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Ni ma nature. Ni mon choix.

Publié le

Le mal existe, c'est vrai.
Mais je ne lui laisse aucune place.
Je n'en veux pas pour moi. Je le laisse rôder au dehors, mais je ne lui ouvre pas la porte.
C'est comme l'instinct de survie. C'est égoïste. Opportuniste. Appelez ça comme vous voudrez.
Mais je n'ai qu'une vie, et je la trouve trop précieuse pour la gâcher avec ça.
Je ne dis pas que je n'ai pas de mal en moi. Je ne suis pas un Saint.
J'ai de mauvaises pensées. Et je fais de mauvaises actions. Il m'arrive de faire du mal.
Mais je n'ai aucun goût pour ça. Je n'ai aucun goût pour la noirceur de l'âme.
J'ai été biberonné au bonheur, au soleil, à la joie, à l'émerveillement et à la fête.
Je n'éprouve aucun plaisir au ressentiment, à la vengeance, à l'aigreur ou à la convoitise.
L'injustice me met en colère. En général. C'est vrai. Y compris lorsqu'elle me vise.
Et je réagis lorsque j'en suis victime mais au nom de l'injustice, quand j'en souffre universellement
plus que pour moi-même, puisqu'au fond, je ne me sens victime de rien.
Le mal qu'on me fait ne me touche pas personnellement, il ne m'atteint pas dans ma chair,
si mon âme souffre c'est de constater le mal, de voir qu'il essaie de m'atteindre pour me convertir,
de m'attirer dans ses logiques, par le biais de ceux qui se sont laissés séduire et emporter.
Ma vie est si extraordinaire que je n'envie pas celle des autres et suis imperméable à la jalousie.
Ma vie n'est pas extraordinaire parce que c'est la mienne, mais parce que je sais qu'elle est extraordinaire.
Parce que la vie est extraordinaire. Et que rien, quoi qu'il arrive, ne parvient à me le faire oublier.
Si ma vie est extraordinaire, ce n'est pas parce que je fais ou parce que je vis des choses extraordinaires,
ce n'est pas non plus parce que je suis extraordinaire, c'est parce je ressens que vivre est extraordinaire.
Et c'est cette sensation qui fait que je ne peux être jaloux de l'existence des autres.
Aucune autre position que la mienne ne pourrait me permettre une telle intensité de sensation.
Je ne me sens donc pas prisonnier de moi-même, ni même de mon corps, de mon sexe, de ma condition,
ni de ma situation, quelle qu'elle soit. Et ne peux donc pas me sentir victime. A aucun moment.
Je n'ai donc aucune raison d'en vouloir à quiconque.
Ni à mes parents, ni à la société, ni à Dieu, ni à personne.
Comment peut-on être heureux en se vivant comme victime ? 
Sinon en y trouvant du plaisir ou de l'intérêt ?

Ce n'est ni mon choix ni ma nature. Ni ma nature. Ni mon choix.
Je n'aime pas le mal. Je n'aime pas la souffrance. Je n'aime pas la douleur.
Je n'aime pas la rancune. Je n'aime pas la rancœur. 
Franchement. Je n'ai pas le temps.


Philippe LATGER / Septembre 2024

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Quand tu sais que je te charrie

Publié le

Je ne te verrai plus ?
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Quand je serai mort, je ne te verrai plus ?...
- Mais voyons, pourquoi tu penses à des choses pareilles ? Tu ne vas pas mourir.
- Bien sûr que si. Nous allons tous mourir. Je vais bien mourir un jour moi aussi.
- Oui, eh bien, on n'est pas pressé. Cela viendra bien assez tôt.
- Mais quand cela viendra, est-ce que je pourrai encore te voir ?
- ... On ne sait pas. On ne sait pas vraiment ce qui se passe.
- Je serai triste de ne plus te voir. De ne plus t'entendre. De ne plus pouvoir te parler.
Te voir sourire ... Ou me faire cette grimace de désapprobation.
- ... On ne sait pas. On n'en sait rien.
- Je ne sentirai plus la chaleur de mon dos dans ce matelas. Je ne sentirai plus le matelas.
Mon corps qui pèse dans ce matelas. La moiteur de mon dos, le drap humide dans mon dos.
Je ne sentirai plus mon corps. Ni mes épaules, ni mes bras, ni mes jambes. Je ne verrai plus la lumière.
Ni même l'ombre. La lumière qui baisse quand le soleil se couche. La lumière qui se lève avec le soleil.
Je ne verrai plus la pluie par la fenêtre. Je ne verrai plus la porte de ma chambre s'ouvrir. Ni toi.
Qui entre pour venir m'embrasser.
- Pour l'instant, je suis là, et tu peux me voir, et me parler.
- C'est pour cela que je pense au moment où je ne pourrai plus. Je sais que cela s'arrêtera un jour.
Et j'y pense pour mieux me rendre compte de la chance que j'ai de te voir et de te parler. Maintenant.
Parfois, tu m'agaces. Parce que tu arrives en retard. Ou parce que tu restes trop longtemps.
Ou que tu pars trop tôt. Ou parce que parfois, ta seule présence m'agace, que je ne veux plus te voir.
Mais je sais que, même ça, ça me manquera. Tous ces moments où tu m'agaces me manqueront aussi.
Je t'ai parfois dit des choses horribles, je te demande pardon, mais c'est parce que ça fait partie du truc,
et que j'aime m'engueuler avec toi ... ça va me manquer. Comme tes sourires. Ou ta main dans la mienne.
- Bon, ça y est ? Tu as fini ? Arrête. Je te pardonne si tu arrêtes avec toute cette merde.
- Ce n'est pas de la merde.
- Je n'ai pas envie de parler de ça, c'est ce que je voulais dire.
- Sauf qu'il faut que je te le dise tant que je peux te le dire. Après, je ne pourrai plus.

