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Se prive de liberté

Publié le

L'intelligence est bien sombre lorsqu'elle est dépourvue de bonté.
Elle brille sans doute dans les ténèbres mais manque de lumière.
Elle est un effondrement. Et la maîtrise de l'échec finit par l'asphyxier.
Elle devient l'ombre d'elle-même.

Ils sont nombreux à piétiner la gentillesse.
A la comparer à la bêtise.
Lorsque c'est une force morale que les idiots n'ont pas.
C'est la force de l'amour et de la confiance.

Et ses détracteurs sont d'abord ceux qui ne veulent pas y croire.
Ou ne peuvent pas.
Pour eux, la gentillesse est suspecte.
Si elle n'est pas une naïveté, c'est qu'elle est une manœuvre pour tromper le monde.
Si le gentil n'est pas bête, c'est donc qu'il est manipulateur.
Triste que des êtres soient désabusés, asséchés, désenchantés, au point de s'empêcher de croire
que l'intelligence et la gentillesse puissent être une même matière, un même mouvement, la même énergie.
Ceux-là croient-ils seulement au Bien ?
C'est leur incrédulité, et leur défiance, qui corrompent la nature d'élans sincères et gratuits
pour en faire soit des monceaux de bêtise, soit des trésors de malveillance.

Croient-ils seulement au Bien ? Ont-ils seulement été aimés ?
Ont-ils si peu l'expérience d'avoir été aimé, pour être à ce point démunis lorsque ça leur arrive ?
Il faut que l'on ait été bien peu gentil avec ceux qui ne croient pas en la gentillesse.
Il faut que l'on ait été bien peu aimé, pour ne pas croire à ce point en l'amour.
Les deux sont tartes. A vomir. Lorsqu'on veut cacher sa souffrance à n'avoir connu ni l'un ni l'autre.
On est dur. On n'a pas besoin de ça. On s'est construit sans ça. Comme d'autres se construisent sans Dieu.
La gentillesse, c'est pour les faibles. C'est une faiblesse. Ou bien c'est une ruse. 
L'amour, c'est pour les faibles. C'est une faiblesse. Ou alors, c'est un piège.
Ce que l'intelligence peut être sombre lorsqu'elle rejette la bonté.
Lorsqu'elle s'empêche le bonheur. D'être bonne et d'aimer.
L'intelligence sans bienveillance, c'est une âme damnée.
Privée de lumière. Perdue pour tout le monde.
Qui ne sert plus à rien. Qui se renie elle-même.
Se prive de liberté.

 


Philippe LATGER / Août 2023

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Sauf à avoir les deux

Publié le

Ceux qui ont l'intelligence de l'esprit envient ceux qui ont l'intelligence du corps.
La réciproque n'est pas aussi franche.


Philippe LATGER / Juillet 2023

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Je déteste tricher

Publié le

La baie est calme. Splendide. L'air est doux. La chaleur a reflué avec le soleil au crépuscule.
Un coucher de soleil extraordinaire embrase le ciel. Timidement zébré d'une forêt de mâts. Tranquille.
Je dîne en terrasse en bonne compagnie. On me sert un vin blanc. Les gens se sont fait beaux pour sortir.
Les femmes habillées, maquillées, apprêtées. Les hommes ont fait des efforts. Ils défilent gentiment.
Certains ont leurs yachts ancrés au large. D'autres ont leurs bateaux au bout du ponton.
Cela sent l'aisance à plein nez. Il y a toutes les générations. Bébés, enfants, parents, grands-parents.
Les garçons bien mis virevoltent entre les tables pour porter apéritifs, entrées, plats, desserts,
ou pour prendre les commandes, au son d'une musique discrète en harmonie avec l'ambiance.
La vie est belle. La vie est douce. Et je regarde les gens autour de moi avec une enclume dans le ventre.

Si ce couple a l'air amoureux, deux tables plus loin, si celui-ci ne se lâche pas la main sur la promenade,
les autres peuvent-ils vivre sans être amoureux de quelqu'un ?
Je vois bien que certains sont en couple, mais que l'amour est devenu une forme de reliquat.
Comment apprécier pleinement ce vin blanc, le mauve et le rouge vif du ciel qui tire sa révérence, 
le bleu sombre de la mer, la fraîcheur qui monte, à peine perceptible à la surface de la peau,
comment apprécier ce moment de grâce avant la nuit où les lumières commencent à s'allumer ici ou là,
pour répondre humblement aux premières étoiles qui s'imposent avant l'heure d'un éclat bouleversant,
apprécier la quiétude du port, la bonté de la vie, le miracle d'être de ce monde, en n'étant pas amoureux ?
Je porte le verre frais à ma bouche en dévisageant des êtres autour de moi comme pour les sonder.
Qu'est-ce qui les motive à se lever le matin ? Qu'est-ce qui les motive à faire ce qu'ils font ?
A réussir leur vie professionnelle ? A réussir leur vie de famille ? A sortir pour aller dîner au restaurant ?
Qu'est-ce qui les a motivés à se maquiller, se coiffer, choisir une chemise ou une robe pour être élégants ?

