Il sabote. La pluie se tait. A la monnaie du pape. Comme aux boutons de nacre. La pluie se tait. Le chemin le suit. Se perd avec lui. Entre des arbres étranges. Les pins et les buis.
Où il se reconstruit. Comme aux berges du Gange.
Il sabote. Et rêve ses rives.
De plaire et briller.
Plus qu'il ne le fait.
Quand la pluie se tait.
La montagne s'ouvre.
Pour ouvrir le lit
à l'eau de l'Agly,
dont il fait son pagne.
Il sabote. Sous ses pieds. Et les fleurs de cerisier. L'amour envahissant dont il se sent épris, un peu reconnaissant, mais surtout prisonnier.
Quand la nuit le couvre, que la pluie se tait, il rêve de dérives et de l'opposé. Se trouver lui-même. Pour s'émerveiller. Tout et son contraire. Jusqu'à la nausée.
Il sabote. Sa beauté. Et se cabre. Aux devoirs. Mais quand la pluie se tait et que je suis la pluie, les nuages s'en vont, pour ne plus faire d'ombre et ne faire aucun bruit.
Que tait le masque ? Que masque le silence ? Celui de la bourrasque. Et de ce ciel immense. Les mots désamorcés. Sont impuissants à dire. Tout ce que nous vivons. Que répond la question ? Que questionne la réponse ? Celle des solutions. Et celle qui renonce. La pensée démontée. Incapable de rire. De là où nous allons.
Monstre est l'amour. Animal et fécond.
Xénogenre. Androgyne.
Incandescent. Foudroyant.
Mort bien souvent. Au petit jour.
Et toujours prêt à faire le con.
Le mystère résolu quand, au cours d'une rivière,
on ressent le soleil et tous les éléments.
La caresse du vent, ou de l'eau, la lumière. Végétalement intelligent. Aux bras de son amant. Qu'est-ce que naître ou mourir ? Sinon te voir sourire. Exister pour un autre. Pour un autre que soi. Qu'est-ce qu'exister si ce n'est être aimé ? Ou aimer être aimé par celui que l'on aime.
Le coucher de soleil sur la cité est sublime. Mais il n'est plus la promesse d'une fête. Il est triste. Il est lourd. Et m'écrase avec les toits et les clochers de la ville. Le feu d'artifice tiré dans le quartier gitan ne m'ouvre pas la poitrine. Il me la crève. La joie est une souffrance. La joie est une trahison. Elle est un supplice. La nuit tombe pour rien. Le jour s'enfuit pour rien. Et je n'ai goût à rien. La douche me laisse insensible. Ma peau ne vibre plus. Ne réagit pas. Reste indifférente. L'eau coule pour rien sur ce corps que je savonne pour rien. Mes mains ont perdu leur pouvoir. Rien ne répond à la caresse. Mes mains ne sont pas les tiennes. Et mes cheveux s'abîment.
L'eau n'est plus de l'eau. L'air n'est plus de l'air. Je n'ai pas le goût de le respirer. Il ne m'inspire rien. Je dors sans sommeil. Je mange sans appétit. Je bois sans soif. Je me masturbe sans conviction. Mes mains ne sont pas les tiennes. Elles roulent une cigarette. Pour les occuper. Et le tabac est fade.
Le café est amer. Le sucre est écœurant. Et rien de ce que je vois ne trouve plus grâce à mes yeux.
Le jaune est terne. Le bleu est morne. Le rouge éteint. Le vert en berne. Et tout est moche.
Quand tu n'es pas là pour le voir avec moi. Le Canigou est fadasse. Le soleil insipide.
Et le bonheur quelconque. Les nuages ne dessinent plus rien. Le vent ne décoiffe personne.
L'été ne m'intéresse plus. Juillet, c'est de la merde. Il ne ressemble plus à rien. Tout est insignifiant.
Les amis, la famille, devraient me ranimer. Mais je ne ressens plus rien. Je suis déconnecté. Désorienté.
Impassible. Sans curiosité pour leur sort. Sans-cœur pour ceux que j'aime. Quand je n'aime plus rien.