- Je t'ai dit d'arrêter. Le message est reçu. On passe à autre chose. C'est possible ?... Merci beaucoup.
- Ce doit être drôle de ne plus rien sentir. De ne plus rien vivre. De ne plus respirer. De ne plus penser.
De ne plus avoir mal.
- ... S'il te plaît.
- D'accord, j'arrête. J'arrête ...

- ...
- ... Tu veux qu'on s'engueule ?
- Continue comme ça et on va y arriver.
- J'aime bien quand tu es en colère. Comment tu réagis à ce qui te paraît injuste, insupportable.

... et quand tu souris aussi, comme maintenant. Quand tu sais que je te charrie.
- Ta gueule.


Philippe LATGER / Septembre 2024

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Jusqu'à la douche

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Au matin, je prends la route. Ma voiture. Je rentre chez moi.
Sur mes fringues, dans ma barbe, dans ma bouche,
je porte l'odeur de la nuit, de sa maison, de sa chambre, de son lit, de ses draps,
de sa peau, de son corps.

Je souris. Ces odeurs ne sont pas les miennes.
Elles me plaisent. M'accompagnent.
Jusqu'à la douche.

 


Philippe LATGER / Septembre 2024

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Soudain

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Les oreilles se bouchent.
Le son disparaît.
Et le bleu s'obscurcit
jusqu'à devenir noir.

C'est la chute
dans les profondeurs
du sommeil.

Le saut dans le vide.
Aussi lent que soudain.


Philippe LATGER / Septembre 2024

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1 m2 suffit à la révolution

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Quand d'autres ont besoin de plateaux de 100 m2 pour donner libre cours à leurs débordements,
leurs emportements, leurs cavalcades, leurs envahissements de l'espace, il n'a besoin que d'1 m2
pour planter ses deux pieds, et ouvrir un univers entier dans le petit cadre d'un téléphone portable.
La liane se dénoue, ondule, prend le vent et la lumière, se vrille et se contorsionne, se déploie dans l'air
comme de longues algues dans l'eau, étranges, captivantes, au ralenti, une méduse dans sa danse,
d'une beauté inquiétante, dangereusement attirante, comme aux pièges connus des chevelures de sirènes,
qui vous entraînent vers le fond, lorsque ce diable-là vous entraîne vers le ciel avec la même malice.
C'est une longue et lente brasse sous-marine. Le serpent qui se déplace. Les fleurs qui se balancent.

Tête en haut et en bas, comme on représente les figures des jeux de cartes, ses bras s'ouvrent à la fois
comme les racines de l'arbre, comme les branches de l'arbre, pour dessiner un feuillage qui n'existe pas,
fouiller le ciel ou la terre, puisque c'est un génie qui lie les deux avec la grâce des divinités hindoues.
Mélange de flamenco paisible et de Bharatanatyam, de yoga et de danse contemporaine, les mains tendues,
les doigts se retournent, les poignets dévissés, autour de la sinusoïde du corps qui déferle sur elle-même.
Hypnotique. Aquatique et céleste. Aérien et lunaire. Tellurique. Cosmique. 1 m2 suffit à la révolution.
A la création du monde. A sa re-création. A sa régénérescence. Qui bouillonne. Boueuse et solaire.
Ténébreuse et aveuglante. Aux mouvements du corps sortant du corps, débordant ses propres contours,
franchissant ses limites en s'affranchissant de lui-même, où l'immatériel devient matière, ou inversement.
Des vagues d'abdominaux s'enroulent pour écumer à sa danse du ventre, qui se déhanche, tord l'abdomen
comme à la passe tauromachique, les bras arqués, au popcorn de pectoraux qui crépite à l'éclosion de l'être,
pour naître éternellement, se frayer un chemin immobile au travers du son, de la chair, de ce qui disparaît,
et du miroir trompeur de l'espace-temps, en phénix incandescent, il se consume et il se sauve.
Il s'agite patiemment. Ecaille ou plume. Il est ce fauve. Evanescent. Qui se maîtrise. Qui se maintient.
Qui électrise et se retient. Le visible se fait invisible. L'invisible se fait visible. Intérieur extérieur.
1 m2 suffit si tout ne fait plus qu'1. Ce qui est. Ce qui fut. Ce qui sera. Et ce qui pourrait être.