Qu'est-ce qui les motive à vouloir plaire ? A vouloir être heureux ? A ne rien rater d'une belle soirée d'été ?
Je m'étonne que ça soit possible. Je les regarde et me demande, le plus sincèrement du monde, 
ce qui peut motiver ceux qui n'ont pas, ou plus, une histoire d'amour dans leur vie, un bonheur amoureux.
Mon cœur se fissure, en devinant ici ou là que certains surmontent des chagrins d'amour.
Au moment même où je les regarde, certains font bonne figure, et soignent comme ils peuvent
déceptions amoureuses, trahisons, des séparations difficiles, inconsolables, qu'il faut bien surmonter.
Leur sourire est triste. Ils sont un peu ailleurs. Ils ne sont pas tout à fait là où ils sont. Je le ressens.
Et la beauté de cette soirée, de la baie, l'érotisme de juillet, tout est une torture pour les cœurs malheureux.
Toute cette volupté devient vide de sens, inhabitée, lorsqu'elle n'est pas une gifle, voire une humiliation.
Le bonheur environnant devient insoutenable. Le coucher de soleil écœurant. Les étoiles maudites.
L'été est fait pour être heureux. L'Espagne est faite pour être heureux. Juillet ne peut être triste.
Ce doit être une fête. Et je souffre avec ces âmes esseulées qui se font une raison.
J'essaie de me rappeler comment c'était. J'ai bien été heureux dans ma vie sans être amoureux.

Je cherche sans retrouver la trace d'un souvenir. Bien sûr, il y avait l'enfance. Mais après ?...
L'ambition personnelle peut-elle suppléer ? La rage de réussir peut-elle remplacer ?
Gagner sa vie ? Gagner de l'argent ? Acquérir des choses ? Etre quelqu'un ? Cela peut-il suffire ?
Même cette fierté d'avoir de beaux enfants, souvent suspecte, peut-elle donner au monde, à sa vie,
le sens et la lumière que la relation amoureuse est capable de leur procurer ? Je suis perplexe.
J'essaie de comprendre. Quels sont les ressorts. Les leviers. Où se procurent-ils l'énergie ?
En avançant dans ma vie d'homme, je n'ai pas trouvé d'autres gisements pour l'émerveillement intact,
d'être vivant, d'être au monde, de trouver encore et toujours les raisons de s'émerveiller, cet été encore,
du miracle de la mer, du miracle du ciel, de la beauté de la baie et d'une soirée de juillet.
Et je devine que cela restera ma raison d'être. Jusqu'à mon dernier souffle.
Et que je ne renoncerai jamais à être amoureux.
Quand je déteste tricher.


Philippe LATGER / Juillet 2023

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Et le mystère entier

Publié le

J'ai échoué à vous unir. Mon bonheur et toi.
J'ai pu venir sur tes terres, goûter à leurs voluptés,
embrasser avec toi le monde des Corbières et des rivières,
sans pouvoir t'emmener en échange dans mes reflets de pins sur la piscine.
Je retrouve seul ma côte méditerranéenne, la chair d'une enfance éblouissante de lumières et de sensations,
l'ivresse des cigales, celle du poids écrasant des canicules féroces, le havre d'une paresse libidineuse,
où la confusion des sentiments jette dans les bras l'un de l'autre le fantasme et le sentiment amoureux.
Ce sanctuaire qui a constitué mon métabolisme ne semble vouloir subir aucune incarnation précise.
Ton corps reste ailleurs, et n'évolue dans mon théâtre que sous forme de désir insaisissable, inassouvi.

