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3 mots

Publié le

Tu me manques.
 

 

Philippe LATGER / Octobre 2023

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L'amour c'est l'éternel

Publié le

Quel heureux homme il a été.
D'être au pli de tes jambes comme à ceux de ton âme.
D'être au creux de ton cou comme à ceux de tes doutes.
Crois-tu vraiment que son amour n'ait pu être que physique ?
Il t'aimait aussi fort, plaqué tout entier dans ton dos pour chercher le sommeil,
que seul dans son lit à t'aimer à distance. Il t'aimait pour le débordement de vie qui brûlait à ton contact,
comme pour le vide habité que tu lui laissais en ton absence.
Il partait à Vira plein de toi. Bien assez pour l'accompagner au cœur de la nuit jusqu'aux Etats-Unis.
Les années passant, l'attraction physique aurait pu se noyer et s'éteindre. Mais n'y avait-il que cela ?

L'émotion de te voir te défendre et te battre, de vouloir en découdre et devenir quelqu'un,
l'admiration pour une candeur qu'il savait reconnaître malgré des postures et quelques stratagèmes,
et celle pour les dons multiples dont tu ne sais que faire, tout se mêlait à l'émerveillement
d'avoir pu te trouver dans la foule des hommes alors que c'était toi qui l'avais repéré dans la botte de foin
de milliers de profils sur les réseaux sociaux.
Et même si c'est toi qui es venu le chercher, il rendait grâce au ciel d'avoir pu te trouver.
Il t'a aimé comme il n'avait jamais aimé personne. D'un amour inédit qui était évident. Inconditionnel.

Absolu. Eternel. Quand il sait que son amour pour toi est une force qui ne lui appartient pas.
Un amour qui lui survivra. Quand il n'est pas le seul fait de ce que tu lui inspires.
Quelque chose de plus grand.
Plus grand que lui.
Plus grand que tout.

Quel heureux homme il a été.
De t'avoir vu heureux à rire et à danser. Quand tu chantais pour lui. Quand tu le taquinais.
Ce n'était pas le corps qui désirait le tien. C'était l'âme qui pleurait d'avoir trouvé l'amour.
Et ce n'est pas un piège. Le fiel et la prison. Quand c'est la liberté. L'horizon grand ouvert.
De pouvoir au contraire se sortir de ce corps et de ses tyrannies. 
S'émanciper enfin des pesanteurs physiques.
C'était la liberté. De pouvoir t'aimer.
Cérébralement. Ou d'une façon autre.

A l'usure du temps, l'attraction physique n'était plus celle du désir du corps.
Quand au bout de quatre ans vos corps avaient changé et reconfiguré les raisons de se plaire.
C'est l'amour platonique, celui désincarné, qui inspirait la chair, s'emparait du physique.
Aux jeux qui étaient permis, dans l'écrin de confiance, qui avait pu se tisser au fil du temps passé.
L'aimantation chimique avait cédé la place à l'aimantation des âmes. Pour que les deux s'alimentent.
Il y eut un coup de foudre au coin de la rencontre. Il y a des phéromones. Des compatibilités.
Et aux corps qui exultent, les âmes se découvrent. Et peuvent se trouver.
Alors. Les corps peuvent vieillir. Ils peuvent se faner. La joie est bien intacte. C'est le même sourire.
Le ciment est bien l'âme. Si le sexe est au corps, votre amour est à l'âme.
C'est la complicité qui vient tout reconstruire.
On peut s'en rendre compte en comptant le nombre de personnes que l'on connaît vraiment.
Et celles qui nous connaissent. Intimement. Pas dans l'intimité du corps. Mais dans celle de l'âme.
Aux joies et aux chagrins que vous avez traversés, il y avait un chemin qui ressemble au bonheur.
Celui d'une fraternité amoureuse, en présences, en absences, libres de s'attacher, sans contraintes.
Dans l'amour et l'amitié, c'est le mot âme qui apparaît.