Je travaille sans forces. Pilote automatique. Je déroule des réflexes qui semblent fonctionner. Comme si c'était un autre. Puisque je suis ailleurs. Comme en panne d'essence. Sur le bord de la route. Où je ne marche plus pour venir te rejoindre. Le lit ne me dit rien. Les draps ne sentent rien. L'oreiller est trop nul. Il me sort par les yeux. Et la chaleur m'agace. La moiteur m'insupporte. Moi qui les aimais tant. Comme ces petits culs qui appellent ma bite. Pourquoi les boufferais-je ? Ils peuvent se frotter. Ils peuvent tortiller. Je n'ai pas envie d'effacer les empreintes de toi. De masquer les odeurs. L'addiction. De tromper mon désir ou faire diversion. Pour des succédanés. Des produits bas de gamme. Je n'ai pas envie de tromper le manque. De le dissimuler. De m'en divertir avec des jeux vulgaires. Des feux sans flammes et des mains maladroites. Qui ne sont pas les tiennes. Je n'ai pas envie. De tromper mon envie de toi. Mon corps ne s'y laisserait pas prendre. Ma peau ne s'y tromperait pas. Ma langue n'a rien à faire dans la bouche d'un autre. Ma bite n'a rien à foutre dans le cul d'un autre. Le sexe, c'est nul. Les plans cul, pathétique. Je préfère le manque à la fuite en avant. Je préfère le blues à la dégradation. Je préfère casquer qu'abîmer notre histoire. Je préfère encaisser. Par orgueil, j'en conviens. Quand je tiens à ce que ça ne soit pas une histoire comme une autre. Je ne veux pas la salir. Je ne veux pas la déshonorer. Je ne veux pas la gâcher. La bousiller. En faire une merde parmi d'autres. Un truc à la con parmi d'autres. Tant pis, je casquerai. Pour ne pas avoir le goût d'un autre dans la bouche quand je t'embrasserai. Pouvoir t'embrasser toi. Quand nous nous reverrons. Et je dois prendre sur moi. Quand je ne me supporte plus. Et qu'il me faut des forces pour les journées qui viennent. Pour aller où je veux, où je dois, même seul. Anniversaire de merde. J'aurais mieux fait de me casser une jambe.
Il y avait une foule de badauds empotés pour voir des géants se dandiner sur les sons nasillards d'une musique folklorique qui gueulaient quelques notes pour exister au milieu des tambours. Et moi qui te cherchais sans être sûr de reconnaître un visage dans le flot, qui cherchais sans chercher, ou ne voulais pas avoir l'air de le faire, quand il est apparu. Tout a fui. La musique et la foule. Et même le silence. Tout a fui. Tiré sa révérence. Quand il est apparu. Et que j'ai su. J'ai su. J'aurais mieux fait de me casser une jambe. Et me serais cassé les deux pour pouvoir vivre cet instant. Où il est apparu. Dans la foule. La musique étouffée. Inaudible. Les géants balayés. Le Castillet par terre. J'ai souri j'imagine. Ou c'est toi qui as souri. Mais il y eut un sourire. Un immense sourire. Solaire.
Un sourire sans limites. De ceux que l'on voit depuis la lune. Depuis le fond de l'univers. La rotation de la terre a ralenti comme avant de caler. Bullet time. Le café de la Poste. Pulvérisé. Trop de bruit. Trop de monde. Trop de choses qui n'étaient pas nous. Nous sommes allés ailleurs.
Pourquoi foutrais-je ma bite dans le cul d'un autre ? Pour salir ce miracle ? Et le rendre médiocre ?
Détruire ce sourire ou se moquer de lui ? Oublier cet impact de création du monde ?
La place de la Cathédrale où j'ai des souvenirs. Où la foudre est tombée. Pour incendier la ville.
Je préfère le manque à l'oubli. Je préfère casquer que de trahir ma chance. C'est dur, mais je m'y tiens.
Quand je sais que c'est rare. J'ai assez de vécu pour en être conscient. Ce qui est rare est précieux.
Ce sourire l'était. Eclipsant le soleil. Explosant les vitres des fenêtres et arrachant tous les toits.
Et c'était magnétique. Perpignan sous nos pas. Et ses rues sous nos doigts. Mes mains inoccupées.
