L'hiver solidaire
Qu'il est doux, dans les dents, dans les cils, en dedans, le rayon de lumière.
Qui grimpe dans mon lit pour chauffer ma figure, enflammer mes paupières.
Entre les contrevents, il s'invite, il se glisse, et le voici, arsouille et impoli.
Je ne l'avais pas chassé par la porte, qu'il revient déjà et quand même par la fenêtre.
Pour incendier mes draps. Me caresser le torse et me baiser le front. Sur l'oreiller amolli.
Il murmure un bonjour à mon oreille. me dore le duvet, me dit qu'il vient de naître.
Il s'étire dans mon lit. Prend de la place. Et me saute au menton pour me rouler des pelles.
Son voyage fut long. Il est blond et oblique. Je lui souris et le regarde. Sais comment il s'appelle.
Je froisse mon visage, fronce les sourcils, fais cette grimace du réveil ou d'estivant ébloui.
Cette mine fripée que l'on a face à trop de lumière. Que je défroisse de mes deux mains ensemble.
Les cheveux en bataille. Mais heureux d'être importuné d'aussi douce manière. Qui me réjouit.
C'est un rai flamboyant qui révèle toutes les particules suspendues dans l'air de ma chambre,
dont il coupe une tranche, me prouve l'existence : un rayon de soleil venu me provoquer.
Me débarbouiller. Me tirer par la manche. Pour me dire, viens. C'est une belle journée.
Il n'a pas renoncé, ni au cœur de décembre, ni au cœur de janvier, fait de la résistance.
Et je me lève aussi, par solidarité.
Philippe LATGER / Février 2019