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De tant d'air et tant d'eau

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Nos nuages enroulés pour varier la lumière,
jouer avec la pluie, le soleil, la matière,
quand le ciel est le lit où voguent nos vaisseaux,
quand notre chair est faite de tant d'air et tant d'eau.

Nos brumes se mélangent, s'allongent avec le vent,
rougissent avec les anges au brasier du couchant,
s'entortillent violemment aux tempêtes épaisses,
traversées par la foudre quand l'orage se dresse.

Aux trouées tu as le bleu que mes faisceaux transpercent,
l'arc en ciel douloureux de nos fièvres à verse,
quand le ciel est le nid où flottent nos repos
quand l'amour fait la fête de tant d'air et tant d'eau.

 


Philippe LATGER / Janvier 2025

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Aux angles morts

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Langue gueulant
           et rendant gorge
 


Philippe LATGER / Janvier 2025

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Le plus complètement

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Se libérer. De pressions que l'on s'impose à soi-même.
De tout ce que l'on veut se prouver à soi-même.
Parce que nous sommes libres, les pressions ne viennent jamais de l'extérieur.
C'est nous qui nous les organisons.
C'est nous qui acceptons d'entrer dans certains jeux de chantages,
de rapports de force, d'exigences, de démonstrations, et personne d'autre.
Pour faire partie d'un groupe, pour être aimé, c'est nous qui nous contraignons.
Le ciel est gris. Le réveil difficile. Et je peine à revenir à moi. A ce que je suis. A qui je suis.
J'ai oublié qui je suis censé être. Je ne suis qu'une conscience vaporeuse ou sans corps.
Je suis parvenu à sortir du lit. Sans m'en rendre compte. Je ne sais pas qui a fait ça.
Me porter du lit au premier café. A croire que quelqu'un s'en est chargé à ma place.
Personne ne m'attend. Aucune obligation. Le temps s'est arrêté dans les toits de la ville.
Et je respire, amusé, soulagé, le plaisir de n'être personne. De n'être rien. Ou d'être seulement.
Plus besoin d'être drôle, d'être brillant, réactif, utile, ni attachant, on ne me demande rien,
je ne me demande rien, et je peux être le ciel gris qui enfume mes fenêtres, aux frontières dissoutes.
Les murs de l'immeuble n'existent plus. Les limites de mon corps non plus. Je suis dedans et dehors.
Et c'est à ce moment étrange où je ne suis personne, que je suis, le plus complètement.
Je n'ai pas à jouer l'homme de mon âge. Ni à jouer l'homme qui ne veut pas faire son âge.
Je n'ai pas à jouer l'homme de la situation, celui de ma situation, le fils, le frère, l'oncle, ni l'ami, ni l'amant.
Ni le poète. Ni l'artiste. Ni le président. Ni le directeur. Ni le représentant de telle ou telle chose.
Je suis un matin d'hiver. Le silence dominical. Le café qui refroidit. La cigarette éteinte.
Je suis tout et rien à la fois. La liberté totale. 

 


Philippe LATGER / Janvier 2025

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Pour conclure

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Rien ne sert à rien.
Pas même lui.




Philippe LATGER / Janvier 2025

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Rien ne sert à rien

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Pas même lui.


Philippe LATGER /  Janvier 2025

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Pas même lui

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Rien ne sert à rien.


Philippe LATGER /  Janvier 2025

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Ces gens-là

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Quand certains me disent :
" je ne veux pas travailler avec ces gens-là ", 
ce que j'entends d'abord et implacablement, quels que soient " ces gens-là ",
reste : " je ne veux pas travailler " ...
N'est-ce pas la proposition principale ?




Philippe LATGER / Décembre 2024

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A l'aube permanente

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Une aube blanche sur ton visage,
au relief blême qui pèse dans les oreillers.
Tu refuses de te retrouver seul avec toi-même.
Et tu ne laisses pas la nuit s'installer.
Tes longs cils sur tes pommettes diaphanes
cachent ces yeux pleins de sable aux paupières lourdes.
La vulgarité du monde s'étale sur des kilomètres d'indigence,
qui se déploient comme une barrière à ta propre créativité,
et aux solutions que ton cerveau trouve dans le sommeil et les rêves.
Que tu empêches de t'aider.
Tu préfères le tapage au silence.
Comme si te retrouver seul face à toi-même pouvait t'épouvanter.
Tout ce fatras d'images et d'éructations s'étale sous ton pouce,
pour combler le vide, comme autant d'agressions extérieures,
que tu embrasses au lieu de te faire confiance,
de faire confiance en ton subconscient, en ton cerveau et en ton âme,
à qui tu ne laisses aucune place.
Syndrome de Stockholm.
Des influenceurs qui portent bien leur nom,
des coachs en développement personnel, des gourous,
t'interpellent et t'expliquent tous ce qu'il faut faire.
Au milieu d'humoristes, de danseurs et de chats amusants,
c'est une litanie d'irruptions et d'injonctions qui vient prendre le contrôle.
La tête enfoncée dans les oreillers, tu balaies cette diarrhée interminable
qui te maintient éveillé, à bout de forces, quand ton corps attend le repos.
Et ce sommeil réparateur, où ton organisme régénère, cicatrise, récupère,
où ton cerveau analyse, organise, reconfigure et règle des problèmes.
Je te vois envoyer au diable tous les rêves que tu devrais être en train de faire.
Et de vivre ! Les uns après les autres, au profit de marchands et d'imposteurs.

