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Et le ciel s'éclaircit

Publié le

Vieillir,
c'est sortir du brouillard de la jeunesse.



Philippe LATGER / Juin 2023

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Couchés

Publié le

Couchés,
tu n'arrives pas à me joindre

par les deux bouts.



Philippe LATGER / Juin 2023

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...ssières...

Publié le

" Ne me touchez pas. Ne me touchez pas. Ne me touchez pas !!!
NE ME TOUCHEZ PAS !!!! 
- Qu'est-ce qui vous prend ? Calmez-vous !
- NE ME TOUCHEZ PAS ! Ne me touchez PAS ! NE ME TOUCHEZ PAS !!!
- Enfin, faites quelque chose, ne la laissez pas comme ça !
- Que peut-on faire ? Faut-il appeler les secours ?
- Ne me touchez pas... ne me touchez pas... NE ME TOUCHEZ PAS !

- Elle est en pleine crise ? C'est insupportable.
- Ne me touchez pas ! Ne ME touchez pas ! NE ME TOUCHEZ PAS !!!! "
Et paf.
La dame explose.

Et c'est comme des lucioles qui tombent du ciel.
Les flammèches ardentes qui neigent dans la nuit.

Poussières.



Philippe LATGER / Juin 2023

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Mais pas que

Publié le

Ma vie est beaucoup mieux que ce que j'en attendais.


Philippe LATGER / Juin, 2023

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Vérité définitive

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Terramux comportiellement nouvleu
s'éronciope à tansort de la chorfe.



Philippe LATGER / Juin 2023

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La flotte flotte

Publié le

Feuillages d'eau.
Arborescences suspendues. Voyageuses.

Turgescences de meringue. Bouillonnement d'albâtre.
Montagnes de nuages pour maculer l'azur.
Elles se déforment. Lentement. A vue d'oeil.
Elles se dressent à l'horizon. Menaçantes.
Avec leurs silhouettes de monstres et de vaisseaux spatiaux.
Les masses d'eau volantes.
Boursouflées. Aux ventres grisâtres.
Aux chevelures incendiées de soleil.
L'armada de navires à la conquête du monde.
Une armée de cumulus. Prête à lâcher ses bombes d'eau.
A pleuvoir sa mitraille bienveillante, bienfaitrice.
Une bataille aérienne. Une bataille navale.
Une guerre de la vie. Majestueuse.
Quand la flotte flotte
pleine de flotte.



Philippe LATGER / Juin, 2023

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C'est mort

Publié le

Le sourire est franc. La beauté évidente.
C'est jeune. C'est frais. C'est sexy. La tête est bien faite.
Tout ce que j'aime. Une belle voix. L'œil vif. Ça s'exprime bien. 
C'est intelligent. Cultivé. Intéressant. Et physiquement, tout ce qui me plaît.
De silhouette, de muscles, de proportions, de peau, de pilosité, de rire... bref. 
Tout est aligné pour le coup de foudre. J'attends.
Je souris à mon tour. Je donne le change. Je réponds aux questions.

Et je m'inquiète. Je regarde autour de moi. Il ne se passe rien.
Je suis censé faire de l'humour, dans le registre de l'autodérision,
lorsque le date idéal me fait l'honneur d'une série de compliments.
Manifestement, je suis parvenu à séduire. J'en suis flatté.
Mais j'attends la foudre.
D'ailleurs, j'y pense. Je suis parvenu à séduire mais, je m'en rends compte,
sans avoir cherché à le faire. A aucun moment. Et ça me perturbe.
J'ai face à moi ce que je pouvais souhaiter de mieux en tout point,
et je n'ai même pas cherché à être séduisant.
Ok. Inutile dans ce cas d'attendre que la foudre ne tombe. Où que ce soit.
En fait, bien sûr qu'il ne se passe rien. Il faut se rendre à l'évidence.
Le sourire est éblouissant, peut-être, mais je n'en ai rien à foutre.
C'est exactement ça.
Je serais embarrassé d'avoir à restituer notre conversation.
Je crois n'avoir pas écouté grand chose.
La situation professionnelle. Les goûts. Les hobbies...
Ah... oui. " Un peu " artiste. Ok. Oui. Comme moi en somme.
Non, décidément, je n'ai rien écouté du tout.
Je me demande même ce que je fous là.

