Tu commences une phrase dans tes yeux qui s'agitent, je suis ta pensée, je cours après en riant,
aux idées que tu butines, qui se mutinent, qui grouillent dans ta caboche, virevoltant dans un essaim,
lorsque mille choses éclosent, explosent, s'entrechoquent, rebondissent, s'évasent, et s'avalanchent,
coagulent, bouillonnent, se forment et se déforment, et que je dévale le sentier pour ne rien en perdre,
évitant les branches, les rochers, les crevasses, le long de cette rivière à l'eau claire où ton âme scintille,
dans son flot démentiel, son débit enivrant et ses nombreux méandres. Je cours le long du lit.
Emporté par la pente, je m'accroche, je dois me concentrer, ne pas me laisser distancer, écumant,
pour ne pas en perdre une miette, envoûté et joyeux, ravi de l'exercice et de l'état d'urgence.
Il y a cette vitesse et cette agilité, qui gambadent ensemble et doivent abonder, explorant les possibles,
les options et les moindres recoins, les opportunités, dans ce cours d'eau espiègle qui fait feu de tout bois.
Je souris sous mes cils à la virtuosité, et à chaque prouesse mon cœur rit aux éclats, ému, émerveillé
par l'aisance brillante de ton intelligence qui peut tout enchanter et me réconcilier avec l'espèce humaine,
ce qu'il me reste à vivre, les années à venir, comme une dernière chance d'être libre et heureux.
Sur le bord de ma chaise, je cours émoustillé, le menton dans ma barbe, confiant, impressionné, amusé
par les mélodies brésiliennes qui se déroulent comme des rouleaux de volutes, avec leurs turgescences,
pareils aux nuages d'orages, défilant en accéléré dans tes idées, à tout ce que tu imagines et envisages.
Tes yeux ne voient plus ce qui t'environne, mais scrutent toutes les parcelles de ton cerveau en activité,
ce volcan en éruption dont j'accompagne quelques coulées de lave, ne touchant plus terre, ou à peine,
pris par la vitesse et par la pesanteur, allant plus vite que mes jambes le permettent, essayant peu ou prou
de ne pas tomber pour aller avec toi au bout de ton raisonnement, qui résonne, éblouit les noirceurs
comme une fusée éclairante, ou ton propre sourire qui pulvérise les distances et le dégoût du monde.
A tes analyses, tes déductions, tes suggestions, je réfléchis en ronronnant dans tes pupilles noires
la beauté de ton être, et celle de ce que tu transformes au filtre de ton regard, qui voit tout tout de suite.
Il y a un bonheur intense à savoir que tu existes. Ainsi donc. T'attendre toute ma vie valait la peine.
Je cours le long de la rivière, m'enroule dans tes pensées. Avec cette joie inouïe de ne plus être seul.
Philippe LATGER / Août 2019