Quel heureux homme il a été.
De vivre cela une fois dans sa vie. Un amour comme on ne le vit qu'une fois dans sa vie.
Car quelle qu'en soit l'histoire, quel qu'en soit le destin, le parcours, c'est une chose acquise,
quand la foudre à flanqué l'esprit de cette force qui ne peut pas mourir.
Contrairement au corps qu'il faudra mettre en terre, cet amour avec l'âme existera toujours.
Il hantera le ciel parmi d'autres étoiles, il hantera des textes que personne ne lit,
il hantera des murs aux générations futures, qui devineront peut-être combien tu fus aimé.
Il y a dans le cosmos bien des choses invisibles plus fortes que les manifestations timides
que produit la matière avec de bien faibles moyens. Dieu règne dans cette affaire.

C'est la révolution.
Quel heureux homme il est. Même si tu ne l'aimes plus.
Quand il est transformé au pouvoir de la chose.
Aussi vrai que l'Homme a gagné sa conscience à la désobéissance, à l'arbre de la connaissance,
pour distinguer le bien du mal, et devenir moral, lui, a trouvé l'amour, cet amour véritable,
venu le traverser : cet amour sans limites fait pour sauver les âmes.
Il sait qu'il te le doit. Il est reconnaissant. Grâce à toi, il se sait à l'abri et ne craint plus la mort.

Même si tu es injuste. Même si tu le renies. Il est fort de cette âme qui a trouvé la lumière.
Comme à la pierre d'un zippo, c'est en frottant vos âmes que la flamme a jailli.
Ce n'était pas les corps qui firent des étincelles. Mais vos âmes éprouvées qui dansèrent ensemble.
Le tango passionné à se faire du mal, à tester les limites, à se courir après comme à se congédier,
c'était un pas de deux, pour stimuler les sens comme bien des neurones, et l'imagination.

Quel heureux homme il a été.
Quel heureux homme il est.
D'avoir pu te connaître. Et ce, de son vivant.
C'est déjà un miracle. Une chose improbable. Et c'est venu pourtant.
D'une pierre deux coups. Il allait te trouver, t'aimer et te surprendre. Et puis trouver l'amour.
Il en avait éprouvé bien des formes. Et pensait en avoir fait le tour.
Mais la Providence lui permit l'impensable. Aimer plus fort encore qu'au plus fort de l'amour.
Sans les écueils, les pièges prévisibles, les échecs annoncés, et les bassesses honteuses
pour des plaisirs furtifs.
Le corps pourra vieillir. Son âme sera jeune. Parce qu'il est amoureux.
Plus jeune que les jeunes qui ne savent pas aimer. Plus jeune que les gens qui n'aimeront jamais.
Il peut te dire merci. Lis-le s'il te l'écrit. Tu lui as sauvé la vie quand tu as sauvé son âme.
Et pour lui désormais, le paradis existe. Superposé au monde où errent les morts-vivants.
Quel heureux homme il est. De savoir que ça existe. De savoir que tu existes.
Et d'avoir dans le corps l'impression de l'esprit, que s'il n'y a pas de liberté sans amour,
l'amour c'est l'éternel, et c'est la liberté.

 

Philippe LATGER / Octobre 2023

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Pourquoi les bègues ne bégaient plus quand ils chantent

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parce que le poème
est dans la question.

 

 

Philippe LATGER / Octobre 2023

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Ins.Ex.

