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Ah ben d'accord

Publié le

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA
HHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
BBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBB
EEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE
NNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNN
DDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDD
'''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

CCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCC
CCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCC
OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO
RRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR
DDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDD
Je vois le genre.
 

Philippe LATGER / Octobre 2019

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Pour réveiller mes os

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La chaleur vient de toi. Traverse ton tee shirt. Traverse ma chemise. Elle vient de toi.
Pour se mêler à la mienne. Elle m'envahit. Se répand dans mon torse. A travers le textile.
Comme du papier à cigarette. Qui ne peut rien arrêter. De la chaleur qui vient de toi.
Qui m'irradie à l'étreinte. Qui m'incendie au baiser. Qui me calcine en son absence.
Elle vient de ta poitrine. De ton ventre. De ta peau. Traverse ton tee shirt. Traverse ma chemise.
Pour réveiller mes muscles. Pour réveiller mes os. Pour réveiller mon sexe. Réveiller mon sourire.
Qui se noie dans le tien. Qui se tient à tes yeux. Se retient à ta bouche. A ta chaleur humaine.
Qui se répand dans mes gestes et ma matière. Dans mon âme et ses mystères. Elle traverse tout.
Pour embrasser la mienne. Et brûler le brasier aveuglant de toutes nos inquiétudes.


 

Philippe LATGER / Septembre 2019

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Aux murs détapissés

Publié le

Le chiffon de jambon mousse sous la spatule. Du papier que l'on mouille pour qu'il se gondole.
Qu'il cloque. Qu'il se gaufre pour laisser une prise. La lame de métal cherche du relief où elle peut.
Le produit liquide vaporisé assombrit la tapisserie. Qu'il faut décoller coûte que coûte.
Elle se ride à l'humidité comme les coussinets des doigts de ceux qui sont restés trop longtemps dans l'eau.
Je peux enfourner le couteau de ma truelle pour faire levier. Gratter le mur là où la colle résiste.
L'ornement mouillé se défait en lambeaux, s'enroule comme des anglaises ou du papier tue-mouches.
Une diarrhée de copeaux, de fleurs hideuses qui se décomposent, déféquées sur le plancher.
Qui tombent par paquets. Dans les flocons d'une poudre de plâtre. Aux gestes répétés. Obstinément.
On racle la cloison et la gorge. On frotte des surfaces. Pour les libérer. Retrouver l'état premier.

Déshabiller le lieu des présences des autres. De leurs motifs floraux et de leur mauvais goût.
On cherche la lumière. A la faire rentrer. On cherche la maison. Ou à la reconstruire.
Des cuisses poilues, bandées sur une échelle, se crispent à l'effort, pour ruiner un liseré vieux rose.
Une fausse frise qui part d'un seul tenant, tout un ruban, arraché sans lutter jusqu'à la déchirure.
Comme des langues de peaux tirées au coin des ongles. Les débris de papier mâché s'accumulent au sol.
En boules de guenilles. Du bois décomposé. Sur celui du parquet. Où je me démène, accroupi,
pour soulager les plaintes. Sous une pluie épaisse de pelures et de loques qu'il faudra balayer.
Sur l'échelle, les cuisses sont poilues. Un bermuda trop large ne saurait les cacher à mon désir coupable.
J'agite mon outil pour décharger le flingue, épuiser la tension. Je détourne l'ardeur et le bouillonnement.
Au débardeur béant, l'épaule est magnifique. Elle est brune à croquer, saupoudrée de râpures,