C'est que, j'ai un caillou dans la chaussure.
Ou plutôt une enclume dans la poitrine. Ou dans le ventre.
Enfin. Un enclume, plus un 33 tonnes avec sa cargaison.
Il y a eu une dispute. Enfin... pas vraiment une dispute.
Mais voilà. Une sorte de brouille. Et cela me bouffe. Me rend triste.
Ici, je peux rouler ma cigarette, certes, puisque tout le monde fume.
Mon rendez-vous ne me reprochera pas mon tabagisme.
Cela devrait me réjouir. Mais je m'en fous.
En fait, je n'ai rien à foutre de cette personne.
Que je n'ai pas envie de connaître.
En fait, je la connais déjà.
Pas elle, personnellement, certes, mais son profil, oui. J'ai déjà fréquenté ça.
J'ai reconnu la façon de s'habiller, de se présenter, de parler, de plaisanter.
Je suis terrifié en réalisant que je connais tout ça par cœur.
Je crois que je pourrais dire tout de suite ce qui se passerait dans le moindre détail
de notre soirée et de notre relation, si j'acceptais d'embrayer pour passer la seconde.

Je crois que je pourrais même dire comment ça se passerait sexuellement.
Je pense déjà savoir comment est son appartement, sa chambre à coucher, sa bagnole.
Je connais déjà tout le déroulé de notre histoire jusqu'à notre rupture.

Bon. Il n'y aura pas de coup de foudre aujourd'hui. C'est mort.
J'écrase ma cigarette lorsque je sens quelque chose dans mes jambes.
Que je rétracte sous mon siège pour les dégager.
Je pourrais me sentir flatté. Je suis juste embarrassé.
Pourquoi diable me suis-je mis dans cette situation ?
Je n'ai nullement l'envie d'humilier cette personne.
Pourtant, je continue à lui poser des questions.
Elle croit que c'est parce que je m'intéresse à elle, alors que c'est une lâcheté de ma part.
Je lui pose des questions pour éviter qu'elle m'en pose. 
Je lui pose des questions pour la faire parler. Comme si je cherchais à gagner du temps.
Je lui pose des questions dont je n'écoute pas les réponses.
J'étais tellement heureux de pouvoir te rejoindre avec ma nouvelle voiture.
Evidemment, cela devait clôturer une période compliquée, cette voiture était tout de même
une solution à bien des problèmes, et venir te la présenter était pour moi une véritable fête.
J'ai été maladroit. Intrusif. Peut-être même arrogant. Cabot. Trop sûr de moi.
En fait, j'avais peu dormi, j'étais épuisé, nerveusement, émotionnellement fragile,
j'avais passé la journée dans les trains, passé du temps dans un lieu qui me fait du mal,

que je cherche habituellement à fuir ou à éviter, tout ça pour gagner ce Graal.
Pardon. Je n'ai pas été très délicat ni patient. J'ai merdé. J'ai gâché ma propre fête.
" Pardon ?... " Et merde. L'Art Déco bien sûr. Voilà qu'il va me falloir parler de l'Art Déco.
" Oui, désolé. Je suis toujours surpris que ça puisse intéresser les moins de cinquante ans. "
Surpris ou sceptique. Quand je doute pour beaucoup que ça puisse sincèrement les intéresser.
" Tu connaissais ? Ah... Alors nous y voilà. C'est un style d'architecture ou d'ameublement à ton goût ? "
J'ai gagné quelques minutes. Il faut que je me sorte de là. Que je trouve une excuse. Au plus vite.
Je m'ennuie. Je m'embourbe. Je ne suis pas à ma place. Je perds mon temps.
La foudre est déjà tombée il y a bientôt quatre ans.

