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Je t'aime astral

Publié le

Je ne suis pas bipolaire. Je suis bélier.

 

Philippe LATGER / Mars 2020

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L'oiseau kimono

Publié le

La terre. Les roseaux. Le galet. Le bois mort. L'arborescence des réseaux. Des feuillages. Des museaux.
La forêt. Animale. Bruisse de ses borborygmes et de didgeridoos. S'agite de caquètements outrés.
Pour accueillir le sage. En embuscade. Cacatoès. Dans la neige silencieuse des fleurs de cerisiers.
Il arrive. Impérial. L'oiseau kimono. Qui voyage immatériel, horizontal, quelque part entre le sol et le ciel.
Entre les morts et les vivants. Entre les hommes et les dieux. Il voyage. Sur les chênes et les érables.
Les thuyas. Les bambous. Xylophones. De ses voiles déployées. Pour planer. Comme aux passes de cape.
Il est beau. Mi-rapace. Mi-corbeau. Le pygargue à queue blanche. Qui tournoie sur ses proies.
Ou porte des messages. A la barbe du chamane. Au zénith. Au soleil. Par-dessus les nuages.
L'immense cerf-volant. Qui vient à se poser. Parmi les révérences. Au pied d'un camphrier.
Les esprits s'en inquiètent. L'oiseau semble malade. Dessous la canopée. On le trouve prostré.
Dans la panique des macaques. Des rats noirs et des renards attroupés. Des ours et des ibis incrédules.
Le cercle rétrécit. Autour de l'aigle âgé. Dans un nid de racines. Qui déplie ses ailes, péniblement, ne
sachant plus qu'en faire. Le corps ne répond plus. Et les dieux impuissants sont les troncs qui s'inclinent.
Des lianes se dénouent telles des mains tendues. Les eaux du torrent se figent. Elles retiennent leur souffle.

La superbe est passée. Comme toute jeunesse. Et l'automne vient pleuvoir le pollen de la putréfaction.
L'oiseau-roi menacé. Echoué dans les ronces et le froid victorieux qui avance ses glaces. Immaculées.

La cour autour du maître craint pour son avenir. Il voudrait se débattre contre sa perdition.
Retrouver l'amplitude de toute sa majesté. L'altitude. La souplesse féline de mouvements drapés.
Il se redresse encore comme un lion blessé. Hésitant. Entre la rage et le renoncement. Désorienté.

Et c'est le crépuscule. Aux étoiles filantes. Qui s'effacent d'un trait sous le poids de la nuit qui progresse.
Le mauvais présage. Montre les griffes. Montre les crocs. Le lien entre les mondes pourrait être rompu.
Minéral. Végétal. Animal. Le cercle autour de l'aigle se resserre. Pour devenir un point. Se confondre.
La jungle s'est tue. Le silence effrayant. Le temps est suspendu. La pression. Des corps et des masses.
Des matières animées qui ne veulent pas mourir. Ou ne pas disparaître. A la barbe du chamane.
Les roseaux. Les galets. Les rats et les macaques. Se sont agglutinés. S'agglomèrent. Se mélangent.
Jusqu'à la combustion. Spontanée. Là où l'oiseau se cabre. Avec ses ailes en croix. Dans un flash aveuglant
d'explosion nucléaire. Et c'est un incendie. L'agonie volcanique. Où l'oiseau se consume. Furieusement.
Une boule de feu qui fait pâlir la nuit. Et la chasserait presque. Dans un brasier d'éclats et de flammèches.
Blanc. Noir. C'est une pluie de cendres. Qui recouvre le monde.

Le tunnel s'est ouvert. Une faille. Comme le sang ne fait qu'un tour, de mille galaxies.
Canalisation. Accélérateur de particules. Pour revenir en un éclair au lieu calciné de l'incinération.
C'est la désolation. La poudre et le charbon. D'après la catastrophe. Le silence désert. Immobile.
A la barbe du chamane. Il ne reste de l'aigle qu'un tas de pellicules. Monticule de poussière.
Dont les volumes semblent respirer soudain. Se ramasser eux-mêmes. Se mettre en mouvement.
Les grains se déplacent. Et il n'y a plus débris ni déchets dans les décombres. Où la glace a fondu.
Au foyer de chaleur cataclysmique de la fin, le début. Ou le souffle de vie. Dans la déflagration.