de particules fines logées dans le duvet. Il y a l'odeur du mâle mêlée au bois mouillé.
Et je bande à l'effort du labeur à finir. A décoller des tâches de pétales et de glue qui refusent de céder.
Il y a ce slip chargé, qui pend entre les jambes. D'une lourdeur virile aux entrebâillements.
Où mes mains n'auront pas le loisir de venir se glisser. Le bouton. La braguette. Le tissu qui s'effondre.
Bermuda aux chevilles, les cuisses écartées. Mon nez dans le paquet respire à pleins poumons
ce qu'un sous-vêtement moule dans sa mollesse, les volumes au repos qu'il protège et soutient.
C'est le parfum troublant de ce qui est fragile, sublime et inquiétant, parce que de plus intime.
Dans l'air moite et poisseux, aux nuées de gravats, je libère l'objet dont le design atroce
sait être fascinant, alors qu'il réagit à l'affranchissement, se déploie sous mes yeux comme se réveillant,
s'étire et s'épaissit, se dresse vers ma bouche, irrémédiablement, en quête de salive et de vénération.
Je chasse ces images qui énervent ma peau, provoquent des affluences sanguines et des durcissements,
pour concentrer mes forces sur la tapisserie. Griffant les murs de ma spatule pour enlever ce qui peut l'être.
Le papier mouillé devient spongieux. Et j'imbibe de bave onctueuse ce qui n'est pas une langue,
mais ce à quoi je roule des pelles, amoureusement, avec fièvre et conviction. Science et application.
Des mouvements de bassin et des grognements lascifs m'encouragent. Aux coups tendus de truelle.
Que je glisse sous la couche de déco qu'il me faut retirer. Les vestiges de vies qui ne sont plus chez elles.
Les abdos contractés. La tête renversée. Je décolle les fragments d'anciens propriétaires.
J'astique et je soulage les murs d'une maison qu'il faut démaquiller. Pour qu'elle respire mieux.
Reprenne ses esprits. Ses couleurs. Sa vigueur. Ou son souffle. Au vertige aveuglant de la libération.
Aux gouttes épaisses qui pleuvent sur le sol. Parmi d'obscènes chiffonnades. Où l'obsession s'épuise.
 

Philippe LATGER / Septembre 2019

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La méduse des rideaux

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Le lit pliant sous la fenêtre. L'enfant peut laisser pendre le bras et sentir sous ses doigts
le vernis du parquet, et la chaleur du bois, et la froideur du fer, celui du petit lit.
Sur lequel il cherche le sommeil. A la fenêtre ouverte. Le store n'est baissé qu'aux trois quarts.
La lumière artificielle de la rue, bien que douce, bien que faible, vient s'entortiller dans les voilages.
Le rideau fait des vagues. Devient phosphorescent. Et filtre des lueurs, projette des ombres étranges
sur les murs de la chambre.

Il y a des algues et des anémones de mer. Des chevelures de noyés dans les fonds sous-marins.
Des gueules de loup béantes. Qui s'animent en flottant dans l'obscurité. Des araignées géantes.
Et des monstres sans noms qui dansent autour de lui, les yeux ronds dans son lit,
hésitant entre l'épouvante et l'émerveillement.
Quand les ombres chinoisent.

 

Philippe LATGER / Septembre 2019

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Quarante-six

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Le sucre et le lin. Le lucre et le sein. La ceinture. Abdominale. Aux chairs décomposées.
La fange et le gain. Le Gange et la fin. C'est le sel dans la barbe d'un été nécrosé.
Le temps vole autant qu'il donne. Se dérobe autant qu'il cogne. Nez à nez. Les yeux dans les yeux.
Il prend par le col qui refuse de le prendre. Sur le ring. Sous l'ampoule. Dissimulant le reste.
C'est la boxe. Le combat contre soi-même. Sautillant dans l'arène. Ou la beauté du geste.
Les traits bavent sur la toile. Quand le crayon s'efface. Tout s'embrume. Aux peintures murales.
Qui coulent en façade. Comme aux muscles amollis. Au point de s'égarer. Ne plus se souvenir.
De qui l'on est vraiment. De qui l'on a été. Aux rivages inquiétants de prochaines échéances.
La course du train rapide. Qu'on n'a pas vu passer. A présent ne subsistent que plainte et déchéance.
Tout change sans changer. Sous mes doigts qui dessinent ce qui doit disparaître.
Le vain et le pin. Le pain et le vin. La piscine. Au plafond. Fait ses volutes étranges.
Le plan et la suie. Le sang et la pluie. L'incendie de l'enfance. Qui me nourrit. Qui me mange.
C'est une mort qui n'en finit pas. Des millions de moi éteints. Dont on ne peut rien retenir.
Sinon l'émotion d'être ici. Aux ombres merveilleuses du bonheur d'être en vie.
Le sourire de ma mère sur le gosse de huit ans. Qui court dans les allées tout près de Barcelone.
Ivre de soleil sous les eucalyptus. Ou de son propre corps aux forces inédites. Qui sait fendre les airs.
Pieds nus sur la margelle ou les dalles de schiste. Sur la terre battue et le granito vert d'une salle à dîner.
Qui peut nager longtemps sa brasse sous-marine. Plonger dans le brasier. La Méditerranée.
Le Paradis perdu me fait vieillir bien vite. Quand l'enfant de huit ans est mort avec ma mère.
Et celui de dix ans. Le jeune homme de vingt. Et ceux qui ont suivi. Fatalistes. Orphelins.
Le rond et l'adage. Le don et la rage. D'avoir gagné autant que j'ai perdu. De candeur et d'audace.

