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En liberté

Publié le

 

Je lis dans mes mains
que tu es dans mes doigts.
Tous nos lendemains
ne tiennent qu'à toi.

Et je te retiens,
serré, pour mieux respirer.
Les ongles aux poignets,
les poings fermés,
j'ai choisi la pluie de cordes
que tu es,
et l'on s'attache

en liberté

en liberté

Je noue dans mes mains
nos lunes au soleil,
les ronces au jasmin,
l'aurore au sommeil

et je te reviens
comme la foudre en été,
pour coudre mes plaies,
forcer le trait,
me sauver à ce désordre
que tu es
et l'on s'attache

en liberté

en liberté

 

Philippe Latger / Novembre 2016

 

Enregistrée par Paloma Pradal sur une musique et arrangements de Pierre Bertrand.

Enregistrée sur l'album " Les Nuits de Montparnasse " (2022 Cristal Records)
avec le Latvian Radio Big Band (Big Band de la Radio Lettone).

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Pas sans toi

Publié le

 

Au petit jour
comme aux grands soirs,
dans mes discours,
dans ton histoire,
à tes contours,
à mes comptoirs,
à mes détours,
à tes départs...

Aux rêves lourds
dans ma mémoire,
à ton humour,
mes idées noires,
à ton velours,
mon désespoir,
à tes retours,
à mes retards...

Toi, toi, toi,
toi que je retrouve à ma porte,
pour qui il faut que je m'en sorte,
pour te laisser vivre ta vie
sans moi

Toi,
que chaque lune me rapporte,
si notre histoire n'est pas morte
tu en as une autre bien à toi.

Aux souffles courts
dans le miroir,
à ton secours,
à mes déboires.
Aux désirs sourds
de te revoir.
A mes vieux jours.
Au dernier soir.

A mon parcours,
à tes devoirs,
au carrefour
des trajectoires,
à mon cœur lourd
qui veut y croire,
percée à jour
je veux vouloir...

Toi, toi, toi,
tu es la fièvre qui m'escorte
dont la folie me réconforte,
il faut que tu vives ta vie
sans moi

Toi
que chaque lune me ramène,
tu restes au centre de la mienne,
je ne la vivrai pas sans toi.

Au fil des jours
et du rasoir,
j'attends mon tour,
notre victoire.
Quand notre amour
viendra pleuvoir,
suivre son cours
dans ta mémoire.

 

Philippe Latger / Novembre 2016

Enregistrée par Paloma Pradal sur une musique et arrangements de Pierre Bertrand.

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La réconciliation

Publié le

Les pieds joints. Il s'agit de vriller le torse. Les jambes ne bougeront pas.
Comme au passage du taureau. Seul le buste doit pivoter. Ne pas bouger. Ne pas reculer.
Il n'y a pas de capes. Mais l'homme campe sur ses positions. Avec une détermination fiévreuse.
Sur des talons hauts, les bottines ne sont pas les ballerines du torero.
La culture équestre n'est pas loin. L'Argentine et le Mexique non plus.
Sans éperons. L'homme aux pieds joints et au torse vrillé ouvre ses bras sur quelque chose.
Les bottes à talons hauts finissent une silhouette. Se fondent aux jambes et au pantalon.
Viriles. Elles sont les sabots de cet homme à la fois torero et taureau. Cheval et gaucho.
Les bras en croix, les poignets s'enroulent sur eux-mêmes. Préparent le terrain.
Une curieuse gymnastique. Des étirements. Un visage grave. Du calme avant la tempête.
Le corps semble ramasser tous ses muscles, toute ses énergies, ratisse large. Concentré.
Et puis... ça éclate.
Sur le bois. Un talon qui claque. Et puis un autre.
Deux coups de fouet. Deux coups de feu. Avant de sulfater à la mitrailleuse.
Les pieds joints. Les jambes ne bougeront pas. Les muscles tendus. Sourcils froncés.
L'animal fulmine. Dans son galop immobile. 
Durga déploie ses paires de bras, en divinité hindoue, sur le tapage enivrant du zapateo.
Manie des capes et des banderilles imaginaires, des éventails et des poignards.
L'homme décharge l'énergie. La rend au sol. A la terre. La laisse le quitter.
Il parle aux vivants. Il parle aux morts. Il parle au monde et à l'éternité.
Il se fond à la lumière. A l'obscurité. Au futur et au passé. Il se fond à l'air. Et la musique.
Les talons crépitent. Il disparaît. Devient autre chose que lui. Plus grand que lui.
A mesure que ses forces le quittent. Déterminé à tout donner. Ne rien garder.
L'éruption volcanique se tait. En un mouvement de la main. Tout se fige.
Suspendu. A ses lèvres charnues. Erotiques. Il respire. Il comprend.
La mort n'est pas vaincue. Mieux que ça.
Elle n'est plus son ennemie.

 

Philippe Latger / Novembre 2016

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Exister

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Je ne suis pas ce que j'ai, je suis ce que je fais.

 

Philippe Latger / Novembre 2016

 

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Les pages blanches

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Ce qui me rend malade dans le fait de ne plus écrire,
n'est pas de ne plus écrire mais de ne plus t'écrire.

