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Mirador

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Le nid d'aigle dominant la plaine. Des terrasses en aplomb. Au-dessus d'une large vallée fertile.
L'écrin. En altitude et à bonne distance. Un observatoire. Et des villages miniatures à ses pieds.
Le rempart contre l'Espagne découpe l'horizon au Sud. La chaîne des Albères. Ecume des Pyrénées.
Une muraille qui plonge dans la Méditerranée. Ce grand lac. Qui dessine la ligne de l'horizon à l'Est.
Et depuis le belvédère, tous les matins, le spectacle bouleversant du lever de soleil sur la mer.
Le Roussillon. Dans son mouchoir de poche. Un jardin d'Eden clôturé par ses fortifications naturelles.
Un monde fini. Suffisant. Avec ses vergers. Ses vignes et ses maraîchages. Ses hautes haies de cyprès.

Ses rivières et ses bonnes terres. Un pays béni des dieux. Protégé. Un paysage racé. Tracé. Travaillé.
Qui respire dans une lumière exceptionnelle. En toute saison. L'intelligence du lieu habité depuis toujours.
Le nid accroché à la rocaille tourne le dos au Nord et à la France. Pour embrasser cette île merveilleuse.
Abritée à l'Ouest par un élégant mastodonte qui culmine. Le Canigou, cornu, olympien, est un géant assis.
Au bord de l'eau. Un colosse gardant jalousement ce paradis entre ses cuisses. Les pieds dans les vagues.
La tête enneigée de cheveux blancs. Derrière laquelle le jour part se coucher pour éblouir d'autres mondes.
La mer et la montagne se font face. Semblent s'envier. Et se complètent. S'épousent à cet endroit.

Attirées l'une par l'autre. Le Roussillon est leur union. Le point de contact. Ou leur acte amoureux.
L'Espagne grogne une clameur perceptible de Sardanes et de contestations qui s'appelle Catalogne.

Le col de Banyuls. Le col du Perthus. Laissent passer ici ou là les vibrations d'un astre industrieux
qui rayonne, exhale une activité monstre qui fait contraste avec la quiétude de ce territoire.
La ville de Barcelone n'est pas loin. Quelque part derrière le paravent déplié sur la vallée du Tech.

Et le décor de ce berceau tranquille est construit comme un sas. Le calme avant la tempête.
Du promontoire sauvage peuplé de sangliers, plantés de chênes et d'oliviers, je peux humer le crépuscule,
inquiétant, fascinant, qui monte de la terre pour assombrir les cieux, dans un incendie. Mélancolique.

 

Philippe LATGER / Avril 2020

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Scène de ménage

Publié le

Scène de ménage

Philippe LATGER mars 2020

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Le lit des fées

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Le radeau. Au milieu de la chambre. Dos au mur.
La lampe de chevet est la source de réconfort. A portée de main.
Bien amarré, le vaisseau est immense. Et Samuel peut y hisser ses voiles.
Sa mère a sans doute pris la peine de lire une histoire. Avant de laisser son fils à la nuit.
A bord d'un énorme lit de grand-mère. Dont la tête de lit est sculptée.
Comme la poupe d'un galion espagnol.

Les paupières sont lourdes comme les cales du navire. Qui pèsent et lestent l'appareil.
Et Samuel s'enfonce avec sa cargaison dans le matelas. Devenu liquide. Et tout coule avec lui.
Dans ses propres abysses. De songes effrayants et merveilleux.

 

Philippe LATGER / Avril 2020

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J'ai fini

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Nina se dévisage. Devant le miroir. Les poings flanqués aux coins du lavabo. Les bras tendus.
Epaules en avant. Bien décidée à se faire face. Au petit matin. En nuisette. Heureuse de se reconnaître.
Les paupières encore un peu gonflées de sommeil bien sûr. Mais ce sont ses yeux. Qui lui sourient.
Nina ouvre les robinets pour se rafraîchir le visage. Porte l'eau à son front, à ses pommettes, à sa nuque.
Couvre tout de ses paumes ouvertes, côte à côte, dégage ses mains en suivant de ses doigts les arcs
de ses sourcils, en relevant ses yeux le plus haut possible, comme si elle appliquait une crème.
Pour réveiller son regard, raffermir son expression, quand le café d'avant la douche ne suffit jamais.

