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Un sac Lancel

Publié le

Il ne restait plus qu'une place. Elle serait donc la mienne. C'était facile. Elle était en face de moi.
Pile en face de moi, au bout de l'allée entre les sièges. Les sièges du fond. Et l'autobus à traverser.
Le chauffeur finissait sa cigarette sur le quai. Un petit brun barbu aux yeux verts.
" Ne vous inquiétez pas. Donnez-moi votre nom. " Mon téléphone refusait évidemment d'afficher
le QR code de la réservation. Une grève battait son plein et aucun train ne circulait dans le pays.
J'observe en avançant que je suis le plus vieux de l'équipée. Et j'allais me coller au fond. Au cul du bus.
La place du milieu. Mon bonnet de laine vissé au ras des sourcils. Que je fronçais pour dissuader
quiconque aurait cherché à soutenir mon regard. Ce dernier, je l'ai planté fermement dans le ciel
lorsque l'autocar s'est ébranlé. A travers la vitre. Ignorant les abords de la ville que nous allions quitter.
Je ne regarde ni les gens, ni les immeubles, ni la circulation. Au-dessus. Le ciel. Je regardais le ciel.
Il est vaste. Assez grand pour mes espérances. A la bonne taille. Sans limites. Pour le remplier en entier
de tes épaules étroites, de tes biceps, de tes coudes, de tes avant-bras, de tes poignets, de tes mains.
Pour le remplir de ton cou, de tes mâchoires, de ta nuque, des os de ton crâne que je masse lentement.
Le remplir de tes cheveux. De ton front. De tes arcades sourcilières. De tes pommettes. Et de ton rire.
Les nuages s'étirent. La lumière change. Tout est en mouvement. Même le car engagé dans un échangeur.
Il y a encore les soubresauts de l'agglomération. J'ai hâte de me perdre dans l'indolence de l'autoroute.
Le rythme de croisière qui pourra ronronner. Et me bercer. Laisser libre cours à mon imagination. 
Je pourrai alors. Ces épaules étroites. Les voir plus précisément. Les sentir presque. Les caresser.
Les empoigner. Les malaxer. Les dévorer. Déchirant la viande de mes dents. Les canines plantées.

Enfoncées. Emportant le morceau d'un coup de tête. Les lèvres retroussées. Pour en savourer le fumet.
Sous le regard aux yeux verts épouvantés qui me prendront sur le fait dans le rétroviseur.
" Donnez-moi votre nom. " Nous ne sommes jamais que sur le pont qui nous permettra de sortir de la ville.
" Je te donne mon nom si tu me donnes quelque chose de toi à manger. Une partie de ton corps. "
La cuisse. La fesse. Les couilles peut-être ? " Vous êtes anthropophage ? " Cannibale. Je suis un cannibale.
Et le ciel est immense. Au-dessus du fleuve. Au-dessus des immeubles. Où la route se fraye son chemin.
Le chauffeur est concentré sur la route et ne s'inquiète pas de mon appétit coupable.
" Tu ne mangerais tout de même pas les couilles de ce pauvre garçon ? "... 
Non. Je mangerai tes épaules étroites. Bien rondes et bien charnues. A la peau brune et douce.
Que je peux humer de loin. La reconnaissant entre toutes. " Tu me retrouverais ? … 
- Je te retrouverai n'importe où.
- Tu m'offrirais un sac Lancel pour Noël ?
- Je te boufferai les couilles. "
Et voici que tu me les offres. Sur un plateau. Parmi des fruits et des agrumes. Des grappes de raisin.
Les yeux dans le ciel. Je ne vois pas la ville s'échapper derrière moi. Nous faisons une boucle.
Pour aller nous flanquer dans la treille d'un péage. Nous allons enfin prendre. L'autoroute.