 

Philippe Latger / Octobre 2016

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Trop de questions pour une chanson

Publié le

C'était une chanson, puisque j'étais là pour en écrire, puisque c'est ce que l'on me demandait.
Et je n'avais pas l'intention de faire autre chose que ce que je savais faire.
Moi qui détestais l'idée de résidences, j'avais accepté de passer quelques jours à la campagne,
chez cet excellent mélodiste qui avait écrit un succès pour une chanteuse connue,
et qui me faisait l'amitié de me recevoir comme un membre de sa famille,
dans sa maison douillette, pour que nous fassions des chansons ensemble.
Ce même compositeur avait mis quelques uns de mes textes en musique,
mais ici, l'exercice était différent, il s'agissait soit de mettre des textes sur ses mélodies,
soit, le plus difficile finalement, d'écrire paroles et musiques pratiquement simultanément.
Un matin, j'étais descendu avec un texte, mais, je ne suis pas sûr de ma mémoire,
peut-être n'était-ce pas arrivé à ce moment-là, toujours est-il que j'avais écrit un texte
sur ce thème qui me paraît intéressant, qui l'est de toute façon, pour une chanson ou non,
qui est cette surprise d'être soi-même et pas quelqu'un d'autre.
Le musicien l'avait balayé en prétextant que c'était le questionnement d'un enfant de cinq ans.
Oui, en fait, je pense que je n'avais pas produit ces paroles chez lui mais dans un autre contexte.
Peu importe, sa réaction m'avait étonné. Je ne l'avais pas spécialement mal pris.
Il n'y avait pas de blessures d'orgueil pour un texte auquel je ne tenais pas plus que ça.
C'est vraiment son jugement sur le sujet qui m'a laissé perplexe, non celui sur mon texte.
Peut-être avait-il raison... Après tout, je continue à m'émerveiller de l'attraction terrestre.
Je continue à trouver extraordinaire que nous soyons lestés au sol et que les objets tombent.
Comme ces enfants qui en font l'expérience avec leur doudou depuis leur poussette.
Je peux aussi bien continuer à avoir les interrogations d'un mioche de cinq ans à quarante.
Je n'en prends pas ombrage lorsque c'est au contraire une satisfaction pour moi,
d'avoir su garder un fond sincère de candeur pour le truc hallucinant que nous vivons ici-bas.
Ce n'est pas le travail d'un Picasso qui essaie d'oublier sa technique pour retrouver le trait
du dessin d'enfants, mais simplement un ravissement béat et authentique pour ce monde.
Des choses auxquelles je ne m'habitue pas. Et ce sentiment en fait partie. Même après 40 ans.
Cela m'est venu encore il y a quelques jours, dans ma salle de bains, un peu comme revient
de temps à autres, la sensation confuse d'avoir déjà vécu une situation une fraction de seconde.
Ici c'était cette même stupéfaction, cette surprise d'être dans ce corps qui se trouve être le mien,
d'être dans ce contexte social qui est le mien, d'être dans ma vie, dans mon histoire,
et de ne pas être dans ceux de mon compagnon, de mon voisin ou mon meilleur ami.
La chanson n'aura pas vu le jour, mais je l'écris ici pour que ça le soit quelque part,
c'est une surprise d'être soi-même et de ne pas être quelqu'un d'autre.
C'est peut-être idiot. Je trouve pour ma part les enfants de cinq ans intelligents.
Surtout s'ils se posent en effet ce genre de questions. Pourquoi suis-je moi ?
Et ce n'est pas parce qu'il n'y aura pas de réponses que la question n'est pas intéressante.
Et ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de réponses qu'il n'y a pas d'effets de surprise.
Il suffit de s'y arrêter. D'en prendre conscience. Nous aurions pu être quelqu'un d'autre
D'autant que cet éblouissement chez moi est plus physique qu'intellectuel.
Comme une réaction épidermique. Organique. Et une forme de réveil en sursaut.
43 ans en moi-même, dans ma propre vie, n'empêchent pas cet ébahissement embarrassé.
Lorsqu'une partie de cette vie s'est effacée ou estompée au fil des ans, sur la durée,
et que je ne suis plus très sûr de me souvenir de l'enfant ou du jeune homme que j'ai été.
Ai-je vraiment eu les parents que j'ai eus, ai-je eu la mère que je prétends avoir eue ?
Ai-je vraiment vécu l'histoire que je me raconte à moi-même ?
Autant de questions aussi stupides que " qui suis-je ? " je suppose.
Mais s'y arrêter, même deux secondes dans une salle de bains, fait un drôle d'effet.
Un vertige qui ne me déplaît pas. Qui défie le réel avec un certain aplomb.
Qui fait l'aveu que nous ne savons rien de ce qui nous arrive.
Ou pas plus en somme que lorsque nous avions cinq ans. Il faut croire.
Je ne suis pas mon compagnon, je ne suis pas mon meilleur ami. Et cela me trouble encore.
Autant que les mystères de l'univers. Autant que le concept d'infini. Autant que la mort.
Pourquoi ne sommes-nous pas d'autres que ceux que nous sommes ?
Pourquoi dans ce corps ? Dans ce pays ? Dans cette époque ?
Trop de questions pour une chanson. Sans doute.