Philippe LATGER / Septembre 2024

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Misère mi-raisin

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L'interphone. L'immeuble bourgeois. Les carreaux de ciment. L'ascenseur.
Il m'ouvre en tee-shirt et... en caleçon. J'ai accepté de venir boire ce verre.
Je me retrouve sur le pas de la porte, incapable de trouver une excuse pour rebrousser chemin.
Tout va très vite dans ma tête. Je prends une grande inspiration et voilà, je me lance.
Je fais l'air de rien. J'entre et prends le parti de le complimenter sur son appartement.
Cela meublerait bien une partie de la soirée. Je lève le menton et m'émerveille sur les moulures.
Je m'extasie sur les cheminées et sur la véranda. Je fonds sur les tableaux, les bibelots dans les vitrines.
L'homme était marié. Mais sa réputation le précédait. On m'avait prévenu. Je l'avais vérifié.
J'avais très bien compris que je l'intéressais, que je lui plaisais, mais enfin, il était marié. 
Marié avec une femme. Marié et père de famille. J'avais déjà décliné plusieurs invitations.
Il avait insisté. Alors voilà. Me voilà. Il était marié mais madame n'était pas là. Evidemment.
Et je posais des questions dont les réponses m'importaient peu, mais je meublais, je meublais.
Repoussant au plus loin le moment où il faudrait s'installer dans le canapé pour boire un verre.
Je voulais tout voir, puisque j'étais un expert en patrimoine, et que j'avais des choses à dire
ici sur les balustres et les consoles des balcons, ici sur le parquet et les menuiseries, j'étais volubile,
enthousiaste, sincèrement séduit par cet appartement, et je m'accrochais à cela comme un diable.
Je regardais tout, sauf ses jambes poilues. Je regardais tout pour ne pas avoir à regarder ses jambes poilues.
Lorsqu'il m'ouvrait une porte, je sentais son souffle dans ma nuque, et je me déplaçais, innocemment,
pour ne pas l'avoir derrière moi, attentif aux lustres et aux appliques, au bon goût de la décoration.
Je ne l'avais pas regardé depuis l'instant où je découvris sa tenue pour m'accueillir. Je posais des questions.
Je pourrais vous décrire pourtant l'imprimé écossais vert et bleu marine du caleçon un peu lâche,
l'aspect moutonneux de sa pilosité abondante sur les jambes, j'avais tout photographié en un coup d'œil,
en un dixième de seconde, c'était imprimé dans mon cerveau, je savais parfaitement à quoi m'en tenir.
Il y eut ce moment pourtant, que je n'avais pas anticipé, où il m'ouvre la porte de sa chambre.
Je suis saisi d'un haut-le-cœur. Le souffle coupé. Il faut que je trouve quelque chose à dire. Vite.
Ne pas laisser paraître mon embarras. Ni mon dégoût. Je fais volte-face avec un trait d'humour.
Je plaisante sur le caractère intime de cette pièce. J'ignore les sous-entendus et les non-dits pesants.
Et je pars avec autant de légèreté que de fermeté. D'autorité, je balaie cette histoire pour revenir au salon.
La séquence allait être longue. J'avais inventé un dîner pour avoir une porte de sortie. Pour 21 heures.

Mais il fallait tenir jusque là. Et je me retrouvais devant cette table basse où nous attendait un apéritif.
Il sait ma sexualité puisque je ne la cache à personne. Et je suis consterné par le pathétique de la situation.
J'aurais dû dès le départ plaisanter sur sa tenue, ce que j'aurais fait naturellement avec un pote :
" Euh... je suis en avance ? Je te laisse le temps d'aller enfiler un pantalon ? " Quelque chose de potache.
Il était trop tard pour cela. J'avais choisi de faire comme si je n'avais rien vu, comme si ça n'existait pas.