 

Philippe LATGER / Décembre 2019

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Sous une pluie battante

Publié le

C'est un robinet qui fuit. De partout. Sur la ville. Dans les rues. Sur les tuiles.
La pluie est noire dans la nuit. Scintille faiblement aux réverbères. Dans la lumière orange.
De l'éclairage public. C'est là qu'elle crépite en étincelles. Avant de s'éclater au sol en ruissellements.
Elle est froide. Elle est noire. Dans la rue Dugommier. Qui se déhanche à Perpignan.
Les façades rincées, détrempées, ont changé de couleur. Tout coule. Part avec l'eau du bain.
Il est beau le marbre mouillé des trottoirs de ma ville. C'est jour de lessive. Dans la nuit déserte.
Elle est à moi. La ville. Eté comme hiver. A l'étau de la canicule comme à la camisole du froid.
Je patine à revers de la pente. A rebours de la côte. Dans ce déhanchement de la rue Dugommier.
Je remonte sur le tertre du Palais Royal. Dans ce couloir de maisons étroites. Et seul au monde.

Pas un homme. Pas un chien. Pas un chat. Seulement la pluie qui ruisselle dans son vacarme constant.
A flot continu. Dugommier est devenu rivière. C'est un torrent de flotte. Sur les pavés et sur le marbre.
Sur le goudron et dans les arbres. Ce robinet qui fuit. Partout sur la ville. C'est une douche tout habillé.
Mon jean s'épaissit et se colle à mes jambes. Il pèse sur mes cuisses. A chaque pas. Et je m'émerveille.
Des flocons dans la lumière orange. Qui s'affolent comme des flammèches incandescentes.
A la porte cochère. Au pas de porte. Au chasse-roue. Au heurtoir travaillé qui pend de tout son poids.
Bonsoir, je suis le siècle dernier. Ou bien celui d'avant. Je remonte le courant de la rue Dugommier.
Je suis le saumon de la rivière. Au robinet qui fuit comme au pommeau de douche. Je remonte à la source.
Je nage dans ce déluge. Qui nettoie toute la ville. Les toits et la cour d'un hôtel particulier. Le clocher.
Et la cloche. Et les chéneaux. Et les gargouilles. Les arcs-boutants. Les frises et les plâtres. Les mascarons.

Et puis le bronze. Les grosses fesses et les gros seins. Et le granit. Le grès et le gravier. Le galet de rivière.
Rinçage. On passe tout au Kärcher. Les enduits. Les menuiseries. Les vitres. Les garde-fou.
Et je savonne Perpignan. Qui sent le fade. Qui sent le froid. Qui sent la nuit. L'hibernation.
Seul sur mon radeau, je navigue jusqu'à la rue des Lices, dans les rapides. Le visage inondé.
Les cheveux mouillés. Pour dire adieu à un quartier. Sous une pluie battante.
Au robinet qui fuit. Aux gouttes qui crépitent. Sur les toiles. Sur les toits. Les voitures. Les trottoirs.
A l'eau qui s'enrhume. Qui embrume la nuit. Postillonne ses paillettes dans la lumière orange.
Je navigue. Je divague. Et je m'accroche. Au robinet. A la fuite.
De la ville impossible. Je liquide. Comme une chasse d'eau.
Quelques années de crawl et ma lumière orange.
 

Philippe LATGER / Décembre 2019

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Des cendres ( dans la chambre )

Publié le

Décembre
dans la chambre
est bien difficile,
tout seul sur cette île
que j'ai choisi d'abandonner.

Décembre
dans ma chambre
me brise le cœur,
sans joie ni rancœur,
quand il faut bien se pardonner.

A la fenêtre,
la pluie peut-être
me cache un soleil,

celui qui brille,
qui vient après.

Décembre
dans la chambre
me crève la poitrine,
tout seul dans la vitrine
où j'avais été oublié.


Descendre
dans ma chambre
fait pleuvoir mes yeux
au bonheur radieux
qui fut soigneusement plié.

La chambre vide
l'hiver aride.
C'est un long sommeil

qui s'entortille
à mes regrets.

Décembre
dans la chambre
me fait penser à lui,
à toutes ces nuits
où l'on s'était abandonné.


