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Aux chevaux de Marly

Publié le

Combien de fois ai-je tourné le dos au Conseil d'Etat ?
Les eaux de la Seine sont magnétiques. Les mansards et chiens assis de l'aile Richelieu aussi.
Un Ministre des Finances s'était laissé filmer là, un soir, dit-on. Le soir où il apprit son élection à l'Elysée.
J'avais un an en 1974. Trente ans plus tard, j'ai mes habitudes. J'ai rendez-vous avec un verre de vin blanc.
J'ignore les lanternes de l'hôtel du Louvre pour traverser la rue de Rivoli en pilote automatique.
Les Lutteurs de Philippe Magnier se mêlent aux muscles des Chevaux de Marly. On se redresse.
De Giscard à Napoléon III, il n'y a qu'un pas. La Monarchie et la République réconciliées. S'il vous plaît.
La France nous regarde. Paris est éternelle. Et je veux ma part. Aux facettes de la Pyramide.

Au passage, les quelques marches sont à la sortie pour s'extirper au dernier moment du flot de touristes.
La galerie ouverte d'arcades m'attend. Avec ses serveurs vêtus de noir s'agitant dans la perspective.
L'un d'eux m'accueille avec le sourire obscène dont ils ont le secret. Je n'ai aucune raison d'être séduit.
Je lui retourne un sourire sincère et solaire, désintéressé, qui lui conseille de ne pas se fatiguer pour rien.
Je n'ai ni le goût ni les moyens de jouer à ça. Je veux juste une table et un verre de vin blanc. 
Nous nous sommes compris. Il n'aura pas de pourboire. Mais j'ai gagné son respect et ma tranquillité.
Je laisse à d'autres le soin de le traiter comme un prostitué. Ceux qu'il encourage tout en les méprisant.
Le mélange jour/nuit des pavanes du Louvre et des chasses des Tuileries créent ici un cocktail écœurant.
Que j'oublie à la serveuse qui s'occupe de moi. Je peux honorer mon rendez-vous avec moi-même.
Comme dans le métro, on ne se verrouille pas tant par peur de l'autre que pour se protéger.
J'ai gardé le sourire franc du touriste ou du provincial pour être sympathique, sans détourner le regard,
pour un vrai contact, tout en veillant, en vrai Parisien, à rester verrouillé. Question d'habitude.
Question de survie. Trop de monde. Trop d'opportunités. Trop de risques. Trop de tout.
Vivre ici ne permet pas de se laisser déborder. On se tient. On fait la gueule. Je trouve ça amusant.
Je fume, fermé aux Guichets, pour mieux embrasser la ville depuis son centre. Je m'élève pour tout voir.
Tenter de me rendre compte de ma chance. D'être là où je suis. Ni plus ni moins.
J'oublie la housse blanche douteuse du fauteuil. Le bruissement des vanités environnantes.
Je prends ma part. Je prends des airs. Mais c'est pour mieux prendre de l'altitude. Planqué sous le masque.
Les Guichets du Louvre sont un film de 1974. J'avais un an en 1974. Décidément. Le temps s'amuse aussi.

Sans doute plus que moi. Mais je ne boude pas mon plaisir. Le vin est bon. Et le soleil est doux.
L'ivresse du tout est possible n'est jamais loin. Mais ne me tourne pas encore la tête. Il est trop tôt.
Le rendez-vous a toujours cette sérénité traqueuse du calme avant la tempête.




Philippe LATGER / Mars 2023

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Demain la veille

Publié le

Je serai tout à l'heure dans la rue pour remonter la rue jusque chez moi.
Je serai tout à l'heure devant la porte de l'immeuble où j'introduirai la clé pour la déverrouiller.
Je serai tout à l'heure dans l'escalier, pour monter un, et puis deux, et puis trois étages.
Ce moment viendra à n'en pas douter. Il est devant moi. Encore loin devant moi.
J'ouvrirai la porte de chez moi, lâcherai mes affaires sur le canapé pour me faire un café.
Il me faudra d'abord quitter ce bureau après avoir salué mes collègues.
Il me faudra ensuite quitter le bâtiment où se trouve mon bureau et sortir sur la place.
Il me faudra marcher dans la rue pour remonter la rue jusque chez moi.