 


Philippe LATGER / Juin  2023

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Décompte

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Une journée où l'on ne crée rien est une journée perdue.


Philippe LATGER / Juin, 2023

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Vous n'aurez rien

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La carrosserie percute. Net. Arrêtés nets.
Le fil de la réalité coupé.
Le fil de la normalité coupé.
Je partais t'acheter de l'e-liquide pour ta cigarette électonique.
Tu étais en panne. Au bord du manque. Et je savais quoi faire.
Le tabac du boulevard Poincaré. Bien sûr. C'était l'idéal. On peut s'y garer.
C'était tout près et je n'allais pas faire un grand détour. J'allais gagner du temps.
Tu m'avais téléphoné. Et tu savais que j'allais dire oui. Aussitôt dit. Aussitôt fait.

Je remonte la rue puisque, comme chaque fois, comme d'habitude, je ne me rappelle plus de l'endroit exact
où j'ai garé la voiture la veille, et je dois tenter de me souvenir en marchant de ce que j'ai fait, où j'étais,
quand je me suis servi d'elle la dernière fois, si j'étais rentré de jour ou de nuit, et je marche clé en main,
pour la faire clignoter, et je suis satisfait de tomber sur elle du premier coup, sur cette rue en sens unique.
Elle est là. Garée juste avant le stop. Côté droit. Fidèle au poste. Bonne fille.
Je suis à une place du carrefour. Que je connais par cœur. Je m'installe. France Musique.
La ceinture. Le cœur léger. Pas de panique. Dans une heure, top chrono, tu auras de quoi vapoter.
Tu es courageux. Il faut t'encourager. Le tabac sur Poincaré sera parfait. C'est tout droit.
Cligno. Oeil dans le rétro. Je sors de ma place et m'avance vers le stop. Que je connais par cœur.

Tu roulais tes cigarettes. C'est comme ça que je t'ai connu. Toujours la tête baissée sur ta clope.
Vue ta dextérité à rouler, on comprenait que ça ne datait pas d'hier. Que ça t'avait accompagné toute ta vie.

La feuille. La pincée de tabac. Le petit carton transformé en filtre entre tes doigts. La rouleuse.
Et finalement, tu acceptais de relever la tête. Le coup de langue. La touche finale. Et c'était fait.
C'était machinal. Tu étais dans une conversation ou dans tes réflexions. La tête baissée sur ta clope.
C'était comme ça en public. Comme aux petits matins où tu te levais toujours avant moi.
Je restais sous les couvertures rêches aux gros chats oranges, dans un énorme lit de grand-mère,
tu filais te faire un premier café à la table de la cuisine, et tu roulais ta première clope.
Que tu fumais le nez dans les vitres de la porte-fenêtre, le nez dans le petit jour et tes montagnes.
J'ouvrais l'oeil juste pour le plaisir du spectacle. Faisant semblant de dormir. Le poêle à bois.
Il faisait froid. Je restais paresseusement enroulé dans notre chaleur de la nuit. Tu faisais tes listes.
Et tu roulais tes cigarettes. Perdu entre ce qu'il fallait faire de travaux. Ce qu'il fallait produire d'art.
Ou bien ce qu'il fallait écrire à quelqu'un. Ce qu'il fallait dire à quelqu'un d'autre. Je regardais.
Ce nez étrange perdu dans les montagnes que tu n'imaginais pas encore.
Je ne bougeais pas. Je me taisais. Pour te laisser du temps. Pour te laisser tranquille.
Et pour faire durer mon propre plaisir. Dans la chaleur de nos corps d'une nuit.
Complice. Heureuse. Quand la confiance l'emportait toujours sur la précarité.

Ce n'est pas encore l'heure du jazz. Je me suis sauvé plus tôt du boulot pour te rendre service.
France Musique est à la musique classique. Et je suis fier que tu aies arrêté de fumer du tabac.