De lumière et d'amour. De caresses. D'illusions. Et de confiance en moi.
C'est tout un tas de ruines. A Toulouse et Paris. A New York et Bompas. Qui meurt à mes cheveux.
Qui s'empâte à ma bouche. A la maison détruite tout près de Barcelone. Qui m'enlise au sommeil.
Et tu dois reconstruire. Le mollet et la cuisse. Les épaules et le dos. Les fessiers. Les abdos.
Du gosse de huit ans qui courait dans les vagues. De celui de vingt ans noyé dans le whisky.
Reconstruire les traits. Reconstruire la chair. Recoudre le tissu que j'avais tant vomi et déchiré moi-même.
Il y a de la matière qui résiste au ravage. Qui se fout de l'outrage. Et qu'il faut malaxer.
Le tronc et le plein. Le plomb et le train. L'aplomb dans l'alcool des failles suicidaires.
Il faut donner du sens au corps qui nous échappe. A tout ce qui s'enfuit et ne reviendra plus.
Rallumer le sourire. Lui rendre son éclat. Pour tout reconnecter du passé et des fleuves.
Ranimer le regard qui ne voyait plus rien. Tout changer de ce qui ne changera jamais.
Je respire à ta bouche imposée à mes lèvres. Qui réveille une vie qui n'a pas tout donné.
Qui se souvient soudain de ce qui la tenait, pour quoi elle était faite. Renvoyée dans les cordes.
A s'y casser le reins. A s'y casser le dents. Aux giclées du sueur sous le feu de l'ampoule.
Les noirceurs alentours ne m'inquiéteront plus. Au corps à corps viril d'un homme entre deux âges.
Où tu me tiens debout à force d'uppercuts. De coups dans l'estomac. Puisqu'il m'en reste encore.
Il faut que tu m'embrasses. Il faut que tu me serres. Et que tu me ceintures. A me couper le souffle.
Epuisé mais vivant. Puissant à bout de forces. Me rappeler que je n'ai pas dit ni écrit mon dernier mot.
Le cran et la flemme. Le flan et la crème. L'éponge sur le front. Pour affronter le deuil.
Et tout ce qui me ronge. Et tout ce qui se range. Tout ce linge plié. Dont je n'ai plus que faire.
La piscine. La pinède. L'ardeur d'une jeunesse que je n'ai pas vécue. Dont je n'ai rien gardé.

Ou me souviens à peine. Au mal que je me donne pour être encore entier.
Des lambeaux de ce corps, tu feras des manteaux dans lesquels te draper. Pour t'enrouler dedans.
Couvrir l'intimité d'un repos mérité. Le coton rêche et blanc pour t'y entortiller. Au gré de ton sommeil.
Aux forces qu'il me reste, j'ai des longueurs d'avance que je peux te donner. Les proches et les lointaines.
L'étau et l'écran. Les crocs et le temps. Que j'ai encore à vivre. Sans raccrocher les gants.
Aux ampoules solaires. Et aux combats perdus que je pourrai gagner. A ton sourire heureux.
Qui me soigne et m'élève. Me libère et me sauve. Qui m'annonce en riant la fin des quarantaines.

 