Décembre
dans ma chambre.
Aux amours perdues.
Aux malentendus.
Qu'il faudra bien se pardonner.

A la fenêtre
où disparaître,
se cache un soleil

celui qui brille,
qui vient après.

Des cendres
dans ma chambre.
Il y a eu maldonne.
L'hiver s'amidonne
d'une fumée désordonnée.


Décembre
dans la chambre.
Tout se coordonne,
puisque j'abandonne
ce qui m'avait abandonné.

 

Philippe LATGER / Décembre  2019

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Du mâle qui s'ébroue

Publié le

Le café noir de la nuit. Le peignoir nid d'abeille. L'oreiller et la craie de sa taie. Le coton.
La buée de la douche. Et le tapis de bain. Les serviettes enroulées à ses hanches. A son cou.
Les cheveux mouillés. Et la taie d'oreiller. L'averse du pommeau sur les abdominaux.
Le maquillage coule. Ou la chute de reins. C'est la tête en arrière et la pomme d'Adam.
Le gel qui dégouline. Les grumeaux de ses poils sur les cuisses. Les mollets. La poitrine.
Ou le savon qui mousse. La silhouette cambrée. Et le sol carrelé. La buée de sa bouche.
Le miroir embrumé. La vapeur sur la vitre. Et l'épaule perlée. La nuque enveloppée.
L'étole de coton. La barbe de trois jours. La horde de mes nuits. Il pleut des cordes à noeuds.
La serviette nouée. Le ventre plat. Les draps pliés. L'odeur de la lessive. Et le sèche-cheveux.
Les pieds nus. Les chevilles. La faim à pas de loup. L'air et la chair de poule. Le poil de l'avant-bras.
Le derme à fleur de peau. Les coulées dans le dos. Et des éclaboussures. Aux morsures d'eau chaude.
Aux giclées du plaisir. Du mâle qui s'ébroue. Celui qui se frictionne. Se sèche l'entre-jambes.
La pesanteur obscène. La moiteur du désir. Aux ombres qui s'étirent. La chambre qui s'allonge.
Les lèvres écrasées dans l'étau de l'étreinte. La lutte au souffle court. Le chocolat amer.
Aux langues qui paressent. De salives lascives. D'éponges qui s'aspergent aux langueurs des caresses. 
A longueurs de frictions qui baignent dans leurs jus. Un mélange de muscles et de sauces épaisses.
Qui pleuvent lourdement aux convulsions ultimes. Sur le tapis de bain. Sur la taie d'oreiller.
A l'intérieur des cuisses. Sur des slips en mêlées et des toisons pubiennes. Pour vénérer les dieux.
Et la virilité. Les fièvres vénériennes. Narcisse qui ronronne. Dans un concert de râles et de testostérone.

 

Philippe LATGER / Novembre  2019

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Si peu de terre et tant de ciel