Pourtant, ce corps, ton corps, est celui que je me suis fabriqué pendant de nombreuses années.
Tout de ce corps correspond à ma construction. L'implantation des cheveux, les sourcils, le sourire.
Le grain de la peau. La pilosité. La dentition. Les attaches. Les proportions. La voix. La silhouette.
Le coup de foudre ne fut pas une invention. On m'avait flanqué le portrait robot de ce que je cherchais.
Le cadeau de la Providence n'était pas une broutille. L'insolence. Le regard rieur dans sa jongle de cils.
Les mains. La bouche. Le galbe des épaules. La créature m'était apparue telle que je l'avais imaginée.
Dans ma boîte de schiste, de figuiers de barbarie, de chaux blanche et de sel de la mer, j'avais eu le temps,
dès l'enfance, dès la puberté, dès les errances mouvantes de l'adolescent, du jeune homme, de l'adulte,
été après été, de monter de toute pièce le puzzle précis de l'être qui manquait à ce paradis terrestre.
Et le choc de la rencontre fut au-delà du coup de foudre : il fut celui, incrédule, de la livraison inespérée
de l'être rêvé, conçu, dessiné, remodelé, affiné, définitif, dont j'avais usé des myriades de prototypes.
Et, si le miracle de la prière exaucée est encore à peine concevable, miracle dont je ne me suis pas remis,

je m'étonne, dans ma pinède, de n'avoir su faire entrer la créature dans le laboratoire où elle fut créée.
Je m'allonge seul au bord de la piscine, heureux de retrouver les aiguilles flottant à la surface,
le parfum du chlore venu reconstituer la fragrance troublante qu'il fait avec celui de ma peau au soleil,
de la résine des arbres complices, cet élixir auquel ne manquait que l'odeur de tes cheveux et ton goût
pour être absolument parfait, heureux de retrouver l'écrin de toutes mes rêveries, de tous les plaisirs,
heureux mais stupéfait par ton absence, vécue comme une forme d'injustice ou de gâchis.
L'expérience a changé de saveur, maintenant que je sais que tu existes.
C'est une drôle d'étape que celle-ci. Qui s'amuse à instiller dans le cocktail de mon bonheur éclatant
une nouvelle forme de frustration à laquelle je ne m'attendais pas. L'ensemble m'étreint avec force.
Avec une sensualité toujours volcanique. L'ironie de la situation se moque de moi et me torture
aussi vrai qu'elle me lance de nouveaux défis, me mobilise et me galvanise.
Le progrès est notable. Après des dizaines d'étés à t'avoir fantasmé dans les volutes de mes clopes,
le silence de mes contemplations, mes divagations aigres-douces enroulées dans le spleen du crépuscule,

la fièvre de mes siestes, celle, écorchée, de mes ébats alcoolisés et de leurs accidents nocturnes,
l'été désormais ne ressemble plus aux autres parce que je sais que tu existes. Et que je t'ai rencontré.
Le fantasme a pris corps. Il a un nom. Un rire. Des regards et un sexe. Qui n'ont rien de parfait.
Mais qui ensemble deviennent les ingrédients de l'assemblage parfait cherché toute une vie durant.
Ma main molle dans l'eau de la piscine joue avec les étincelles des ondes avec cette certitude.
Cet assemblage réuni dans un seul être, est devenu la condition du bonheur absolu.
Le corps offert au soleil, il fait la synthèse animale de tout ce qui est bon pour moi en ce monde.
Ton absence s'impose comme la pièce manquante. Elle brille dans mes paupières comme une évidence.
Cette absence n'est plus celle d'une chose éthérée, sans visage, indéfinie, qui flotte comme un spectre.
Elle s'est incarnée. Elle existe en ce monde. Et c'est une révélation sublime, bien qu'à double tranchant.
Les cigales devraient sans doute accompagner la brasse que tu ferais pour venir m'embrasser.
Comme dans les bains chauds de l'Aude où tu venais chercher en public un baiser sur ma bouche.
Tu préparerais bien sûr la rentrée sur ton ordinateur, quand je serais incapable de préparer la mienne,
préférant t'aider à installer la suite pour canaliser les projets qui t'auraient porté plus haut et plus loin.
Il y aurait eu une activité intellectuelle et créatrice pour compenser l'indolence des moiteurs estivales,
la paresse érotique des après-midis de canicule, lorsqu'il faut toujours travailler à quelque chose.
L'oisiveté savamment dosée aurait permis d'être studieux et efficaces pour programmer l'avenir.
Lorsque, mieux qu'un vulgaire couple, j'ai toujours pensé la relation à deux comme celle d'une équipe.
Mais je t'ai laissé sur les terres de ton propre paradis terrestre. A deux heures de route du mien.
Sous la jupe de mes pins protecteurs, je réfléchis au moyen d'unir nos libertés farouches.
Nos mondes constitutifs, nos gisements de matières et de ressources à nos propres créations.
Je regarde mon jardin d'Eden avec tendresse. Toujours aussi beau et inspirant. Familier. Rassurant.
Voluptueux. Caressant. Mais désespérément vide. Vide de toi. Vide de tout.
Et... je me demande comment les gens peuvent donner un sens et un goût à leur vie, à ce monde,
s'ils ne sont amoureux de personne.
La question me rend triste.
Et le mystère entier.