Publié le

I.
IN.
INS.
INSP.
INSPI.
INSPIR.
INSPIRE.
INSPIR.
INSPI.
INSP.
INS.
IN.
I.

E.
EX.
EXP.
EXPI.
EXPIR.
EXPIRE.
EXPIR.
EXPI.
EXP.
EX.
E.

 

Philippe LATGER / Octobre 2023

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Le soleil et les pierres

Publié le

Ce n'est pas le Bélier qui fonce.
Mais celui qui est en état d'urgence permanent.
Conscient que le temps file. Entre nos doigts. A vitesse. Grand 8. Grand V. A fond la caisse.
Le temps d'y réfléchir et j'ai déjà 20 ans. Le temps de s'en réjouir, voilà que j'en ai 30.
Je n'aurai jamais le temps. Le temps de tout faire. Tout voir et tout bouffer. Je suis incandescent.
Ce n'est pas le Bélier qui défonce. 
Mais celui qui est en panique à la fuite du temps.
Qui ne veut rien perdre de chaque instant. Chaque jour. Chaque seconde.
C'est une trotteuse dans la tête. Depuis que je suis enfant. Pubère. Adolescent.
Quand je voudrais tout faire. Tout être. Même les autres que moi. Le soleil et les pierres. Ou tout à la fois.
Le temps de le vouloir et j'ai eu quarante ans. Le temps de le souhaiter et j'en ai eu cinquante.
Ce n'est pas le Bélier. C'est la lucidité.
Je mange. Je bouffe. Je dévore. Je brûle. Je consume tout. Avec la faim du loup et l'appétit de l'ogre.
Je veux. Je prends. J'embrasse. Je renverse tout. Et tant pis pour la casse. Nous n'avons pas le temps.
Et comme par magie. Je le sais. J'ai eu dès le début le pouvoir de tout être.
Moi-même comme un autre. Un homme ou une femme. Le soleil ou les pierres.
Je ne suis pas un malade. Pas même un schizophrène. Je suis qui je veux être. Qui je veux, quand je veux.
J'écris. J'invente. Je voyage. J'écris et j'imagine. J'écris et je ressens. J'écris et je deviens.
Et j'arrête le temps.
Enfin.
Seul.
Tout.
A la fois.
Ou plus rien.

 

Philippe LATGER / Octobre 2023

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Ma dépendance à ta dépendance

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Sans doute fallait-il te libérer de ta dépendance à ma dépendance ...


à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance
à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance
à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance
à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance
à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance
à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance
à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance
à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance
à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance
à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance
à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance
à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance
à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance
à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance
à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance
à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance
à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance
à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance
à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance
à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance
à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance
à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance
à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance
à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance à ta dépendance à ma dépendance


de ta dépendance à ma dépendance,
de ma dépendance à ta dépendance ...

 

Philippe LATGER / Octobre 2023

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Pour le Salut des monstres

Publié le

Le sens, c'est relatif. Tout l'est. De toute façon. On s'en fout.
On croque dans la chair. Des fruits ou de ton cul. Il faut bien vivre.
Et que le feu exulte. S'il est relatif, embrasse-moi. Dans le sens inverse des aiguilles de nos monstres.
Ce n'est pas l'argent. Ni la réussite. C'est la joie d'être là. Enroulé dans ta bouche. D'être et d'exister.
A ton rire. A la complicité. A ma lubricité. La lumière du diable pour rendre grâce à Dieu.
Tu es le sens de ma vie. Tous les sens de mon être. Les raisons de renaître et sourire à l'orage.
Je t'écarte les fesses pour te rouler des pelles où personne ne le fait. Le plaisir incarné.
La violence du corps. La beauté de ton dos dont la chute est salée. J'imprime l'infini.
Et je le rends possible. A tes yeux égyptiens qui s'étonnent d'un rien.