 

Philippe Latger / Octobre 2016

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A chaque seconde qui tombe

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La violence de la nuit, ce n'est pas celle d'être vivant, c'est celle d'exister.
Aux volutes dans la lampe qui éclaire tête basse le noyer du bureau,
au silence du dehors et sa troublante immobilité, je veille, comme un fou,
à chaque seconde qui tombe, à en tordre le réel comme l'ordre des choses,
à sortir des écrans, des cadrans, et de tout ce qui enferme,
je suis seul dans la vie, et ne suis pas vivant. J'existe.
Ce sont des retrouvailles.
La concentration désinvolte d'un père qui peint au creux de l'automne,
aux balais d'un batteur de jazz contre une tramontane furieuse,
dans la chaleur du foyer qui vous tient à l'abri des éléments et des monstres
que l'on imagine partout dans les ombres effrayantes venues de l'extérieur.
La télévision qui diffusait dans la cage d'escalier les dialogues en anglais de films américains,
ponctués de violons angoissés aux rebondissements de polars magnifiques,
qui montaient jusqu'à moi et m'enveloppaient comme une berceuse ou l'histoire du coucher.
Humphrey Bogart et Lauren Bacall s'embrassant juste derrière la porte de ma chambre.
Je suis enfant et je veille. Je suis monté au lit très tard. J'ai vu le film en entier.
Et celui du Ciné-club m'accompagne désormais au plaisir délicieux que j'éprouve déjà
à lutter, de toutes mes forces, contre le sommeil, cette petite mort, 
dans laquelle je n'ai pas envie de sombrer, je ne veux pas lâcher prise,
je veux veiller, à chaque seconde qui tombe, aux roulements de timbales hollywoodiens,
d'un film sans images, d'un film dont je peux imaginer les images,
aux seules intentions de la musique, qui règne en maître sur mes sens, la noirceur,
puisque je suis devenu aveugle au moment où ma mère a éteint la lumière.
Aveugle mais conscient. Eveillé. Emerveillé. Par ce que je découvre par moi-même.
Au fond de mon lit. Le drap relevé jusque sur le menton. Les yeux grand ouverts.
Ce sont des retrouvailles. Avec toutes mes nuits blanches. Ma deuxième vie.
Lorsqu'à ma quarantaine, j'ai gardé les sensations fébriles de l'enfant bouleversé.
Je ne lutte pas contre la nuit. Je lutte contre le temps.
La nuit, je l'embrasse. Amoureusement. Je lui roule des pelles. Je veux la retenir.
Même si j'accueille les lueurs de l'aube, comme terre à l'horizon,
avec le soulagement d'un jour nouveau et la permission de dormir.
Le repos du guerrier. D'après la traversée. De ma vie parallèle.
Celle sur laquelle vous ne pouvez plus rien. Je vous échappe. Vous dormez.
Pendant que je veille. Sur la ville. A chaque seconde qui tombe.
Le cendrier déborde. Et ça sent le café. Qui me tient pour tenir.
J'avance. Pas à pas. Minute après minute. Qui ne sont que victoires.
Je ne lutte pas contre la mort. Je lutte contre le temps.
Je suis seul dans la vie, et ne suis pas vivant.
Je suis.

 

Philippe Latger / Octobre 2016

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T'aimer deux fois

Publié le

Qu'il est bon de t'écrire aussi tard que l'on puisse.
De chercher tous les mots dans le poil de tes cuisses.
Avec ta permission, me perdre, vil ou ferme,
dans tes jambes, à ton cou, à ton col, en ces termes,
qui fusent en espérant la forme du plaisir,
à ce qui veut gémir, que j'ai laissé gésir
dans les draps alanguis aspergés de semence,
pour prolonger ici la fièvre et la démence.
Qu'il est bon de mourir aussi fort que l'on veut,
de trouver le repos à tes membres nerveux,
à l'odeur de ta peau qu'il me reste à décrire,
à tes lèvres charnues qui s'étirent pour rire,
à ce corps aux mains nues qui m'arrache à l'instant
au moment de penser, de remonter le temps,
le passé ne l'est pas pour peu que l'on s'y attarde.
Qu'il est bon d'y rester et d'y baisser la garde,
lorsque c'est avec toi, qui ne m'a pas quitté,
qui brûle sous mes doigts qui n'ont rien inventé.
C'est le bonheur deux fois. Le tenu, le livré.
Le vécu, le rêvé. Le réel et le vrai.
L'après, l'encore après. Aussi fort qu'il put l'être.
Que je masturbe encore à l'encre de mes lettres.
La mémoire du corps qui poursuit la jouissance,
continue son sillon, magnifie ses outrances,
transpire l'impression que je voudrais saisir,
l'exquise frustration à ce nouveau désir
d'expliquer ou fixer ce qui m'a échappé,
ou ne peut s'allonger qu'à ces lignes frappées
pour marteler ta bouche, sculpter cils et paupières
que je vois battre encore dans le ciel et la pierre,
qui battent ici-même au moment de le lire.
Tes yeux viennent le faire et dénouent le délire,
à l'idée des miroirs qui peuvent refléter
autant d'infinités que toute l'éternité.
Qu'il est bon de rester et de baisser la garde.
Le passé ne l'est plus pour peu que l'on s'y attarde,
dans les mots qu'il me faut pour rester avec toi,
me permettent de vivre et de t'aimer deux fois.