Tout cela viendra bien assez tôt.
Je finis en effet par saluer mes collègues pour quitter ce bureau.
Il ne reste plus qu'à quitter le bâtiment où se trouve mon bureau pour sortir sur la place.
Ce que je fais pour pouvoir emprunter la rue que je dois remonter pour remonter chez moi.
Je ne suis pas encore devant la porte de l'immeuble où j'introduirai la clé pour la déverrouiller.
Mais déjà, j'ai quitté le bâtiment et j'ai traversé la place pour emprunter la rue à remonter.
Et je remonte la rue pour remonter chez moi, en me disant que, tout de même...
même si je ne suis pas encore devant la porte de l'immeuble pour y introduire la clé,
même si je ne suis pas encore dans l'escalier pour monter un, et puis deux, et puis trois étages,
j'ai quand même déjà salué mes collègues et quitté mon bureau, déjà quitté le bâtiment,
et j'ai déjà traversé la place pour gagner la rue qu'il me faut bien remonter pour remonter chez moi.
Le temps de penser à cela et voici que je suis devant la porte de l'immeuble pour y introduire la clé.
Je ne l'ai pas encore déverrouillée. Je ne suis pas encore dans l'escalier pour monter les étages.
Ni même devant la porte de l'appartement pour l'ouvrir et lâcher mes affaires sur le canapé.
Ainsi donc, je ne suis pas encore en train de me faire ce café tant attendu, mais enfin, tout arrive.
J'ai salué mes collègues, quitté mon bureau, traversé la place, remonté la rue, et mieux encore,
j'ai déverrouillé la porte de mon immeuble dans laquelle j'avais introduit la clé pour la déverrouiller.
Puisque je suis déjà dans l'escalier, pour monter un, et puis deux, et puis trois étages.
Je n'ai pas encore lâché mes affaires sur le canapé pour me faire un café. Non. Pas tout à fait.

J'arrive juste devant la porte de mon appartement au troisième étage, émerveillé d'y être déjà.
Puisque, par rapport au moment où j'étais encore dans mon bureau, avec mes collègues, en bas,
en train de penser à tout ce qu'il me faudrait faire pour arriver jusque là, j'avais fait le plus gros.
A l'instant où j'introduis la clé pour ouvrir la porte de mon appartement, je me dis satisfait que
j'ai salué mes collègues comme prévu, quitté le bureau comme prévu, je suis sorti du bâtiment,
j'ai traversé la place, emprunté la longue rue qu'il me fallait remonter pour arriver chez moi,
introduit la clé dans la porte de mon immeuble pour la déverrouiller, et, dans ce même escalier,
j'ai gravi les marches pour monter un, et puis deux, et puis trois étages, pour ouvrir la porte de l'appart.
Puisque, comme prévu, j'ai ouvert la porte, lâché mes affaires sur le canapé et préparé mon café.
Que j'ai déjà bu au moment où j'y pense. En train de m'en préparer un deuxième.
Et j'ai du mal à croire que j'étais encore il y a peu devant la porte dans l'attente de ce premier café.
Que j'étais il y a peu dans les escaliers pour monter un, et puis deux, et puis trois étages.
Que j'étais encore il y a peu devant la porte de l'immeuble, en train d'introduire la clé dans la serrure.
Que j'étais à peine un peu avant en train de marcher dans la rue qu'il me fallait remonter jusqu'ici.

Et encore un peu avant sur la place devant le bâtiment, dans lequel j'étais dans mon bureau,
avec mes collègues, que je n'allais pas tarder à saluer pour quitter mon bureau, et puis le bâtiment.
Au moment où j'arrive devant le bâtiment pour rejoindre mon bureau et mes collègues, je me dis que
les deux cafés de la veille ne sont décidément pas loin.