Je n'avais pas du tout choisi de faire comme si c'était normal, prenant le risque que cela soit compris ainsi.
Il ouvre une bouteille et j'hésite à lui dire : " laisse-moi faire, et vas finir de t'habiller. "
Je dois dire cela absolument avant qu'il ne me demande de me mettre à l'aise. Mais ça ne vient pas.
Au lieu de ça, je continue sur l'appartement alors que le sujet est épuisé, histoire de gagner du temps.
Il me sert un verre. Et je sens venir le moment délicat du toast qu'il me faut désamorcer au plus vite,
ce moment où il faut trinquer à quelque chose les yeux dans les yeux. J'attaque vite et fort.
Il n'a pas le temps de finir de se servir son verre que je lui demande comment va sa femme.
Je trouve l'expression de visage la plus naturelle, la plus bienveillante du monde, pour accompagner
cette question qui ne doit pas être vécue comme un coup de couteau, mais comme une politesse.
Il m'explique qu'elle est partie quelques jours chez sa mère. Nous trinquons sans porter de toasts.
Puisque j'ai posé une conversation qui n'est pas terminée et que je m'installe comme un confident.
Si je peux aider cet homme manifestement en détresse, en souffrance, dans sa frustration et sa misère,
affective et sexuelle, ce ne sera certainement pas en tant qu'amant mais en tant qu'ami.
Il me concède des difficultés dans leur couple, semble prêt à s'ouvrir un peu ou à se livrer.
Je le sens partagé et piégé par ma question. Tiraillé. Entre l'envie et le besoin de parler de tout ça,
de se confier à quelqu'un, et l'envie de couper court pour pouvoir rester en mode séduction.
Je vois qu'il hésite, parce qu'il comprend que s'il s'engage dans la confidence, il plante le plan drague.
Mais je l'encourage sans un mot à préférer soulager sa conscience plutôt que ses pulsions.
Pour l'instant, je maîtrise la situation, conscient que je prends le risque d'être encore plus aimable.
Je pourrais, en réglant un problème immédiat, en créer un plus grave. Je désamorce un désir sexuel,
ou le contiens, en prenant le risque qu'il tombe amoureux de moi, ce qui serait une catastrophe.
Et je ne suis pas loin d'avoir l'impression de m'être piégé moi-même. Je fais bonne figure.
En essayant de tenir l'équilibre. Je dois être aimable sans inspirer autre chose que la sympathie.
Alors qu'une partie de moi écoute sincèrement ce qu'il me dit de son mariage et de sa paternité,
une autre partie de moi, plus tactique, réfléchit à ce dilemme, à la bonne posture à adopter,
alors qu'une troisième partie de moi est effondrée face à la tristesse de cette farce pitoyable.
Ce n'est pas l'hypocrisie qui me fait bouillir. C'est le mal que l'on est capable de faire à tout le monde.
A sa femme comme à soi-même. A ses enfants en passant. A ne pas savoir gérer ses propres désirs.
A s'empêtrer dans des frustrations, des mensonges, des choses si noires quand tout devrait être lumineux.
En fait, je suis en colère. Je l'écoute et je suis en colère. Je ne le juge pas. Je suis triste pour lui.
L'appartement est magnifique, mais transpire cette tristesse. J'ai hâte de me sortir de là.
Je prends un grain de raisin. Son caleçon et ses jambes poilues ne sont plus le problème.
Je sais que je suis désormais à l'abri de toute agression sexuelle, de toute situation embarrassante,
de tout geste déplacé. Je n'aurai pas à l'éconduire. A être cassant. Ni blessant. Mais je veux partir.
Je suis mal à l'aise. Cette misère me désole, me rend malade. Je suis triste pour cette famille.
Pour ce naufrage collectif. Cette souffrance. Cette incapacité à dire les choses, à être soi-même,
comme à entendre la vérité. Ce gâchis. Qui sent le cancer et le suicide. De mauvaises énergies.
Mon dîner imaginaire m'autorise à prendre un deuxième verre. Le dernier bien sûr. Et j'écoute.
Je sens. Je comprends. Je devine. Tout en tenant tout à distance pour ne pas être démoralisé.
Je compatis de loin. Essaie de dissiper les noirceurs. L'amour. Le respect. C'est toujours possible.
Je ne pouvais pas lui donner ce qu'il voulait. J'essaie de mettre de l'humour. D'ouvrir les fenêtres.
Mais je ne retrouverai de l'air qu'en laissant claquer la porte de l'immeuble derrière moi.

 


Philippe LATGER / Août 2024

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Toile de Jouy

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Après la double porte battante en bois et son heurtoir solide, s'ouvrait un large couloir
aux vieilles dalles de brique usées qui traversait la maison de part en part jusqu'au parc à l'arrière.
Sur la gauche, le petit salon avait son odeur de toile de Jouy poussiéreuse et de fleurs séchées,
avec son parquet clair, ses deux belles fenêtres dont on ouvrait toujours difficilement les volets,
entravés dans l'énorme glycine qui dévorait la façade, sa cheminée de marbre et ses bibelots,
dont cette boîte à musique, qui troublait ma joie d'une ombre timide qui me serrait le cœur,
qui entonnait " l'amour est enfant de Bohème " avec l'entrain d'une fausse gaité digne d'un bal de fantômes.
En face, de l'autre côté du couloir, s'ouvrait l'énorme cuisine qui était le lieu de vie des vivants.
L'immense cheminée dans laquelle on pouvait se tenir debout, la table interminable pour les soupers,
entourée d'une foule de chaises, où nous nous retrouvions tous dès le petit-déjeuner le matin.
Les chambres étaient toutes à l'étage. La mienne avait sa petite salle de bain attenante avec une douche.
Une belle pièce avec un alignement de trois fenêtres, face auxquelles deux petits lits empire, côte à côte,
étaient d'une hauteur amusante, dans lesquels il fallait presque se hisser, avec des matelas très épais,
avec entre eux une table de chevet où éteindre la lumière avant de rendre l'âme, de drôles d'interrupteurs,
une cheminée, avec sa pendule et ses deux chandeliers, surmontée d'un immense miroir à dorures,
et une porte qui communiquait avec la chambre voisine, qui était celle où dormait mes grands-parents.
Dans la leur, une image pieuse de Sainte Germaine de Pibrac, ouvrant son tablier empli de roses,
me mettait aussi mal à l'aise que l'air de Carmen de la boîte à musique.
Aux nuits fraîches du mois d'août, je dormais ici de mon meilleur sommeil.
Mieux que chez nous. Mieux même, je l'admets, que dans la chambre de Castelldefels à Barcelone.
Le concert des grillons et des grenouilles nous berçait sous un ciel étoilé comme nulle part ailleurs.
A l'horizon, une lueur orangée nous indiquait la position exacte de Toulouse. Mais à bonne distance.
La pollution lumineuse était loin, et nous pouvions surprendre les étoiles filantes sans aucune difficulté.
Enfant, je n'étais que joie de vivre, émerveillement et goût pour la fête, le spectacle, et les histoires.
Cette maison était mon château, mon terrain de jeu, inspirant, exaltant, un décor de théâtre et de cinéma.
Adolescent, une mélancolie s'est installée, et la lueur de Toulouse à l'horizon était devenu un phare.
L'appel des sirènes. Quand je n'avais plus envie de m'inventer des aventures mais de les vivre.
Mes jeux avaient changé de nature. Et j'ai découvert la volupté sombre des désirs confus et inassouvis.
La frustration de ne pas être là-bas, dans la ville, au loin, où tout aurait pu m'arriver et devrait arriver.