Dans le miroir pourtant, quelque chose l'intrigue. Le pli de la bouche peut-être. La ligne de la mâchoire.
Comme si quelque chose s'était affaissé dans le bas de son visage. Elle vérifie en tournant la tête,
levant le menton, trois-quarts droit, trois-quarts gauche, avançant ses lèvres comme demandant un baiser
sans se lâcher des yeux, et dans sa moue drolatique, ramasse ses cheveux pour les remonter en chignon.
Ses joues semblaient s'allonger, déborder un peu, rouler sur l'arête de l'os, couler au-dessus d'un contenant
comme passant de l'autre côté d'un garde-corps, pour flotter au-delà du périmètre autorisé.
Piquée, elle saisit un miroir d'appoint pour se voir de profil dans la glace, et, d'un doigt de sa main libre,

suivit le contour incertain de ses mandibules, mais déjà, sur ses tempes, autre chose attire son attention.
Oubliant presque le dossier des bajoues, Nina observe des cheveux gris qu'elle n'avait jamais remarqués.

Lâchant le miroir à main, elle revint planter son regard contrarié, de face, dans celui sur le lavabo,
qui lui confirmait l'apparition de cheveux blancs qui semblaient se multiplier soudain.
A y regarder de plus près, elle en trouva un autre, et puis encore un autre, les doigts fouillant sa chevelure

nerveusement comme si elle se cherchait des poux, et en trouva encore trois autres, quatre, cinq, dix,
alors que des cernes marquaient son visage à vue d'œil, que des rides se creusaient autour de sa bouche.
Nina eut un geste de recul, épouvantée. Sa peau changeait de couleur. Ses paupières s'alourdissaient.
Les chairs donnaient l'impression de se distendre à mesure que poussaient des cheveux blancs à foison.
Et le morphing prenait de la vitesse. Des taches brunes se dessinaient sur ses mains qui se déformaient
sous l'effet d'une arthrose accélérée, et Nina sentait ses muscles se flétrir et menacer de ne plus répondre. 
Les rides parcoururent son visage, sur son front, au coin des yeux, pour se répandre partout à vive allure,
comme des nervures, alors que la peau dégoulinait lentement vers le sol, comme des coulures de peinture.
Les os de Nina devinrent saillants. Les articulations, les clavicules et les côtes, prêts à perforer 
une enveloppe fripée, fragile, qui pouvait se déchirer à tout instant, se tordaient dans son corps

comme les branches d'un arbre mort.

Igor s'était levé plus tôt pour préparer le petit-déjeuner. Il était déjà douché, rasé et habillé. 
Dans la cuisine, alors qu'il pressait des oranges, la bouilloire qui sifflait sur les infos à la radio
l'empêchèrent de s'inquiéter pour sa compagne, dans la salle de bains, qui s'étranglait dans ses hurlements.
Nina rugissait sa terreur. Babines retroussées sur ses gencives qui se rétractaient sur ses dents jaunies
qui se déchaussaient, elle pestait son désespoir et son effroi, s'accrochant au lavabo et appelant au secours.
Ses cheveux blancs commencèrent à se raréfier, tombant par poignées entières, alors que tout de son corps
s'asséchait, s'effondrait et s'affalait. dans un vieillissement précipité, vertigineux, qui ne s'arrêtait plus,

et dont la jeune femme se demandait jusqu'où il était capable d'aller, où l'expérience allait la conduire.
Était-ce réel ? Non. Il fallait que ce soit une hallucination. Nina se voyait dans quarante, cinquante ans.
La salle de bains transformée en machine à remonter le temps, dont elle restait prisonnière, sidérée.
Dans l'incapacité de lâcher le lavabo pour fuir, courir dans la cuisine se réfugier dans les bras d'Igor.
Soixante ans. Soixante-dix ans. De plus en plus vite. Et ce que redoutait Nina devait finalement arriver.
Dans ce timelapse infernal, le temps avait semblé filer comme un ballon de baudruche dénoué
qui se dégonfle dans sa spirale de flatulences et la démence de mouvements aléatoires. Incontrôlables.

Cela s'engouffrait dans le tube d'un couloir en entonnoir pour canaliser ce qui ressemblait à un éclair.
Un flash aveuglant et une sorte de détonation silencieuse à l'intérieur d'elle-même, lui fit comprendre

que le cap qu'elle craignait avait été atteint, sans être pour autant la fin du processus. La chose continuait.
Après avoir assisté à son vieillissement, Nina, pétrifiée, allait assister à la décomposition en accéléré
de son corps devenu cadavre. La peau disparaîtrait. Les yeux sortiraient des orbites de son crâne.

