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Disons double

Publié le

Elle était très belle. Avait beaucoup de succès auprès des garçons du lycée.
Mais préférait ma compagnie. Il y avait dans sa joie et dans ses rires outranciers,
une tristesse que j'étais le seul à ressentir et qui me touchait beaucoup.
Peut-être avait-elle compris que j'avais décelé cette tristesse en elle. Nous n'en avons jamais parlé.
Je faisais le clown pour la faire rire. Et elle riait. Avec une reconnaissance suspecte.
Celle des gens qui ne rient pas beaucoup.
Elle m'invite chez elle. Me présente à ses parents. Une soirée magnifique. D'été.
Sur le golf, une énorme villa dans son parc. Ce n'était pas mon goût, mais c'était une belle maison.
Les parents avaient de l'argent. La mère dissimulait aussi mal que sa fille la tristesse qu'il fallait refouler.
Il fallait être plaisante et ne rien laisser paraître de cette solitude poignante. Tout était très clair.
Monsieur, lui, n'avait pas une once de tristesse en lui. C'est lui qui gagnait l'argent. De toute évidence.
Il était très sûr de lui. Très séducteur. Les tempes grisonnantes sur une chevelure adolescente.
Une chemise en lin ouverte sur son torse bronzé. Il imposait sa confiance en lui.
On nous a servi des rafraîchissements au bord de la piscine.
Il savait qu'il était beau. Et l'on comprenait tout de suite qu'il n'avait pas hésité à se servir de cela.
Je ne cachais pas ma sexualité au lycée. Je compris vite que mes hôtes étaient informés de ma différence.
Surtout à ce moment étrange où le père de mon amie a planté ses yeux dans les miens,
pour me dire sans ciller : " Je ne porte jamais de sous-vêtements ... 
au moment où je te parle, je n'en porte pas. "
J'ai 17 ans mais je ne rougis pas. Je ne me laisse pas déstabiliser par sa provocation.
J'écoutais avec intérêt sa démonstration, selon laquelle il fallait comprendre qu'il aimait se sentir libre.
Je comprends son jeu. Qu'il veut me mettre mal à l'aise ou simplement me tester, tester mes limites.
Qu'il cherche à m'allumer et à me plaire. Peut-être même à me faire bander.
Bien sûr, j'étais embarrassé, émoustillé sans doute, mais il était hors de question de le laisser paraître.
Il s'agissait bien sûr de m'inviter à imaginer son pénis à l'air libre sous son pantalon.
Peut-être même m'inviter à imaginer ce que j'aurais pu faire de son pénis à l'air libre sous son pantalon.
Et je n'ai pas manqué d'imaginer tout cela, mais tout en m'efforçant d'afficher un savant mélange
d'intérêt et d'indifférence.
Au fond, l'exercice n'était pas si compliqué. Quand j'éprouvais véritablement ce mélange.

J'avais déjà assez d'expérience avec les hommes. Je me positionnais en confident complice.
Après tout, s'il voulait jouer à ça, il avait face à lui un garçon qui n'avait pas froid aux yeux.
Ma jeunesse me permettait même un brin de condescendance vis à vis d'un libertinage désuet.
Je faisais des choses bien plus hard que ce que son petit scénario à peine érotique pouvait suggérer.
Il fallait qu'il sache que, s'il devait aller plus loin, le mineur que j'étais ne s'effaroucherait pas.