Tous ces plaisirs qui prenaient forme dans mon ventre et ma poitrine. J'avais une faim de loup.
Ils prenaient forme en moi aussi bien dans les pinèdes d'Espagne, tout près du monstre barcelonais.
Mais j'étais au plus près de la promesse. Quand les corps et la fête vibraient partout sous mes yeux.
A portée de main. Et m'arracher à Barcelone pour venir me planter au milieu des champs de tournesols
d'un Lauragais paisible, était une torture chinoise, à laquelle il me fallait trouver une sorte de douceur.

Mes victoires, mes victimes, ne perdaient rien pour attendre. J'aiguisais mes crocs dans ma tanière.
Les étoiles me consolaient. M'assuraient que c'était pour bientôt. Que tout serait enfin possible.
Les rencontres. Les fièvres et les extases. Les ébats, les idylles, les conquêtes et les déchirements.
Les jeux d'enfants avec le fils du fermier ne m'intéressaient plus. Quand d'autres s'étaient imposés.
Des choses délicieuses et perverses que j'aurais pu lui apprendre furtivement dans un coin de l'étable.
Même si le rapport de force dans le rapport de classe me répugnait. Trop cliché. Et nauséabond.
Je l'ai laissé à son innocence. Préférant rêver mes affaires avec mille êtres sans visages précis.
Qui s'amusaient à Toulouse, là-bas, dans ce brasier de lumières, sans savoir que j'existais.
L'expression prendre son mal en patience devenait une réalité dans mes muscles, dans ma chair.
La patience. Une vertu qui s'est sculptée à la puberté aussi sûrement que mes abdominaux.
Je l'ai embrassée tous les soirs avec mes oreillers en plumes d'oie. En la serrant contre moi.
J'en ai fait l'amie avec laquelle on couche de façon chaste et fraternelle. L'objet transitionnel.
Dont on s'empare fougueusement en attendant la suite. La patience serait cette compagne. Fidèle.
Complice. A qui je pouvais tout confier. Sur des désirs et des fantasmes que je ne pouvais pas écrire.
Un orage silencieux électrisait la nuit de son stroboscope céleste, au-delà du clocher solitaire de Caraman.
Sans interrompre le concert des grillons, indifférents à la tourmente, aux déchirures du ciel au mois d'août,
indifférents à l'écho que ces éclairs wagnériens pouvaient avoir en moi, continuant leur litanie placide.
Le tonnerre ne faisait aucun bruit lorsqu'il grondait en moi. C'est en moi que se déchaînaient les tempêtes.
Les orages de grêle et les saignées de foudre. La vaisselle, les bibelots, les miroirs, les images pieuses,
la boîte à musique et la toile de Jouy... tout trermble à mes transformations. Je suis un loup-garou.
La maison de campagne et son parc deviennent ma prison. Et l'amour de mes grands-parents avec eux.
Tout est trop beau, trop calme, trop doux, pour la bête qui s'agite et s'impatiente en moi. Patience.
La pendule fait mollement tourner des aiguilles dans le vide sans le nerf d'une trotteuse.
Et pour trouver le sommeil, s'il est convenu devant Dieu que je ne déniaiserai pas le fils du fermier,
je m'accorde le péché d'imaginer dans le détail comment cela se passerait s'il me le demandait.
Cela me divertit. D'une frustration plus féroce qui n'est pas de cette nature. Car le manque n'est pas là.
Ma soif est plus grande. Au trop-plein d'amour que j'ai reçu jusqu'ici et dont je ne sais plus que faire.
Il m'envahit et m'embarrasse. Et les vannes vont céder. L'ogre a faim d'histoires d'amour. Eblouissantes.
Quand toutes les étoiles filantes sont venues me les promettre comme autant de coups de griffes.
La vulgarité de plaisirs faciles et prosaïques réserve le sublime au sublime, ou permet de tenir la distance.
J'aurai 14 ans. 15 ans peut-être. Et je me fais attendre. Mais aux oreillers que j'étouffe dans mes bras,
à la force de ma détermination, je promets que je participerai à l'incendie qui embrase l'horizon.
Et vous, dont je ne connais pas les prénoms, vous tous, autant que vous êtes, ne serez pas déçus.

