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Réveil éveillé

Publié le

Le froid est revenu fouetter les joues.
Une sensation oubliée. Une bénédiction.
Le vent pour trancher et réveiller tout ce petit monde.
Qui s'était endormi, amolli, dans la chaleur moite de la canicule.
Aussi vrai que la chaleur réveille le corps au virage de mai,
la froidure réveille le corps au virage du mois d'août.
Il est reconnaissant, ce corps, chaque fois qu'on le stimule.
A l'effort, au travail, au plaisir, et aux sensations fortes.
Heureux de s'endormir. Heureux de se réveiller.
Et le moral est toujours heureux avec lui.
A chaque renaissance. Dans ce cycle. Toujours le même. Toujours différent.
Comme nous.

A la monotonie comme aux contrastes, tout est révélé.
Le vivant et ses empreintes. La vie et sa mémoire. Couchées et relevées.
L'automne s'impatiente. A nos corps rassasiés.
Au réveil éveillé.
 

Philippe LATGER / Août 2023

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J'ai oublié de me suicider pour toi

Publié le

- Vous ne pouvez pas nier l'avoir connu. 
- Non, je vous assure... Je ne sais pas qui est ce garçon.
- Mais enfin, c'est ridicule, nous avons retrouvé des témoins, et puis, il y a ce mail.
- Quel mail ?
- Le dernier mail qu'il vous a adressé.
- Ah... vous avez son dernier mail ?... Je l'avais gardé ?
- Lui, a manifestement tout détruit de vous.
Et ce dernier mail qu'il vous a écrit est ... terrible.
Il ne voulait pas seulement que vous disparaissiez de sa vie,
il aurait aimé que vous disparaissiez tout court.
Que vous arrêtiez d'écrire. C'est très violent.
- Je ne sais pas. Je n'ai pas arrêté. Pourquoi aurait-il fallu que je meure ?
- Pour son bon plaisir ? Pour sa conscience ? Vous saviez des choses sur lui ?
- A peu près tout ce qu'il y avait à savoir je suppose.
- Ah, vous voyez ! Vous voyez que vous avez menti. Bien sûr que vous l'avez connu.
Qu'avez-vous fait de si grave pour qu'il ait pu espérer vous faire taire à jamais ?
- Je l'ai aimé.
 

Philippe LATGER / Août 2023

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Des injustices aux insomnies

Publié le

J'avais des insomnies.
C'était à cause de la chaleur.
J'ai sorti le matelas sur la terrasse.
Pour dormir à la belle étoile.
Dormir dehors. Sur les toits.
C'était la canicule.
Il me fallait dormir.

Si j'ai des insomnies,
c'est à cause du vent.

Du vent et de la pluie.
J'ai rentré le matelas,
mais ne peux pas dormir pour autant.
Il me faudrait dormir.

Si j'ai des insomnies.
Ce n'est pas vraiment la faute

ni de la chaleur, ni de la canicule,
ni du vent, ni de la pluie,
mais parce que tu n'es plus là,
et que ma vie est vide.
Tu t'es trompé sur moi.
 


Philippe LATGER / Août 2023

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Lorsqu'il bat dans le vide

Publié le

Mon cœur est atteint.
Il n'est pas brisé. Mais suffisamment touché pour dévitaliser ma perception du réel.
Je lutte pour sourire. Je lutte pour faire bonne figure. Pour faire rire.
A toutes les choses heureuses qui ne cessent pour autant de se présenter à moi,
réunions familiales, événements à fêter, bonnes nouvelles, retrouvailles émouvantes,
je lutte, rationnellement, pour puiser au fond de moi un reste de lumière à partager et renvoyer.
Il me faut retourner des sourires, aussi francs et chaleureux que possible, je le dois à mes amis,
je le dois aux gens qui m'aiment, je le dois à mes agents, à mes collaborateurs, aux passants dans la rue.
Je dois chercher très loin dans mes réserves, ce que j'ai d'expérience du bonheur, de ressources,