Philippe LATGER / Mars 2023

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Acte combien

Publié le

Acte 1.
Le désir de la rencontre.

Acte 2.
La rencontre.

Acte 3.
La lune de miel.


Acte 4.
La panique. L'égarement. L'ennui et la séparation.

Acte 5.
La panique. L'égarement. L'ennui et les retrouvailles.

Acte 6.
La lune de miel.

Acte 7.
L'égarement. L'ennui et la séparation.

Acte 8.
L'égarement. L'ennui dans la séparation et les retrouvailles.

Acte 9.
La lune de miel.


Acte 10.
L'égarement. L'ennui dans les retrouvailles, et la séparation.

Acte 11.
L'égarement. L'ennui dans l'égarement. L'ennui dans la séparation. Les retrouvailles.

Acte 12.
La lune de miel.

Acte 13.
L'ennui dans les retrouvailles. La tentation de l'égarement. La tentation de la séparation.
Le souvenir de l'ennui dans la séparation. Et la lune de miel.

Acte combien... et puis merde, ça m'épuise, c'est nul, qu'est-ce qu'on fait ?... Happy end ?


- Je n'en sais rien, je ne sais pas de quoi tu parles.
J'ai dû rater des épisodes.
- ... Comment ça ?
- Ben... perso, suis resté à l'Acte 3.
- Tu es sérieux ?
- 3 actes, pour une pièce, c'est bien.

 


Philippe LATGER / Mars 2023

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Le quartier de Qiang

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L'avenue est large, encadrée d'énormes sinogrammes rouge et or en bannières.
Tapie à l'ombre des gratte-ciel de Lower Manhattan, China Town sent le métro et le miel caramélisé.
Les enseignes prises dans les escaliers de service se mêlent aux guirlandes de lanternes de papier.
Le vibrato de Teresa Teng, porté par flûtes et nappes de cordes, s'élève jusqu'à devenir cristallin.
La cathédrale monstrueuse du Municipal Building se dresse pour manger le ciel et barrer l'horizon.
Bébé dragon me prend la main.
Je le suis en confiance.




Philippe LATGER / Mars 2023

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Loto-persuasion

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Croire n'est pas naïf.
C'est une force.
Comme la gentillesse.
C'est la force d'une conviction.
D'une détermination.

Une force de caractère.
Croire n'est pas dupe.
Croire, c'est vouloir.
Et se donner les moyens.


Croire que l'on peut déplacer des montagnes.
Croire que l'on peut changer le monde.
Croire que l'on peut aimer quelqu'un toute sa vie.
Croire que l'on peut être heureux.
Croire que l'on n'est pas seul.

Croire n'est pas idiot.
C'est une action.
Sur soi-même et sur les autres.
Celle de donner un sens à son existence.
De se donner de la force pour avancer.
Aller quelque part. Choisir. Faire des choix.
C'est se convaincre de faire ceci plutôt que cela.
D'aller ici plutôt que là.
Croire, c'est exister.
Croire n'est pas stupide.

Croire que l'on vaut quelque chose.

Croire que l'on est quelqu'un.
Croire que l'on peut être aimé.
Croire que l'on peut faire quelque chose de sa vie.
Croire que la vie est bonne.

Si croire n'est pas savoir,
croire n'est pas se tromper.
C'est passer entre les gouttes, entre les doutes,
pour avancer sans peur de se blesser.
Croire c'est vouloir.
C'est prendre les choses en main.
Croire n'est pas se tromper.
C'est savoir qu'on ne sait rien.
Et décider d'être quand même.
Croire c'est vouloir vivre et aimer.
C'est vouloir être vivant, c'est vouloir être libre,
et exister.



