Contrevents et marais.
Ce n'est pas la mort, ni le vent glacial des hivers québécois, ni la glace que l'on déplace
qui fait bander les tétons et qui donne le frisson, à la musculature de cet abdomen de garçon,
où la toison pubienne se fraye un chemin entre les abdominaux, jusqu'à l'énigme du nombril.
Les pectoraux poilus peuvent être massifs, aux biceps que l'on gonfle, les poings serrés,
comme une démonstration de force ou de virilité, qui peut diffuser sa dose de testostérone.
Le glaçon que je promène vient mordre la proéminence turgescente du mamelon masculin.
Son aréole a des blancheurs sensibles similaires à celle de la couronne perlée qui s'est découverte.
Ce n'est pas la mort, ni le froid, mais la pulpe de mes doigts qui énerve la peau de ce buste puissant,
lorsqu'ils descendent quatre à quatre des flancs offerts pour griffer sans les griffes, en effleurant à peine
l'épiderme soyeux qui réagit au supplice chinois qui fait gonfler les veines, jusqu'à la taille étroite
où s'est bouclée sur les hanches la ceinture d'apollon, dont les fossettes semblent indiquer la direction.
Ma barbe ne se frotte plus à la barbe des mâchoires, ni à celle du menton, mais au buisson épais
qui boise le bas-ventre, non sans heurter le membre déployé qui s'invite à mon raid
et dont je crois comprendre qu'il ne cherche que ma bouche pour un bain de salive.
Au pubis ni tondu, ni rasé, qui chatouille mon nez, je fais alors ce que j'aimerais que l'on me fasse.
Mes lèvres savent où se poser. L'objet télescopique brandit ce qui est libéré aux gaines qui se rétractent,
cette fraise fendue ou une bille liquide vient poindre comme une rosée citronnée que je goûte aussitôt,
avant d'agacer la couronne sensible qui se trouve en-dessous, une galaxie d'akènes que j'égraine,
encouragé par un déhanchement lascif qui me dit la grimace de plaisir que je ne peux pas voir,
mais dont je sais qu'elle se tend, et qu'elle serre les dents, basculée en arrière dans un tas d'oreillers.
Les abdos contractés comme autant de capsules pourraient être les miens, comme les grognements
qui montent de ces bourses qui pèsent dans le vide, entre les cuisses écartées où ma bouche s'affaire.
Il y eut une manœuvre que mon corps opéra sans que j'y prenne garde, absorbé que j'étais par ma tâche,
et, grognant à mon tour, je compris tout à coup que l'on me faisait ce que je m'appliquais à faire.
Une barbe irritait chez moi ce que la mienne irritait chez l'autre, avec la même ferveur et la même science,
et la même ambition, quand les glandes salivaires tournaient à plein régime dans la mastication fébrile
de ce qu'on m'astiquait, ce que je mâchonnais, sur la musique obscène de nos gémissements
mêlés aux ridicules bruits secs de nos succions, qui rythmait le tempo comme nos mouvements.
Des deux corps, je ne savais plus si le mien était celui allongé sur le dos, les genoux écartés,
ou celui au-dessus, à quatre pattes, emboîté au premier, aussi vrai que je ne savais plus si mon sexe
était celui qu'on me suçait, celui que je suçais, aux plaisirs identiques qui se synchronisaient.
Si je dois être accro, plutôt qu'à l'héroïne, je le serai vraiment aux flots de protéines
qui giclent en tous sens comme des asperseurs la purée que je prends, celle que je balance,
aux spasmes vigoureux de la libération, qui arrosent nos gueules et font coller nos ventres.
Il y a une jouissance après celle de l'orgasme, à mélanger le foutre, à mêler nos fantasmes,
lorsque nous voulons croire que ce que nous faisons est une transgression.
Le baiser plein de sueur et de sperme que nous nous accordons peut être voluptueux,
nous le voulons étrange, subversif ou coupable, un brin désespéré, pour gorger le plaisir
et le faire durer, non pas pour la morale, ni la normalité, ni espérer choquer ceux qui nous encouragent,
nous applaudiraient presque pour témoigner de leur libéralisme, s'en convaincre et s'en féliciter,
mais parce que l'acte est vain, parce qu'il est inutile, qu'il défie la nature en étant infertile,
alors même que nous le savons bien, il nous faudra mourir.
Il y a bien du plaisir dans la beauté du geste, que ne vivront jamais ceux qui cherchent à se plaire
et à le formater, à en faire une norme, quand normal, rien ne l'est, pour peu que l'on y pense.
Nous allons mourir et ne voulons surtout pas faire d'enfants. Seulement gâcher notre propre semence.
Comme on brûle l''argent dans les machines à sous, ou nos chances dans l'alcool et les fuites en avant.
Philippe LATGER / Juillet 2019
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