La décomposition se recompose. A la métamorphose. Et c'est la cendre de l'oiseau qui rampe sur la terre.
Comme autant de gouttes d'eau convergentes. Pour s'amonceler. Créer des formes. Qui se dressent.
Et s'animent. Quand cette boue de vies passées modèlent la vie présente. Dessine des muscles bandés
et leurs contours. La forêt décimée avec l'aigle prend sa revanche. Une vie augmentée.
De milliers de cadavres. Quand l'oiseau s'est nourri de mille vies perdues. De ses vies antérieures.
Des esprits et de toutes les mémoires. De la terre. Des galets. Des bambous et des singes. Et des cacatoès.
La forme se précise. Se campe comme un corps sur ses coudes. Sous la cendre une braise rougeoie.

C'est le cœur de l'oiseau. Qui continue de battre. A la barbe du chamane. Ce qui est mort est vivant.
A la source du vent qui façonne la matière. La silhouette se lève. Une tête et un bec. Et des pattes.

Et des ailes qui poussent. Lorsque l'amas de cendre se hérisse de plumes. Puisque tout se transforme.
Et l'oiseau qui surgit triomphant éblouit le nouveau monde. Qui ne pouvait exister sans lui.
Le rapace est plus grand qu'à sa vie précédente. L'envergure des ailes décuplées. Il est plus ardent.

Splendide et flamboyant. Et fait trembler la terre au fer du premier cri. Dont le dernier était l'écho lointain.
Une pâle copie. Qui prenait son élan. Pour prendre gorge dans l'actuelle créature. Conquérante.
L'oiseau nouveau régénérait la mort. Révélait son mystère. Recomposait le temps. L'illusion du réel.
Au printemps bourgeonnant de la vie qui s'impose. Le cycle est accompli. L'envers de l'univers.
Qui retourne les ordres et toutes les dimensions. Et dans un ciel immense le monstre fait une ombre.
Ou l'ombre fait le monstre, à la barbe du chamane. Aux forêts de bambous de lianes et de galets.
Où tout est différent. Et où rien n'a changé. L'oiseau de feu fait ses passes de cape. Et reprend son voyage.
Là où il l'avait laissé. Comme à chaque saisons. Comme à chaque existence.
Tout ce qui est vivant est mort souvent.
La jeunesse est le pas de chaque renaissance. Elle est plus vigoureuse à ceux qui ont vécu,

et qui ont vécu longtemps. Au drapé des mémoires et des vies antérieures. La force des empreintes.
La terre. Les roseaux. Le galet. Le bois mort. L'arborescence des réseaux. Les chênes et les érables.
L'oiseau kimono prend son vol. Entre le ciel et le sol. Entre les vivants et les morts.
Entre les dieux et les hommes. Qui renaissent ensemble.

 

Philippe LATGER / Mars 2020

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De fatigue

Publié le

J'ai les yeux qui tombent.
 

Philippe LATGER / Mars 2020

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L'aveuglement

Publié le

Les ténèbres ont leurs vertèbres de lumière. Que l'on n'imagine pas.
Qui les raye, qui les zèbre, les nervure et structure l'ossature de l'espace, au compas,
dessinée dans la nuit, comme aux ondes de l'ennui, où la ronde s'organise pas à pas.
Aux noirceurs tout s'éclaire, au cortège des étoiles et aux marches funèbres qui célèbrent le repos.
L'invisible parallèle se confond au réel et voyage dans l'algèbre des mystères et des ombres en troupeaux.
Des corps se décomposent. Se dissocient. Et s'agglomèrent ailleurs. Des figures psychédéliques.
Qui varient. Aux phases de la lune. Au rythme des saisons. Et leur inclinaison. A revenir sans cesse.
L'obscurité aveugle ceux qui ne voient plus rien. A l'infiniment grand nous sommes peu de choses.
Un éclair ultrason déchire le silence. La fréquence est moyenne. Et le néon hésite à s'allumer vraiment.

Hachurant ce qui est sombre d'une tension stroboscopique. Et glacée.
Qui permet par à-coups d'apercevoir les formes de ce qui s'y cachait.
La vie monte aux créneaux d'immenses engrenages.
D'immuables rotations d'une fête foraine.
Et je n'aime que toi.