Jusqu'au café tardif où j'ai ouvert le jeu. Et permis d'y voir clair. Que tu reviennes. Le jour d'après. Le 14 juillet. Où je te laisse venir. Où je te laisse faire. La terrasse sur la Basse. Où la langue se délie. Pour parler du sourire. De l'éblouissement. Tu me dragues. M'autorises à faire ce que je t'ai fait. Au bastion de St-Jacques. Ma langue dans ta bouche. Pas dans celle d'un autre. Dans ta bouche. Où mon corps délaissé a pu se reconstruire. Et se recomposer. Recréer l'univers, les planètes et les astres. Renaître avec le monde. Pour aimer le café, le tabac et la douche. Le lit et l'oreiller. Et les feux d'artifice. Les clochers de la ville. Les couchers de soleil. Et les fêtes gitanes. J'étais toujours vivant. Et le jaune était clair, le bleu étourdissant et le rouge écarlate. Le vert était intense. Et l'air enveloppant. Qui me portait ta voix pour que je la respire. Qu'elle entre et me remplisse avec toute ton âme. J'aurais cassé mes deux jambes moi-même pour vivre cet instant là. Et c'est ce que j'ai fait. J'ai cassé bien des choses pour ce baiser mortel. Y mourir et renaître. Sur ce banc de St-Jacques. Nouer ma vie à la tienne en quelques pelles. Une révolution. Une révélation. A ma peau réveillée. Que tu aimes caresser. Embrasser. Aussi fort que mon corps que tu kiffes et qui kiffe le tien. Les abdos contractés à chaque coup de reins pour défoncer ton cul et pas celui d'un autre. T'attraper et te plaquer fermement, te bloquer dans ma sueur de docker, sans que tu aies d'autres issues que l'orgasme. Mon amour. J'ai tout cassé, mes jambes et d'autres choses, pour vivre cette extase. Admirer ton plaisir. La perte de contrôle. Et chaque réaction. De toutes les parcelles de ta matière. Je ne veux pas un autre corps. Je ne veux pas une autre bouche. Ma peau ne veut pas une autre peau. Tes yeux sombres dans les miens. Et des mains qui soient les tiennes. Pour fouiller tous les désordres. Tout déranger de ce monde. Qui n'a aucun goût sans toi. Quand tu es loin de moi. Et que tu sais, mon amour, qu'il n'y a rien de trop loin pour mes jambes.
Je te veux à l'abri, je te veux en danger, je te veux en confiance, je te veux lunaire, solaire et ambitieux. A dévorer le temps. A dévorer la vie. Quand je te veux heureux. Mon amour. Heureux et accompli. Je veux que tu jouisses. Je veux que tu ronronnes. Je veux te revoir rire, et danser et chanter. Faire tes vocalises. Et rêver des chantiers. Des projets. Te voir heureux d'apprendre, de te réaliser, aller au bout des choses, te battre et bombarder. Sur tes pattes de faune, je te veux voleter, gambader, et occuper l'espace, pour mieux le transformer. Je te veux victorieux. Je te veux insolent. Je te veux lumineux, astucieux, imprudent. Traverse les orages, pour embrasser ensuite les lueurs retrouvées, trouées dans les nuages.
Quand je sais que tu m'aimes. Quand tu sais que je t'aime. Que nous sommes amoureux. Et que je t'aime libre. Et que je t'aime heureux. Te voir rire et chanter, et danser. Dire des conneries. Faire le con. Et mille plans sur la comète.
Je ne veux rien changer de tout ce qui m'agace. Et ne rien abîmer de ta candeur sublime.
Je te veux fantastique. Je te veux volubile. Fatigant. Epuisant. Impatient et injuste.
Je te veux espiègle et complice. Malicieux. Diabolique et brillant. Aveuglant de beauté.
Je ne veux rien casser. Empêcher. Ni détruire. Tu n'es pas un rival. Mais ma force de vivre. Celle que tu me donnes et que je restitue. Je te donne mes bras. Mes muscles et ma constance. Ma détermination. Que même mes colères ne peuvent entamer. Je suis ton bélier et ton cheval de trait. Je ne veux pas te brimer, t'enfermer ni te faire descendre. Surtout pas te blesser. Mon amour. Ni te couper les ailes. Je veux te voir voler. Je veux te voir aimer. Et puis rire et danser.
Faire tes vocalises. Avancer et produire. Dessiner. Travailler. Sourire. Imaginer. Tes dix mille projets. Traverse les tempêtes. Pour embrasser ensuite tout le calme olympien des belles retrouvailles. Enlacés en silence dans un lit de blancheur où tes regards crépitent, au creux de la pénombre.
Où je te boufferais tout cru. Mon amour cannibale. En deux coups de mâchoires.
Tellement tu es beau. Mon faune capricieux. Mon petit monstre à moi. Monstrueux de talent.
Je te veux arrogant. Je te veux sûr de toi. Je te veux fou de joie. Quand je te veux heureux.
Autant que je le suis. Je le suis avec toi. Je ne veux rien changer. Je veux te voir grandir.
Je veux te voir mûrir. Te voir tracer ta route. Finaliser des plans. Et en imaginer d'autres.
Danser dans le salon. Danser sur une scène. Et rire et puis chanter. Jusqu'à l'épuisement.
Quand je sais que tu m'aimes. Quand tu sais que je t'aime. Et que nous sommes heureux.