 

Philippe Latger / Octobre 2016

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Perpignan - Los Angeles

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Reconquérir Downtown

On a parlé du Syndrome de la Rousquille pour parler de ce que j'appelle la Los Angelisation de Perpignan. Une aire urbaine de 300 000 habitants dont le quartier pauvre est le centre-ville historique, et dont les classes moyennes vivent dans des banlieues pavillonnaires, vautrées jusqu'à plus soif dans cette culture périurbaine du tout-voiture, des ronds-points, des centres commerciaux, du crédit et de la télé-réalité. Une catastrophe. Economique. Sociale. Ecologique. Morale et psychologique. 

Le problème ne se pose pas qu'à Perpignan. Il existe hélas dans bien des villes de province. Mais, dans un même contexte occidental, européen et français, des villes résistent ou réagissent. Bonne nouvelle, c'est dire qu'il n'y a pas de fatalité. Chez nous, les élus locaux disent avoir compris l'urgence d'inverser la tendance, celle de reconquérir le centre-ville, de reconquérir Perpignan, mais il ne suffit pas de convaincre les politiques et d'attendre qu'ils agissent, il s'agit de vous convaincre, vous, Perpignanais, que la vie serait plus belle, tellement plus belle, pour tout le monde, si nous vivions ensemble, à Perpignan. C'est notre défi. Et un combat. Militant. Le plus ambitieux. A mener contre nous-mêmes.

Les Perpignanais à Perpignan

Perpignan est la 4ème zone urbaine de la grande région. Avant Narbonne. Avant Carcassonne. Et nous avons ce qu'il faut dans les mains pour nous imposer comme la 3ème, si nous lancions nos forces ailleurs que dans des polémiques à propos du nom d'une région dont personne ne sait exactement à ce jour quelles seront ses compétences au sortir de la réforme territoriale, à quoi elle sert, et encore moins les projets qu'elle est censée porter. En ce qui nous concerne, nous avons d'autres chats à fouetter, et ce n'est pas le nom d'une région qui fera le job à notre place. Si nous avons ici des ambitions de marketing territorial, tant mieux, nous n'aurons pas plus besoin de Toulouse que de Montpellier pour vendre un territoire avec sa capitale. Si vous voulez savoir mon nom, demandez-le moi directement, ne le demandez pas à mon voisin. C'est à nous de définir ce que nous sommes, c'est à nous d'affirmer notre identité, c'est à nous de créer notre image, notre marque, et à nous éventuellement de la vendre si l'on veut l'exploiter. Pas aux citoyens du Tarn et des Hautes-Pyrénées que l'on adore et que l'on embrasse mais qui ont leur linge à s'occuper. Travaillons avec Toulouse, mais n'attendons pas de Toulouse de promouvoir un Pays Catalan à notre place. Nous sommes les mieux placés pour ce faire. Mais qu'avons-nous à vendre aujourd'hui si ce n'est cette mélasse périurbaine qui n'est pas la culture traditionnelle de ce pays ? Qu'y a-t-il de catalan ou de roussillonnais dans cette plaine où l'on arrache la vigne pour construire des lotissements identiques à ceux que l'on trouve sur toute la côte languedocienne à grands renforts de malfaçons et de zones inondables ? Où l'on détruit les caves coopératives, où l'on fragilise des patrimoines historiques, où l'on construit des centres commerciaux jusqu'aux portes de nos villages, défigurés, déshumanisés, paupérisés, où l'on ne mange plus les fruits et les légumes de nos propres producteurs ? Quel Pays Catalan pensons-nous vendre exactement ?

J'ai assez dit ailleurs que les touristes parisiens ou américains ne viendraient pas à Perpignan pour visiter nos lotissements et nos centres-commerciaux. En la matière, ils ont mieux chez eux. Ce qu'ils viendront chercher, ce n'est pas non plus notre climat quand il y a le même ailleurs sur la Méditerranée, sur la Côte d'Azur ou en Corse. Ce qu'ils viendront chercher, c'est notre cayrou et notre vin. C'est notre marbre rose et nos abricots. Ce sont les vestiges de la ville médiévale, capitale du Royaume de Majorque, avec son Palais, ses couvents, et la trame de ses ruelles s'il en reste quelque chose. C'est notre culture gitane, typée, sensuelle, qui participe à la singularité de notre ville. C'est notre culture catalane, avec sa langue, sa gastronomie, ses arts traditionnels et ses savoir-faire immémoriaux. Bref, ils viendront pour ce que nous sommes. Ni plus ni moins. Pas pour ce que nous avons de commun avec Agde ou Marseille. Pour ce qu'il n'y a pas ailleurs. Nous et notre style de vie. Mais encore une fois, qu'en reste-t-il ? Le touriste est bien seul dans la ville. Où sont les Perpignanais ? Chez eux, à Saleilles et à St-Estève, dans leur canapé IKEA devant une pizza et NRJ12. Il y a tant d'entreprises, d'associations et de collectivités, qui se battent, pour préserver le patrimoine et notre qualité de vie, à Perpignan comme dans nos villages, pour maintenir ce que nous considérons digne d'être légué à nos enfants. Aidons-les. Accompagnons-les. Quand ils doivent remonter seuls le courant de cette déferlante de masse, de cette pseudo-culture abrutissante, décérébrante, qu'ils doivent lutter contre les pesanteurs titanesques de forces économiques qui font leur beurre sur ce périurbain cheap et minable, vulgaire, qui est le triomphe tragique de l'individualisme roi.