Publié le

Une horde tranquille s'installe sur l'horizon sans limites. Si peu de terre et tant de ciel.
Où les silos à grain érectiles se dressent comme des clochers, ici ou là, dans un océan de maïs.
Une horde de cordes, chaude et puissante, frottées par des archers, qui vient de la nuit des temps.
Ce sont les sables mouvants d'Aaron Copland. Les méandres de l'Ohio qui cherchent une issue.
Le vent qui cherche l'Atlantique. Qui s'enroulent aux chevilles. Des violons. Des violoncelles.
Tout l'espoir qui s'amoncelle. Dans les bosquets d'une ferme. Le bois rouge des granges.
Loin d'Indianapolis. Tout au bout de la route. Aux chromes éblouissants de camions résignés.
Les fifres de la Guerre d'Indépendance résonnent encore sous les tricornes jusqu'à Philadelphie.
Dans l'épave d'un vieux pick-up ou celle d'une caravane airstream abandonnée au crépuscule.
Les timbales annoncent l'orage. Si peu de terre et tant de ciel. Aux remous de nuages monstrueux.
Qui portent toutes les pluies du monde. Plus grands que le continent lui-même. Un océan en l'air.
Suspendu. Qui se déforme dans les fonds sous-marins de l'atmosphère. Avec son électricité.
Les champs s'étalent ou s'aplatissent. A perte de vue. Du maïs. Du maïs. Du maïs. Des bénédicités.
Comment ne pas croire au ciel lorsqu'il est si grand ?
L'orchestre respire l'émotion de l'exil. Celui de la conquête. Les chevaux effrayés et les charriots brisés.
Jusqu'aux portes du Kentucky. Aux trombones lourds d'une marche funèbre ou d'un soleil couchant.
C'est l'immensité du possible. Et sa férocité. L'abomination de dimensions inhumaines et obscènes.
L'énormité du ciel. Et du doute. Et leur bizarrerie. Qui répond à celle de la volonté d'exister et de faire.
La volonté de croire. Et de s'ancrer sans racines. Autour du temple fragile construit par la communauté.
Comment s'implanter dans si peu de terre et tant de ciel ?
Le mouvement des cordes de Copland sont ceux du vent dans le maïs, du vent dans les nuages,

sur les plaines de l'Illinois aux abords de Springfield. La route est longue pour les pionniers.
Ceux qui cherchent de l'or. Ou ceux qui cherchent Dieu. Ceux qui cherchent la Liberté. Le paradis perdu.
Il est troublant ce paysage. Si peu de terre et tant de ciel. Où le gigantisme est réduit à l'état de maquette.
Les villes au ras du sol comme simples moquettes, menacées par le vide du cosmos tout entier.

Où la lumière seule occupe tout l'espace. Avec autant de place pour l'art et la prière.
La foi et la panique. L'audace et la folie. Autour de Bonne Terre et du Mississippi.
Copland use les cuivres et fait pleuvoir ses cordes sur le chemin des Sioux et des déracinés.
Prisonniers d'un désert à peupler de Français. De trappeurs, de pasteurs et autres solitudes.
A l'étroit et piégés dans l'infinité absurde d'une ligne d'horizon. Monotone. Incertaine. Ecrasante.
Où il n'y a d'autre issue. Dans si peu de terre et tant de ciel. Que le haut des nuages et la voûte céleste.
Que cherchaient à atteindre les tours de Chicago.

 

Philippe LATGER / Novembre  2019

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Son lit de galets

Publié le

Les flammèches. D'un rite païen. Pleuvent dans la nuit. Sur les vignes tordues.
Ce sont des mains ouvertes. Des prières osseuses. Sorties de terre pour pleurer la lumière.
Il y a des étincelles. Qui se moquent des ombres. Qui dansent dans le noir. Défient l'obscurité.
Dans cette odeur de poudre. De cartouches. A canon. Et des traînées de foudre. Délicieusement âcres. 
Ses pieds sont larges. Le pattes d'un canard. Les sabots d'un dieu grec. Les pointes funambules.
Pour sautiller gaiment. Sur le fil du rasoir. Il tourbillonne au vent. Comme une flamme épaisse.
Les arbres incendiés. Au milieu des décombres. Il règne sur la mort. Et quelques sangliers.
Le torrent de lueurs est un feu d'artifice. Dont je ressens de loin chaque détonation.
Le spectacle joyeux de sa fausse insouciance. Virevolte avec lui dans les cieux constellés.
Les étoiles trop lointaines font un châle de braises pour iriser ses yeux. Dilater ses pupilles.
Quand il me reconnaît. Le sourire s'élargit. Puis semble s'excuser. Au menton qui recule.
Au front qui se détourne. Comme s'il minaudait. Et mille plis étranges dessinent le bonheur
au soleil d'être ensemble, qui peut tout irradier. Décimer la montagne et tous ses oliviers.
Aux vertèbres du diable. Du dragon endormi. Le chemin qu'il emprunte devient celui du feu.
Le volcan empierré a ses coulées de lave. Qui fondent avec moi sous la lune allumée.
C'est un drôle de cirque. Avec ses éléphants. Ecuyères et tigres. Ses trapèzes volants.
Le gite et le gitan. La musique en fanfare qui s'englue dans le sang. Aux flambées de sarments.
Où je me tiens en cendres. Pour voler en volutes. M'enrouler à ses bras. La tempête de sable.
C'est une apparition. Au milieu du désert et des oiseaux nocturnes. Une divinité que j'adore aux orages.
Qui se consume au vent du désir, de ma rage. Que je dévore enfin. Captif entre mes pattes.
Pour un festin dont l'ogre ne peut se rassasier. Il bondit. Gesticule. Au charbon du pelage.

