Tu ferais quoi si tu étais Maire de Perpignan ?
- Ah ! Une des premières choses, le tramway Perpignan-Canet.
- Ah bon ? A ton sens, ce serait une priorité ?
- Je t'ai expliqué qu'il y avait une concurrence féroce entre villes et territoires,
il faut vendre Perpignan, à l'échelle de la région, à l'échelle nationale, et internationale.
Eh bien, il faut vendre Perpignan avec sa plage, sa plage qui s'appelle Canet.
On sait qu'il y a des plages à Barcelone, à Marseille, à Nice ou à Biarritz...
Il faut qu'on sache partout, que Perpignan est au bord de la mer, que Perpignan a ses plages.
Que Perpignan a SA plage. Et Perpignan-Plage, c'est Canet.
- Les Canétois apprécieront ... Ils te diront " Canet, ça n'est pas Perpignan... "
- Et l'on va planter un projet de territoire pour quatre Canétois qui ne connaissent pas leur Histoire ?
Il y a sans doute de vieilles familles à Canet village, qui sont de Canet village, très certainement,
mais ce sont les Perpignanais qui ont fait Canet-Plage.
Non, ils ne diront pas ça, tout simplement parce que les Canétois sont des Perpignanais.
Que des gens, à Perpignan, soient fiers d'être de St-Jacques ou du Vernet, c'est une chose,
ce sont des orgueils de quartiers : " ma famille est là depuis 5 ou 10 générations ", ok.
Canet est pratiquement un quartier de Perpignan. Un quartier aisé de Perpignan.
Les Perpignanais qui avaient du pognon avaient tous leurs points de chute à la mer et à la montagne,
leur chalet à Font-Romeu et leur villa au bord de la mer à Canet, ce sont les mêmes familles.
Canet est une collectivité, une municipalité, avec son identité et son autonomie, c'est bien compris,
mais historiquement, culturellement, pratiquement, que ça plaise ou non, c'est Perpignan-Plage.
Il faut que ça se sache et que ça se vive. Lyon, Carcassonne, Toulouse, n'ont pas de plages.
Dans la concurrence qui se joue, c'est un atout pour Perpignan : qu'est-ce qu'il y a de plus qu'à Toulouse ?
Eh bien voici un argument supplémentaire. Ce que nous avons de plus ? Un front de mer.
- C'est vite dit.
- Comment ça ?... Chaque fois que j'avais des invités venus d'Australie ou des Etats-Unis,
chaque fois que j'ai des invités de marque, je prends le temps de les flanquer dans une bagnole
et de les amener à Canet, ça prend dix minutes en voiture, pour qu'ils prennent conscience des distances.
Je pense à ce type élégant de l'association Art Déco de New York, il faisait mauvais, un temps dégueulasse,
mais je l'ai quand même conduit jusqu'à Canet pour qu'il voie que Perpignan était au bord de la mer.
Il allait reprendre son avion à Barcelone pour rentrer aux Etats-Unis, il devait comprendre où il était.
C'est un atout magnifique que d'autres métropoles n'ont pas. Il faut rapprocher Canet de Perpignan.
Au sens propre et au sens figuré. Ce sera gagnant-gagnant pour les deux municipalités.
Et pour rapprocher Canet de Perpignan, il faut une cadence régulière de tramways entre les deux.
Idéalement, à terme, il faut deux lignes à Perpignan, basiques, une ligne Nord / Sud, une ligne Est/Ouest.
A grands traits, la ligne Nord / Sud relierait l'Hôpital et l'Aéroport au Nord à l'Université au Sud,
le Moulin à Vent et à la Porte d'Espagne. Avec au Nord, un raccord de navettes pour l'Aéroport.
La ligne Est / Ouest, relierait logiquement Canet-Plage à la Gare. Je n'invente rien. Cela a existé.
Ce sont des tracés qui ont existé jusqu'au milieu du XXe siècle, ce n'est pas si vieux.
- Tu rêves ...
- Nos arrière-grands-parents ont été capables de le faire. Nous sommes plus cons qu'eux ?
- ...
- Je ne sais pas, je pose la question, peut-être que la réponse est oui ...
- ... ça coûte cher un tramway.
- C'est un investissement. Un investissement pour le développement et l'avenir de cette ville.
Si la Gare / Canet est trop chère à réaliser d'un coup, commençons par une première tranche.