Tous des junkies

Alors voilà. Vous avez une ou deux voitures. Un pavillon avec un carré de jardin entouré de clôtures. Le barbecue pour le dimanche. Très bien. Vous faites vos courses au supermarché. Vous allez au cinéma dans un grand complexe. Et vous ne venez en ville que quatre fois par an. Le marché de Noël, les Soldes, les Jeudi de Perpignan, et les expos de Visa en septembre. Le reste du temps, vous n'y venez pas puisque l'on ne peut pas s'y garer. De toute façon, pour y faire quoi ? C'est moche, ça pue, ça craint, et c'est mort... Bien sûr que c'est mort puisque vous n'y venez pas. Si vous y veniez, ce ne serait pas mort, et ça ne craindrait pas puisqu'il y aurait du monde. Ensuite, ce n'est pas moche. Vous ne connaissez pas cette ville. Vous n'êtes pas allés vous promener dans St-Jacques, à la Caserne du Puig, au jardin de la Miranda, au pied du rempart (puisque nous en avons un toujours debout), dans le quartier St-Mathieu - fondé par les Templiers - ou sur le Mont St-Sauveur, vous ne connaissez au mieux que le Triangle d'Or (notre peau de chagrin) entre la place Arago, la place Rigaud et le Castillet. Sur plan, tenez-vous bien, le centre-ville historique de Perpignan est plus grand que celui de Montpellier. Rien de plus normal quand on sait que Perpignan fut capitale royale au XIVème siècle, d'un royaume dont la Seigneurie de Montpellier faisait partie. The place to be, c'était Perpignan. Et ce que vous en connaissez n'est pas même le quart du centre-ville historique. Nous avons une université, nous avons un collège devenu lycée, nous avons un conservatoire, nous avons des musées, nous avons un théâtre (et même deux aujourd'hui), des salles de cinéma et de concerts, des bars, des restaurants, une cinémathèque, des librairies, des galeries, et tout ce qu'il faut pour avoir l'embarras du choix pour sortir après le travail quand on a la chance d'en avoir un ou le week-end avec les enfants. Et même des commerces ! Seulement voilà, vous n'y êtes pas, et les touristes s'y retrouvent souvent seuls le dimanche avec les plus défavorisés d'entre nous. Comme je l'écrivais ailleurs, Perpignan est comme le cerveau humain, nous n'en exploitons que 10 à 20% de ses capacités (et de son territoire intra muros aussi).

Les efforts de l'Office de Tourisme sont payants, et de nombreuses animations fleurissent en effet, à renforts de brocantes, salons divers et variés, d'attractions nouvelles comme le Petit Train de Perpignan, les barques sur la Basse, la Grande Roue à Noël et j'en passe. Mais si Perpignan doit devenir une destination touristique comme l'affirme Mr le Maire, elle doit l'être en premier lieu pour vous. Venez. Venez en bus ou en vélo. Ou laissez votre voiture au Bas-Vernet, traversez la Têt à pied par la nouvelle passerelle ou mieux encore par le Pont Joffre. Traversez le Faubourg Notre-Dame où la ville se densifie. Marchez dans votre ville. Vous ne marcherez pas plus que dans les rayons et les galeries marchandes de Auchan, Carrefour ou Leclerc. 
Mieux encore. Venez y vivre. Vous voulez du jardin pour les enfants ? Perpignan regorge de maisons de ville avec des jardins. Où vous aurez des bambous et des citronniers. Vous n'aurez plus à vous lever une demi-heure plus tôt tous les jours puisque vous éviterez vingt minutes d'embouteillages à l'arrêt sur le Pont Arago, à consommer de l'essence pour rien et écouter des infos anxiogènes à la radio au lieu de finir gentiment votre nuit, en habitant en ville, sur place, à dix minutes à pied de votre lieu de travail. Vous pourrez conduire vos enfants à l'école à pied aussi puisqu'elle est au bout de la rue. Vous pourrez dîner le soir en terrasse Place du Figuier, Place Arago sous les magnolias, Place de la République, ou au pied du Castillet, sous les platanes, ce qui a un autre charme je vous le garantis, que la vue imprenable sur le parking de la zone commerciale de je ne sais quelle chaîne de fast food. Et puis, on a des adresses, on vous les donnera, de petits gars et de petites nanas qui font une bouffe maison géniale, qui ont eu l'estomac de monter leur affaire, louer un local, qui font une super cuisine avec de bons produits. On vous donnera les tuyaux, on les partagera au café le matin, place de la Loge ou place des Poilus, de quelle ligne de bus pour aller à la Fac ou à Canet Plage, de quelle nounou géniale pour les enfants, de quel dentiste, de quel boucher, de quelle association... nous avons la télé et ça ne vous empêchera pas de regarder NRJ12 si ça vous manque. Mais à l'heure des AMAP et de BlablaCar, nous n'allons pas être les seuls à ne pas nous réorganiser tout de même face à la globalisation qui nous a isolés les uns des autres et plantés en beauté dans nos dettes et nos crédits ? Venez. Ce sera gagnant-gagnant pour tout le monde. Je dis ça aussi aux écoles ou aux entreprises qui sont parties. Qui se sont délocalisées à l'extérieur. Nous avons besoin de tout le monde. Venez. Ou revenez. Et vous allez découvrir un art de vivre, une douceur de vivre, qui va s'enrichir grâce à vous, précisément parce que vous serez de la partie, puisqu'enfin et surtout, nous allons vivre ensemble. Pour mutualiser, économiser, gagner du temps, pouvoir en prendre, pour nous aider, nous solidariser, ça peut dépanner de ne pas être seul. Et cela peut guérir bien des maladies de notre époque. Des maladies sociales, physiques, et psychiques.