 

Philippe LATGER / Mars 2020

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Capuche et poêle à bois

Publié le

La laideur du monde est derrière ces murs. Derrière les volets. Et elle n'existe plus.
J'ouvre les yeux dans les parfums intimes que je reconnais aussitôt d'un fatras de draps et de couvertures.
Les cheveux en pétard, j'émerge doucement de la chaleur du sommeil, entre deux rêves,
et me cale pour regarder. Et pour mieux regarder, je fais semblant de dormir.
Entre mes cils croisés, simulant des paupières closes, je ne boude pas mon plaisir.
La silhouette que je vois dans la cuisine, par l'embrasure de la porte, me tourne le dos et se penche,
en avant, vêtue d'un seul tee-shirt et d'un petit slip qui moule merveilleusement des fessiers rebondis,
au sommet de jambes merveilleuses aux muscles bandés, auxquels répond mon sexe instantanément.
Mollets et cuisses dessinées. Jusqu'au départ de ce que le tissu ne parvient pas à couvrir complètement.

Le galbe impudique, fait pour mes mains, s'échappe légèrement du sous-vêtement pour me ramener
aux étreintes et aux caresses de la nuit, quand d'autres extrémités pouvaient s'y promener à loisir.
Je sais ce qui est caché. La sensibilité de mes doigts, de ma peau, de mon corps tout entier s'en souvient.
Ce qui réagit de façon pavlovienne s'est délicieusement frotté à l'endroit où le textile est plus lâche.
La silhouette se redresse et le goût de sa chair me revient en bouche. L'âpreté des poils et des cheveux.
La fermeté musculaire. Contractée aux stimulations enfiévrées. Aux tornades de nos baisers voraces.
Je gis dans les décombres de la tempête. Dans le calme olympien d'un réveil amoureux.
La créature s'installe face à moi, près du poêle à bois. Et je laisse doucement tomber mes paupières
encore davantage, pour réduire l'ouverture, au maximum, et ne pas être surpris en train de l'admirer.
Pour ne pas l'interrompre ni la gêner dans son rituel matinal. Je singe le repos. Je feins la léthargie.

Elle pense être seule et peut s'isoler, au bruit de l'eau qui bout, dans les réflexions dont je ne fais pas partie.
Une cigarette vient se planter dans sa bouche, avant d'en repartir dans une profonde expiration nerveuse.
Le regard cherche quelque chose par terre à sa gauche, avant de s'envoler par la fenêtre à sa droite,

et se perdre dans un coin de ciel. Où je ne suis pas. C'est la synthèse de ses rêves. Ou de ses projets.
Ou de ce qu'il reste à faire. Ou de comment le faire. Le programme de la journée. Celui de la semaine.
Les mails à écrire. Les gens à contacter. Ce qu'il faudrait acheter. Facturer. Produire. Inventer ou créer.

Le spectacle est fascinant. Et je suis comme un fantôme. Invisible. Un voyeur. Qui mate. Qui vient voler
une moment aussi troublant que celui d'un rire ou d'un orgasme. Une part de vérité qui n'est pas pour moi.
Elle pense à quelqu'un d'autre. Elle pense à autre chose. Et je m'émerveille de sa beauté à ma disparition.
Le mouvement de la cigarette. De sa main. De ses yeux qui s'agitent. Fouillant à l'intérieur d'elle-même.
Où se bousculent des sensations, des angoisses, des regrets, des ambitions et des stratégies militaires.
L'homme d'avant moi. Et les autres possibles. Un bonheur promis qui semble si difficile à construire.
Des objectifs à atteindre. La peur de faire de mauvais choix. Et le temps qui manque ou qu'il faut rattraper.