Nous allons tous mourir. La seule égalité. Et je veux bien y aller puisque c'est notre orgasme.
La chaleur de ta peau. L'abri où se confondre. Où puiser toutes les forces pour rire d'une fin.
Je t'écarte les jambes. Je te rends existant. Et je te rends présent dans tous les précipices.
Où il suffit d'aimer. Me donner ta confiance. A la main que tu tends et que je ne lâche plus.
Nous sauterons ensemble. En riant à l'idée de n'être pas grand chose, à celle de disparaître.
Je dévore ton désir. Je m'assoiffe à ta fièvre. Invincible puisque je te connais, et puisque je te sais.
Je t'écarte les valves et m'introduis entier. Pour te rejoindre ailleurs, là où le temps débande

et n'altère plus rien.
Le sens est relatif. Les sens sont en éveil. Tout converge vers toi où le soleil implose.
Si tu es l'origine, tu es la fin du monde. Le dedans, le dehors. L'amour en expansion.
Un plus un, ça fait sens. Etre deux, ça fait tout. Pour recréer nos monstres et tout recommencer.
Aux éblouissements permis pour effacer la peur, partager cette fête d'avoir pu nous sauver,
quand l'enfer est aux âmes incapables d'aimer.

 

Philippe LATGER / Octobre 2023

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Une route

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J'ai été sage.
Je ne suis pas retourné dans la vallée de l'Agly.
Depuis deux mois. Depuis la nuit d'orage. La fameuse nuit d'orage. Celle de tous les orages.
Je ne suis pas retourné à St-Paul depuis cette soirée. Ni même à Estagel.
Je n'ai pas repris cette route. Par l'aéroport. Espira-de-l'Agly. Cases-de-Pène. Estagel. Maury ...
Cette route que j'ai empruntée des centaines de fois. Des milliers de fois. Dans un sens. Dans un autre.
Cette route que je connais par cœur. Que je pourrais faire les yeux fermés. Par tous les temps.
Celle qui était dite " de Vira ", lorsque je dégageais le terrain pour rentrer chez moi au milieu de la nuit.
Je peux fermer les yeux et en retrouver chaque virage, chaque paysage, chaque ambiance, précisément.

Je l'ai même faite à pied. Estagel / Perpignan. Un dimanche. Un jour où l'un de mes pneus avait été crevé.
Et puis, un segment après Maury, un jour où j'avais fait St-Paul / Maury en stop. Et puis depuis Caladroy.
Pour rejoindre des amis au Château de Jau. Cette route. Magnifique. Je ne l'ai plus empruntée depuis.
Pas même pour aller chez ma sœur en Ariège.
Je ne le dis pas pour me faire valoir. Je le dis pour expliquer à quel point je la connais.
Cette route. A quel point je l'aime. Cette route. A quel point j'ai fait corps avec elle.
A quel point elle continue de me courir dans les veines. Dans mes rêves. Dans ma tête.

J'ai aimé ce lien entre toi et moi. Entre Perpignan et St-Paul. Entre deux vies que j'ai aimées.
Deux vies qui n'en faisaient qu'une. Lorsque l'une équilibrait l'autre. Lorsque l'une permettait l'autre.
De jour. De nuit. Au soleil. Sous la pluie. Et de nuit sous la pluie. Ou sous l'orage. Ce dernier orage.
Tu vois. J'ai été sage. Je n'y suis pas retourné. J'ai pris tous les week-ends le sens inverse. Pour l'Espagne.
Pour aller me libérer de toi par mille brasses sous l'eau de la piscine et pour m'occuper de mon père.
Je ne suis pas retourné dans la vallée de l'Agly. Même sans le rituel des textos. Estagel. Maury.
Le rituel établi pour être sûr de ne pas te surprendre. C'était ridicule, mais c'était devenu amusant.
Un running joke. Une private joke. De ces précautions qu'il fallut prendre pour respecter ton intimité.
Voilà. Je ne l'ai plus reprise. Cette route. Elle me manque. Il m'arrive de la voir en m'endormant.
Les lignes droites où j'aimais griller la vitesse. Le fameux tronçon avec radars à 80km / heure.
Le dernier avant de te retrouver. Sans trop savoir dans quel état d'esprit. C'était avec ou sans.
Quand c'était sans, ça sentait le retour " à Vira " dans la foulée. Quand c'était avec, c'était parfait.
Mais je dois dire que même les jours sans, le retour " à Vira " n'était pas une punition. J'étais heureux.
Cette route est témoin. Elle sait combien je l'ai aimée.