pour donner le change, être avec les gens, les accompagner, les encourager, leur donner de la force.
En ai-je encore moi-même ? De la force ? Avec ce cœur amoché ? 
C'est un exercice douloureux. Comment rendre heureux son entourage quand on ne l'est pas soi-même ?
C'est une douleur physique et morale. Une colère contre soi-même. Comme une culpabilité.
De ne pas être capable de relativiser ses déboires personnels, ses chagrins, ses déceptions,
pour continuer à diffuser de la joie, de l'enthousiasme, mobiliser pour travailler ou faire la fête.
On peut me reprocher d'essayer de me persuader d'être la personne que je ne suis pas,

alors que nous devons tous, nous persuader de devoir devenir celle que nous voulons être.
C'est un combat quotidien. Le combat d'une vie entière. Qui peut être exigeant. Et énergivore.
C'est un horizon vers lequel tendre de toutes ses forces pour espérer quitter ce monde l'âme en paix.
Partir sans regrets. Avec le sentiment d'avoir été utile, à sa place, d'avoir optimisé le temps de cette vie,
de n'avoir rien gâché des forces qui nous ont été données.

Mon cœur est éteint.
La lumière n'illumine plus ni me regards, ni mes sourires.
Je renvoie poliment des gestes dont je crains que l'on perçoive qu'ils sont inhabités.
Je ne veux pas, par orgueil comme par amour, que l'on voit le chagrin dans mon âme.
Je ne veux pas inspirer la pitié, que l'on s'attarde sur moi, quand je dois donner du courage aux autres.
La sincérité de mon rapport aux autres s'en trouve troublée, lorsqu'elle devient mécaniquement hypocrite.
Je fais semblant. Et je mens à tout le monde. A mon père. A ma famille. A mes collègues. A tout le monde.
Je mens quand je dis " ça va " avec le plus beau de mes sourires. Quand je le fais pour passer à autre chose.
Pour ne pas craquer. Pas pour paraître fort, mais pour ne pas m'effondrer. Pour avancer. Debout.
C'est une douleur. De sourire à tout le monde quand on a envie de pleurer. Dégradante et détestable.
Une douleur de dire " ça va " quand tout de notre for intérieur proteste à cette seule expression.
Je dois puiser très loin pour chercher un brin de lumière qui ne soit pas fausse ni fabriquée.
Et je souffre de tromper mon monde.

Mon cœur est absent.
Un vide dans la poitrine. Un trou béant dans lequel je sombre en me débattant comme un diable.
Je me persuade peut-être d'être autre chose que moi-même, parce que je veux être meilleur que moi.
Je lutte pour devenir meilleur. Et mes efforts éconduits ou anéantis ont le goût amer de l'échec.
Furieux contre moi-même. Je ne me suis pas fait comprendre. J'ai échoué à me faire comprendre.
Et je suis le seul responsable du fiasco. Même face à ceux qui font semblant de ne pas comprendre.
La vie est une construction dont nous sommes les seuls artisans. La construction est une évolution.
C'est un travail. Ce n'est pas la position passive de la contemplation. Si cette dernière est bénéfique,
c'est pour éclairer l'action, c'est pour préciser l'orientation, alimenter le débat de nos propres choix.
L'amour universel et désincarné, celui de Dieu, celui du monde, est un moteur vain s'il reste inutile.
Si l'on n'a pas le courage d'en tirer les applications concrètes des amours terrestres et sociales.
L'émotion d'être au monde, la beauté du monde, devient vile si l'on ne la partage pas.
Si elle ne devient pas une force pour changer le monde des Hommes, pour l'améliorer,
s'occuper de ses semblables et trouver des solutions aux problèmes de ses contemporains.
Mon cœur saigne lorsqu'il bat dans le vide. Qu'il ne profite à personne.
J'enrage à galérer. Quand je galère à surmonter ma peine et quelques déceptions.
Pour redevenir celui que je veux être. Et que je serai heureux d'avoir été en mourant.
 

Philippe LATGER / Août 2023

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Question #10

Publié le

Qu'essaient de faire exactement ceux qui, dans un élan de fièvre,
entreprennent de rouler des pelles à vos oreilles ?...

