Bannières
Vacarme. Sabots. Cliquetis. Armures.
Cotte de maille. Heaume. Bouclier. Fantassins.
Galop. Boue. Sang. Panaches. Bannières.
Chevaux. Chutes. Hémorragies. Fracas.
Et éviscérations.
Philippe LATGER / Septembre 2023
Vacarme. Sabots. Cliquetis. Armures.
Cotte de maille. Heaume. Bouclier. Fantassins.
Galop. Boue. Sang. Panaches. Bannières.
Chevaux. Chutes. Hémorragies. Fracas.
Et éviscérations.
Philippe LATGER / Septembre 2023
La célébration d'être.
Au soleil qui se lève.
Au soleil qui se couche.
Pas besoin de danses sur la plage.
Pas besoin de chansons.
Pas besoin d'ivresse.
Il suffit de s'arrêter.
De humer. Regarder. Ressentir.
Pas besoin de rites ostentatoires.
Simplement s'arrêter.
Arrêter le temps. Le suspendre.
Il suffit de sortir de soi.
De toutes les contraintes.
Humaines. Sociales.
Démaquiller son être,
le déshabiller, pour s'oublier soi-même.
Et être au plus près du monde.
Au soleil qui se lève.
Au soleil qui se couche.
N'être plus que conscience.
En dehors de toute contrainte.
Et devenir la seule force d'un merci.
Philippe LATGER / Septembre 2023
Je me réveille en sursaut.
Réveillé par une bombe. Dans ma poitrine.
J'étais étendu. Sur le lit. J'écoutais de la musique.
Je ne me suis même pas rendu compte que je m'étais endormi.
Je me réveille en sursaut. Dans mon lit. Le cœur défait. Une déflagration.
Je suis bouleversé. Comme si j'étais mort. Comme si j'avais été mort. L'espace d'une seconde.
Et j'ai dans la poitrine, l'image qu'il m'est resté. Le flash. D'un film en accéléré. Avant la déflagration.
Ou pendant peut-être. Pendant. Comme si le film en entier avait pu tenir dans l'espace d'une seule seconde.
Dans ce micro-sommeil, j'ai eu le temps de mourir. Et je suis bouleversé. Une bombe. Silencieuse.
Un champignon atomique. Ou l'univers se contractant dans un Big Bang à l'envers. En accéléré.
En une seconde. Où l'infini se ramassait d'un coup en un seul point. Final. Pour me réveiller. Bouleversé.
Que s'est-il passé ? Je m'étais endormi sans m'en rendre compte. L'espace d'une seconde.
Je marchais. Je marchais sur un chemin. Et je connais ce chemin. Je marchais.
La musique que j'écoutais sur le lit n'était pas terminée. J'avais eu le temps de sortir de mon corps.
De mourir peut-être. Et de me réveiller. Une bombe. Mon cœur avait sauté. Je connaissais ce chemin.
C'était un chemin assez large. Une piste. Au milieu de la forêt. Et je n'étais pas seul.
Je suis dans mon lit. Les yeux ouverts. Bouleversé. La musique n'est pas terminée.
Que cherchions-nous dans la forêt ? L'univers entier s'est rétracté d'un coup. Jusqu'au réveil. En sursaut.
Ce n'était qu'un rêve. Le rêve le plus court dont je me rappelle. Le rêve le plus long. Le temps désaxé.
En une fraction de seconde. Le film en accéléré. Le chemin. La forêt.
Il cherchait sa ruine. Il cherchait le succès.
Sur mon lit. Réveillé en sursaut.
Je sais très bien ce que j'ai rêvé.
Je ne sais pas si je suis mort. Si j'ai eu le temps de mourir. Mais ce fut bref. Incisif. Aveuglant.
Un flash. L'espace d'une seconde. Le chemin et ses lacets. Dans la montagne. Dans la forêt.
Une piste carrossable. Je marchais. Pour remonter. Je sais ce que j'ai rêvé. Où j'étais.
Nous avions laissé la voiture. Je l'avais garée sur le bas côté. Nous allions continuer à pied.
Bien sûr que je n'étais pas seul. Il cherchait le succès. Il cherchait sa ruine.
Je marchais devant lui. Derrière lui. Je marchais à côté. Nous avions laissé la voiture.
Dans les lacets. Descendant dans la forêt. Au milieu de nulle part. Aux virages. Ma poitrine.
Une bombe. J'étais allongé sur le lit. La musique n'était pas terminée. Réveillé en sursaut.