C'était comme la route des vacances. Celle qui me permettait de m'échapper. Du travail. De la ville.
M'échapper des contraintes. Des rendez-vous. Des pressions du boulot. La poudre d'escampette.
Le chemin heureux de "l'école est finie", même pour le temps d'une soirée. La route de la délivrance.
J'en profitais certes pour passer mes derniers coups de fil. Aux uns. Aux autres. Pour me débarrasser.
Toujours sur France Musique. Baigné de jazz et de classique. Le seul endroit où j'écoutais la radio.
Les symphonies grandiloquentes accompagnaient le spectacle sublime des montagnes au couchant.
Le retour à la nature. Aux éléments. Cors et cymbales accueillaient les Corbières et Quéribus.
La silhouette de Bugarach en ligne de mire. Dans la vitesse d'une ligne droite. Une cavalcade enlevée.
La passion. L'enthousiasme. La foi. La musique et le paysage faisaient corps avec mon état d'esprit.
La route de la liberté. De mes choix privés. Intimes. Ma deuxième vie. Pour me soigner de la première.
J'allais entre deux mondes. Le leur et le tien. C'était une richesse. Une force. De pouvoir être double.
Il fallait d'abord à pied aller chercher ma voiture dans le lotissement art déco. Traverser toute la ville.
Franchir quelques embouteillages pour emprunter le pont et la voie rapide. Et tout se dégageait soudain.
Le panorama. La vitesse. Ma poitrine et mon cerveau avec eux. A la conquête de mon temps libre.
Qui n'était que pour toi.

En fait, je me sauvais.
Je me débarrassais de mes obligations. Et, le sentiment du travail bien fait ancré dans mes deux bras,
je m'autorisais enfin à tout envoyer au diable. Quand la tension dans mes bras tendus sur le volant
était la réserve d'énergie que je m'étais prudemment mise de côté pour ma libération.
Il fallait parfois faire un détour pour faire quatre courses. Trouver de la bière et des sushis.
Comme une dernière étape avant de gagner la rive de ton île, les bras chargés d'offrandes.
Je suis conscient du privilège. Ton consentement à me recevoir était celui de m'offrir un Eden.
Et j'envoyais mes textos pour me géolocaliser " Estagel", " Maury ", conscient que je venais t'envahir.
Tu me permettais de venir faire irruption chez toi, avec ma tension urbaine et ma pelote de problèmes,

pour me soulager d'une vie de dingue que j'avais acceptée pour gagner de l'argent et avoir des moyens.
Ceux de t'aider sans doute. Même si je ne gagnais pas assez. Mais cela pouvait assurer le quotidien.
Je ne restais jamais si je sentais que mon être et son énergie étaient mal reçus. Et j'allais " à Vira ".
Pour dire que je reprenais la route dans l'autre sens pour rentrer chez moi et te débarrasser le plancher.
La route me récompensait dans les deux sens. Des efforts volontaires, pour les uns, pour les autres.
De tout ce que je cherchais à donner sans compter. Parfois trop peut-être. Façon Bélier.
Cela n'est pas censé chanter ma propre gloire, mais expliquer à quel point j'avais besoin de ça.