A la raideur subite, dans une vague de froid polaire soudaine, suivirent des fourmillements monstrueux
de bactéries intestinales qui la dévorèrent en masses, de l'intérieur, comme prenant enfin le pouvoir,
gagnant les ganglions lymphatiques avant de s'attaquer au foie, à la rate, puis au cœur et au cerveau.
Nina se voyait impuissante, victime de la mutinerie, l'abdomen gonflé et la peau marbrée, à l'arrivée
d'agressions bactériennes extérieures, puis celle de mouches venues pondre dans son anus et ses narines.
C'est dans ses orifices que purent éclore des centaines d'œufs donnant naissance à autant d'asticots
qui raffolent pour se nourrir de la chair pourrie d'un corps en état de putréfaction, avant de muer,
les larves engraissées finissant par devenir mouches à leur tour et attirant une nuée d'insectes venue 
participer au festin macabre. Des foules de vers blancs grouillants mangeaient le corps de Nina, horrifiée,
jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien. Les charognards avaient fait place nette. L'instant où tout put s'arrêter.

" Nina, ça va ? … " Igor tambourinait inquiet à la porte de la salle de bains. " Tu vas être en retard. "
La lumière était redevenue normale. Tout était redevenu normal. " Laisse-moi encore une minute. "
Le trip s'était crashé dans le miroir avec la violence du choc de l'oiseau se fracassant contre une vitre.

Nina était sonnée. Devait reprendre son souffle. Celui qu'on lui avait coupé.

Voûtée sur le lavabo comme si allait vomir, elle trouva la force d'affronter son visage. Pour vérifier.
Pas de rides. Pas de vers. Pas de cheveux blancs. Elle saignait juste du nez. Seulement du nez.
Elle prit sur elle pour ajouter, rassurante :
" Juste une minute. J'ai fini. Je te rejoins. Tout va bien. J'ai fini. "

 

Philippe LATGER / Mars 2020

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Au coin de l'eau

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Le ciel postillonne sa pluie contre la vitre.
Sa grisaille monstrueuse. 
Une averse crépite à la fenêtre.
L'eau craque et claque au dehors comme les bûches d'un feu de cheminée.
Avec le même souffle, le même débit à flux continu. Et les mêmes irrégularités.
Aléatoires. Saillantes. Pour rompre la monotonie. Ou la rendre présente.
La pluie est un brasier. Un incendie liquide.
 

Philippe LATGER / Mars 2020

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L'hiver n'a pas eu lieu

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Il est passé comme une flèche. Quand nous étions dans le Grand 8 de notre danse.
Le Flamenco. Montagnes russes. De nos ébats mirobolants. Vifs. Et intenses. Qui ont tout emporté.
Y compris les froidures. Les pluies et les noirceurs. Quant tout était lumière. Chaude. Incandescente.
Je n'ai rien vu passer. Le temps accéléré aux plages de l'intime qui nous en avaient extraits.
La bulle des baisers. Sur les vignes. Sur la nuit. La misère du monde et ses obscénités.
M'ont sorti de ce train, celui où vont les choses. Pour prendre du recul. Prendre de la hauteur. A l'abri.
Loin des morosités qui n'avaient plus de prises. Protégé des souffrances. De l'ennui. De la dépression.

L'été a perduré. Ne s'est jamais éteint. Au soleil de ton rire. Aux orages du mois d'août.
Ignorant les angoisses des sapins de Noël et des journées trop courtes. L'été s'est attardé sur ma peau.
Dans mes bras. Dans ma bouche. Pour me conduire au suivant. Sous le vent. Sous la douche.
En un flash aveuglant. Je n'ai pas eu le temps. De dormir. D'hiberner. De vieillir. A ta force solaire.
Les manteaux. Les écharpes. N'ont pas privé mon corps de toutes ses voluptés. Ne m'ont pas entravé.
Lorsque nous étions nus comme au bord de la mer, au bord de la piscine, dans l'océan des draps.
Blottis dans la chaleur de notre aimantation. Brûlants de cette fièvre qui ignorait novembre.

Libres, sans vêtements, au refuge d'une chambre. Avec un poêle à bois et nos respirations.
L'hiver n'a pas eu lieu. Il n'a rien abîmé. N'a rien diminué de l'énergie vitale de nos muscles bandés.