Dans ce pays où nous nous sommes séparés de la religion, où nous nous sommes émancipés de la famille, où l'Etat, qui était la dernière cellule liante, est en train de disparaître depuis au moins les Années 80, nous nous retrouvons un peu seuls et démunis face au Main Stream redoutable de la société de consommation qui a, avec un certain génie, transformé le citoyen en consommateur, la liberté individuelle en individualisme, individualisme décuplé à la puissance mille avec l'hyperconnexion exponentielle de ces dix dernières années. Cette culture du périurbain que je vomis et qui ne mérite d'ailleurs pas le nom de culture, concentre tous les maux dont nous nous plaignons tous depuis déjà vingt ans. La publicité tapageuse au bord de nos routes, dans nos villes, une pollution visuelle, sonore, un harcèlement psychologique, les sollicitations incessantes pour acheter telle lessive et tels cosmétiques, pour continuer à être beau, à être jeune, à être cool, à être comme tout le monde, avec le même pavillon, la même voiture, et le même canapé IKEA, à s'endetter pourvu que l'on continue à consommer, puisqu'on te prête de l'argent quand tu veux en deux clics, exactement comme à Las Vegas où l'on te prête pour que tu continues à jouer au casino quand tu as tout perdu. Formidable cette société qui nous encourage à traiter les gens comme des objets, à choisir nos compagnons comme des smart phones sur un catalogue, que l'on quitte à la moindre contrariété, pour un caprice de gosse attardé, comme on vire un ami Facebook, à l'instar de ces cagoles montrées en exemple aux enfants dans les Marseillais contre je ne sais qui, partisans du moindre effort, incarnations du triomphe de la paresse intellectuelle, de la vulgarité, de l'inconséquence, de la patience zéro. Formidable cette société qui nous encourage à larguer nos vieux qui nous encombrent dans des résidences qui coûtent si cher qu'il faut vendre leur maison, allant donc, imaginez, jusqu'à nous priver d'un héritage juste pour le confort de ne pas avoir à nous en occuper, qui nous encourage à vendre des terres agricoles pour en faire des terrains constructibles, sans penser ici non plus aux générations futures, bref, vous connaissez tout ça, après moi le déluge, tant que j'ai ma putain de voiture - payable en huit mois - pour perdre vingt minutes de carburant et de sommeil sur le Pont Arago, quitte à ce que mon pays fasse la guerre pour qu'on puisse continuer à faire le plein, pas de scrupules, je suis comme les autres, l'égoïsme est la norme. Nous sommes broyés ici comme ailleurs par la machine de cette dictature du plaisir solitaire, instantané et immédiat, de courte vue, pris à la gorge par des dettes, privées et publiques, aussi dramatiques dans les deux cas, qui réduisent le champ de vision, les projections dans l'avenir comme nos exigences, contribuant à nous tenir dans une vie au jour le jour et à nous diviser, nous séparer, nous isoler. Et nous isoler même davantage au moment de l'hyperconnexion et réseaux internet, puisque cette hyperconnexion, généralisée, addictive et chronophage, nous déconnecte de notre environnement physique, des personnes matériellement présentes autour de nous. Et cela devient insupportable. Une dictature qui fait les affaires de grandes entreprises sans doute, mais crée autant de frustrations que d'autismes et de dépressions. L'être humain n'est pas fait pour vivre seul. Et la consommation n'est pas une raison de vivre.
 