Je n'ai aucun mérite à faire ce que font des millions de gens pour se sentir utiles à ce qu'ils aiment.
Tout le monde fait du zèle pour servir ce qu'il aime. Pas pour se faire valoir mais pour cet égoïsme,
facile à comprendre, qui consiste à ferrailler pour préserver, protéger et défendre l'objet de son amour.
Avec toi, il y avait un dispositif. Un mode de vie. Un cadre. C'est de l'ensemble que j'étais amoureux.
Au-delà de ta seule personne. J'étais amoureux aussi de cette route. De ces moindres lacets.
Des villages traversés. Toujours dans le même ordre. Avec des couleurs et des lumières différentes.
Vira n'était pas le bocal où mes obsessions tournaient en rond, c'était la ligne de fuite de ma liberté,
ma liberté à choisir de soigner deux choses qui étaient devenues mes jambes : ma ville et toi.
Avec des déconvenues et des déceptions, des victoires et des promesses. Des montagnes russes.
Mais les deux n'avaient rien d'un bocal lorsqu'elles ouvraient chacune des horizons à atteindre.
Avec l'humilité du petit soldat. Du chevalier servant. Qui passe après ce qu'il aime.
Au rond-point de l'aéroport, le chemin de l'escapade pouvait commencer véritablement.
A Espira de l'Agly, s'ouvrait une nouvelle étape où l'on pouvait passer aux choses sérieuses.
L'agglomération de la France Moche s'éloignait derrière moi pour conquérir la vallée intacte.
Cela se confirmait une fois passé le rond-point déprimant à l'entrée de Cases-de-Pène.
En route au creux des plis de Corbières toujours vénérables et mystérieuses. Jusqu'au loin.
Comme cherchant à rattraper le soleil qui s'enfuyait souvent pour aller se coucher.
Après Estagel, j'appuyais sur l'accélérateur, comme pris de vitesse, pour gagner un Ouest devenu vital.
Sur cette ligne droite où un dépanneur, un jour, avait dû venir me chercher avec la voiture en rade.
Une entrée triomphale à St-Paul. Amusante. Sur le plateau du camion jusqu'à la place St-Pierre.
J'ai aimé cette vie. Et c'est à toi que je la dois.

Après l'accélération possible sur la ligne de fuite jusqu'à Maury, venait la promenade tranquille
du dernier tronçon jusque chez toi, celui où tu me rappelais sans cesse de respecter la limitation.
Une amende et pas deux. Une seule a suffi. Les radars m'imposaient un changement de rythme.
Comme me préparant à l'atterrissage. Cela participait au process de désintoxication de la ville.
Une sorte de sas de décompression. Où je pouvais adapter mon rythme cardiaque à l'autre monde.
Le dernier doute se réveillait au carrefour en bas de chez toi : ma place réservée serait-elle libre ?
Au cœur du village, un coup d'œil suffisait pour avoir la réponse. Si elle était prise, j'allais ailleurs.
Avec la même contrariété. Pour aller garer la voiture le long du fleuve ou sous les arbres plus loin.
Si elle était libre, il y avait une lumière, de l'ordre de la chance, reçue comme de bon augure pour le reste.
Et je me garais triomphant en bas de chez toi avec ce sentiment absurde de " les dieux sont avec moi. "
La porte était déjà ouverte pour m'accueillir et me signifier que j'étais attendu et donc bienvenu.
Et je pouvais décharger ce qui devait justifier mon intrusion dans ta vie. Des matériaux. Des courses.
Des babioles souvent. Qui n'étaient là qu'en guise d'alibi. Comme pour gagner un droit d'entrer.
Loin d'un travail rémunérateur, mais pour lequel je forçais ma nature. Gagner le repos.
Ou un foyer. Qui n'était pas le mien.