Commençons par le tronçon Place Cassanyes à Perpignan / Place de la Méditerranée à Canet.
- C'est ambitieux. Tu le fais passer le long de la voie rapide sur la Têt ?
- Pour le mettre en péril aux premières crues de la Têt ? Non, sûrement pas.
On le fait passer là où il passait en 1900, l'ancienne Route de Canet, par en haut, par Château Roussillon.
Il faut anticiper le croisement avec une Rocade Est qu'il faut tracer définitivement, mais pour le reste,
techniquement, la topographie le permet, c'est le tracé historique, d'autant que l'urbanisation,
tu peux le vérifier en prenant cette route, n'a pas entamé les abords et n'empêche en rien son installation.
Il peut longer la route, à la sortie de Perpignan comme au milieu des vignes, jusqu'au domaine Lafage,
où il rejoindra la voie rapide jusqu'à Canet. Il n'y a pas de difficultés notoires.
- Place Cassanyes / Place de la Méditerranée ?...
- Absolument. Avec un arrêt à Château Roussillon, un arrêt à Canet Village. Mais plus direct que le bus.
Tu as déjà pris le bus depuis Perpignan pour aller à Canet Plage ? C'est infernal. Dissuasif.
Il vaut mieux prendre la voiture que ce bus qui met une demi-heure pour te conduire au front de mer.
Le bus est pris dans la circulation automobile, sans parler du tracé qui essaie de desservir mille lieux.
Le tramway est hors circulation automobile et peut assurer une ponctualité qui n'est pas garantie par le bus.
- Et donc, tu vas faciliter le déferlement des jeunes des quartiers difficiles à Canet ?
- Euh ... tu te rends compte de ce que tu es en train de dire ?
- Canet va peut-être te faire comprendre que c'est un risque qu'ils ne veulent pas prendre.
- D'autant que, puisque le tramway va dans les deux sens, il n'est pas exclu qu'il facilite à l'inverse
un déferlement de touristes basés à Canet, juilletistes et aoûtiens, en ville, quand il sera si facile d'y venir.
Les jours où il fait mauvais pour la plage, plus besoin de prendre la voiture pour venir visiter Perpignan.
- Et tu les fais rentrer par Cassanyes et St-Jacques ? Le quartier le plus pourri de la Ville ?
- Cela s'articule, précisément, avec le projet de rénovation du quartier St-Jacques et de Cassanyes.
Cela vient en appui. C'est un ghetto aujourd'hui, certes, mais nous avons le projet de pulvériser ce ghetto.
Pas en chassant la population ni en faisant de la gentrification aux forceps, mais en répondant aux attentes
des organismes subventionnaires de l'Etat comme l'ANRU, qui financent si l'on permet la mixité sociale.
Un projet comme ce tramway, est un équipement qui va permettre la mixité sociale, précisément.
Cassanyes est la porte historique de la façade Est de la ville, c'est comme ça.
Et considérer cette place pour ce qu'elle est, va contribuer à changer la physionomie de St-Jacques,
va participer à ouvrir des flux de personnes dans le quartier qui ne venaient jamais.
Il faut ouvrir des cheminements normalisés de boulevard à boulevard dans cette ville, arrêter de contourner
un des plus beaux quartiers du centre historique. Nous ouvrons déjà l'axe névralgique qui traverse le tissu,
d'Ouest en Est, de la Porte St-Martin au Conservatoire, jusqu'à la Porte de Canet, justement, à Cassanyes.
Rue Foch / Rue des Augustins / Poilus / Rue de la Fusterie / Rigaud / Rue Zola / Rue Llucia. Tu sais bien.
On ne fait pas cela pour rien. Si on croit en cette stratégie, on ne peut pas me tenir ton discours.
On fait ce qu'il faut, justement, pour que les touristes aisés de Canet puissent débarquer place Cassanyes.
D'autant qu'outre cet axe que nous sommes en train d'excaver, il y a tout le chapelet historique, gothique,
qui descend en aplomb sur le rempart, depuis le jardin de la Miranda jusqu'à la cathédrale St-Jean.
Il faudrait être stupide pour ne pas travailler à restituer ce que l'on a de plus riche en patrimoine,
aux Perpignanais comme aux visiteurs, avec une mise en tourisme qui nous fait cruellement défaut.