Philippe LATGER / Septembre 2019

Quarante-six

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Sarabande au repos

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C'est la danse des papillons de nuit. Qui grésillent sur les ampoules allumées. 
C'est la danse des feuillages agités par le vent. En dehors. En dedans.
Et les voilages qui se hérissent comme au passage des fantômes.
Les rideaux dansent aux fenêtres. Comme des flammes de Saint Guy.
Et mon cœur ne tient plus en place. Quand je monte l'escalier au milieu d'un ballet d'ombres.
Une étrange farandole m'accompagne à la volée qui me conduit seul à l'étage.
Les danseurs de la nuit ne m'effraient pas et n'ont rien à craindre de moi. Je leur souris.
Je les embrasse. Et je danse avec eux. Dans la maison lugubre qui fait si bien semblant de dormir.
Ils sont complices de mon bonheur. Comme ils sont témoins de ma chance.
Et dans ce faux silence où grouillent les insectes, où la nature beugle, où l'océan du ciel
fait s'enrouler ses vagues dans l'écume des arbres, je gambade tout nu, jusque dans le couloir,
et dans cette tenue, entre mes cuisses maigres, c'est mon pénis qui danse.
Le parquet sous mes pieds, les mains dans les étoiles, mes cheveux se déploient comme des oriflammes
ou mille tentacules pour une sarabande. Je suis l'air et le feu. Je suis l'eau et la terre. Et je suis amoureux.
Des murs des revenants me prennent par le bras pour me faire valser dans un éclat de rire. 
Ce sont des régisseurs ou des filles de ferme, qui font la révérence, singent un menuet.
Je vole dans les flammes du soleil de la nuit pour aller à la chambre où le faune m'attend.
Sur le pas de la porte l'orchestre s'interrompt. Le mouvement s'arrête comme au souffle coupé.
Tout se tait et se fige. La lune est subjuguée. Et le ciel bouche-bée. Tout le monde se retire.
Sur la pointe des pieds. Avec émotion et respect. Pour me laisser seul à mon plaisir. A ma fortune.
Debout dans la chambre, je n'en crois pas mes yeux. Et j'ose à peine respirer.

C'est encore de la danse. Mon immobilité. Celle de la stupeur. De l'émerveillement.
En chien de fusil, l'animal dort. Enroulé nu dans un drap blanc. Et je le reconnais. Et je le redécouvre.
Le profil florentin écrase un oreiller sous des cheveux bouclés. La bouche ouverte. L'ourlet de ses lèvres.
Charnues. Qui demande un baiser. Qui libère le souffle dont je veux me remplir. Qui prononce mon nom.
Le nez est magnifique. De l'art numismatique. La Méditerranée. La peau est brune. Assombrie davantage
à la blancheur du drap, à la blancheur des dents. C'est toujours de la danse. Les pas que j'ose faire.
Pour m'approcher un peu. Contempler mon affaire. Et rendre grâce à Dieu. Ebloui par un ange.
Enroulé dans ses ailes, il dort paisiblement. Interdit, je le couve. Le dévore des yeux.
La ligne ferme de la nuque. L'onde voluptueuse des épaules. La terre chaude à pétrir.
Faite pour mes mains. Que je garde fermées de peur de tout gâcher. En vainqueur désarmé.
Ce n'est pas un trophée. Mais ma raison de vivre. Mon courage et ma foi. Ma force insoupçonnable.
Plus qu'une récompense, c'est un nouveau défi. Le nouvel horizon. Le monde à reconstruire.
Où l'avenir possible tient déjà ses promesses. Et je peux avancer, m'asseoir au bord du lit.
Avec délicatesse. Quand la nuit, la maison, le vent et les voilages, ont suspendu leur vol.
Pour border de silence le moment important qui vaut l'éternité.
Serai-je à la hauteur du cadeau qu'on me fait. Il ressemble à un diable. A un vœu exaucé.
Et ce n'est plus mes jambes ni les âmes, ni les arbres, les papillons de nuit, qui dansent dans l'espace
mais nos respirations qui gonflent nos poitrines, s'accordent au sommeil. Se sont synchronisées.
Allongé sur le flanc, dans son dos, dans la même position. J'imagine. Nous sommes deux éclairs.
Ou leurs traînées de poudre. Les lignes sont parallèles quand elles sont confondues.
Je l'ai rejoint ailleurs. Là où le coup de foudre est plus fort que le rêve. La mort désamorcée.

Le corps n'est plus un frein. N'est plus une barrière. La matière n'est plus. Il n'y a plus que nos souffles.
Qui dansent dans la pièce. S'enroulent dans la chambre. Et amplifient la nuit.
Non pas pour nous y perdre mais pour nous y sauver. 
Et l'union, la fusion, ou la pénétration, au repos, s'opèrent sans efforts, mieux que jamais permises.
Pour veiller l'un sur l'autre au plus profondément. Avec le sourire d'une paix d'outre-tombe.
Qui valse dans les limbes. Et ne tient qu'à un fil. Se réveiller ensemble.