Nous avons ça en commun. Nous n'aimons pas les contraintes et les obligations.
Lorsque nous n'acceptons de tout donner qu'aux choses que nous avons choisies nous-mêmes.
A la nécessité imposée par la société des Hommes, j'avais trouvé un moyen de tout concilier.
Même dans un montage intellectuellement acrobatique qui pouvait torturer ma conscience.
J'avais trouvé le moyen de m'en accommoder pour pouvoir avancer dans la construction d'un bonheur.
La route était cet espace où m'émanciper de mes doutes. Une façon de renverser la table et m'enfuir.
Galvanisé par la puissance tellurique du paysage qui m'accueillait généreusement sans me juger.
Je n'étais pas un traître ni un salaud. J'étais quelqu'un qui faisait de son mieux pour aider.
Qui luttait contre lui-même pour être responsable. Même dans un contexte qu'il n'avait pas choisi.
Quéribus ne me jugeait pas. Bugarach ne me jugeait pas. Et j'arrivais chez toi à bout de forces.
Où tu m'offrais un café avec une distance un peu inquiète. Ne sachant pas quelle serait mon humeur.
Sachant la violence de ce que je ressens, la violence que je porte, de réaction à la bêtise et aux injustices.
J'arrivais à vif. Quand la route n'avait pas eu le temps parfois de m'apaiser vraiment.
En m'occupant de toi, je m'occupais de moi-même. En te soignant, je me soignais moi-même.
Et c'est à moi que j'accordais la séance de câlins ou de massages que je semblais te donner.
C'était mon havre de paix. A l'abri des violences du monde. A la candeur de ton être qui me bouleversait.
J'entrais avec la violence de l'extérieur. La " mauvaise énergie " d'un monde de brutes et de barbares.
Et c'est un gladiateur au cœur en bouilli qui venait souvent chercher refuge dans tes jambes.
Qui donnait ses dernières forces à faire le peu de bien qu'il restait, quand il était en charge.
Qu'il rechargeait ses batteries à ton innocence comme un vampire pour pouvoir retourner guerroyer.
Il n'y avait pas d'emprises mais un échange de bons procédés. Un équilibre entre le pris et le donné.
Où tout le monde pouvait trouver son compte. Avec la route comme paroi étanche. Un mur de protection.
Qui était dans ma vie la frontière entre public et privé. La plus belle et la plus précieuse des frontières.
Qui devait tenir le mal à bonne distance. Loin. Pour ne pas abîmer le diamant brut de ta personne.
Que je suis prêt à perdre si c'est ce qu'il faut faire pour ne pas l'altérer.
L'atroce rond-point de l'aéroport était une promesse. Celle d'un longue distance à portée de main.
Mon cœur piaffait aux virages coupés pour aller vite. Pressé de m'en sortir. Dans un dernier effort.
Pour mériter ton chat. Ton chant. Tes punaiseries. Tes incompréhensions. La régénérescence.
Toute la somme de ces choses qui font ta rareté, ta beauté, qui me sauvent comme elles sauvent le monde.
Que j'ai voulu protéger. Dont je veux qu'elles persistent, le plus longtemps possible.
Que j'accepte de laisser tranquille, que j'accepte de perdre,
pour qu'elles puissent exister.

 

Philippe LATGER / Octobre 2023

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Les (T)rêves

Publié le

C'est là
que le temps s'arrête.
Pour l'éternité furtive. D'une heure. Ou deux.
Immobile. Silencieuse. A la nuit suspendue. C'est la (T)rêve.
De la nuit. A cette heure. Ou deux. Où les autres se taisent. Endormis. Cloués à leur sommeil.
Ils dorment. Je veille. Et je m'émerveille de veiller. En secret. Pendant que d'autres dorment.
Ce n'est pas un pouvoir. Mais un don. Une responsabilité. Celle des (T)rêves éveillé(e)s.
Dans cette éternité. L'espace d'un moment. Privilégié. Où je neige en absences.
Sur bien des maisonnées qui s'ignorent. Ou (C)rèvent des oreillers.

Je les embrasse dans mes paupières. Où je les garde. Sans les regarder.
Je ne dors pas. Je veille.
L'éther d'une nuitée.
Que j'inhale en entier.
Ne s'arrête jamais.
Eternel à l'instant
où mon amour se tait.

 

 

Philippe LATGER / Octobre 2023

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Les corps célestes

Publié le

Des choses
mobiles
gravitent
sans cesse
autour
de nous.
La lune
rousse.
Les poils

qui poussent.
Les crocs
saillants
des faims
de loups.
L'indice
nocturne.

Au cœur
noué,
au sang-
lier.
des messes
noires.
Et des
roseaux.

 

Philippe LATGER / Octobre 2023

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