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Le seul sur terre

Publié le

Les dunes de ta peau jouent avec la lumière, s'ensablent sur tes os, des pommettes aux paupières.
Elles se creusent dans tes joues et s'étalent sur ton front. Et je m'y enlise à genoux,
les boucle et tourne en rond. Les vagues de ta chair déferlent tes épaules,

frissonnent dans les rivières de mes regards jaloux,
elles écument entre mes doigts, n'acceptant aucune geôle, elles s'enroulent autour de moi,
refluent autour de mon cou. Avec l'envie secrète d'étancher bien des soifs.
La lampe de chevet révèle un paysage, aux récifs des sourcils, où commence la plage
où poser un baiser, veiller sur ton sommeil, l'adoucir, l'apaiser, jusqu'à l'instant promis du lever du soleil.
Couché sur l'oreiller, c'est plus que ton visage. Que je couvre amoureux en le redécouvrant.
Ta cuisse sur ma cuisse, je ne peux plus bouger. Mais je voyage autant aux berges du spectacle.
Aux rêves qui t'agitent, j'assiste au mouvement, heureux et impuissant, comme le seul sur terre.

 

Philippe LATGER / Février 2020

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Le fouet d'un rapide

Publié le

Au train où vont les choses, je ne le prendrai pas.
Je ne veux pas y aller. Le métal sur l'acier. Le fer sur le gravier.
Les portes automatiques. Gibier de caténaires. Pour jouer au pendu.
La corde et la potence. Au bout des voies ferrées.
Au rythme où vont les choses, chacun son train d'enfer.
Je suis resté à quai. Acquis. Interloqué.
Par le fouet d'un rapide. Aux gares qui s'égarent.
Quand je sais où je suis. Que je suis où je sais.

Confiant et bienheureux. Au virage des aulnes.

 

Philippe LATGER / Février 2020

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La capture

Publié le

Il y a toujours une hésitation. Avant de dire quelque chose. Avant de faire le geste.
Une pensée intervient. Le retient. Les pupilles cherchent quelque chose dans ses propres orbites.
Et puis, c'est le sachet de tabac et les feuilles. Le rituel. Les doigts s'occupent. Font ce qu'ils ont à faire.
J'attends. Amusé. Séduit. Je regarde.
Le corps voûté sur l'atelier se cale soudain contre le dossier de la chaise. Les yeux se plantent au plafond.
Puis tout se ramasse à nouveau sur le coup de langue à donner pour finaliser la cigarette.
Les idées se bousculent. Les mots dans la gorge qu'il faut choisir avant de les lâcher.
Le spectacle est fantastique. J'attends toujours une réponse à ma question.
Et, si je ne doute pas de la volonté sincère d'honorer ma requête, je soupçonne, au milieu des réflexions

sûrement appropriées, qu'il y ait quelques pensées fugaces venues interférer : des choses futiles,
des choses d'un autre ordre, s'enflammant comme des météorites au moment d'entrer dans l'atmosphère,
traversant la voûte de ce merveilleux crâne chevelu, avec des zébrures assez lumineuses pour le distraire.
Je finis par penser qu'il a oublié ma question. Ou qu'il galère pour s'en souvenir. En panique.
C'était peut-être ça. Peut-être était-il à autre chose quand je l'ai interrogé. Il n'a pas entendu.
Et se rend compte, comme réveillé en sursaut d'un micro-sommeil, que j'attends quelque chose de lui.
Sans dire un mot. Il prend son verre de vin et se lève. Il sort du restaurant fumer sa cigarette.
Je le suis du regard sans bouger de ma chaise. Quel goujat, diraient certains. Quel culot, diraient d'autres.
Interdit, je n'en prends pas ombrage. Quand je suis en plein soleil. Fasciné par le personnage. J'hallucine.
Je me moque des convenances et des bonnes éducations. Me résous à déduire qu'il n'a rien calculé.

