Je ne t'aime plus point
Je ne meurs pas. Je ne pars pas.
C'est un nouveau crépuscule. Une nouvelle nuit. Un nouveau matin.
Je ne t'oublie pas. Je ne t'abandonne pas.
C'est un nouveau voyage. Un nouvel équipage. La même destination.
Je ne change pas. Je vieillis. Et je ne t'aime plus pas.
C'est le creux d'une vague. Qui reprend sa respiration.
Je ne m'en fous pas. Je ne m'enfuis pas. Ne sors pas de la route.
Pleine lune. Dans ses nuages effilochés. Au zénith des brasiers embués de la ville.
Nos lunes. Je ne les compte plus mais n'en manque pas une.
Elles se font, se défont, comme lits et fortunes, les histoires d'amour et les raisons d'y croire.
C'est la cendre d'un incendie superbe qui a tout carbonisé. Qui continue ailleurs son festin dévorant.
Le retour du balancier, le reflux de mon sang ou de la balançoire. Quand rien ne se termine.
Ce que j'ai dans la peau reste dans ma peau. Quoi que l'on y ajoute.
J'ai la violence de nous deux bien ancrée dans mon ventre.
La beauté de ce nous, et toute son insolence, dans la rage qui me tient à continuer mon œuvre.
Peu de gens savent aussi bien que toi l'étendue de ce qui fut écrit, produit et accompli,
et savent combien tu es le moteur de la révolution et de quelques conquêtes.
Le secret n'en est pas un pour toi quand tu es la seule personne à savoir qui est toi,
à savoir que c'est toi, que ça le restera, à jamais, aussi longtemps que ces mots seront là.
Je le sais pour l'écrire, et peut-être mieux que toi. J'ai aimé plus fort qu'il ne m'était possible.
Ni mieux, ni plus fort que les autres, mais le plus absolument qui puisse être permis.
Au-delà de mes propres ressources. Avec un bonheur qui n'a pas fini de briller dans l'espace.
L'incendie continue. Il suffit de me lire. Je serai sincère. Obstinément. A chaque relecture.
Comme je l'ai été aux moments de t'écrire. Avec des mots trop faibles pour ce qui m'arrivait.
En fait, non, tu ne sais pas. C'était encore plus fort que ce que tu imagines.
Une complice éblouie savait presque. Etait témoin de ce qui nous liait.
Découvrant chaque matin l'ampleur de notre chance. Désorientée par la puissance de la passion.
Attirée par la tempête, elle est venue s'installer sous l'orage fantastique que nous dansions,
toi et moi, pour prendre sa part de bourrasques, de déluges, de trouées dans les nuages,
dont j'expliquais au mieux les mouvements, la lumière, incapable d'en reproduire l'exacte intensité.
Sans s'immiscer entre nous, elle était spectatrice, et finit par jouer son rôle dans la conservation,
comme chasseuse d'éclairs qui voulait à tout prix préserver l'énergie de la foudre.
Il y avait une maison virtuelle en guise de bibliothèque où elle avait sa place.
Je n'ai pas abandonné la maison. J'en ai construit une autre. Puisqu'il y a eu ce drame.
Notre chasseuse d'orages avait décidé de mettre fin à ses jours.
Construire la suite n'a pas détruit la maison. Elle est toujours debout. Elle est toujours en ligne.
Je n'ai touché à rien. Par respect pour nous-mêmes, pour notre propre histoire, et pour notre témoin.
Pieds nus sur les carreaux de ciment, j'ai trouvé une nouvelle lumière orange.
J'ai l'écrin qu'il me faut. Du café chaud. Mug de David Letterman ou Conan O'Brien.
Des détails pour reconstituer le rituel. Me mettre dans les conditions. Au milieu de la nuit.
Mais j'écris sur la Suite. Et puis-je te parler de lui ?
Les mots ne viennent pas. Sinon ceux pour parler de la Place Molière.
Que j'ai usés pour tenter de cerner au plus près la magnificence d'un coup de foudre.
Sublime. Le plus violent de tous. Le plus extraordinaire. Un sommet de mon électrocardiogramme.
L'allumette craquée cette nuit-là sur un baril de poudre a produit un feu d'artifice de cinq ans.
Philippe LATGER / Août 2016





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