De sa crinière carbonisée. Aux mèches accidentées. Dont les boucles moutonnent un automne interdit.
Le jour ne viendra pas. Puisqu'il a pris sa place. Rayonner des aurores plus radieux qu'au matin.
Réinventer le monde. Où je suis prêt à vivre. A suivre la rivière de son lit de galets.
M'endormir à la source. M'éveiller au tombeau. Où il est à la fois l'abysse et le flambeau.

 

Philippe LATGER / Octobre 2019

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Des clairières battues

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Ce qu'il attend de moi. Sait-on de quel Satan au juste il pourrait bien s'agir ?
Ce qui revient, latent, dans les sous-bois humides, dans le désir putride d'être et de réussir.
La peur d'être trahi. La peur d'être volé. Ou d'être emprisonné. Ou de perdre son temps.
Sait-on ce qui l'effraie ? Ce qu'il attend de moi ? D'être un faire-valoir, un recours, un trophée ?
Je ne comprends pas tout de ce qu'il imagine. Ou de ce qu'il espère. De lui-même ou de nous.
Quels démons le tourmentent ? Contre quelle ambition ? Quelle attente indolente ? Quelle désillusion ?
La course. La montre. Les aiguilles percées. Comme autant de flèches. Qui saignent ma candeur.
Ou ma honte d'être libre. Dans la forêt du monde où elle cherche à se perdre.
Sait-on ce qu'il attend ? De la tombe. De haut. Des amours aveuglées et leurs malentendus.


 

Philippe LATGER / Octobre 2019

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L'écorce et la résine

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La canopée m'abrite de la nuit. Cette mer sans fond au-dessus de la pinède.
Elle est vaste à perdre la raison. Et je me plais tapis. Dans mon tapis d'aiguilles.
C'est une immensité dont on ne sait si elle est une amie ou l'affreuse menace.
Et les pins parasols s'interposent. Insèrent leur horizon. Leur propre surface. 
Pour mousser aux étoiles quand je cours à leurs pieds, m'étonnant d'être ici, revenu de l'enfance.
L'avenue est un couloir immense où les clôtures scintillent de leurs petites lanternes timides.
Elle sent l'écorce et la résine. Elle sent la joie d'être en vacances. D'être en famille.
Les bâtisses inquiétantes restent en retrait. Restent dans l'ombre. Quand la mienne est détruite.
Notre maison rasée. Tout un monde effondré. Disparu. Dont j'ai encore le goût et l'impression.

La volupté de l'air sur mes épaules cuites. La volupté de l'eau. Le sel dans mes cheveux.
Le corps qui se dessine dans le sable, au soleil, et dans les nuits fébriles. Où je rêvais de toi.
La mer est ce mystère plus profond que le ciel. Cette autre nuit sans fin qui bruisse dans le noir.
Qui fait frémir ma peau de son souffle lascif. Une respiration avide qui ouvre ma poitrine.
Je retrouve les délices et les frissons intacts. Tout ce bonheur perdu qui m'en procure encore.
Aux abords amoureux de ma ville estomac. Barcelone à vomir. Qui me remue les tripes.
Où le gosse, le jeune homme, pourraient se joindre à moi pour sourire un merci.
Au cœur de cet instant, cette superposition inédite de temps, dont je connais les strates,
reconnais les empreintes, qui font l'état présent où je peux tout comprendre.
La canopée moutonne ses nuées de toitures. Protège de la nuit. Protège de la mer.