C'est donc ça, la culture catalane ? 
L'art de vivre roussillonnais ? 
Le IKEA de Montpellier, Auchan, Meetic, les Mojitos, la Fiat 500 et le Buffalo Grill le samedi soir chacun sur son compte Facebook ? Quoi d'autre ? Ah... la rousquille.
Concrétement. Le résultat de cette merveilleuse rousquille ? 
Des gens pauvres, précarisés, livrés à eux-mêmes en centre-ville, parfois sans domiciles fixes, parfois avec mais dans des logements indignes, souvent sans couverture santé, sans assurances, sous perfusion d'un RSA... et des classes moyennes shootées à Google et W9, au crédit et à la consommation, dans leur misère affective et leurs banlieues pavillonnaires où elles se font chier. Résultat des courses ? Tout le monde est malheureux. Ceux qui n'ont pas d'argent pour bouffer, et ceux qui en ont juste assez pour bouffer de la merde. Ceux qui n'ont pas d'argent pour être socialisés, ceux qui en ont juste assez pour se payer la liberté de se retrouver seuls comme des cons. Le bonheur, c'est l'inverse de la rousquille. Dans l'aménagement du territoire, ce sont des vraies villes et des vraies campagnes. Pas ce Gloubi-boulga merdique, de mauvais goût, où l'on ne sait plus d'un rond-point à l'autre, si c'est encore Alenya ou si c'est déjà Cabestany, si l'on est déjà à Perpignan ou encore à Béziers. Ce sont de vrais villages, avec leur identité, qui fait que Bompas n'est pas Villelongue, que Elne n'est pas Canohès, avec leurs commerces, leur école et leur bureau de poste, où l'on peut aller à pied, même vieux, même enfant, sans voitures. Acheter du bon pain. Acheter des asperges ou des artichauts du jardin. Le bonheur, c'est l'inverse de la rousquille industrielle. C'est la rousquille fraîche. Que l'on peut trouver au bout de la rue. Parce qu'un artisan a les moyens de les produire. C'est une capitale où les producteurs viennent de tout le département vendre leurs produits au marché. Qu'il soit couvert ou non. Où l'on peut trouver des tomates qui ont le goût des tomates. Et je peux ne pas être contre la contre-culture s'il y a une culture. Je veux dire que j'accepte un lotissement si l'on garde des vignes, que j'accepte Buffalo Grill et les fast foods s'il y a une autre cuisine possible, que j'accepte des supermarchés s'il y a des commerces en ville, que j'accepte W9 s'il y a des spectacles intelligents et accessibles au théâtre. Mais dois-je vous convaincre de tout cela ? 

Il n'y a pas de fatalité disais-je. J'ai pleuré en Auvergne de voir des terres cultivées, des paysages soignés et des villages cossus. J'ai pleuré en Ariège de trouver la nature, indomptable, et l'empreinte de l'homme pourtant, respectueuse, opportuniste et humble à la fois. J'ai pleuré au Pays Basque de trouver un pays aussi intransigeant qu'ouvert sur le reste du monde. Comment revendiquer sérieusement un Pays Catalan lorsque nous bradons chez nous à ce point tout ce qui le distinguerait de l'Héraut ou de la Haute-Garonne si nous réagissions ? Quand nous arrachons les cerisiers de Céret, que nous laissons disparaître St-Jacques, que nous ne savons même pas qui étaient les Rois de Majorque ? Une vie de classe moyenne est exactement la même à Aucamville (Toulouse) qu'à Pollestres (Perpignan). Même mobilier urbain. Mêmes délires d'aménagements de la voirie. Même décor. Même médiathèque. Même centre commercial. Même mode de vie. Tout pareil. Plus inquiétant à la vue des cartes de l'INSEE, Perpignan, 4ème zone urbaine de la région, présente une mixité de revenus désastreuse. On voit en rouge les revenus les plus bas, en bleu, les revenus les plus élevés. On distingue le quartier du Mirail à Toulouse. On distingue des quartiers nord et sud à Montpellier. On voit l'égalité des deux catégories face à face à Nîmes. Pour Perpignan, sans commentaires. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'argent. Cela veut dire qu'il n'y a pas de mixité de revenus dans la zone urbaine, en centre-ville donc, mais pas davantage dans le reste de l'agglomération, lorsque le Syndrome de la Rousquille a gagné toutes les communes du bassin roussillonnais. Evidemment, l'INSEE ne peut réaliser de graphiques que sur la base de revenus déclarés, si vous voyez ce que je veux dire, mais tout de même, cela révèle un aménagement du territoire pour le moins déséquilibré, qui n'est pas de la responsabilité ni de Paris, ni de Toulouse. Enfin, je termine en répétant qu'il ne s'agit pas de condamner qui que ce soit, de trouver des coupables ailleurs qu'en nous-mêmes, lorsque dire que c'est la faute des politiques serait aussi facile, injuste et malhonnête que de dire c'est la faute à Paris ou à Toulouse, cela procèderait du même ressort, se défausser en disant " c'est la faute à machin " alors que c'est notre responsabilité collective. Bien sûr que le parking est trop cher en ville. Même problème que ces immeubles du centre que des propriétaires préfèrent garder vides plutôt que d'en baisser les loyers. Les places de parking existent, c'est juste qu'elles sont vides, mais Vinci ne baisse pas les prix pour autant. Et donc, la belle affaire. Est-ce pour autant qu'il n'y a pas de solutions ? Cela nous coûte tant de réfléchir à comment contourner l'obstacle ? Le parking est trop cher, donc, je ne viens pas en ville. C'est abandonner un peu vite il me semble. Même question pour les locaux commerciaux, pour une halle alimentaire, pour la propreté, pour la sécurité. Si nous voulons réinvestir notre cité, nous la réinvestirons, il n'y a qu'à le vouloir, en comprendre l'intérêt et l'urgence, et... certes, à travailler un peu. C'est rarement le message des télé-réalités, mais tout se mérite.