Pour une fois, je ne tournerais donc pas à droite pour récupérer le feu du boulevard Briand.
C'est ce que je fais habituellement pour partir te rejoindre. Mais j'ai eu cette idée du tabac de Poincaré.
Cette fois, j'irai tout droit. On peut s'y garer. Je pourrai faire vite. Et gagner du temps.
Je n'ai jamais acheté ce genre de choses. La cigarette électronique, oui. Mais jamais d'e-liquide.
Ce ne sera pas la première fois que tu me fais acheter des choses auxquelles je ne connais rien.
Hier fut un grand jour. Tu as su que tu allais bien. Et une chape de plomb a été pulvérisée.
La situation te paralysait. Et je suis heureux. Parce que tu vas pouvoir te remettre en mouvement.
Je pourrai peut-être profiter de cette livraison pour t'aider à avancer dans le couloir.
Encore dimanche, j'étais allé chercher le nombre suffisant de rouleaux de papier peint pour finir.
Il y aurait assez de lés pour couvrir tout le mur d'un bout à l'autre. Sauf à faire des conneries.
Déjà, l'habitacle de ma voiture, c'est comme si j'étais déjà chez toi. La musique classique. Un abri.
Je laisse le boulot derrière moi. J'aurai bien un appel téléphonique ou deux à faire. Pour être sûr.
Mais tout est sous contrôle. J'ai assuré. Je peux partir l'esprit serein. Dans une heure, je suis chez toi.
Un coup d'oeil dans le rétro. Je m'arrête au stop.

La carrosserie percute. Net. Arrêtés net.
Le fil de ma réalité coupé.

Le fil de ma normalité coupé.
On a diagnostiqué un cancer à mon père.
Je m'accroche à la vie. France Musique. Le papier peint. Ta cigarette électronique.
Je m'arrête au stop. Rien au monde ne viendra bousiller mon bonheur. Je m'y oppose fermement.
Quelqu'un a fait irruption dans ton espace vital. Vient compromettre les équilibres.
Je m'accroche à la vie. Mon père va mourir. La musique symphonique. L'amour. La poésie.
Toi, tu vas bien. Ce n'est pas une petite victoire. Tu as accepté de savoir. La vie est belle.
Rien ne viendra foutre en l'air mon bonheur. Rien ni personne.
Je m'arrête au stop. Et cette fois, j'irai tout droit. Je ne te lâcherai pas.
Je regarde à gauche. Je regarde à droite. Et à gauche à nouveau parce qu'une voiture est mal garée.
Sur le zébra censé rester dégagé pour garantir la visibilité. Ce n'est pas la première fois.
Je connais le carrefour par cœur. Je l'emprunte tous les jours. Je regarde à droite à nouveau et je m'engage.
Je m'accroche à la vie. On a diagnostiqué un cancer à mon père.
Rien ne m'arrachera mon bonheur.

Je n'ai pas entendu de crissements de pneus. Seulement le fracas de la tôle dans la détonation de l'impact.
Ma tête a frappé la vitre de ma portière. Je dois aller tout droit. Je vais t'acheter de l'e.liquide.