Je ris intérieurement. Je ris en me revoyant suspendu à ses lèvres, immobile, en attente de la réponse
à une question qu'il n'a probablement pas écoutée. Il est ailleurs. Et ça me plaît.
Ailleurs ou mieux encore. Libre. C'est ce qui m'impressionne.
Je me redresse devant mon assiette et me demande ce que je dois faire. Le rejoindre ou rester.
Lorsqu'un baume voluptueux me caresse et me fait oublier cette préoccupation de circonstance.
Je ne me presse pas de prendre une décision lorsque, je m'en rends compte, je suis bien. Je suis heureux.
Et il me faut savourer un instant cette révélation. Je m'accorde le droit de m'y abandonner.
Je regarde la salle du restaurant. Je regarde les couples en tête à tête et les tablées d'amis. Triomphant.
Je suis heureux. Heureux de connaître ce voyou. Ce petit effronté qui n'en fait qu'à sa tête. Magnifique.
C'est la plus belle soirée du monde dans la plus belle ville du monde. Et c'est ma chance qui est insolente.

Le regard que je croise de ma place à travers la vitre de la porte me sourit.
Nous sommes reconnectés. Il sait que je suis heureux. M'a surpris en train de l'être.
Il est heureux que je le sois. Et je suis heureux qu'il le soit que je le sois. En un seul et même sourire.
Moi dedans et lui dehors. Ensemble. En une fraction de seconde. Une faille. La capture.
Je ne me rappelle plus moi-même la question que je lui avais posée. J'ai toutes mes réponses.
Il est bien. C'est ce qu'il me dit sans rien dire. Il est bien avec moi. Avec la bonne personne au bon endroit.
Et qu'il soit bien me fait du bien. Un bien inédit. De l'ordre de la complétude. Le monde est fini.
L'attraction est trop forte. Je traverse la vitre. Le rejoindre dans la lumière orange de la ruelle.

La forme de ses yeux est un miracle. Encore plus bouleversants quand ils se plissent à son sourire.
Sûr de son effet. Et je déguste. J'immortalise. Je m'éternise dans sa bouche. Comme une cigarette roulée.
Il n'est pas ailleurs. Il est partout à la fois. La capture est impossible.

Mais pas la liberté.

 

Philippe LATGER / Février 2020

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Du noir au fond des yeux

Publié le

Lever les yeux. Vers la nuit.
Les noirceurs s'épaississent à mesure qu'on s'éloigne.
Mais c'est le temps sans doute de s'habituer aux ténèbres.
Il y avait trop de lumière dans le monde des hommes. Dans les villes. Dans leurs maisons.
La lumière artificielle pour lutter contre l'obscurité. Les hommes ont peur du noir.
Ils transforment la nuit en jour. Un jour qui n'est qu'une pâle copie de lui-même.
Mais assez violent pour éteindre les étoiles. Etouffer l'incendie de l'univers. L'occulter.
Pour regarder ailleurs ou dormir.

En s'éloignant enfin, les yeux s'habituent et l'on peut voir. Voir dans le noir.
Et c'est une révolution. Redécouvrir le monde. Tel qu'il est. A couper le souffle de beauté.
Galaxies de silence et d'arborescences, aux mobiles aveuglants d'un mystère infini.

Où la mort recommence.

 

Philippe LATGER / Février 2020

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Début d'une chanson à la catalane façon Charles Trenet

Publié le

Il y a des oliviers qui dansent la sardane, debout les bras levés contre la tramontane.

 

Philippe LATGER / Février 2020

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Casenoves

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C'est ton torrent et c'est ta plage. C'est ton terrain de jeux. Ton autre rêve. Sur l'autre rive.
Où les roseaux griffonnent des pins, des oliviers, jaunissent une verdure pour habiller la pierre.
Je suis à tes côtés. Je marche dans tes pas. J'ai un appétit d'ogre. A dévorer les orgues avec tes souvenirs.
Lorsqu'à flanc de ravines, aux confins des vergers, le village fantôme brandit ce qu'il reste de ruines.
Une cité maya au milieu de la jungle, la promesse du Pérou pour les Conquistadors, l'Atlantide échouée
sur les bords de la Têt, avec ses pyramides et temples de galets.
La nature s'incline devant l'œuvre des hommes, devant autant de foi, de détermination.
Le trident d'un clocher, comme fourche du diable, dresse sa trinité pour peigner les nuages.
Espadrilles à la corde. Tu gambades léger comme le preux chevreau qui retrouve ses parents,
les vacances d'été, les rires de l'enfance, le trac de l'aventure et l'église Saint-Sauveur.
Je suis intimidé. Je suis émerveillé. Et tu es Peter Pan.