Si nous sommes nombreux, la charge de travail sera moins lourde. Donc, n'attendez pas que les politiques fassent le boulot à votre place, comme nous n'avons pas à attendre que Toulouse le fasse. Le restaurateur à Perpignan ferme tôt parce qu'il n'a pas les moyens de payer son chef pour une salle vide à attendre le client, si vous venez dîner chez lui après 22h, bien sûr, il aura les moyens de payer un chef et l'on pourra enfin dîner en sortant d'un spectacle à Perpignan. Il faut pour cela que vous veniez au spectacle à Perpignan et que vous restiez y dîner ensuite. Nous ne pouvons pas nous contenter de reprocher aux politiques et encore moins aux commerçants le problème du commerce de centre-ville. Où faites-vous vos courses ? Si vous venez faire du shopping en ville, il y aura des commerces ouverts, si vous ne venez pas, on baisse le rideau, c'est mécanique. C'est plus qu'un choix politique, c'est un choix de civilisation à faire ensemble. Si nous avons de l'ambition pour nous-mêmes, si nous avons à cœur d'être à la hauteur de ce que l'on nous a légué, si nous avons à cœur de le transmettre à nos enfants, si nous avons à cœur de défendre un patrimoine, un territoire, une identité, au travail ! Personne ne nous oblige à céder à la facilité de cette société que j'ai à peine caricaturée. Si nous voulons mieux manger, si nous voulons une meilleure qualité de vie, si nous voulons une bonne santé, décidons-le et faisons-le. Et faisons-le ensemble. On a la ville qu'on mérite. Et Perpignan n'a jamais été un no mans land, Perpignan a une culture urbaine, dense, riche, encore faut-il le savoir, dont nous ne sommes pas dignes aujourd'hui. Il n'y aurait pas tant à faire qu'on le pense sans doute, pour optimiser les acquis remarquables, toujours existants, que les générations passées ont su exploiter en leur temps. Ce n'est pas comme si nous n'avions rien. Et nous avons des ressources humaines, des professionnels, compétents, créatifs, des gens formidables, une jeunesse, tout pour réussir. Si nous ne réussissons pas, ce n'est pas parce que nous sommes catalans, ou français, ou je ne sais quoi d'autre, c'est parce que nous sommes devenus periurbains. Addicts. En dépression. A l'arrêt sur le Pont Arago, dans un modèle d'un autre âge. Los Angeles dans les Années 70. Et pour jouer sur la fibre de l'égoisme, rappeler ici que l'intérêt général n'a d'intérêt que parce qu'il profite à tout le monde. 

Le bonheur attire. Si nous sommes heureux, nous serons attractifs. Si nous sommes attractifs, nous serons prospères. Mais, contrairement à ce que veut nous faire croire NRJ12, il est impossible d'être heureux tout seul, envers et contre tous. On ne peut être heureux dans un environnement malheureux (à moins d'être devenu psychopathe). Alors, assez de défaitisme, de résignation et de paresse. Notre pays est beau, nous avons du talent, Perpignan est une ville magnifique et passionnante qu'il est honteux d'abandonner. Le véritable combat n'est pas de convaincre Toulouse qu'il faut mentionner le Pays Catalan, il est de nous convaincre nous-mêmes que nous sommes la troisième métropole de cette région et que nous avons un rôle à y jouer. Venez à Perpignan. Découvrez-la. Prenez le temps de vous y perdre. De vous y retrouver. Apprenez à l'aimer. Commencez par cela. Vous n'avez pas idée du gâchis que c'est. Et ce dont elle manque, ce n'est pas de moyens, de dotations de l'Etat, de reconnaissance ou que sais-je... elle ne manque que de vous.

 

Philippe Latger / Septembre 2016

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L'été a lâché prise

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La nuit de septembre et sa purée de pois. Le duvet d'humidité au-dessus de la ville.
Le halo anisé qui peut situer le ciel. Hésitant entre le vert et l'orange.
Et ça sent la rosée sur du métal rouillé. Le bois détrempé et l'herbe fatiguée.
La nuit effilochée et sa barbe à papa qui renoncent à pleuvoir 
sur l'odeur triste et fade de trottoirs en ciment.
La buée n'est pas cette vapeur laissée sur le carreau,
mais le nuage en veilleuse, silencieux, immobile, qui vieillit sur les toits,
éclairé faiblement d'une lune inutile qui ne brille pour personne au sommeil qui l'éclipse,
quand la lumière vient d'en bas, aussi publique qu'artificielle, qu'elle vient de la ville,
de mille rues désertes signalant leur présence pour tromper leur ennui.
Une aurore factice qui s'étire comme elle peut dans son piètre incendie de trois heures du matin.
La chaleur dissipée, les pestilences de la voirie sont devenues timides. A peine perceptibles.
L'été a lâché prise. La nuit est moins cruelle. La solitude aussi.
Aux impressions d'angines et de rentrées scolaires.
Quelque chose se paralyse. Quelque chose s'éteint. Quelque chose se tait.
Le repos, le répit, ont leur propre volupté.
Il peut pleuvoir demain. Le brouillard se mouiller.
La grisaille déprimante à la lumière du jour devient féérique à celle de la nuit.

 

Philippe Latger / Septembre 2016

 

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