 


Philippe LATGER / Août 2024

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Ma ville

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Perpignan est d'une sensualité féroce.


Philippe LATGER / Août 2024

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Perpignan : eh bien chiche !

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Tu ferais quoi si tu étais Maire de Perpignan ?
- Ah ! Une des premières choses, le tramway Perpignan-Canet.
- Ah bon ? A ton sens, ce serait une priorité ?
- Je t'ai expliqué qu'il y avait une concurrence féroce entre villes et territoires,
il faut vendre Perpignan, à l'échelle de la région, à l'échelle nationale, et internationale.
Eh bien, il faut vendre Perpignan avec sa plage, sa plage qui s'appelle Canet.
On sait qu'il y a des plages à Barcelone, à Marseille, à Nice ou à Biarritz...
Il faut qu'on sache partout, que Perpignan est au bord de la mer, que Perpignan a ses plages.
Que Perpignan a SA plage. Et Perpignan-Plage, c'est Canet.
- Les Canétois apprécieront ... Ils te diront " Canet, ça n'est pas Perpignan... "
- Et l'on va planter un projet de territoire pour quatre Canétois qui ne connaissent pas leur Histoire ?
Il y a sans doute de vieilles familles à Canet village, qui sont de Canet village, très certainement,
mais ce sont les Perpignanais qui ont fait Canet-Plage.
Non, ils ne diront pas ça, tout simplement parce que les Canétois sont des Perpignanais.
Que des gens, à Perpignan, soient fiers d'être de St-Jacques ou du Vernet, c'est une chose,
ce sont des orgueils de quartiers : " ma famille est là depuis 5 ou 10 générations ", ok.
Canet est pratiquement un quartier de Perpignan. Un quartier aisé de Perpignan.
Les Perpignanais qui avaient du pognon avaient tous leurs points de chute à la mer et à la montagne,
leur chalet à Font-Romeu et leur villa au bord de la mer à Canet, ce sont les mêmes familles.
Canet est une collectivité, une municipalité, avec son identité et son autonomie, c'est bien compris,
mais historiquement, culturellement, pratiquement, que ça plaise ou non, c'est Perpignan-Plage.
Il faut que ça se sache et que ça se vive. Lyon, Carcassonne, Toulouse, n'ont pas de plages.
Dans la concurrence qui se joue, c'est un atout pour Perpignan : qu'est-ce qu'il y a de plus qu'à Toulouse ?
Eh bien voici un argument supplémentaire. Ce que nous avons de plus ? Un front de mer.
- C'est vite dit.
- Comment ça ?... Chaque fois que j'avais des invités venus d'Australie ou des Etats-Unis,
chaque fois que j'ai des invités de marque, je prends le temps de les flanquer dans une bagnole
et de les amener à Canet, ça prend dix minutes en voiture, pour qu'ils prennent conscience des distances.
Je pense à ce type élégant de l'association Art Déco de New York, il faisait mauvais, un temps dégueulasse,
mais je l'ai quand même conduit jusqu'à Canet pour qu'il voie que Perpignan était au bord de la mer.
Il allait reprendre son avion à Barcelone pour rentrer aux Etats-Unis, il devait comprendre où il était.

C'est un atout magnifique que d'autres métropoles n'ont pas. Il faut rapprocher Canet de Perpignan.
Au sens propre et au sens figuré. Ce sera gagnant-gagnant pour les deux municipalités.
Et pour rapprocher Canet de Perpignan, il faut une cadence régulière de tramways entre les deux.
Idéalement, à terme, il faut deux lignes à Perpignan, basiques, une ligne Nord / Sud, une ligne Est/Ouest.
A grands traits, la ligne Nord / Sud relierait l'Hôpital et l'Aéroport au Nord à l'Université au Sud,