Et les étoiles mortes répondent gentiment aux lanternes timides. Entre veilleuses.

 

Philippe LATGER / Octobre 2019

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L'effroi du phare

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Le couche-mort du cauchemar peut réveiller mes insomnies, jeter ses pavés dans la mare,
faire des ronds autour du lit, brandir ses ombres et son bazar, mes démons et mes incendies, 
mes idées noires, toutes bizarres, pour me noyer dans les non-dits, je ris au monde, les yeux ouverts.
Quand je m'inonde à découvert. La nuit vécue à pleines dents. Je me sens plus fort que la peur.
Comme un loup. Le buisson ardent. Je fraternise avec le diable. Avec mes failles et la torpeur
de ma violence irrémédiable. Je peux me battre contre moi. Je reste plus fort que moi-même.
Je pardonne à mes manquements. A mes faiblesses et leurs outrages. Dans la tempête et le tourment
où je peux adorer l'orage. Qu'elle est belle cette vie de bohème. Je la libère de mes doigts.
La noirceur fait de beaux poèmes. Et le danger m'ouvre la voie. 

Le coche meurt au cauchemar. Et condamné à le rater. Etourdi par le tintamarre des anathèmes
et des regrets. Je me réveille dans ma vie, pour avoir terrassé l'horreur, en nage au milieu de mon lit,
l'aurore loin de ma fureur, je peux gagner seul l'autre rive, comme d'un rêve rescapé,
sans trop savoir ce qui m'arrive, aux affres qui m'ont échappé. Je peux embrasser la douleur,
la lâcheté comme l'ennui. J'en ai vu de toutes les couleurs et peux en consteller la nuit.
Je me suis sauvé en sursaut de mes fantasmes et leur mystère, à peine sorti du ruisseau,
je peux sourire, je peux me taire, à ces angoisses ridicules que j'ai laissées derrière moi,
aux réalités qui basculent, alors que je peux rester droit, debout et fort comme le phare,
que je dois rester pour moi-même, pour l'allégresse et ses fanfares, comme pour tous les gens que j'aime,
quand j'ai vaincu mon propre effroi de n'être pas meilleur que moi, sans braquemard et sans rosaire,

au cauchemar cache-misère, que j'ai pu tuer de mes mains pour accueillir le lendemain.

Je fais la paix avec le mal. Je fais la paix avec le monde. Avec le regard animal du vautour
au chemin de ronde. Et au cœur du sommeil des autres, je résiste à l'hémorragie, je veille au grain
de votre peau, comme un gardien ou la vigie. Et le danger m'ouvre la voie. 
Je l'aime. Je m'y enroule. M'y sens vivant. A l'abri de mes ennemis. Et un peu à l'abri du vent.
Je prends celui qui me convient pour voler au-delà des villes. Au-dessus de mes accidents.
Qui me grandissent et m'attendrissent. La peur est vaine. La crainte est vile. La mort est veule.
Et je m'envie. D'avoir la force, d'avoir la seule, qui fait l'écorce pour aimer. Comme personne n'aimera.
Pour aimer tout jusqu'à la mort. Le désespoir et la souffrance. Les tourterelles et les rats.
Les sangliers et la potence. Pour bander jusque dans mes draps.
Je n'ai pas peur de mes remords. Et le danger m'ouvre les bras.
Comme la mer paisible. Encore. Au lever du soleil. Plat. Pour aimer tout jusqu'à la mort.
 

Philippe LATGER / Octobre 2019

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Ah ben d'accord

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AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA
HHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH
BBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBBB
EEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE
NNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNN
DDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDD
'''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

CCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCC
CCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCCC
OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO
RRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR
DDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDDD
Je vois le genre.
 

Philippe LATGER / Octobre 2019

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