Une aube blanche sur ton visage,
au relief blême qui pèse dans les oreillers.
Tu refuses de te retrouver seul avec toi-même.
Et tu ne laisses pas la nuit s'installer.
Tes longs cils sur tes pommettes diaphanes
cachent ces yeux pleins de sable aux paupières lourdes.
La vulgarité du monde s'étale sur des kilomètres d'indigence,
qui se déploient comme une barrière à ta propre créativité,
et aux solutions que ton cerveau trouve dans le sommeil et les rêves.
Que tu empêches de t'aider.
Tu préfères le tapage au silence.
Comme si te retrouver seul face à toi-même pouvait t'épouvanter.
Tout ce fatras d'images et d'éructations s'étale sous ton pouce,
pour combler le vide, comme autant d'agressions extérieures,
que tu embrasses au lieu de te faire confiance,
de faire confiance en ton subconscient, en ton cerveau et en ton âme,
à qui tu ne laisses aucune place.
Syndrome de Stockholm.
Des influenceurs qui portent bien leur nom,
des coachs en développement personnel, des gourous,
t'interpellent et t'expliquent tous ce qu'il faut faire.
Au milieu d'humoristes, de danseurs et de chats amusants,
c'est une litanie d'irruptions et d'injonctions qui vient prendre le contrôle.
La tête enfoncée dans les oreillers, tu balaies cette diarrhée interminable
qui te maintient éveillé, à bout de forces, quand ton corps attend le repos.
Et ce sommeil réparateur, où ton organisme régénère, cicatrise, récupère,
où ton cerveau analyse, organise, reconfigure et règle des problèmes.
Je te vois envoyer au diable tous les rêves que tu devrais être en train de faire.
Et de vivre ! Les uns après les autres, au profit de marchands et d'imposteurs.
Je souffre avec ton corps et ton cerveau que tu contrains.
Repoussant ensemble la nuit, le silence, le sommeil et le repos.
La lumière bleue sur ton visage creusé comme celui d'un cadavre,
imprime son chaos sur tes pupilles saturées, et tu ne dors toujours pas,
à l'aube permanente, des nuits qui n'auront pas eu lieu.
Philippe LATGER / Décembre 2024