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Savane. Soufre. Sacrifice.
Cabane. Gouffre. Orifice.
Pavane. Esbroufe. Et artifice.
Philippe LATGER / Avril 2024
Savane. Soufre. Sacrifice.
Cabane. Gouffre. Orifice.
Pavane. Esbroufe. Et artifice.
Philippe LATGER / Avril 2024
Je cours sur la plage. La nuit se dérobe et fuit l'horizon quand se lève une lumière qui vient éclore.
Je me cale et me laisse tomber sur le sable pour tout manger du spectacle. Le soleil se lève.
Une ligne de feu. Qui devient un arc. Et puis un demi-cercle. Et c'est une boule de feu qui sort de l'eau.
Et je deviens l'aube. Et je deviens la mer. Le monde et le soleil. Peu m'importe de mourir.
Je ne suis plus moi-même. Je suis sorti de moi. Je suis ce que je vois. Le soleil qui se lève.
Un nouveau jour sur terre. Quelque part dans la nuit de notre galaxie. Peu m'importe de mourir.
La mort n'existe pas. La vie n'existe pas. Et je ne suis plus rien. Ou bien tout à la fois.
Je cours sur le chemin. La nuit a balancé ses paillettes, pour révéler au ciel l'ampleur des profondeurs.
Je m'allonge dans l'herbe d'un pré près de la route pour tout dévorer du spectacle. La nuit est étoilée.
Les plus proches scintillent plus fort que les lointaines, et ce sont des grappes entières, des nid d'abeilles
qui étincellent dans l'espace sans fond, et c'est vertigineux. Et l'étoile filante vient étirer son feu.
Et je deviens la nuit. Je deviens l'univers. Et toutes les planètes de notre Voie Lactée.
Je ne suis plus moi-même. Je me suis abandonné. Je suis ce que je vis. Et je suis le cosmos.
Peu m'importe de mourir. La terre n'existe plus. Le monde n'existe pas. Je suis toutes ces lumières.
Le mystère de Dieu. Braisé de nébuleuses. Le triomphe de la nuit. Et je suis l'infini.
Si tu as peur de mourir, quitte ce qui est mortel de ton petit bout d'homme. Sors de ta petite boîte.
De ton petit cercueil. Du petit personnage et de son petit corps, de ses petits problèmes, de sa petite vie,
pour changer de rapport, changer de dimension. Oublie qui tu es et deviens ce que tu es.
Deviens ce que tu vois. Deviens ce que tu vis. Le lever du soleil. La splendeur de la nuit.
Rejoins ce qui t'entoure. Fonds-toi dans qui tu sais. Traverse tes limites pour t'échapper de toi.
Peu importe de mourir. Quand rien ne meurt jamais. Si tu changes d'échelle. Si tu sais voir en vrai.
Nous sommes cette mer, le soleil qui se lève, le nouveau jour sur terre et notre Voie Lactée.
Oublions qui nous sommes et nous serons vraiment. Nous serons nous en vrai.
Philippe LATGER / Avril 2024
J'ai tué mon frère de mes propres mains.
Puis j'ai tué ma mère puisqu'elle en fut témoin.
J'ai tué ma sœur, j'ai tué mes maîtresses, et tué mon épouse
pour qu'il n'y ait point de drames, qu'il n'y ait point de jalouses,
et tué mes propres enfants avant qu'ils ne me tuent.
J'ai tué mes ministres, j'ai tué mes valets,
j'ai tué mes soldats, j'ai tué mes sujets...
j'ai tué mon cheval et j'ai tué mon chien qui n'avait pas la rage.
Je peux enfin régner sans craindre le complot,
sans craindre la trahison, l'épée ni le poison,
quand dans tout mon royaume il n'y a plus âme qui vive.
Je règne sur des pierres et sur quelques oiseaux,
dont ces sombres rapaces qui tournent dans le ciel
comme autant de menaces.