Le temps s'était superposé. Nous avions dépassé le village. J'avais garé la voiture. Nous marchions.
C'était laborieux. Inconfortable. Presque pénible. Mais j'étais heureux. Merveilleusement heureux.
Le temps d'une seconde.
Nous avions passé le village. Monté une côte sur un chemin hasardeux. Puis j'ai garé la voiture.
J'ai décidé qu'il nous faudrait continuer à pied. Je n'étais pas seul. Je marchais devant lui. A côté.
Au milieu de la forêt. La piste dessinait ses lacets. S'enfonçait nulle part. Descendait. Descendait encore.
Alors qu'il nous faudrait remonter. Revenir à la voiture. Il cherchait sa ruine. Il cherchait le succès.
La piste était assez large. Une piste de chasseurs. Au milieu de nulle part. L'espace d'une seconde.
Nous nous tordions les pieds dans ce chemin de terre et de gravier. Qui serpentait dans la forêt.
Ce devait être par là. Cela ne devait plus être très loin. Nous pouvions continuer encore un peu.
Ce n'était pas pratique. Ce n'était pas confortable. Mais le paysage était beau. Inquiétant. Emouvant.
Et moi, j'étais heureux. Qui marchait derrière. Qui marchait devant. Bien sûr que je n'étais pas tout seul.
La musique n'était pas terminée. Mon micro-rêve m'avait ramené en une fraction de seconde à cet instant.
La mémoire intacte. Le film accéléré. Tout était d'une précision diabolique. Mon cerveau tourmenté.
Le cœur a explosé. Au milieu de la nuit. Au milieu de mon lit. J'avais rêvé. Le réveil en sursaut.
Nous avions passé Vira. J'avais garé la voiture. Nous avions marché longtemps sur la piste en lacets.
Et nous devions remonter. Remonter à la voiture. La tension dans les cuisses et les mollets.
J'ai marché avec lui. Il cherchait le succès. Il cherchait sa ruine. Et je l'accompagnais.
Sa présence invisible. L'odeur de la forêt. Le corps qui se débat pour gagner mon bonheur.
Une bombe. Dans ce micro-sommeil. Où tout est revenu. Ramassé dans mon poing.
Le réveil en sursaut. La musique n'était pas terminée. Est-ce cela que je verrai en mourant ?
Le chemin à remonter à pied, péniblement, en silence, dans la forêt de Vira ?
Je suis bouleversé. Impuissant face aux jeux chimiques de la mémoire et du rêve.
De mon propre cerveau. C'était cela ? L'image à retenir de toute ma vie ? Ce chemin ?
Mon cœur a explosé. En une fraction de seconde.
Il cherchait le succès. Il cherchait sa ruine.
Philippe LATGER / Septembre 2023
Satan s'attire.
Satyre s'attend.
Philippe LATGER / Septembre 2023
Satan, ça tire.
Satyre, ça tend.
Philippe LATGER / Septembre 2023
Le chlore me brûle les yeux.
Pourquoi ouvres-tu les yeux sous l'eau ?
- J'ai toujours fait ça... pour voir où je vais j'imagine.
- Et où vas-tu ?
- Au bout de mes forces.
Philippe LATGER / Septembre 2023
La musique orientale d'une radio de voiture se déhanche dans mes fenêtres ouvertes.
Des percussions, des basses et une voix chante de l'Arabe à tue-tête dans une vague de fraîcheur
qui monte de la rue, ne fait que passer, s'éloigne aussi vite qu'elle m'est venue avec son orchestre.
Mon quartier respire ses cornes de gazelle et son jasmin. Le flamenco répond à la danse du ventre.
Et nous allons nus dans les étages de ce nid d'aigle, ce balcon sur la ville qui s'ouvre à la tombée de la nuit.
Lorsque la circulation automobile s'évapore et finit par se taire, on entend la clameur d'enfants qui jouent.
Des chiens qui jappent. Quelque part au loin. Des mères qui appellent leur fils. Des chansons romantiques.
Une conversation au pied de l'immeuble. Une voiture s'approche avec du disco tonitruant avant de s'enfuir.
A l'abri des regards, un sexe lourd pend et se balance mollement entre les cuisses au moindre mouvement.
Si ce n'est plus la chaleur suffocante du mois d'août, septembre maintient un été voluptueux sous les toits.
La douche. A neuf heures du soir. Et le corps soulagé ne supporte aucun vêtement. La danse des fauves.