Occupés à nos foudres, aux étreintes, à la révolution, exit la solitude, nous avons fusionné,
ne sachant trop que faire de ce renversement, qui a bouleversé ma vie, le rythme des saisons.
Une faille temporelle a arrêté le temps, ou l'a accéléré sans en avoir perdu, aux horizons sublimes

qui s'ouvrent sur nos routes, dans les flocons de plâtre d'une reconstruction.
Le bois pour le chauffage se sciait torse-nu. Puisque juillet décisif ne m'avait pas lâché.
Rien ne fut immobile à nos tonnes de tuiles, nos kilos de gravats, au plomb, à la peinture ou aux tapisseries
du chantier d'une vie qui m'a pris en otage, franchissait une étape dans son cheminement.
Le fruit a pu mûrir tout en rajeunissant. Au phénomène étrange de la torsion du temps.
Je suis moins vieux qu'avant. J'ai gagné de la force. Quand l'automne a coulé sans prises sur l'écorce.
L'épuisement renouvelle les ressources, à la corne d'abondance de nos baisers furieux.
Changeant le cours de choses et toutes les trajectoires, mais sans perdre le Nord de toutes les ambitions.
Juillet n'a cessé de scintiller dans ma tête. Aux flambées de décembre. Aux lunes de janvier.
Et j'observe, étourdi, le retour du printemps, étonné de n'avoir rien subi des affres des distances.

Les nuits d'étoiles dans nos yeux au sommet du Mondial brillent sur mes épaules pour te prêter main forte.
Au début d'un parcours qui insulte le temps, démantèle ses logiques, désamorce ses pièges.
L'hiver n'a pas eu lieu. A la fonte des neiges. Et j'en veux bien mille autres pour les vivre avec toi.
 

Philippe LATGER / Mars 2020

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L'Agly

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Je ne sais pas d'où elle vient. Je ne sais pas où elle va.
Frémissante. Ecumante. Aux reflets mystérieux et joyeux.
Je la suis. Ebloui et séduit. Troublé ou amoureux. Le long du cours et de son lit.
Elle bruisse de son tumulte. Ondule entre les arbres. Les herbes hautes. Insolente.
Elle s'enfuit. Je la suis. Amusé et séduit. Confiant. Aventureux. Et je cours le long de son lit.
Elle s'éloigne. Elle revient. Et s'évade. Des roseaux. Des obstacles. Mais je trouve un chemin.
Je la surprends plus loin. Où elle semblait m'attendre pour reprendre sa course. De plus belle.

Scintillante au soleil. Elle se sauve en riant, crépitant d'étincelles, salivant ses moutons d'écume blanche,
entre les ronces, entre les branches, dans le vacarme assourdissant de son mouvement.
Ses couleurs varient au gré de la lumière. Le ciel bleu. La terre. Puis la pierre. La verdure. La turquoise.
Aveuglé, je cavale. Elle danse. Nous gambadons. Un pas de deux. Je détale. Elle voltige.
Elle m'échappe. Je la rattrape. Elle se détourne. Je me précipite. Elle fond sur moi. Et se défile.
Je ne sais pas d'où elle vient. Je ne sais pas où elle va. Mais j'y vais avec elle.
Sur le sentier de poudre, je ne touche pas terre. Je la pourchasse le cœur battant.

Elle se courbe. Prend son virage. Me laisse en plan. Assez bruyante pour m'aider à la situer.
Assez brillante pour agiter les feuillages de sa fougue par réverbération. C'est par là !

Et je m'élance triomphant pour la débusquer. Pour nous enrouler dans notre tango espiègle. Je la talonne.
Et elle s'allonge. Lascive dans son bain. A portée de main. Calme et faussement offerte. Elle s'étale.
Et j'avance. N'osant y croire. Emu par la silhouette. La taille. Le bassin. Je m'arrête. Je m'approche.

Fasciné. Interdit. Je lui dis " je vous aime. " Elle rit. " Pour quoi faire ? " me répond-elle. Et elle s'envole,
me plante aussitôt, me filant entre les doigts avec ses cheveux en cascade, reprenant sa course endiablée
dans la force des rouleaux de ses éclats de rire. Elle se moque de moi. Et je repars à ses trousses.
Je ne sais pas d'où elle vient. Je ne sais pas où elle va. Mais je la traque, hors d'haleine. Eperdument.
Après les rapides, les secousses, elle trace la route dans ses remous de mousse voluptueux, ivre de liberté.
Mon cœur va lâcher, mais je ne lâche rien. Je lui cours après. Me griffant le visage à m'en tordre le cou.
Evitant les branchages, évitant la foudre et les trous, de casser mes chevilles aux roches et aux cailloux.
A la poursuite de sa lumière. De ses monceaux de boucles où je pourrais sombrer. La clarté de son rire.
Qui me bouleverse et dans laquelle je veux plonger. Dans son lit que je longe. Sans le frein que je ronge.
Ignorant les aigles et les sangliers. Le feu follet déguerpit dans son torrent de flammes et de fraîcheur,