Pas de problème. " Je suis chez toi dans une heure, ça va ? Tu pourras tenir ? "
La voiture s'est retrouvée entraînée à droite vers le feu du boulevard Aristide Briand.
Tu as arrêté de fumer du tabac. Et tu es en bonne santé. Je m'accroche à la vie.
Comme si on me remettait sur les rails. Ma route pour te rejoindre. C'est à droite. Pas tout droit.
" Mais non. Je veux aller au tabac de Poincaré. Je n'ai pas que ça à faire. Foutez-moi la paix ! "
Le bruit de verre brisé. De plastique brisé. De plastique craqué. Un bruit de destruction.
Quelque chose m'avait pris dans son poing pour tenter de me réduire à néant.
" Mon père va mourir d'un cancer sale con. Qu'est-ce que tu crois pouvoir détruire de moi ? "
La radio fonctionnait toujours. Mais la musique était sortie de mes oreilles. Coupé dans mon élan.
Coupé net. Le fil de mon quotidien. Le fil de mon bonheur. Le fil de ma normalité. De ma réalité.
Coupé dans mon élan vers la vie. Ma vie. Et ce bonheur que personne ne viendra me prendre.
La voiture est arrivée comme une bombe. Ne nous a laissé aucune chance.
Ne s'est pas laissé le temps de piler. Ne m'a pas laissé le temps de piler.
La carrosserie percute. Comme ma tête contre la vitre.
Je perds le contrôle du véhicule. Je perds le contrôle de tout. Ma voiture ne répond plus.
Il n'y a plus qu'à attendre de voir où tout cela nous mène.

Net. Arrêtés net. Le fil coupé. De ma normalité.
Ce n'est pas ce qui était prévu. Et je suis furieux. Furieux contre les dieux.

" Décidément, vous vous y mettez tous ! Mais vous ne me prendrez rien ! "
Ni mon âme. Ni mon coeur. Ni mon amour. Ni ma lumière. Ni ma vie. Ni mon honheur. Rien.
" Vous pouvez vous acharner. Vous y mettre à plusieurs. Vous n'aurez que dalle. "
Il y eut un moment où j'ai pu reprendre le contrôle du véhicule. Et je suis revenu à moi.
Dans un bruit de verre qui crisse, de plastique qui racle, j'assure la fin de la course,
pour ranger la voiture de façon à ce qu'elle gêne le moins possible la circulation.
Je suis à la fois abattu et furieux. Démonté et fulminant. Je sais déjà ce que je vais voir.
Et je sais déjà ce qui va se passer. Un bonheur n'arrive jamais seul. Mais la roue tourne.
Faut-il être jaloux à ce point de ma chance, du bonheur insolent que j'ai construit ?
Pour déchaîner toutes les forces de l'enfer en l'espace de quelques jours ?
Je coupe le contact et je sors de mon véhicule. Sonné. Mais décidé à en découdre.
" Vous n'empêcherez rien. Vous êtes impuissants. Allez tous au diable ! "
Je m'écarte de ma voiture, et regarde si quelque chose a pissé sur la route.
Des jeunes sortent de la voiture noire qui est venue me pourrir la journée.
Je regarde ma fidèle camarade défigurée. Réduite de moitié. La gueule béante.
Et je sais déjà qu'elle est morte.

Je vais me battre.
Crois-moi, je vais me battre. Comme un homme. Comme un chien. Mais je vais me battre.

