Frein à main
Il est moins facile. Le texte que le trait. Il est plus long. Plus laborieux. Le chemin pour le moudre.
L'absorber. Ou l'entendre. Le comprendre. Le dissoudre. Le temps que cela prend. C'est la clé.
Plus long que pour le trait ou pour la note. Il faut s'y installer. Il faut s'y accrocher. Il faut se concentrer.
Et ce n'est plus l'époque. De se laisser noyer dans les couloirs opaques de la pensée d'un autre.
Et de se laisser perdre dans un temps hypnotique qui prendrait trop de temps.
Même s'il est épique, le texte n'a plus cours que pour rompre le rythme. Et se déconnecter.
Ou bien pour tricoter ce qui sera images et immédiateté.
Il est moins facile. Le texte que le buzz. Ou la vulgarité. A la pression constante de devoir posséder.
Produire et consommer. Jouir et se consumer. Tout de suite. Sur le champ. En 140 caractères.
Changement de cadence. Une accélération. Quand le texte est un frein. Des quatre fers.
Dans une nuée de fumée sur le quai. Tout le monde descend. Pas de réseau. Rase campagne.
C'est le contre-courant. Ou le reflet tranquille. De ces pas immobiles que l'on fait en mourant.
Haletants et fébriles. Mais dans l'éternité. L'inverse de l'instant. Ou bien son contenant.
Il est moins facile. Le texte chronophage. A l'époque du moment. C'est un affreux challenge.
Un défi titanesque. Retenir l'attention. Maintenir la tension. Jusqu'à ce point final.
Où le monde commence.
Philippe LATGER / Janvier 2020