envie de chialer.
C'est revenu. Une fois de plus. Fidèle au rendez-vous. En pleine poire.
C'est là. Le plus beau moment de l'année. Le plus émouvant. Le plus important.
Cette bascule. Au gramme près. Qui va nous précipiter vers le bonheur.
La lumière. La chaleur. La sensualité. Et j'ai envie de tomber amoureux.
Ce parfum incroyable a toujours eu cet effet sur moi.
Il me donne envie de tomber amoureux.
Et je ris parce que je le suis déjà.
Mais ça marche. Encore et toujours.

Il faut que je travaille.
Que je parvienne à décortiquer ce que je ressens.
Que je réussisse à saisir les composantes de cette senteur si fragile.
Aussi délicate et insaisissable, mais aussi puissante et radicale que le goût de l'eau.
Quelque chose de volatile et violent qui a son assemblage.
De quoi est-ce fait ?
Je l'ai dans mes naseaux comme sur le bout de la langue.
Je dois parvenir à décrire cette odeur de ciment, que le soleil a réussi a extirper du sol.
Qui provoque des choses agréables dans ma peau et dans mon œsophage.
Je dois pouvoir retranscrire le bouquet mystérieux que me porte l'air sur la pointe des pieds.
Cela m'agace aussi vrai que cela m'enchante. C'est un ravissement.
Faute de pouvoir le restituer, j'identifie et accueille ce parfum comme une libération.
C'est une fête. La seule. La vraie. L'unique.
Et si j'échoue, j'ai ma consolation.
Nous y sommes.

 


Philippe LATGER / Février 2023

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L'enfer des rôtissoires

Publié le

Les ondes ombrulatoires. S'embrument.
Aux ombres ondulatoires. Qui fument.
S'enflamment. Au purgatoire. On brûle. Aux cascades de rochers.
De coquillages étranges. Qui font l'amour au Gange.
Pour mieux nous approcher.
Les bondes masturbatoires. S'allument.
Les bombes compensatoires. S'enclument.
S'exclament. Ambulatoires. Il ne faut pas tricher.
A la règle du feu. Et du dernier losange.
Pour mieux nous embrocher.

L'enfer des rôtissoires. S'embrase.
Aux flammes ondulatoires qui écrasent
la braise en nos gosiers, l'épine dans le pied,
le pied dans le rosier,
et nos amours en cendres.

 

Philippe LATGER / Février 2023 

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Face à la mer et aux ciels étoilés.

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C'est ça.
J'aime la mer pour ça.
Regarder la mer pour ça.
Parce que, face à la mer, on s'oublie.
C'est ça.
J'aime les ciels étoilés pour ça.
Regarder les ciels étoilés pour ça.
Parce que, face à l'univers, on s'oublie.

On s'oublie soi-même. Et j'oublie qui je suis.
Et c'est voluptueux de disparaître.

Au soleil qui se lève.
Aux tempêtes de neige.
Il ne reste rien d'autre que le reste.
Tout sauf nous-mêmes.
Et c'est ça. A l'amour. Mon amour. C'est ça qui m'intéresse.
Comme face à la mer. Comme aux ciels étoilés.
Dans tes bras, j'oublie qui je suis.
A ta respiration. A ta chaleur. A ta vibration.
Je peux disparaître. N'être plus rien. Ou plus personne. Ou juste en vie.
Je peut disparaître... Comme il fut dit.
Et écrit.

C'est la même chose.
Face à la mer. Aux ciels étoilés.
L'intimité amoureuse.
Pour moi, c'est la même chose.
Le même état.
L'ego se tait. L'orgueil aussi. Tout disparaît.
Dans tes bras. Mon amour. Bien au chaud. Animalement.
On s'oublie enfin. On s'oublie soi-même. Et j'oublie qui je suis.
Je n'ai plus à être qui que ce soit.
On dépose les armes. On défait l'armure. Bas les masques.
Les gants de boxe. Les costumes et les casques.
Ce n'est pas pour le sexe. Mieux que ça. C'est pour lâcher prise.
En confiance.
C'est ça.

Face à la mer. Aux ciels étoilés.
Je n'ai plus peur de disparaître.
Je n'ai plus peur de mourir.
Je me moque de n'être plus personne.
Parce que j'ai confiance.
En Dieu. Ou quelque chose comme ça.
Dans tes bras, mon amour, bien au chaud,
je n'ai plus peur de disparaître.
Je n'ai plus peur de mourir.
Je me moque de n'être plus personne.
Parce que j'ai confiance.
En toi.
Ou quelque chose comme ça.
C'est le bonheur. Le vrai. C'est le repos et la paix.
Puisque aimer nous repose de nous-mêmes.


Philippe LATGER / Février 2023

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TD

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Tu sollicites mes muscles.
Mon cerveau pour te plaire. Mes biceps pour les bander.
Tout conçu pour satisfaire. Te faire taire dans un tambour d'eau chaude.
Les cuisses dans le bain. Les bras pour les travaux. Les poignets pour visser et dévisser.
Prêts pour le Flamenco que je ne danserai pas ce soir. Courbatures. Le retour.
TD. Travaux dirigés. Pour t'épauler. Porter le poids que tu ne veux pas porter.
Rien ne me rend plus heureux qu'être utile. Rendre service. Faire rire. Et progresser.
Mon corps vaut mieux que mon cœur.
Le premier se réveille à plus d'un titre. Et c'est une fête. De le mettre à ta disposition.

Que tu le sollicites encore.
Mon temps ne vaut rien. J'en ai plein.
Il ne me coûte rien. J'en ai à revendre. Et à te donner.
Ce sont mes muscles qui répondent. Qui travaillent à ton plaisir.
Toujours prêts.
Pour le printemps.
J'ai toujours l'âge de t'aider.

D'ignorer la fatigue.
Et ce qu'en pensent les autres.


Philippe LATGER / Février 2023

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Sans amis. Sans amours. Sans amants.

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La nuit reste le moment.
La nuit reste.
Sans amis. Sans amours. Sans amants.
Où le temps échappe au temps.
Elle ne dure pas. Ne s'allonge pas. Elle est.
Sans heures. Sans minutes. Sans instants.
Le havre de chaleur suspendu.
Où l'on nous fout la paix.


Je l'aimais à 10 ans, à 20 ans, à 30 ans.
Pour faire la fête. Pour faire l'amour.
Je l'aimais blanche.
Je l'aimais tout autant pour ne rien faire d'autre
que d'échapper au temps.
Je l'aimais à 40. L'aimerai à 50.
Je l'aime blanche. Je l'aime noire.
Pour fumer dans mon lit à la lampe de chevet.
Ecouter le silence. Et adorer veiller.

La nuit est ma maison.
La nuit est mon espace.
Libère ma raison. Ma place dans le monde.
L'aube est une fête. Parfaite pour aller dormir.
Le coeur serein. Sans peur de mourir ni même de disparaître.
La nuit est mon bain chaud. Ma tasse de café.
Où plus rien n'a de prise. Mon squat. Ma zone grise.
Ma zone blanche. Sous les radars.

Je l'ai toujours aimée. Et même en vieillissant.
J'y suis bien. Surtout seul. Pour mieux la savourer.
Sans amours. Sans amis. Sans amants.
A juste savourer le bonheur d'exister.
C'est ce qu'elle permet.
Echapper à la fois au temps et aux contraintes.
Elle est le plaisir d'être.
Où l'on nous fout la paix.


Philippe LATGER / Février 2023

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Maldéfinition

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Un lutteur
n'est pas un joueur de luth.


Philippe LATGER / Février 2023

Maldéfinition

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