le Moulin à Vent et à la Porte d'Espagne. Avec au Nord, un raccord de navettes pour l'Aéroport.
La ligne Est / Ouest, relierait logiquement Canet-Plage à la Gare. Je n'invente rien. Cela a existé.
Ce sont des tracés qui ont existé jusqu'au milieu du XXe siècle, ce n'est pas si vieux.
- Tu rêves ...
- Nos arrière-grands-parents ont été capables de le faire. Nous sommes plus cons qu'eux ?
- ...
- Je ne sais pas, je pose la question, peut-être que la réponse est oui ...
- ... ça coûte cher un tramway.
- C'est un investissement. Un investissement pour le développement et l'avenir de cette ville.
Si la Gare / Canet est trop chère à réaliser d'un coup, commençons par une première tranche.
Commençons par le tronçon Place Cassanyes à Perpignan / Place de la Méditerranée à Canet.
- C'est ambitieux. Tu le fais passer le long de la voie rapide sur la Têt ?
- Pour le mettre en péril aux premières crues de la Têt ? Non, sûrement pas.
On le fait passer là où il passait en 1900, l'ancienne Route de Canet, par en haut, par Château Roussillon.
Il faut anticiper le croisement avec une Rocade Est qu'il faut tracer définitivement, mais pour le reste,
techniquement, la topographie le permet, c'est le tracé historique, d'autant que l'urbanisation,
tu peux le vérifier en prenant cette route, n'a pas entamé les abords et n'empêche en rien son installation.
Il peut longer la route, à la sortie de Perpignan comme au milieu des vignes, jusqu'au domaine Lafage,
où il rejoindra la voie rapide jusqu'à Canet. Il n'y a pas de difficultés notoires.
- Place Cassanyes / Place de la Méditerranée ?...
- Absolument. Avec un arrêt à Château Roussillon, un arrêt à Canet Village. Mais plus direct que le bus.
Tu as déjà pris le bus depuis Perpignan pour aller à Canet Plage ? C'est infernal. Dissuasif.
Il vaut mieux prendre la voiture que ce bus qui met une demi-heure pour te conduire au front de mer.
Le bus est pris dans la circulation automobile, sans parler du tracé qui essaie de desservir mille lieux.
Le tramway est hors circulation automobile et peut assurer une ponctualité qui n'est pas garantie par le bus.
- Et donc, tu vas faciliter le déferlement des jeunes des quartiers difficiles à Canet ?
- Euh ... tu te rends compte de ce que tu es en train de dire ?
- Canet va peut-être te faire comprendre que c'est un risque qu'ils ne veulent pas prendre.
- D'autant que, puisque le tramway va dans les deux sens, il n'est pas exclu qu'il facilite à l'inverse
un déferlement de touristes basés à Canet, juilletistes et aoûtiens, en ville, quand il sera si facile d'y venir.
Les jours où il fait mauvais pour la plage, plus besoin de prendre la voiture pour venir visiter Perpignan.
- Et tu les fais rentrer par Cassanyes et St-Jacques ? Le quartier le plus pourri de la Ville ?
- Cela s'articule, précisément, avec le projet de rénovation du quartier St-Jacques et de Cassanyes.
Cela vient en appui. C'est un ghetto aujourd'hui, certes, mais nous avons le projet de pulvériser ce ghetto.
Pas en chassant la population ni en faisant de la gentrification aux forceps, mais en répondant aux attentes
des organismes subventionnaires de l'Etat comme l'ANRU, qui financent si l'on permet la mixité sociale.
Un projet comme ce tramway, est un équipement qui va permettre la mixité sociale, précisément.
Cassanyes est la porte historique de la façade Est de la ville, c'est comme ça.
Et considérer cette place pour ce qu'elle est, va contribuer à changer la physionomie de St-Jacques,
va participer à ouvrir des flux de personnes dans le quartier qui ne venaient jamais.
Il faut ouvrir des cheminements normalisés de boulevard à boulevard dans cette ville, arrêter de contourner
un des plus beaux quartiers du centre historique. Nous ouvrons déjà l'axe névralgique qui traverse le tissu,
d'Ouest en Est, de la Porte St-Martin au Conservatoire, jusqu'à la Porte de Canet, justement, à Cassanyes.
Rue Foch / Rue des Augustins / Poilus / Rue de la Fusterie / Rigaud / Rue Zola / Rue Llucia. Tu sais bien.
On ne fait pas cela pour rien. Si on croit en cette stratégie, on ne peut pas me tenir ton discours.
On fait ce qu'il faut, justement, pour que les touristes aisés de Canet puissent débarquer place Cassanyes.
D'autant qu'outre cet axe que nous sommes en train d'excaver, il y a tout le chapelet historique, gothique,
qui descend en aplomb sur le rempart, depuis le jardin de la Miranda jusqu'à la cathédrale St-Jean.
Il faudrait être stupide pour ne pas travailler à restituer ce que l'on a de plus riche en patrimoine,
aux Perpignanais comme aux visiteurs, avec une mise en tourisme qui nous fait cruellement défaut.
Jardins de la Miranda / Eglise St-Jacques / Caserne Vauban place du Puig / Carmes Déchaux / Minimes /
Ancien Evêché / Poudrière / Couvent des Dominicains, et tu es au chevet de St-Jean et au Campo Santo.
Tu te rends compte ? Et tout ça, sur le rempart, avec des vues géniales sur la Salanque et les Corbières.
Une ville normale se serait donnée les moyens d'ouvrir une promenade tout le long depuis longtemps.
Tu imagines, en Espagne ou en Italie, ce qu'ils auraient fait d'un lieu aussi dense en patrimoine ?
La concentration de monuments historiques que nous avons sur cette frange Nord de St-Jacques ?
Tu as ta location à Canet, tu sors de ton tramway à Cassanyes, et tu entames ta descente à St-Jean
par le rempart - l'église St-Jacques est au coin de la place Cassanyes ! - et tu remontes par Llucia.
Le circuit est tout tracé. Il faut le sécuriser, le normaliser, le végétaliser. On n'y arrivera pas sans.
- C'est ambitieux.
- Même pas. C'est le bon sens. La logique même. Ni plus ni moins. Il n'y a rien d'extravagant.
Ce tramway et cet aménagement de l'arc gothique du rempart s'inscrivent dans une même stratégie.
Normaliser le centre historique de la ville. Lui rendre sa pleine voilure. De boulevard à boulevard.
Je pourrais même t'expliquer qu'il manque au moins un parking souterrain à Perpignan.
Qu'il en manque précisément sur cette même façade Est. En l'état, toute l'offre de stationnement,
est concentrée sur le quart Nord-Ouest de la ville. C'est complètement déséquilibré.
Cela nous encombre les boulevards parce qu'il n'y a rien avant le parking Wilson aux Allées Maillol,
ni rien non plus avant le parking St-Martin au Conservatoire. C'est complètement dément !
Une ville normale propose naturellement du stationnement massif à chaque porte, le long des boulevards.
- Tu vas me dire qu'il faut un parking souterrain place Cassanyes.
- Exactement. On tergiverse depuis cinquante ans avec cette histoire. Mais à l'Est, pas de meilleur endroit.
On me parle de quelques parcelles ou dents creuses ici ou là, pour de petits trucs cheap qui sont indignes,
qui ne sont pas à l'échelle d'une ville de 120.000 habitants, on n'est pas à Bompas où à St-Estève ici.
Il ne s'agit pas d'aménager un parking de surface pour vingt bagnoles, il nous faut au moins 300 places.
- Donc, tu veux financer un tramway de la place Med à Canet jusqu'à la place Cassanyes, et un parking.
- Bah, moi, je ne veux rien. C'est juste qu'on ne pourra pas en faire l'économie si les Perpignanais
veulent véritablement retrouver Perpignan un jour, et arrêter de se lamenter sur ce qu'ils ne font pas.
Ils vivent à Pollestres, et ne voient du centre-ville que le petit triangle, étriqué, au pied du Castillet.
C'est comme ces gens qui possèdent une énorme maison de famille, et qui ne vivent que dans une pièce.
Le reste du château est fermé, délabré, tombe en ruine, faute de moyens peut-être, mais en attendant,
ils vivent dans la cuisine. Ce qu'ils ne voient pas dans les étages n'existe pas. Ils font l'autruche.
Perpignan, c'est pareil. On ne vit que dans une pièce. Entre la cathédrale et la place Arago.
Ce mouchoir de poche qui s'étire péniblement jusqu'à la place République, autour de la Loge.
Même monter jusqu'à la place Rigaud est compliqué, alors que c'est la plus belle place de la ville.
Perpignan, c'est quatre paroisses. Il n'y a pas que St-Jean. Il faut reconquérir les trois autres.
St-Matthieu, la Réal et St-Jacques. Tout doit être traité de façon égale. C'est notre cité historique.
En l'état, on barre la route aux visiteurs avec un sentiment de honte : " non, ne montez pas au 1er étage,
les planchers sont crevés, les chambres squattées par les pigeons... restons dans la cuisine. "
Pas la peine d'être propriétaire d'un château si c'est pour en faire ça. Il faut juste se retrousser les manches. 
- Ce serait une révolution.
- Eh bien chiche !