A hauteur d'antennes, d'oiseaux, d'horizons où dorment les montagnes, de clochers et de tuiles,
impassibles, qui ignorent les klaxons et les cris de fillettes, comme la Salsa soudaine d'une voiturette.
Le quartier se réveille, ouvrant l'œil aux étoiles. Une cour de récréation mêlée aux combines du deal.
Pieds nus, les corps se dirigent vers le matelas jeté par terre. A la fois fermes et indolents.
L'humeur est à la langueur. A s'enrouler les langues. Dans un baiser lascif au-dessus des ruelles.
La vie sous nos fenêtres. Les cloches sonnent au loin une heure qui ne nous concerne pas.
Occupés à nous rouler des pelles et pétrir bien des muscles. Perpignan nous ignore.
Comme la vie du quartier. Et celle de l'immeuble. Ou tout nous encourage.
A nous étreindre au-dessus du monde. En sécurité. Dans une bulle de douceurs ravissantes.
La voix auto-tunée d'un Rebeu se désarticule dans une complainte amoureuse vaguement R&B.
Philippe LATGER / Septembre 2023
C'est dans cet interstice entre la réalité et la vérité
que l'Art vient se nicher.
Philippe LATGER / Septembre 2023
Lorsque nous sommes amoureux,
nous sommes augmentés.
Et je le suis toujours.
Philippe LATGER / Septembre 2023
L'œil de la panthère noire est jaune.
Au déplacement d'un nuage, la paupière se soulève et l'œil s'ouvre.
L'œuf au plat. La bille. La boule. Le globe. La sphère. La bulle.
Se détache de l'horizon. Sort de l'eau. Se lève sur la mer. Enorme.
L'œil était dans la nuit et éclairait le monde.
La pupille du chat se dilate et mon poil se hérisse.
La panthère nous observe et j'ai la chair de poule.
L'été se retire comme la vague. Nous laissant du sable mouillé à fleur de peau.
Une lentille de feu suspendue entre chien et loup, qui connecte en silence les amants séparés.
Elle prend la place exacte de l'iris de mes yeux. Elle me relie aux absents. Aux morts et aux vivants.
Elle s'installe dans mes yeux écarquillés pour me sortir de là. Du lieu et de l'instant.
Et je sais que ceux qui ne sont plus là voient la même chose que moi.
Les morts et les vivants. Tous ceux qui m'ont quitté.
L'œil est une passerelle. Qui aspire les âmes pour mieux les réunir.
La panthère ronronne. Dans ma chair. Et dans l'air. Dedans et dehors.
Fait semblant de dormir. Alors qu'elle se déplace. Sans un bruit.
Je pense à ceux qui ne sont plus là. Elle me prend par la main, par le bras.
Pour me conduire à eux. Par le ciel. Par la peau. Par la terre.
Mon cœur s'ouvre comme une fleur géante à l'éclosion de la nuit.
Je deviens elle. Triste et heureux. Brisé et indestructible. Couché et debout.
Lunaire et solaire...
ça n'est pas être bipolaire lorsque c'est être enfin soi-même,
complet.
Je m'enroule sur des lueurs véloces, sur des sueurs féroces,
où scintillent des rangs d'espoirs et de regrets.
La panthère les égrène d'un regard fixe qui fige le moment.
Le temps file ailleurs. Quand tout semble arrêté. A son brasier sincère.
Dans son œil tout se mêle. Il n'y a plus ni morts, ni vivants. Ni présents, ni absents.
Sinon tout à la fois. Dans le cercle. Qui traverse la nuit. De l'après vers l'avant.
Renverse le soleil tout en le reflétant. Pour le faire exister quand il persiste hors champ.
L'astre de substitution. La doublure des ténèbres. Dans l'œil de la panthère. Noire.
Pour oublier l'aurore. Ou ignorer le temps. Et soigner les blessures.
Le fauve n'est pas Satan. La panthère est un ange qui vient refléter Dieu.
Le maintenir au fond par réverbération dans les âmes détruites qui cherchent le Salut.
C'est une passerelle. La porte de l'Enfer est celle du Paradis. Puisqu'il n'y a qu'une porte.
Qui s'ouvre comme une gueule, pour rugir en silence.
Inverser les absences.
Ce qui est possible pour le soleil le devient pour toute chose :
tout ce qui est absent devient présent.
Nos proches trépassés comme nos amours perdues.
Et notre chair ronronne à l'œil de la panthère. Jaune.
Comme une bille. Lunaire et solaire.
Enfin complets.
Philippe LATGER / Août 2023