Jardins de la Miranda / Eglise St-Jacques / Caserne Vauban place du Puig / Carmes Déchaux / Minimes /
Ancien Evêché / Poudrière / Couvent des Dominicains, et tu es au chevet de St-Jean et au Campo Santo.
Tu te rends compte ? Et tout ça, sur le rempart, avec des vues géniales sur la Salanque et les Corbières.
Une ville normale se serait donnée les moyens d'ouvrir une promenade tout le long depuis longtemps.
Tu imagines, en Espagne ou en Italie, ce qu'ils auraient fait d'un lieu aussi dense en patrimoine ?
La concentration de monuments historiques que nous avons sur cette frange Nord de St-Jacques ?
Tu as ta location à Canet, tu sors de ton tramway à Cassanyes, et tu entames ta descente à St-Jean
par le rempart - l'église St-Jacques est au coin de la place Cassanyes ! - et tu remontes par Llucia.
Le circuit est tout tracé. Il faut le sécuriser, le normaliser, le végétaliser. On n'y arrivera pas sans.
- C'est ambitieux.
- Même pas. C'est le bon sens. La logique même. Ni plus ni moins. Il n'y a rien d'extravagant.
Ce tramway et cet aménagement de l'arc gothique du rempart s'inscrivent dans une même stratégie.
Normaliser le centre historique de la ville. Lui rendre sa pleine voilure. De boulevard à boulevard.
Je pourrais même t'expliquer qu'il manque au moins un parking souterrain à Perpignan.
Qu'il en manque précisément sur cette même façade Est. En l'état, toute l'offre de stationnement,
est concentrée sur le quart Nord-Ouest de la ville. C'est complètement déséquilibré.
Cela nous encombre les boulevards parce qu'il n'y a rien avant le parking Wilson aux Allées Maillol,
ni rien non plus avant le parking St-Martin au Conservatoire. C'est complètement dément !
Une ville normale propose naturellement du stationnement massif à chaque porte, le long des boulevards.
- Tu vas me dire qu'il faut un parking souterrain place Cassanyes.
- Exactement. On tergiverse depuis cinquante ans avec cette histoire. Mais à l'Est, pas de meilleur endroit.
On me parle de quelques parcelles ou dents creuses ici ou là, pour de petits trucs cheap qui sont indignes,
qui ne sont pas à l'échelle d'une ville de 120.000 habitants, on n'est pas à Bompas où à St-Estève ici.
Il ne s'agit pas d'aménager un parking de surface pour vingt bagnoles, il nous faut au moins 300 places.
- Donc, tu veux financer un tramway de la place Med à Canet jusqu'à la place Cassanyes, et un parking.
- Bah, moi, je ne veux rien. C'est juste qu'on ne pourra pas en faire l'économie si les Perpignanais
veulent véritablement retrouver Perpignan un jour, et arrêter de se lamenter sur ce qu'ils ne font pas.
Ils vivent à Pollestres, et ne voient du centre-ville que le petit triangle, étriqué, au pied du Castillet.
C'est comme ces gens qui possèdent une énorme maison de famille, et qui ne vivent que dans une pièce.
Le reste du château est fermé, délabré, tombe en ruine, faute de moyens peut-être, mais en attendant,
ils vivent dans la cuisine. Ce qu'ils ne voient pas dans les étages n'existe pas. Ils font l'autruche.
Perpignan, c'est pareil. On ne vit que dans une pièce. Entre la cathédrale et la place Arago.
Ce mouchoir de poche qui s'étire péniblement jusqu'à la place République, autour de la Loge.
Même monter jusqu'à la place Rigaud est compliqué, alors que c'est la plus belle place de la ville.
Perpignan, c'est quatre paroisses. Il n'y a pas que St-Jean. Il faut reconquérir les trois autres.
St-Matthieu, la Réal et St-Jacques. Tout doit être traité de façon égale. C'est notre cité historique.
En l'état, on barre la route aux visiteurs avec un sentiment de honte : " non, ne montez pas au 1er étage,
les planchers sont crevés, les chambres squattées par les pigeons... restons dans la cuisine. "
Pas la peine d'être propriétaire d'un château si c'est pour en faire ça. Il faut juste se retrousser les manches.
- Ce serait une révolution.
- Eh bien chiche !
Philippe LATGER / Août 2024