Une brume de pêchers en fleurs, vieux rose, lie de vin, égraine son moût de raisin. A portée de main.
Entre le fleuve et la falaise, le western est possible. Les troncs noueux s'entortillent sur des pans de murs.

Des racines enlacent la pierre et le mortier. Et c'est une danse érotique entre minéral et végétal.
Les deux s'embrassent en l'absence des hommes. Nous sommes venus les surprendre en riant.
Les prendre en flagrant délit. Amoureusement. Respectueusement. Au chevet de l'église romane.

Aux branches qui se tordent, aux feuillages qui s'étirent pour chercher le soleil, vient s'opposer la tour.
Carrée. Massive. Capitonnée. Pour éventrer la canopée. Répondre à Saint-Clément de Régleille.
Elle bourdonne sans créneaux, de garrigue et d'asperges sauvages. Un arbre sur la tête.
C'est le donjon jaloux de ton jardin d'Eden. Et j'entre à pas de loup dans l'émotion soudaine
du paradis perdu dont tu m'ouvres la porte.

Des restes de remparts exhibent les œufs d'autruche tout nervurés de bleu que sont les galets ronds
qu'on a tirés du lit pour les installer là, offerts à ma caresse, au vent de la carcasse
ouverte aux jeux d'enfants. Toi, tu n'es plus un homme, mais le petit garçon qui me fait chevalier.
Et je suis bouleversé d'être son camarade.

 

Philippe LATGER / Février 2020

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Poisson volant

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Pêcher c'est dans mes cordes.
Chasser, dans mes filets.


Philippe LATGER / Février 2020

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Fragiles et imparfaits

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C'est long, c'est lent, c'est si violent, de toujours être soi.
D'être un pionnier, le prisonnier, des moi et leur surmoi.
Ce qu'on construit, qu'on déconstruit, tout ce dont on hérite.
Tout le mélange qui nous arrange, ou celui qu'on mérite.


C'est si dur d'être soi-même.
De s'en émanciper.
D'être certain de ce qu'on aime,
ce qui nous fait tripper.


C'est fou, c'est fort, tous les efforts qu'on fait pour exister,
pour être unique, dans la panique de devoir résister,
dans un seul corps, ce même corps, pour nous accompagner,
avec du sang, avec du temps, à perdre et à gagner.


C'est si dur d'être soi-même.
A tous les choix qu'on fait.
D'être amoureux de ce qu'on aime,
fragiles et imparfaits.


Philippe LATGER / Février 2020

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Les chancres

Publié le

C'est l'encre.
L'écriture.
Les hanches.
L'échancrure.

 

Philippe LATGER / Janvier 2020

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Ce qui est tombé se relève

Publié le

Elle est tombée. En masse. Du ruisseau. Du lit de la rivière. Elle est tombée comme un rideau.
Ce sont des chutes. Des chutes d'eau. Tombée du lit dans la lumière. Dans la clairière. Tombée de haut.
Ce sont des cours. Des mouvements. Et c'est la lutte du radeau. Qui joue des coudes jusqu'au tombeau.
Elle est matière. Elle a son poids. Même liquide. Elle se déploie. Se fraye son chemin. Se précipite.
Dans les canyons et les sous-bois. La pesanteur est une loi. Elle s'y soumet dans les ravins,
plongeant au bord du précipice, déferlant sur ce qui est en bas.
La pesanteur est une loi. Et un principe. Elle s'émancipe. 

A la chaleur, faite vapeur, elle se retourne.
Et elle remonte. Elle s'élève. Ce qui est tombé se relève.
Et s'effondrera à nouveau.

 

Philippe LATGER / Janvier 2020

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