J'observe la panique. La détermination. Les nuages qui passent. Dans les volutes de tabac. L'odeur du café.
Je me fais oublier. Immobile. Plié dans l'oreiller. Dans l'obscurité de la chambre d'où je vois tout.
Avec la sidération à l'apparition du fauve. Et le ronronnement de celui qui cohabite en confiance.
Intrigué et serein à la fois. Quand soudain son regard vient se planter sur moi.
C'est l'instant idéal pour ouvrir les yeux franchement et réfléchir un sourire qui vient dire bonjour.
La beauté du monde tient dans quelques mètres carrés. Elle me propose de venir la rejoindre.
Je m'empare d'une couverture pour m'en faire une cape, une robe de bure à capuche.
Je suis moine ou Jedi. Ou la fée Carabosse. Ou la Mort sans sa faux. Désarmée. Subjuguée.
Désolée d'interrompre l'espace de la solitude. D'imposer sa présence. Et d'abîmer la scène.
Le feu danse dans le poêle à bois. Avec un souffle moins puissant que celui de l'incendie qui fait rage
dans ma cage thoracique. Une chaudière. Dans l'abdomen. Qui dévore tout pour tout reconstruire.
De ce monde à parfaire au-delà de ces murs. Ce monde tout entier. Que la beauté transforme.

 

Philippe LATGER / Mars 2020

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L'apocalypse selon Saint-Jacques

Publié le

Et c'est le vent furieux qui fouette ma façade. La pleine lune orange, énorme à l'horizon.
C'est le feu d'artifice et la fête foraine. Le sourire solaire. Et le baiser des dieux.
L'avalanche de foudre. Le tremblement de terre. L'oasis de lumière. Ma sortie de prison.
L'attraction de la peau. Le brasier de la chair. Les étoiles en pagaille et la révolution.
Le bastion de Saint-Jacques. Et ma main sur ta cuisse. Ma main entre tes cuisses.
Les géants dans la foule et la pluie de tambours. Le baril et la poudre. Quand tu tiens l'allumette.
La nitroglycérine. L'explosion nucléaire. C'est un flash aveuglant. Et la déflagration.
Quand la ville est soufflée. Mon corps pulvérisé. L'incendie de juillet. Ou la libération.
Le Castillet en flammes. La Poste calcinée. La marche côte à côte. La poitrine éventrée.

A ta main sur mon dos. Ton bras sur mon épaule. Nos deux corps qui se frôlent. Ou se trouvent aimantés.
Nous allons vers nous-mêmes au milieu des décombres. Les planètes alignées. Pour guider l'ascension.
C'est la loi du destin. Dont nous sommes l'objet. Nous n'avons d'autres choix que celui de nous plaire.
Accomplir un dessein. Brûlants et assoiffés. Au torrent de désirs qu'il reste à satisfaire.
C'est la fièvre d'été. Et le chewing-gum coupable. L'appétit à mâcher. Et la rage des ogres.
La réaction chimique. Les espoirs jumelés. La Miranda troublée. Les remparts ébranlés.
Et le banc magnifique de ce premier baiser. Une bombe en panique. Ou à fragmentation.
Une boule de feu pour détruire le monde. Renverser l'univers ou arrêter le temps.
Au sommet des vertiges dominant la cité. L'espace de l'étreinte devient tout un royaume.
Le domaine infini que nous pourrions construire. Inventer d'un seul trait ou d'un éclat de rire.

A ces flux d'énergie dont on n'a pas idée, ni même la maîtrise, nous nous laissons porter,
heureux de l'entreprise, de nous abandonner aux forces telluriques, qui ont décidé pour nous
l'orage magnétique qui devait nous jeter ainsi l'un contre l'autre. C'est toujours un miracle.
Tout sauf un accident. C'est le soleil en grand. Qui bouleverse les ordres. Et le sens du réel.
La pluie de météores. Et le raz-de-marée. Engloutissant Saint-Jean, les tours et les palais.
C'est la fête augmentée qui crépite en fusées pour répondre aux étoiles et aux vœux exaucés.

Aux nuits courtes et lascives qui viennent s'enrouler et nous dire à l'oreille,
que nous sommes vivants et ne seront plus seuls, qu'on ne résiste pas à des forces pareilles,
et qu'exister n'existe qu'au bonheur insensé de pouvoir être ensemble.
Si c'est la fin des temps, le jugement dernier, j'ai déjà dans ton cou le paradis perdu
où je peux me damner, disparaître ou renaître, quand je sais qui je suis et pour qui je suis fait.

