Casenoves
C'est ton torrent et c'est ta plage. C'est ton terrain de jeux. Ton autre rêve. Sur l'autre rive.
Où les roseaux griffonnent des pins, des oliviers, jaunissent une verdure pour habiller la pierre.
Je suis à tes côtés. Je marche dans tes pas. J'ai un appétit d'ogre. A dévorer les orgues avec tes souvenirs.
Lorsqu'à flanc de ravines, aux confins des vergers, le village fantôme brandit ce qu'il reste de ruines.
Une cité maya au milieu de la jungle, la promesse du Pérou pour les Conquistadors, l'Atlantide échouée
sur les bords de la Têt, avec ses pyramides et temples de galets.
La nature s'incline devant l'œuvre des hommes, devant autant de foi, de détermination.
Le trident d'un clocher, comme fourche du diable, dresse sa trinité pour peigner les nuages.
Espadrilles à la corde. Tu gambades léger comme le preux chevreau qui retrouve ses parents,
les vacances d'été, les rires de l'enfance, le trac de l'aventure et l'église Saint-Sauveur.
Je suis intimidé. Je suis émerveillé. Et tu es Peter Pan.
Une brume de pêchers en fleurs, vieux rose, lie de vin, égraine son moût de raisin. A portée de main.
Entre le fleuve et la falaise, le western est possible. Les troncs noueux s'entortillent sur des pans de murs.
Des racines enlacent la pierre et le mortier. Et c'est une danse érotique entre minéral et végétal.
Les deux s'embrassent en l'absence des hommes. Nous sommes venus les surprendre en riant.
Les prendre en flagrant délit. Amoureusement. Respectueusement. Au chevet de l'église romane.
Aux branches qui se tordent, aux feuillages qui s'étirent pour chercher le soleil, vient s'opposer la tour.
Carrée. Massive. Capitonnée. Pour éventrer la canopée. Répondre à Saint-Clément de Régleille.
Elle bourdonne sans créneaux, de garrigue et d'asperges sauvages. Un arbre sur la tête.
C'est le donjon jaloux de ton jardin d'Eden. Et j'entre à pas de loup dans l'émotion soudaine
du paradis perdu dont tu m'ouvres la porte.
Des restes de remparts exhibent les œufs d'autruche tout nervurés de bleu que sont les galets ronds
qu'on a tirés du lit pour les installer là, offerts à ma caresse, au vent de la carcasse
ouverte aux jeux d'enfants. Toi, tu n'es plus un homme, mais le petit garçon qui me fait chevalier.