Philippe LATGER / Mars 2023

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Araignée du matin

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Il faut chercher une nouvelle prise, un peu plus haut,
détendre la jambe pour s'élever, la main brandie, agripper autre chose,
pour s'extirper de l'étroiture, se hisser hors du gouffre, qu'il faut escalader.
Sur mes appuis, je n'ai rien d'une araignée, trouver les muscles pour me soulever,
avancer vers la lumière, et remonter à la surface
de mon sommeil.




Philippe LATGER / Mars 2023

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A quoi on joue ?

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Et donc ?... Tu n'es pas censé écrire ?
- Eh bien. Comment ça ? Qu'est-ce que je suis en train de faire ?
- S'il te plaît, pas ça. Ne fais pas semblant. Tu m'as très bien compris.
- Je suis en train d'écrire.
- Je ne te parle pas de ces merdes pour la presse et tes conneries.
Tu n'es pas censé écrire de la poésie, du théâtre, non ? Je me trompe ?
- Bah. Ecrire, c'est écrire. 

- Mais quelle mauvaise foi... C'est ce qu'il faudra retenir ? Ecrire, c'est écrire ?
Je dois la noter celle-ci ? C'est un mot d'auteur ? Ton testament ? Ton épitaphe ?
- Euh, fais un gosse, prends un chien, fais quelque chose mais fous-moi la paix.
Tu vas te calmer. Tu n'es pas mon père. Je ne te dois rien, d'accord ?
Je fais ce que je veux, d'accord ? Oui ?... Je sais ce que tu fais, ou ce que tu veux faire.
Je comprends. C'est un peu sincère, un peu hypocrite, un peu les deux, mais je vois très bien.
Tu as fait ton numéro, j'apprécie ton zèle, ta commisération, qui t'honore, bravo, mais là,
c'est peut-être de la merde mais j'ai du travail...
- ...
- ... moi !
- ...
- ... J'hallucine.
- Tu m'énerves. Tu es de mauvaise foi.
- J'écris, comme tout le monde, pour transformer le réel... Tu comprends ?
On écrit pour transformer le réel. Les mots, ça sert à ça.
On n'est pas obligé de n'écrire QUE de la poésie et du théâtre pour agir sur le réel, si ?
Ce que j'écris, ici, c'est pour rendre une chose existante, je m'y emploie.
C'est déjà bien présomptueux. Ce n'est peut-être pas de la poésie, mais c'est censé,
pareillement, à sa façon, transformer le réel, et peut-être même changer la vie des gens.
C'est assez ambitieux pour toi, ça ? Est-ce que ça te convient ?

- J'aime pas la politique.
- Eh bien tu as tort. La politique, c'est la vie de la cité. C'est la vie des gens.
C'est l'organisation de la société. De notre quotidien. Et, ici aussi, ça se fait avec les mots.
La politique, ça s'écrit, parce que ça se pense, ça s'imagine...
- Arrête. C'est bon. Je connais ça par cœur. 
- Mais ton truc aussi je le connais par cœur.
- C'est juste que j'avais cru comprendre que tu étais artiste.
- Mais on s'en fout de ça, ça ne veut rien dire.
Ma voisine est une artiste. Sheila est une artiste. Qu'est-ce que ça veut dire ? On s'en tape.
- On peut pas discuter. C'est bon.
- Laisse-moi finir ce projet d'article. C'est urgent. Et important.
Et promis, ensuite, je te rejoins, et on fait de la musique, on écrit des chansons.
- Ecrire, c'est écrire... mon nouvel album.
-
Je t'aime.




Philippe LATGER / Mars 2023

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La tramontane est là

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J'aime les Eaux de mars. Qui se font attendre.
Au ciel déchiré par la tramontane. Aux nuages effilés, craqués et balayés.
Le bleu revient en maître. S'imposer au plafond.
Au coin de nos fenêtres. Aux horizons profonds.
Variateur de lumière, dans la course effrénée de cumulonimbus, aux bourrasques du diable.
Ménage de printemps. Le temps de nettoyer. De préparer la suite. La chambre retournée.
Dépoussiérer l'espace. Le cycle irrémédiable. Faire place au soleil.
Au pas sautillant d'Agua di Março, je reprends mon sourire, des forces et du courage.