Philippe LATGER / Août 2024

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L'il

Publié le

La courbe oblique
étire les formes projetées au sol.
L'ombre attirée par la gravité.
Elle tombe comme tous les objets. Avec la nuit. Qui revient.
Elle rampe avec tous les démons. Qui ne peuvent plus rien.
La nuit est mon Eden.
Elle est mon territoire.
La course oblique
étire les forces projetées au sol.
Chaque âme est une étoile qui s'élève et sourit pour nourrir l'infini.
L'ombre est plaquée au sol à l'attraction terrestre.
Et je vais en caleçon aux lampes de chevet.
Promener mon paquet qui pèse vers le sol, 
pour ancrer la matière aux hanches de l'esprit.
La nuit nous déshabille.
Mon corps, toujours d'accord.
Pour le dissoudre enfin aux lumières fragiles
d'une intimité
féroce.
L'il.
L'aile.
Où l'on n'est jamais seul.
Cette nuit qui envoûte et repeuple le ciel.
L'ombre d'un corps s'enroule à celle d'un autre.
La bourse oblique
étire les forges projetées hors du sol.
Aux éruptions bibliques. Et aux coulées de lave.
A la fièvre et au fiel. Enfin pulvérisés. Seule mon âme gravite.
Dans cet Eden damné

où tout serait possible
jusqu'au lever du jour.

 


Philippe LATGER / Août 2024

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