#deschosesquejenaitoujourspascomprisesàcinquanteans




Philippe LATGER / Août 2023

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Génération Facebook

Publié le

J'en ai marre ...
- Quoi. Qu'est-ce qu'il y a encore ?
- Regarde... mais regarde ! Je ne me fais draguer que par des vieux.
- Comment ça ?... Voyons ? ... Philippe ... Ce sont des gens de ton âge.
- ... oui, eh bien ... voilà, c'est bien ce que je dis.




Philippe LATGER / Août 2023

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Du girafon

Publié le

Aux méduses du ciel. La lumière bleue.
Pour battre, comme au coup de fouet au ralenti,
des jambes, des tentacules, de bras oraux frangés,
pour se mouvoir dans l'espace de l'autre côté de la surface.
Elles se déplacent.
Lentement.
Comme des cerfs-volants.
Et ces lanternes de papier. Qui volent.
Et disparaissent.


Aux cous de girafes qui se balancent. La lumière jaune.
Le brouillard de sable.
La chaleur.
Physique.
Du girafon.
Qui vient de naître.

La lumière rouge.
La lumière verte.

L'entrée du port.
Dans ma fenêtre.


La lumière blanche.
Qui se déhanche dans les ténèbres pour exister.
Sur l'ours polaire. Et la crinière d'un lion de sel, de sucre. 
Albinos.

Tu m'en auras fait voir
de toutes les couleuvres.
Que j'avale.
Et s'enroulent sur elles-mêmes.
De toutes les coulures.

Qui n'ont rien empêché.

 

Philippe LATGER / Août 2023

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Les bougainvilliers

Publié le

Si j'vais chez mon père
c'est pour jardiner,
déplacer les pierres,
remuer la terre,
si j'vais chez mon père
c'est en jardinier
semer la bruyère,
tailler les palmiers.


Si j'vais chez mon père,
c'est pour raviner,
suivre les rivières,
retourner la terre,
si j'vais chez mon père
c'est pour naviguer,
braver la clairière
pour mieux m'y noyer.

Si j'vais chez mon père
c'est pour cheminer,
sauter les barrières,
parcourir la terre,
si j'vais chez mon père
pour m'enraciner
c'est pas pour lui plaire
mais pour me soigner.

Si j'vais chez mon père
c'est pour peaufiner
l'Eden sans Saint Pierre,
les pieds dans la terre,
si j'vais chez mon père
c'est pour dessiner
bouquets de prières
et bougainvilliers.

Si j'vais chez mon père
c'est pour les cyprès,
chercher la lumière,
revenir sur terre,
si j'vais chez mon père
c'est pour la lignée
des trésors d'hier et
des forces à gagner.

...
si j'vais chez mon père
c'est pour aligner
amours en poussières et
l'amour à gagner.




Philippe LATGER / Août 2023

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Aux amours déçues ou contrariées

Publié le

Blablabla
Blablabla
Blablabla
Blablabla

Après, fais ce que tu veux.
Mais ne me hais pas.
Je ne le mérite pas d'une part.
Et haïr est très mauvais pour la santé.
 


Philippe LATGER / Août 2023

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L'envie ne vient pas

Publié le

Bon. Pour l'instant tout va bien. Je respire bien. Je me sens bien.
J'ai arrêté mille fois. Je connais tous les symptômes par cœur.
Je sais exactement comment ça marche, comment les choses arrivent, se succèdent.
De sentiments de panique. De stress. De nausées. D'embarras gastriques. D'agitations. D'agacements.
Comment ça tire sur la peau. Autour des yeux. Comment ça joue sur les ongles, les gencives.
Comment des glaires finissent par se décrocher. Au point d'en cracher parfois de façon inopinée.
J'ai arrêté mille fois. Dont une qui avait su durer... presqu'un été entier. Aidé au patch et à la Nicorette.
Je sais comment ça joue sur le sommeil. Sur l'appétit. Sur la spermatogénèse. Sur à peu près tout.
Je suis spécialiste de trois choses dans la vie. Les chats. Spinoza. Et l'arrêt du tabac.