Je souffre avec ton corps et ton cerveau que tu contrains.
Repoussant ensemble la nuit, le silence, le sommeil et le repos.
La lumière bleue sur ton visage creusé comme celui d'un cadavre,
imprime son chaos sur tes pupilles saturées, et tu ne dors toujours pas,
à l'aube permanente, des nuits qui n'auront pas eu lieu.



Philippe LATGER / Décembre 2024

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Scroll

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Sous ton pouce,
la nuit n'en finit pas.
L'insomnie balayée sur un écran.
Et dans les ténèbres de la chambre,
défilent dans tes yeux des centaines de manifestations.
Des débuts de propos, de musiques, d'intentions, 
se poussent du coude pour exister quelques secondes.
Il n'y a plus la lumière de la ville dans les fenêtres.
Il n'y a plus la lumière de la lampe de chevet.
Il n'y a plus le silence.
Dans ton lit, sous ton pouce,
la nuit n'en finit pas.
A chaque coup de pouce,
c'est le sommeil que tu repousses.
Le refus de l'abandon à tes propres rêves.
Des fragments de discours, de fictions, de gags et de recettes,
des bribes de récits, d'astuces, de vies, de témoignages,
déroulés pour entraver le lâcher prise du repos.
Sous ton pouce,
tu repousses le sommeil.
Tu retardes les aventures intérieures de tes rêves
comme si tu les craignais.
Tu t'accroches au tohu-bohu du monde,
pour fuir cette solitude, pourtant réparatrice,
que tu envisages comme une confrontation.
Tu t'accroches au charivari du monde,
pour chasser le silence.
Pourquoi redouter la solitude ?
Pourquoi redouter le silence ?

Pourquoi redouter le sommeil ?
Et l'introspection ?
Et l'abandon ? 
Pourquoi lutter ?
Et contre quoi ?



Philippe LATGER / Décembre 2024

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Lancer du javelot

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Le sable est chaud à la plante. Comme le schiste brûlant.
Figuiers de barbarie. La pinède alarmante. Aux aiguilles séchées.
Il y a le poivre et la menthe. Les tomates giclées. Au soleil aveuglant.
Notre mer scintillante. Pour croiser les cils noirs de nos yeux tous plissés.
J'ai le chlore dans l'eau et le sel sur la peau. La piscine indolente. Aux désirs vaporeux.
Le soleil espagnol. La pinède odorante. Et mes jeux dangereux. Lancer du javelot.
Le plaisir qui écume sur le sable mouillé. Les courses effrénées et la marque du maillot.
La fougue de juillet. Duveteuse. Sensuelle. Qui vient éclore au matin avec l'oisiveté.
Contractures du corps. Et les rangées d'abdos. La jeunesse flamboie aux étés carnivores.
Où la chair se dévore. Où les sexes s'adorent. Pour incendier la nuit, la ville et son halo.
Puisque c'est Barcelone. Puisque c'est des ados. Qui enragent de vivre. Délivrent leur culot.
A ces membres qui dansent, agitent leurs kilos, les charmeurs de serpents ne sont pas des salauds. 
Puisqu'il y a des sourires. Un soupçon d'innocence. Et des baisers fiévreux pour partir au galop.
La langue qui découvre des reliefs inédits, et des saveurs étranges, aux siestes après midi.
Sous le ventilateur au plafond d'une chambre. La chaleur étouffante pour pouvoir respirer.
Le solaire et son ambre, la crème à étaler, à faire pénétrer, aux courbes indécentes des ombres expirées.
L'été façonne un corps. Le sculpte et le renforce. Fait pousser le hardcore, fait éclater l'écorce.
A ces jeux olympiques, où il fallait l'ascète, pour le lancer du disque, pour le jeter d'athlètes.
Le sable est chaud à la plante. Comme le schiste brûlant.
Je vous salue Marie. La pinède alarmante. Aux aiguilles plantées.
Le garçon a grandi. S'est trouvé tous les muscles. Les formes et contenus de tous les crépuscules.
Sans honte et sans scrupules. Le bonheur triomphant. Aux dents bien alignées. Aux regrets minuscules.
Il fallait s'élancer. Plonger dans la piscine. Déhancher son ardeur au dos des illusions. 
Au creux des précipices. Où s'allongent les soifs qui ne s'étanchent pas. Ne s'étanchent jamais.
Figuiers de barbarie. La fougue de juillet. La nuit de Barcelone. Que j'aime et que j'aimais.
Où vider la violence d'une joie d'être au monde. A qui prendre la bouche. A qui prendre le corps.
Au sel sur les épaules qui s'offraient au festin, du soleil dans la peau, du sommeil au matin.
Au poivre et à la menthe. A l'ivresse au galop. Et à l'eau de javel comme à nos javelots.


Philippe LATGER / Décembre 2024

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