Philippe LATGER / Juillet 2023

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La jeunesse et l'intelligence

Publié le

Université de retour au centre-ville.
Ecole 42 ou école de commerce ...
Il serait temps que Perpignan mise sur la jeunesse et l'intelligence.
Deux choses qui lui font cruellement défaut.




Philippe LATGER / Juillet 2023

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Rapports d'études

Publié le

J'ai assez donné de ma personne pour le vérifier.
On est rarement moche de partout.



Philippe LATGER / Juillet 2023

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Chiche

Publié le

Est-ce que le monde est fini ?
Je veux dire... avons-nous fait le tour ?
Le tour de la question ?
- Quelle est-elle ?
- Je ne sais pas... Qu'avons-nous à dire ? A faire ? A proposer ?
Socrate. Leonard de Vinci. Mozart. Picasso. Et puis quoi ?... 
Ne sommes-nous pas arrivés au bout ?
Au bout de ce que nous sommes capables de donner ? De produire ?

Je parle d'art. Je parle de pensée.
Depuis la Préhistoire. Depuis l'Antiquité. Quelque chose s'est déroulé.
Peut-être pas de façon régulière, certes... mais nous étions dans la conquête.
La conquête du monde. La conquête de nous-mêmes. Quelque chose de l'ordre du progrès.
Par sédimentation. Génération après génération. Cela nous laissait l'impression, plutôt agréable,
ou simplement rassurante, que nous allions quelque part. Collectivement.
- Tu vois la fin de quoi ? De l'Humanité ?
- Je ne vois rien. C'est bien là mon problème.
- Si ce n'est que ton problème, c'est un moindre mal.
Si c'est ton problème, c'est qu'il y a ta solution.
- Quoi ? Laquelle ?... Celle de m'en foutre ?
- Toi-même, n'as-tu rien à donner ? A produire ?
Tu n'as rien à dire ? A créer ? Rien à apporter à ce monde ?
- ... Je devrais ?
- Chiche.




Philippe LATGER / Juillet 2023

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Liberté chérie

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Pour deux fauves d'une même trempe,
il avait suffi d'inventer une façon d'être ensemble
sans être ensemble.
 


Philippe LATGER / Juillet 2023

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De l'être et la matière

Publié le

La clameur des cigales équivaut au silence.
Le plomb du soleil écrase la mer et la pinède.
Mon corps retrouve ses éléments.
Tout ce qui l'a nourri depuis l'enfance.
Les pins, le soleil de plomb et les cigales.
Je prends place à ma place. Dans l'été.
Dans le mois de juillet.
Dans l'explosion nucléaire de toutes les voluptés.
Le règne du corps. Dans la piscine.

Retour à la source de mon être.
Solaire.

La tête sous l'eau.
Le bleu de la faïence.
Le silence.
Je nage sous l'eau.
A l'abri de la société des hommes.
En sécurité. Dans le ventre de Dieu.
Je nage dans l'infini. L'origine du monde.
Je deviens l'eau. Aux brasses qui me portent.
Au bonheur absolu.

Mon corps existe plus que jamais
au moment où il disparaît.
Le paroxysme d'une relation sexuelle.
Où le plaisir, dans sa puissance,
matérialise aussi fort qu'il dématérialise.
Les deux en même temps.
Je suis et je disparais.
Pulvérisé et réuni.
Tout et rien à la fois.
Je nage dans le secret de l'univers.
Au plus près
de la vérité.
Dans l'amour que je porte,
que je suis,

et que je resterai,
jusqu'à la fin des temps.

Je sors de l'eau.
Le soleil me dévore.
Je m'offre à lui bien volontiers.
Ce sont nos retrouvailles.
L'éternité saisonnière.
Celle de la reconstruction.
La charge de toutes les énergies.
De l'être et la matière.
Juillet.
 


Philippe LATGER / Juillet 2023

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D'une énergie inépuisable

Publié le

Si je ne suis pas amoureux,
je ne sais plus pour qui être fort.



Philippe LATGER / Juillet 2023

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