Je dois trouver un arc, décocher toutes les flèches que je pourrai trouver
pour les abattre tous, et si je venais à manquer de flèches, je jetterai des pierres
jusqu'à ce qu'aucun être ne noircisse mon ciel d'obscures convoitises.
Je veux la paix ! Pour mon royaume. Je veux la paix et le repos.
Pour qu'enfin, en tout lieu, le silence se fasse.
Philippe LATGER / Avril 2024
Dans la fenêtre, est-ce que c'est vrai ?
Ou est-ce une image dessinée ?
Je dois sortir pour en avoir le cœur net.
Philippe LATGER / Avril 2024
La trappe s'est ouverte.
Et pas moyen de trouver
comment s'ouvre ce putain de parachute.
Au début, j'ai paniqué.
Et puis, au fil de la chute,
j'ai lâché prise ... j'ai fait la pute.
C'était si beau.
Ce n'était plus moi qui chutais,
c'est tout le reste qui remontait.
Peut-être faisais-je du surplace.
Les oiseaux. Les cimes et les forêts.
Les dragons et les goélands.
Les artifices. Les cerfs-volants.
Tout remontait. Me dépassait.
Quand j'ai cessé de paniquer.
C'était si beau.
La trappe s'est ouverte.
Le sol s'est ouvert sous mes pieds.
Et pas moyen de trouver ...
Je n'avais pas de parachute.
Au début, j'ai paniqué.
Et puis, au fil de la chute,
j'ai lâché prise ... j'ai regardé,
et c'était beau.
Philippe LATGER / Avril 2024
Après quelques applaudissements pour féliciter le pilote de nous avoir conduits vivants
de l'autre côté de l'Océan Atlantique, il fallut braver les odeurs fades de la carlingue
pour se sortir d'une léthargie collective, de jambes lourdes et de ballonnements abdominaux.
Stewards et hôtesses avaient perdu tout leur sex-appeal et nous étions tous mâchés,
comme au réveil d'une fête avec une méchante gueule de bois.
Certains, n'y tenant plus, dégrafèrent leur ceinture avant l'arrêt complet de l'appareil.
Et l'on se désarticulait déjà pour récupérer des bagages à main dans les coffres suspendus.
Il fallut faire la queue dans l'allée, entre les sièges, impatients de sortir du tas de tôle,
indifférents aux voisins qui avaient su nous intriguer un moment entre deux films.
Le crash aérien que certains imaginèrent n'eut pas lieu cette fois-ci.
Et l'on put lentement gagner la porte de l'appareil, dire au revoir et merci avec déférence
à l'hôtesse chiffonnée et au steward mal rasé, avant de s'engouffrer dans un étrange véhicule.
Un camion sur le tarmac brandissait une vaste cabine à bout de bras à hauteur de la porte.
Lorsque la cabine emménagée fut pleine de passagers, le camion entreprit de la baisser lentement
jusqu'à ce qu'elle rejoigne le niveau du châssis pour nous conduire au terminal de l'aéroport.
Inspirées des camions d'approvisionnement, ces vaisseaux disgracieux dignes de Cosmos 1999
allaient et venaient pour récupérer les passagers dans un étrange ballet aussi désuet qu'amusant.
Couloirs. Immigration. Passeport. Coup de tampon. " Bienvenue ! ". Nous étions au Québec.
Aéroport sans âme, bien plus petit que Roissy. Mirabel. Carrousel pour espérer retrouver ses bagages.
Suivre les panneaux fléchés jusqu'au hall où la lumière du jour indiquait la sortie évidente.
Nous renonçons au taxi. Achat de billets. Nous optons pour la navette autobus.
Les fauteuils sentent la poussière. Guère mieux que l'odeur fade de l'avion.
Le paysage n'existe pas vraiment. Une plaine plate. Sans reliefs. Le ciel prend toute la place.
C'est cela. Outre quelques arbres téméraires, où que l'on se tourne, il n'y a que du ciel.
Le bus démarre, s'engage dans un carrefour pour se lancer sur une interminable route en ligne droite.