 

Philippe LATGER / Septembre 2019

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Tigre et Maharaja

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Il y a des tigres et des carrosses. Il y a un éléphant. Un camion de pompiers.
Mais le manège est fermé. Enfermé dans ses grillages de cour de prison.
Sans enfants ni pompons. Sans sonneries ni surveillances.
Mais a-t-il vraiment cessé de tourner pour tout le monde ?
La place de la République est splendide. Plus belle que jamais. Dans la douceur du crépuscule.
C'est là que je te rejoins. C'est là que je t'attends. Entre chien et loup. Au milieu de la place.
J'ai dévalé les pentes douces de Saint-Mathieu. Accéléré ma foulée de marche déjà rapide.
Courant presque. Dans les rues de la ville qui me soutiennent et m'encouragent.
Rue des Augustins, je m'en rends compte. Avec émotion et amusement. J'ai le trac.
Un texto m'avait redirigé. Et me voici, face aux terrasses de cafés, me donnant en spectacle.
Seul au milieu de la place. Prenant le parti de faire les cent pas. Le nez dans le ciel.
Puis autour de moi. Enfant, j'aurais choisi le tigre. Me rêvant en Mowgli ou Maharaja.
Il y a peu de choses plus tristes qu'un manège fermé. Mais je n'ai pas le cœur à y être sensible.
Indifférent à tout ce qui m'entoure ou attentif à une seule chose. Concentré. Impatient.
Je reconnais les immeubles. Les boutiques. La pharmacie. Le théâtre municipal. La fontaine.
Et tout se met à tourner autour de moi. Ou est-ce moi qui tourne. Au milieu de la place.
A l'affût de chaque silhouette entrant dans l'espace clos. Puisque des gens arrivent.
Ici par la rue Voltaire. Là par Louis Caulas. Ou plus loin par Jean-Jacques Rousseau.
Les façades ocres, moutarde, rouges, tournoient dans mon kaléidoscope. J'en perds l'équilibre.
C'est un vertige délicieux. Inquiet et serein à la fois. Agréable. Douloureux. Et fébrile.
Les commerces, le théâtre, les terrasses. Toute la ville m'enserre ou m'embrasse.

Et c'est par Mirabeau que tu entres en scène. Ta silhouette. Bien à toi. Où tout s'arrête soudain.
Je reconnais la longueur du torse, la longueur des jambes. La largeur des hanches et des épaules.
La coupe de cheveux. La coupe de tes fringues. Le galbe de tes mollets. Celui de tes chevilles.
La façon de te mouvoir. De te tenir. De marcher. Tu inspectes les lieux. 
Les mains serrées sur les lanières de ton sac-à-dos, comme si tu t'apprêtais à sauter en parachute.
Ton regard croise le mien. Tu sembles hésiter un dixième de seconde. Tu n'hésites plus.
Je sais que tu m'as repéré. Reconnu. Contact visuel établi. Plus rien n'existe d'autre que nous.
Il n'y a plus de Perpignanais aux terrasses des cafés. Plus de pharmacie. Plus de théâtre.
Plus de fontaine. Seulement toi. Et moi. Et ce manège qui continue de tourner dans ma gorge.
Dans ma poitrine. Dans mon ventre. Et le trac se mêle à ma joie d'une intensité dévorante.
Je dévie ta trajectoire d'un simple geste qui annonce mon départ sur une autre.
Un rapide mouvement des mes mains évoque un encerclement, un ordre stratégique ou tactique.
Presque militaire. Que tu comprends et accepte. Pour l'exécuter aussitôt.
Je contourne le manège sur un côté. Tu le contournes de l'autre. 
Pour disparaître ensemble du champ de vision. De façon coordonnée.
Si nos calculs sont bons, en orbite autour du manège, nos trajectoires devraient se croiser
du côté de la face cachée de la lune, à l'abri des regards, à l'abri de toutes les terrasses bondées.
Nous tournons autour du manège qui ne tourne plus. Réanimant le tigre et le carrosse.
L'éléphant. Le camion de pompiers. Mon cœur bat la chamade. Dix secondes avant l'impact.
Houston retient son souffle. A l'autre bout du monde. Avant de crier victoire.
Au moment où je redeviens entier. Au plus beau des chocs cosmiques.