Personne ne m'enlèvera mon bonheur. C'est une construction, une forteresse, qui résistera à tout.
Je demande aux deux jeunes s'ils vont bien. Je ne suis pas sûr d'être intéressé par leur réponse.
Je vois bien qu'ils vont bien. Mais j'insiste un peu. Avant d'appeler les pompiers, la police, l'assurance.
Je fais une photo et t'envoie un texto. " Je vais être en retard ".
Je suis furieux. D'une colère froide. Je maudis ceux qui ont mis ces jeunes sur ma route.
Je devrais être en train de me garer devant le bureau de tabac pour t'acheter ta dose de vapoteuse.
J'ai envie de voir ta maison. D'embêter ton chat. J'ai envie qu'on raconte des conneries. Qu'on s'engueule.
Qu'on bosse ou qu'on ne foute rien. Peu importe. Mais je n'ai pas envie d'être là avec ces gens.
Ma voiture au milieu de la route. Le parechoc par terre. A l'ampleur des dégâts je sais la violence du choc.
Et ma fureur se nuance d'une forme de reconnaissance. En fait, je l'ai échappé belle.
Heureusement, je n'avais eu le temps de sortir que le bout de mon nez.
A moins d'un mètre près, je perdais l'usage de mes jambes. Ou Dieu sait quoi d'autre.
Je tourne cette chance à mon avantage. Bien qu'abattu d'avance à l'idée des démarches à faire,
je me dis que les forces du Mal ne m'auront pris que ma voiture. Si elles me voulaient moi, c'est raté.
" On fait un constat ? " ... Les réjouissances commencent. On va passer la soirée là-dessus.
Je suis sûr que ce papier peint ira très bien dans ce couloir. Il est tout à fait dans l'esprit de la maison.
Je suis à quatre pattes dans ma voiture, le nez dans la boîte à gants, pour sortir des papiers dont je me fous.
Je n'ai jamais aimé coller du papier peint, mais pour toi et cette maison, je prendrai un plaisir fou.
Coupée net. Ma réalité. Coupé net. Mon élan. Ma musique. Ma route. Ma fuite. Mon horizon.
Je suis gêné par les sentiments que j'éprouve pour ces deux jeunes. Je n'avais jamais éprouvé ça.
Je n'ose mettre un mot dessus. Ni même m'y attarder. Pour ne pas salir mon âme.
Je préfère concentrer ma colère sur les forces qui s'acharnent contre moi.
Je les connais. On se connaît déjà. On s'est déjà rencontrés. Il y a longtemps. Je sais très bien.
Mais cette fois, je vais me battre. Vous perdez votre temps. Et vous pouvez en être sûres,
moi vivant, vous n'aurez rien.



Philippe LATGER / Juin 2023

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Et toi, tu la mords

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Bah. Tu peux me mettre à l'épreuve.
Je suis plus vieux et plus fort que toi.
Tu peux vomir ton égoïsme, ton orgueil, ton ressentiment, ta panique,
je te regarderai vomir avec un mélange de colère et de tristesse,
mais tu ne m'entraîneras pas du côté obscur de la Force.
Tes noirceurs t'appartiennent. Je n'en veux pas.
Si je ne parviens pas à les chasser de ton cœur,
elles ne pénétreront pas le mien.

Tu peux être injuste, te venger sur les mauvaises personnes,
y compris celles qui cherchent sincèrement à t'aider,
faire tes caprices, me vomir moi-même d'être encore là,
je ne me laisserai pas abîmer par la violence de ton mépris et de tes agacements.
Tu te noies dans ton verre d'eau. Je te tends la main. Et toi, tu la mords.
Je ne suis pas responsable des situations inextricables dans lesquelles tu te mets systématiquement.
Je ne suis coupable que d'être celui qui vient chaque fois te sortir de là.
Je sais bien que c'est précisément ce qui t'exaspère. J'en suis désolé bien qu'indifférent.
J'ai bien des défauts, mais j'ai quelques valeurs comme la générosité, la loyauté ou la constance.
Il ne faut pas confondre la générosité avec l'imbécilité.
Il ne faut pas confondre la loyauté avec la fidélité.
Il ne faut pas confondre la constance avec l'atonie.

Puisqu'on peut être généreux sans être naïf.
Puisqu'on peut être loyal sans être exclusif.
Puisqu'on peut être constant en étant impulsif.
Tu ne changeras pas ma bienveillance en bêtise.
Tu ne changeras pas ma gentillesse en lâcheté.
J'aime tenir mes promesses. Et je les tiens.
Libre à toi de me vomir.
Et de me faire la gueule en suivant.
Tu ne détruiras rien de moi.
Ni de ma joie, ni de ma force.
Puisque c'est la même chose.
Elles me sont plus précieuses que toi.
Tu peux me mettre à l'épreuve. 
Je suis plus grand et plus fort que moi.
Tu peux dire que je suis méchant, me trouver chiant, 

me vider tous les seaux de merde sur la gueule,
rien ne me déviera du bonheur que je tiens fermement.
Si tu ne veux pas qu'il soit le nôtre, c'est ton droit,
mais tu ne me l'enlèveras pas.



Philippe LATGER / Juin, 2023

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