La tour de contrôle, moderne, une silhouette austère en pierre brune qui a l'air d'un homme accablé,
plantée seule au milieu de nulle part, s'éloigne dans les vitres une fois gagné le rythme de croisière.
Dans une espèce de brume, je devine une montagne, droit devant. Qui semble être notre destination.
La radio, bien que francophone, diffuse de la variété aux sonorités franchement folk et country.
On ne sait trop si cela chante en anglais ou en français. Mais soudain, un sourire m'illumine.
Véronique Sanson chante Amoureuse. Et la montagne devant nous est le Mont Royal.
Philippe LATGER / Avril 2024
Il est né, il est mort.
Et personne
pour se souvenir de lui.
Philippe LATGER / Avril 2024
Le diable danse,
il remercie tout ce qu'il peut,
le ciel immense,
le diable rit, il est heureux.
Une deuxième chance ?
L'ange du mal est amoureux.
Dans la balance,
le diable prie, rend grâce à Dieu,
il dit merci, il dit pardon,
et veut rentrer à la maison.
Philippe LATGER / Avril 2024
Elle siffle et souffle dans les fenêtres,
elle fait grincer de tout son être
tout ce qu'elle trouve sur son passage.
A ses poussées, ses coups d'épaule,
la tramontane est dans son rôle.
Chasser les noirceurs, chasser les nuages,
loin au large, loin, pour faire du bleu
et du soleil.
Philippe LATGER / Avril 2024
Au masque qui mangeait son visage,
je n'ai vu que ses yeux étonnés
qui me fixaient droit dans les yeux
qui me dévisageaient, qui me déboutonnaient.
Ouverts sous un grand front
griffés de deux veines gonflées,
ils se plantaient dans mes yeux étonnés
de voir les siens étonnés de me déshabiller.
Qu'avait-il sous son masque ? N'y ai-je seulement songé ?
Une bouche sans doute, des moustaches ?... un début de sourire j'imagine,
quand ses yeux me souriaient, étonnés de me voir étonné.
Avais-je besoin de plus pour rougir ?
Il n'avait pas de barbe, pas de bouche, pas de nez,
seulement ses yeux bleus étonnés,
rivés sur le regard que j'ai dû détourner.
J'ai regardé ses mains, ses doigts fins, ses poignets.
J'ai regardé ailleurs pour ne pas rougir davantage.
J'étais pris dans ses yeux qui ne me lâchaient pas.
Comme si c'était moi qui portais un masque
et qu'il imaginait ce qu'il pouvait cacher.
Peut-être ne pouvait-il voir lui aussi autre chose que mes yeux.
Les siens étaient rieurs, les miens étaient fuyants, les siens s'en amusaient.
Etonnés d'être étonnés. Etonnés que je puisse l'être. Etonné ou troublé.
La bouffée de silence. Jusque dans mes oreilles.
Je rougissais dans ses yeux
bleus,
qui souriaient
leur gentillesse immense
dans laquelle j'aurais pu me noyer.
Quel menton ? Quelle bouche ? Je ne sais...
Ou bien, j'en sais assez. Aux yeux bleus qu'il m'a faits.
Le plus beau sourire sans la bouche que j'aie vu de ma vie.
Les veines sur son front. Ses sourcils épatés. Ses grands yeux étonnés.
Et moi, pris de panique, je me suis envolé.
Sans manquer d'être drôle pour au moins l'amuser.
Sans chercher à cacher le trouble envahissant qui chauffait mes oreilles.
Ne masquant rien de ma confusion, je me suis levé, je me suis envolé.
J'ai fui.
Pour retrouver mon souffle au volant de l'auto à l'arrêt.
Ses yeux bleus dans mes yeux. Etonnés. Aveuglés.
Démasqués. Au rebours de ces cils allongés.
Le bleu d'un océan de gentillesse
pour m'aimanter.
M'aimanter.
Décidément.
Philippe LATGER / Avril 2024