Le plus beau des accidents célestes. L'éblouissement au magnésium. Une déflagration.
Dans une pluie de feu, d'étincelles, de flammèches aveuglantes, des bouts de nous s'enflamment
en entrant dans l'atmosphère. Nous ne composons plus qu'un seul corps. Un nouvel astre.

Une nouvelle planète. La nôtre. En apesanteur au-dessus de la ville.
Et c'est le monde qui tourne autour de nous. Comme pour nous protéger de lui-même.
Je te serre. Contre moi. Comme si je m'apprêtais à sauter en parachute.
Et je saute. Avec toi. Tigre et Maharaja.

 

Philippe LATGER / Septembre 2019

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23 heures un dimanche

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La voix marmonne des choses dans mon oreille. Lasse, ou un peu triste, pour commencer.
Elle s'accorde au ciel gris. La pression du ciel sur les épaules. Et il faut traîner bien des bagages.
Mais elle s'affirme. Elle se remuscle. A l'exercice de la conversation qui s'installe.
Et bientôt, je l'entends sourire. Elle s'éclaire. Une percée dans les nuages. La lumière revient.
Et c'est là que je la reconnais. Ou bien est-ce ainsi que j'aime la reconnaître.
Assis au bord du lit, au téléphone, je m'accroche et l'encourage.
Elle se fraye un chemin en moi-même. Où elle est déjà chez elle. J'en retrouve la force.
Elle raisonne. Porte une pensée qui me plaît. Et puis une autre. Je respire mieux.
Et elle s'ensoleille enfin. Et m'offre le bonheur de rire. Elle rit. Elle me fait ce plaisir immense.

Je me dis alors que, finalement, cette journée ne sera pas perdue. Tout s'allège, s'évase et s'élève.
La voix a retrouvé son pouvoir. Son pouvoir sur moi. Comme si de rien n'était.
Elle s'ébroue dans ma tête avec sa fraîcheur première. Sa luminosité. Sa musique.
Que je pensais avoir oubliée. Que je craignais de perdre. Je la retrouve intacte.
Le sourire que je devine dans l'oreille, je le connais, je peux en voir l'éclat, précis, précieux,
c
omme si je l'avais en face de moi, comme s'il était devant moi. Je sais l'effet qu'il me fait.
Je vois le geste de la tête. Le mouvement des sourcils et des pommettes. Le rire réprimé. Désarmant.
Cette voix, je l'aime libre. Je l'aime rieuse, solaire et en confiance. Ouverte. Directe. Sans filtre.
Tendre et enveloppante. Elle reconnaît mon oreille. Elle reconnaît mon corps. Et son terrain de jeu.
Elle gambade joyeusement dans ma poitrine. Et je me rappelle pourquoi. Je me rappelle comment.
Tout me revient. Tout nous revient. Tout se reconnecte. Et c'est comme s'il ne s'était rien passé.

J'écoute. Je vois. J'entends. Je prends. J'apprends. Et crois comprendre.
Rien n'est compromis. 
L'ocytocine fait son œuvre.
Il peut pleuvoir.
Tout va bien.

 

Philippe LATGER / Septembre 2019

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Et défendre ma chance

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La lune me résiste. Elle reste planquée. Et ce ne sont pas les sangliers mais moi qui grogne.
Il a fallu travailler d'abord un moment pour trouver la bonne clé. Je ne suis pas chez moi.
Je ne maîtrise pas les lieux. Mon hôte a cru bon de verrouiller la baie vitrée.
Sans que je ne sache vraiment si c'était pour empêcher quelqu'un d'entrer et de nous surprendre,
ou si c'était pour m'empêcher de sortir. Le trousseau de clés est à la vue sur le bureau.
Et j'ai des années d'expérience de fuites nocturnes, de dérobades alcoolisées, d'évasions discrètes
quand il fallait planter les one-night-stands dans les hôtels, leurs résidences ou leurs manoirs,
marcher sur un parquet sans le faire craquer, tourner une poignée de porte sans la faire grincer,
retrouver ses vêtements dans le noir… le meilleur training pour escape games de la terre.