Je reprends mes affaires comme mon corps en main. La rage de vibrer et d'éclore à la douche.
A la peau retrouvée. A l'appétit en bouche. Qui rêve au lendemain. Se lève du bon pied.
Quand les humeurs basculent vers le goût d'exister, le désir de conquête, de séduire et d'aimer.
Les pluies se font attendre. Mais le vent délirant, à l'heure au rendez-vous, déferle sur nos pentes.
Fait son œuvre démente pour éloigner la nuit.
Il chasse les noirceurs. Allonge nos journées.
Aux machines de linge, matelas retourné, pour le changement d'air, la lessive des taies.
L'atmosphère est austère, radicale et violente, pour tenir ses promesses, mais pleine de gaieté.
C'est un déménagement. L'hiver exproprié. Et ça souffle à tout rompre pour libérer le champ.
Si j'aime les Eaux de mars, si elles se font attendre,
la tramontane est là et joue sa partition.




Philippe LATGER / Mars 2023

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Ader pour son Eole

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Les chauve-souris s'envolent en nuées.
A l'autre bout du monde.
Je les attends sagement installé au balcon de la suite
sur Macquarie Street.
Elles ont dormi comme des pierres,

comme des poires dans les arbres
du jardin botanique.
Et vient l'heure où la faim les réveille, les tenaille,
au coucher du soleil.

Le spectacle est plus fascinant encore
que les dents de requin de l'opéra de nacre.
Deux tours s'étaient effondrées ailleurs.
Quand j'ai fait le tour de la terre
pour te rejoindre.
Leurs ailes de feuilles mortes dépliées
ont pu inspirer un certain Ader pour son Eole.
L'architecture est efficace. Renards volants au poil roux.
Noircissent le crépuscule de leurs nuages tranquilles.
Le siècle a pris son virage.
Manhattan est dans son naufrage de cendres.
J'ai bravé la psychose mondiale pour monter dans un Boeing.
Qui m'a conduit tout droit dans tes bras dans l'Hémisphère Sud.
Elles m'attendaient toutes. Pendues la tête en bas.
Lorsqu'elles ont sans doute la tête en l'air, vues de l'autre côté.
C'est moi qui ai la tête en bas. Les arbres sont à l'envers.
Quand mon cœur s'est brisé à la chute des dieux.
Babylone punie. Et la déflagration m'a propulsé aux confins de la terre.
Un séisme qui n'a rien perturbé des habitudes de mes frugivores chéris.

Chauve-souris. Dans leurs capes de vampires. En quête de sucre.
Au beau milieu de l'océan Pacifique. De l'opéra de nacre.
Je n'ai pas trente ans et mon monde s'est effondré.
Ici aussi, le soleil se couche. Et tout est à réinventer.
L'amour a survécu. Nous ne sommes pas morts.
Et les renards s'envolent comme autant de phénix.
Batman peut se rendormir. Nous ferons donc sans lui.
Je reviendrai à New York. Promis.
A suivre cette ligne qui saigne dans mon poing.
Quand tu me prouves aujourd'hui, nous le savions,
que c'est l'amour, toujours lui, qui nous donne des ailes.




Philippe LATGER / Mars 2023

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T-rêve

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Le sommeil me tourne autour. Veut m'entraîner ailleurs.
Je ne veux pas y aller.
Ma vraie vie, éveillée,
est si belle, bien plus belle que tous les rêves
que mon cerveau et mon imagination chercheraient à produire.
Je lutte. Je ne veux pas dormir. Je veux tout voir et ressentir.

 

Et puis, non... J'ai changé d'avis.
Dormir est un plaisir.
Que je regretterai.
Lui aussi.


 

Philippe LATGER / Mars 2023

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