Là, je suis bien. Franchement. Même y penser ne me déclenche rien. Comme si le jouet était cassé.
J'ai deux petits cailloux dans la main. Dont un que tu m'avais offert. L'année dernière.
Je les ai dans la poche depuis. Comme des grigris. Mais je n'avais pas pensé à les utiliser de cette façon.
Je les caresse entre mes doigts. J'y presse mes pouces. Je les polis. Et ça me fait beaucoup de bien.
Même pas sûr, à vrai dire, qu'ils m'aident à me passer l'envie d'allumer une cigarette.
Parce que l'envie ne vient pas. C'est le plus étonnant pour moi. La première fois que ça m'arrive.
L'envie ne vient pas.

Je la guette. Un peu inquiet. Je me dis qu'elle finira bien par arriver. 
Et que lorsqu'elle viendra, ce sera terrible.
Mais là. Formidable. Je fais ce que je fais d'habitude. Un café. Ordi dans mon lit-bureau. Comme toujours.
Et aucune envie de me lever pour aller rouler une clope. Je suis bien où je suis. J'écris tranquillement.
Mon corps est bien. Il est serein. A sa place. En forme. Et je n'ai envie de rien. L'envie ne vient pas.

Je mange mieux. J'ai bon appétit. Je dévore. Mon corps s'épaissit. Et ça ne lui fait pas de mal.
Je le bronze en Espagne. Je le dérouille à la piscine et aux travaux. Il retrouve le plaisir de l'effort.
Comme chaque fois que je le sollicite, mon corps me remercie.
L'été lui va bien. Et la chaleur aussi.
Il est si bien qu'il ne me demande rien. J'écoute. Je suis attentif. Sait-on jamais...
Il devrait commencer à tourner en rond. Aller chercher un verre d'eau. Respirer une lampée d'alcool.
Pour se détourner du manque. Qui ne devrait pas tarder à poindre. J'écoute... Rien. Rien de rien.
Mon corps ne me demande rien. Il est bien. Il se suffit de lui-même. A respirer tranquillement.
Pendant que mes doigts pianotent ces mots sur le clavier.
Et qu'il pianotent gentiment, sans arrière-pensée, pas pour tromper mon cerveau et faire diversion.
Pas du tout. Ils font ce qu'ils ont à faire. Je suis bien. 
Moi qui suis spécialiste des chats, de Spinoza, et de l'arrêt du tabac, je suis impressionné.
En tant que spécialiste, c'est une première. Je n'avais jamais vécu ça comme ça.

Je me doutais bien que c'était une question de moment.
Chaque fois que l'on essayait de m'encourager ou de me convaincre, cela m'agaçait,
parce que je savais bien que c'était une question de moment.
Pas pour faire une démonstration de fanfaron " j'arrête si je veux, quand je veux ".
C'était pas ça. C'était juste l'intuition que viendrait le moment où cela se ferait tout seul.
J'avais déjà arrêté l'alcool. J'avais déjà arrêté les Marlboro. Il n'y avait aucune raison que j'échoue.
Je caresse le caillou que tu m'as offert l'année dernière. Il est doux. Il brille. Je joue avec.
J'ai arrêté... J'ai arrêté de guetter. De guetter l'envie. De guetter le manque. J'ai arrêté.
Allongé dans mon lit avec mon ordi. Je n'ai envie que de bien dormir. 
D'embrasser le plaisir de dormir. Puisque dormir est un véritable plaisir.
Je n'ai pas envie de mourir étouffé dans mes propres glaires. Noyé dans les glaires.
La noyade est vraiment la mort la moins désirable à mes yeux. Non. Pas envie.
Envie de vieillir. Envie de vivre. D'embrasser le monde encore dix ans. Vingt ans. Trente ans.
J'ai une vie devant moi. Qui sera plus belle encore que les précédentes. Je le sais.
J'ai toujours fait les choses au dernier moment. C'est comme ça. Allez. Quarante ans. Facile.
Une vie. Qui commence ici. Le corps en santé. Au sommet de sa forme. Serein. Musclé. Reconnaissant.
Que je vais débarrasser d'un vieux poison... que j'ai tant aimé.


Philippe LATGER / Août 2023

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