de rayons qui pétillent jusqu'au bord de sa bouche. Elle me distance et je m'essouffle. Désespéré.
Je décélère. Et me laisse tomber. Epuisé. Me couche sur le dos. Pour reprendre ma respiration.
Et c'est elle qui vient. Se penche sur ma couche. S'inquiète de mon état. " Pourras-tu suivre là où je vais ? "
Elle comprend ma réponse. M'embrasse et m'enveloppe. Et dans sa déferlante, m'emporte dans son lit.
Noyé dans son baiser. Jusqu'au Pont de la Fou. Ses eaux tourbillonnantes. Ses chutes et ses méandres.
Je ne sais pas d'où elle vient. Je ne sais pas où elle va. Mais j'irai avec elle.
Pour crever les barrages et braver l'horizon. Jusqu'à la fin du monde.

 

Philippe LATGER / Mars 2020

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Synthétique

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Quel homme pourrait être plus heureux
que celui qui partage ta vie ?

Philippe LATGER / Mars 2020

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L'espace manquant

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L'espace manquant

La place vide.
Déséquilibre l'espace plein.

 

Philippe LATGER / Mars 2020

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Mozart et Miles Davis

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L'enveloppe n'est plus une fin mais le moyen. De fusionner les âmes qui se sont trouvées.
La peau contre la peau. Ma peau contre ta peau. A exploser les cages thoraciques.
De toutes nos forces. Pour sortir ensemble de nos corps. Qui se débattent en-dessous de nous.
Ce n'est pas du sexe. Ce n'est plus du sexe. Même s'il est bien présent, c'est une autre énergie.
Au-delà du désir. Du plaisir. Il y a l'urgence. Vitale. D'être l'un et l'autre. L'un dans l'autre.
Quelque chose de plus grand que nous-mêmes. Quelque chose de plus fort. De pur. Et d'éternel.
C'est l'interpénétration. De notre matière tout entière. Par la paume des mains. Mon ventre ou bien ton dos.
Mes cuisses contre tes cuisses. Mes hanches contre tes fesses. Mes bras en x sur ta poitrine.
Rentrer en toi. Pour t'y rejoindre. Désincarnés. Franchir la porte. Le miroir. La frontière. Tout entière.

Venir te rassurer au cœur de toi-même. Venir t'embrasser. Te protéger. Te donner de la force.
L'enveloppe ultrasensible disparaît. Fond à la chaleur. A ma transpiration. Comme à notre vertige.
Je vénère ta beauté. Ton émotivité. Ton élégance et ta folie. Je vénère ta personne. Comme personne.
Je t'aime. Et cela ne veut dire qu'une seule chose. Je veux prendre soin de toi. Te chérir. T'accompagner.
Te rendre heureux.


Kandisky et Beethoven peuvent faire bon ménage. Mozart et Miles Davis. Aux verres de vin rouge.
Et rue des Mimosas, les amants amoureux peuvent bien échanger leurs chaussures. 
Ce n'est pas un mouvement qui s'étiole mais qui s'intensifie. Et c'est nous qu'il épuise.
Et il nous faut apprendre à canaliser sa puissance. A la tourner à notre avantage.
Comme dans ses arts martiaux où il faut tirer sa force de celle de son adversaire.
Cette énergie sera la nôtre si nous savons l'utiliser. Pour en faire quelque chose.

Il ne s'agit pas d'avoir raison. Ni d'opposer nos visions du monde mais de les augmenter.
Il s'agit d'avancer. De construire. Dans nos voies respectives où nous ne sommes plus seuls.
Comme sur une voie commune qui se creuse malgré nous, l'air de rien, aux ordres mécaniques.
Le Requiem contre Porgy and Bess. Géricault et La Foule. Et mes mains sur ton crâne.
Je vénère ta candeur. Ton humour. Et même tes exigences. Ton sourire. Que j'embrasse.
Ton désir d'exister. De créer. De produire. De rendre les gens heureux. Réinventer le monde.
Je t'aime. Et cela ne veut dire qu'une chose. Je ne veux pas te changer. Je ne veux rien te prendre.
Et ne rien t'enlever. Seulement être avec toi. Te voir t'émanciper. Et t'aider à le faire.
Tellurique. Aérien. Et musique.

 

Philippe LATGER / Mars 2020

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