Descendre au rez-de-chaussée sans lumière n'avait pas été le plus compliqué. La porte verrouillée.
J'essaie plusieurs clés. Le type de serrure réduisait heureusement les choix possibles, mais enfin,
il me fallut m'y arrêter un moment. Lorsque je pus ouvrir et sortir sur la terrasse, il me fallut fermer.
Ne serait-ce qu'avec le bec de cane. Qui ne voulait rien entendre. La nuit m'appelait et je m'impatientais.
Il me fallait courir la route avant ma transformation. M'éloigner au plus loin de l'habitat humain.
Profiter du sommeil de mon ange pour le mettre à l'abri de moi-même. Fuir la maisonnée.
Le ciel est merveilleusement chaotique et torturé. Presque autant que moi, qui peut enfin aller librement
dans l'écrin protecteur des ténèbres. J'ai des choses à hurler à la nuit. Aux masses noires des montagnes.
Aux animaux sauvages. Aux ombres indéfinies. Aux présences qui ne me voient pas comme un fou,
ni un intrus, mais comme un frère d'armes, qui lutte pour la beauté du monde, qui veille ceux qui dorment.

Je ne dors pas. Je ne peux pas dormir. Le lit est trop étroit. La chambre trop étroite. La maison trop petite.
Il me fallait sortir de toute urgence. Avant la transformation. Mon corps n'était plus assez grand pour moi.
Ce qui m'arrive est trop grand. Je ne le contiens plus. Et je dois le hurler à quelqu'un ou quelque chose.
C'est la nuit qui va prendre. Et quelques sangliers interdits à mon passage. La lune s'est planquée.
Son halo dépasse d'un nuage et la trahit. Je sais où elle se trouve. Qu'elle me refuse sa lumière
ne me pose aucun problème, ce n'est pas elle que je veux décrocher. Qu'elle reste planquée.
Comme ces gosses au milieu de la pièce, les mains sur les yeux, qui croient qu'on ne les voit pas.
Je ne cours pas après elle. Comme je pouvais le faire en ville pour la partager avec mon amour.
Mon amour est là. Il dort dans la maison devenue trop petite pour moi. Je cours après l'instant.
Ma chance de le vivre. Mon bonheur d'être heureux. De peur qu'il ne m'échappe. Le prendre par le col.
Et lui rouler des pelles en guise de merci. Ce n'est pas une fuite. C'est un affrontement.
Comme d'autres se regardent dans la glace, j'embrasse l'infini pour arrêter le temps. Le saisir.
Le dévorer dans les vignes au groin des sangliers. J'y enfonce mes canines pour l'immobiliser.
Le saigner jusqu'à ce qu'il ne bouge plus. Et je respire mieux. Tout s'apaise en moi et peut rire.
Le monde est à mes pieds. A ma seule conscience. La lune ose sortir et se révèle enfin.
" Tu es sérieux ? " Elle paraît incrédule. Mais qu'est-ce qu'elle croit ? Bien sûr que je suis sérieux.
Je vais bouffer chaque seconde que je trouve en chemin pour faire durer le plaisir.
Cela n'arrive que tous les neuf ans. Et là, voilà. C'était cette année. C'était cet été.
Je me dresse sur mes sabots. Les babines retroussées. Pour chasser mes démons.
Et me sauver moi-même. Fin prêt à être aimé. Et défendre ma chance.
 

Philippe LATGER / Août 2019

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Le quotidien à deux

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C'est si bon de rire. Et nous avons ri. Qu'est-ce que nous avons pu rire ensemble.
Tu étais heureux et drôle. Et tu m'as fait rire. Pour rien. Comme ça. Pour le plaisir de rire.
Comme aux moments où j'en avais besoin.
C'était magnifique. Cette joie. Cette fête. Ce soleil perpétuel.
C'était pour me séduire. Mais c'était ta nature. De vie simple et de grand ciel bleu.
Mais nous ne faisions pas que rire. Pas du tout. Nous faisions aussi de la musique.
C'est si bon de faire de la musique. Et nous en avons fait. Ensemble. Au piano.
Tu t'y installais. Je m'y installais. Tu me tournais le dos.
A jouer du Gainsbourg, ou bien du Nougaro, pour me faire chanter.