 

Philippe LATGER / Février 2020

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Abscisse et ordonnée

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Mes mains malaxent le crâne. Je deviens shampouineuse. Je masse le cuir chevelu.
Avec application, mes doigts cherchent les meilleurs mouvements, les meilleures trajectoires.
XY ne sont pas nos coordonnées ni notre détermination sexuelle. X est ma génération. Y est la tienne.

Il faut suivre l'axe des abscisses, celui des ordonnées, pour trouver le point de la rencontre. L'impact.
Magnifique. Mathématique. La courbe s'envole. Une parabole. Fonction du second degré.
Et mes paumes, symétriques, jouent sur la tectonique des plaques. A la brosse de cheveux tondus.
Mollement. Fermement. Je lisse des chemins. Canalise des énergies. Récompense ton cerveau.
Attentif aux reliefs. Concentré. Je laboure la surface. Dessine d'étranges symboles pour te déconnecter.
X est l'inconnue. L'équation du premier degré. Ce que tracent mes pouces. Pour reconfigurer le monde.
Infini. Parallèle. Que je t'ouvre de l'extérieur. Quand je reste en surface. Derrière la frontière.
Ma peau frotte la tienne. Réaction dynamique. Chaleur. A l'heureuse résistance. Qui permet le contact.

Et nos courbes se croisent. Pourraient foutre le feu. Faire naître une étoile. Et toute sa galaxie.
Le toucher qui s'enflamme. Pour te recomposer. Ranimer le noyau. Ta puissance atomique.
Je te masse le crâne. Et tu fermes les yeux. Sur le monde idéal qu'il te faut détruire ou inventer.
Celui où je m'éclipse. Dans lequel je te guide. Au carrefour des matières. Abscisses et ordonnées.
Graphiques. Et aimantées.

 

Philippe LATGER / Février 2020

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Les odeurs définitives

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Les cyprès sentent le cyprès.
La terre sent la terre.
Le bois mort.

Et l'eau vive.

 

Philippe LATGER / Février 2020

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Presque cathare

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Tes pieds s'approchent dangereusement du vide. Le vent siffle en altitude. Dans tes cheveux.
Dans tes oreilles. Dans ta chemise. Et cela bouffe violemment. Et ça claque comme des voiles.
Cela contrarie l'équilibre. Te menace de reculer. De tomber en arrière. Il faut lutter et ne pas chuter.

Tu vois la vallée s'ouvrir, s'évaser comme une plaine, et tu serres les dents. Il ne faut pas regarder en bas.
Le vertige. Ce basculement imaginaire. Je te prends par la main. Et l'on saute. Et tu hurles.
On saute ensemble. Et l'on tombe ensemble. Et l'on vole ensemble. Je te serre dans mes bras.
Je t'embrasse pour ne plus t'entendre hurler. Et tu me mords la langue. Que je roule dans ta bouche.
Le baiser se détend. Tu t'y abandonnes. Tu oublies que nous tombons. Tu m'embrasses enfin.
Et nous tournons sur nous-mêmes. Comme sur une boîte à musique. En nous précipitant vers le sol.
Et à cet instant où tu me fais confiance, un coup d'arrêt nous secoue. C'est un tissu immense. Un parachute.
Qui nous met sous cloche. Toi et moi. Et nous pose en douceur sur le plancher des vaches.

Comme des fleurs. Tu ris à gorge déployée. D'un rire que je ne te connaissais pas. Allongé sur le dos.
Et je viens sur toi, à quatre pattes, me pencher sur ton visage, pour l'étudier de près. Je l'aime. C'est le tien.
Tu le vois dans mes pupilles. Et tu arrêtes de rire. Dans ce monde qui n'existe que pour nous.
Presque cathare. Où nous émulsionnons l'inmélangeable. Et les contraires.

 

Philippe LATGER / Février 2020

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C'est cette fatigue

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Elle fond sur moi comme une fièvre. Cette fatigue. Qui s'installe dans mes jambes et ma poitrine.
M'enserre le crâne. Me traîne jusqu'au fauteuil. C'est le corps qui se dématérialise. Et ça m'amuse.
C'est comme une grippe sans la température. Des forces qui m'échappent ou ne répondent plus.