Je m'amusais des basses. Debout derrière toi. Mes mains sur tes épaules.
A t'écouter faire corps avec l'instrument. A m'écouter faire corps avec toi.
Qu'est-ce que nous avons pu faire de musique. Tout n'était que rire et musique.
Et c'était merveilleux. Au-delà d'un vulgaire lavabo, au-delà des carreaux de ciment,
des chats, du quartier art déco, et du citronnier en fleur, ce n'était pas la maison,
c'était nous dans la maison, à rire et à chanter, engueuler la télé et manger comme quatre.
C'est si bon de faire l'amour. Et nous avons fait l'amour. Ensemble.
Je me foutais bien de la maison, du quartier art déco, du citronnier, du lavabo. Et même du piano.
C'était nous dans ce lit où nous faisions l'amour. Et tu m'as fait l'amour. Réappris à le faire.
Il y avait une façon bien à nous. Que nous avions construite. Et j'avais repris goût à des plaisirs perdus.

Que j'ai pu retrouver à ta bouche, à tes mains, à ton corps, à ta peau. Et tes yeux amoureux.
Qui devenaient sérieux. Qui me regardaient, par en-dessous, comme s'ils n'osaient le faire.
Nous avons beaucoup ri. Beaucoup fait de musique. Et beaucoup fait l'amour.
Et j'ai été heureux. C'est si bon d'être heureux. Qu'est-ce que nous avons pu être heureux ensemble.
J'étais arrivé dans un moment tragique. Il est toujours tragique de perdre un être cher.
Nous nous connaissions à peine. J'allais rentrer chez moi. Tu m'as pris dans tes bras.
" Ne me laisse pas. " Cette phrase est gravée au plus profond de moi. J'ai été désarmé.
Ce garçon qui était si gai, qui aimait rire presque autant qu'il aimait faire rire, 
s'écroulait dans mes bras et mon cœur s'est brisé. Ma vie a basculé. A cet instant précis.
Je t'ai accompagné dans ce temps difficile. Où il fallait vider des boîtes ou des appartements.
Et j'ai vidé le mien pour m'installer chez toi. Venir vivre avec toi. Sous le même toit.
Pour rire et faire de la musique. Engueuler la télé et manger comme quatre. Réapprendre à faire l'amour.
J'ai vécu avec toi. Et tu es le seul homme à qui je puisse écrire cela. J'ai vécu avec toi.
Le quotidien. Sous le même toit. Quel qu'il soit. C'était avec toi. Ce ne fut possible qu'avec toi.
Tout partager. Des choses futiles. Des choses importantes. Le meilleur et le pire. Et c'était fantastique.
De te voir rire. Jouer du piano. Manger comme quatre. Profiter de la vie. Et aimer ton pays.
Celui-là, il compte beaucoup. Je l'ai aimé grâce à toi. Je l'ai aimé comme jamais à travers toi.
C'est pourtant un peu le mien. Celui où je suis né. Mais tu m'as appris à le comprendre.
Tu m'as réappris deux choses. A faire l'amour et à aimer le pays où nous avons vu le jour l'un et l'autre.
Et j'ai aimé le redécouvrir avec toi. Le parcourir avec toi. A travers tes yeux et ta voix.
Qui me racontait tout. Des gens et des villages. Des lieux. Des paysages. Les histoires de tout.
Cette voix qui me fait de l'effet. Qui m'a toujours touché. Autant que ton sourire.
Une voix confortable où l'on a envie de s'enrouler, bien au chaud, à l'abri, où rien ne peut nous arriver.
Celle de la franchise et de la vérité. Dans laquelle je pouvais m'endormir en confiance.
C'était doux et voluptueux. Comme ta gentillesse. Qui est la qualité la plus rare en ce monde.
Tes yeux la trahissaient. Ta voix la trahissait. Ton élégance. Ton rapport aux autres.
Ton attention aux autres. Notamment aux anciens. Qui m'a toujours bouleversé.
Ce que tu as pu me rendre heureux. A me faire rire. A me faire l'amour. A me faire de la musique.
A me raconter des histoires. A me faire aimer ce pays et tous ses territoires. C'est si bon d'être heureux.
Tout est gravé à jamais dans le derme. Dans l'écorce. Ces tonnes de mercis que j'ai à ton sourire.
Quand tu hausses les épaules avec ta gueule de gosse facétieux qui me fait toujours fondre.
Et cette intimité construite à force de farces, de rires, de musiques et de baisers.
Quand j'y pense. Ce que nous avons pu rire ensemble. Et mangé. Et aimé.
Tu es celui et le seul à ce jour, avec qui j'ai aimé le quotidien. Le quotidien à deux.
Le seul avec qui il a été possible.
Et heureux.
 

Philippe LATGER / Août 2019

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