Je sais qu'il n'y a pas lieu de s'alarmer. C'est passager. Clandestin. Et je l'accepte comme une expérience.
En soute. Une nuit de sommeil et il n'en paraîtra rien. En attendant, je la déguste. Cette fatigue.
Qui tire la peau autour des yeux. Des yeux qui piquent. Pleins de sable. Ou du mirage de la veille.
Je l'embrasse. Je la caresse. Comme un vieux chien. Que je reconnais. Que je ne reconnais pas.
Et ça m'étonne. Quand ce qui m'étonne m'inquiète. Quand ce qui m'étonne m'amuse. Ou bien.
M'inquiète et m'amuse à la fois. Mais je ne panique pas. Je savoure l'instant. L'étrangeté de la sensation.
Sans penser que je puisse perdre mon temps un seul instant. Puisque je le prends. Pour éprouver.
Etre vivant. Sans agiter de kikis pour espérer faire de la littérature. Puisque je ne prétends pas en faire.

J'écris ce que je ressens. J'abuse du Je. Egoïstement peut-être. Mais je fais ce que j'ai à faire.
J'arrive à un âge où la fatigue est intéressante. Parce qu'on la reconnaît. Parce qu'on ne la reconnaît pas.
Et je ne m'amuse pas de la connerie des gens pour paraître intelligent. J'écoute. Les gens. La nuit.
Le monde. Le silence de l'univers. Et mon propre corps. Qui n'est pas moi. Particulièrement ce soir.
C'est cette fatigue. Je suis étranger à moi-même. Et sans doute puis-je abuser du Je dans ces conditions.
Puisque je suis quelqu'un d'autre. Que je reconnais. Que je ne reconnais pas. Assis dans ce fauteuil.
Pendant que d'autres rêvent de gloire et de réussite. De succès et de reconnaissance.

Moi, je n'en ai pas besoin. J'invente ma vie. J'invente les gens. J'invente la nuit. J'invente le monde.
Je suis Maharaja quand je veux. Je suis Goethe ou Cervantès. Je suis Prince ou rien du tout.
Je me promène. Loin de ce corps que j'ai laissé sur le fauteuil. C'est cette fatigue. Et je t'ai inventé.
Tu es entré dans ma vie. J'ai dessiné tes cils. La bille de ton œil. Et l'ourlet de ta bouche. A grands traits.
Ta tête dans mes draps. Cette tête tondue. Qui joue de la guitare. Me chante son amour.
Danse dans mon salon. Défie la pesanteur. Avec sa gravité. Candide et sensuelle. Et je suis désarmé.

J'ai aimé si souvent. Toujours intensément. Toujours sincèrement. Toujours complètement.
Les hommes que j'ai aimés. Et que j'aime toujours. Mais c'est une spirale, une boule de neige.
Un univers en expansion. Aimer, c'est comme écrire. C'est s'approcher toujours plus près du cœur
de qui nous sommes ou de la vérité. Par cercles concentriques. J'avance vers la porte. Celle dont j'ai la clé.
Plus fort et plus léger. Plus souple et plus épais. J'avance vers la mort avec sérénité. C'est cette fatigue.
Qui fait que je triomphe. Que je respire en paix. Au chemin qu'il me reste et au bonheur d'aimer.
Les yeux que je t'invente sont ceux de Pharaon. Les plus beaux que je n'aie jamais dessinés.

Le trait plus assuré. Les choses se précisent. Et je peux progresser. Il faut que je travaille.
Il faut que je dessine. Parfaire le projet. Quand rien ne s'aboutit. Tout est en mouvement.
Plus j'avance et plus j'apprends. Je comprends. L'incompréhensible. Que je reconnais.
Que je ne reconnais pas. Quand je suis déjà mort. Ou sorti de mon corps. Assis dans ce fauteuil.
Dans lequel je me regarde me sourire. " Mon Dieu comme je l'aime… me dit-il.

- Je sais bien. " Il cherche ses mots. Il est épuisé. Emerveillé. Roué de coups. " Comme je l'aime… "
C'est cette fatigue. En fait, être amoureux est épuisant. " C'est parce que tu es vivant. "
Et c'est en soi une œuvre. A laquelle je m'accroche. Je m'acharne. Je me tue. J'invente que j'écris.
Ce que je reconnais. Ce que je ne reconnais pas. Pour faire la lumière. Celle qu'on n'éteint pas.

 

Philippe LATGER / Février 2020

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