Dans ma posture et mon regard, j'ai transmis l'information suivante de façon infra-verbale.
" Mon vieux, si tu dois sortir ta bite pour que je te la suce, je te la sucerai sans problèmes. 
Je suis même capable de le faire ici, tout de suite, devant ta femme et ta fille. "
Puisqu'au delà du mélange d'intérêt et d'indifférence, il me fallut ajouter un air de défi.
Un petit air de : " Ah ouais ? Tu veux m'emmener sur ce terrain ?... Ok. Allons-y. Chiche ! "
Je compris que le message fut reçu 5/5. Quand il croisa les jambes et changea de conversation.
Il avait cherché à me troubler et me faire bander ? Eh bien c'est moi qui allais le faire bander.
Il fallait qu'il sache que j'étais capable de le faire jouir. Peut-être même d'une manière inattendue.
Je ne sais pas s'il a croisé les jambes parce que pris d'une érection irrépressible à dissimuler,
ou parce qu'il avait compris que j'étais tout à fait en mesure de le faire jouir en le sodomisant.
Mais l'incident fut clos et nous purent continuer notre conversation, sans exclure les filles,
avec un petit tissu de banalités mondaines et d'apparences joyeuses.
Mon amie et moi étions autorisés à sortir, entre jeunes, pour toute la soirée jusque tard dans la nuit.
Restaurant. Bars. Et discothèque en suivant. Tel était le programme. Mais entre jeunes, voyez-vous ?
Si bien que lorsque nous avons pris congé, sa fille et moi, que j'ai salué et remercié monsieur,
avec la déférence qu'il convient, je lui ai quand même adressé un petit sourire ambigu. Disons double.
Une moitié était compatissante, à son regret de ne plus avoir cette jeunesse qu'il voyait lui échapper,
quand nous sortions faire la fête alors qu'il resterait tout seul avec son épouse à la maison,
l'autre moitié plus mutine, lui disait très fort de penser à moi quand il se masturberait,
de penser très fort à tout ce que j'aurais pu lui faire s'il ne s'était pas dégonflé.


Philippe LATGER / Août 2024

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Heliocentrisme

Publié le

Le centre du monde n'est pas à Barcelone, ni à Paris, ni à Londres,
ni à Shanghai, ni à Dubaï, ni à New York,
le centre du monde est là où tu es.



Philippe LATGER / Août 2024

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Canicul.e.s

Publié le

J'essore et j'éponge
la misère sexuelle.


Philippe LATGER / Août 2024

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Le bien l'emporte

Publié le

Le mal n'est que le faire-valoir du bien.
Il ne faut pas lui donner plus d'importance que cela.
Moral ou physique, ne l'accueille que pour le bien qu'il promet.
Ne t'y enferme pas. Il n'est pas notre destination.
- Je ne m'y enfermerais pas sans toi. Je ferai ce que tu diras.
- Alors, ne t'enferme nulle part, pas même avec moi, ni personne, et ne fais pas ce que je te dis,
fais ce pour quoi tu es fait, et ne laisse rien, pas même le mal, te détourner de toi-même.

 


Philippe LATGER / Août 2024

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Renversement des valeurs

Publié le

La bonté n'est pas une faiblesse,
c'est une force.

 


Philippe LATGER / Juillet 2024

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Pour parfaire le tout

Publié le

Les flammèches incandescentes de soleil
pleuvent dans la grotte végétale,
sur des variations de verdure tamisées.
Le corps pèse de tout son poids dans un hamac,
à l'abri des piqûres d'insectes, dans cette sphère de fraîcheur, aimablement ventilée.
La pluie lumineuse de météorites solaires transperce l'épais bouclier des feuillages.
Des faisceaux parviennent à atteindre le sol, sans menacer la persistance de l'ombre.
Les attaques de l'extérieur sont réduites à cette neige de lueurs douces, flottantes et dociles,
rendues inoffensives au filtre des vieux arbres, ne laissant pénétrer que quelques résidus désarmés,
comme les dernières bulles de l'écume d'une vague, venues s'échouer gentiment dans la tanière.
La coque filtre à la fois la lumière, la température, et le son.
Lorsque l'air qui circule a perdu quelques degrés au franchissement des cyprès,
pour venir caresser le corps dénudé d'une agréable brise, à la fois fraîche et parfumée.
Lorsque le vacarme assourdissant des cigales est légèrement feutré pour ne devenir qu'une berceuse.
A tant de volupté, installée pour charmer tous les sens, il fallait ajouter l'indolence de la sieste.
Il ne manquait plus que ta bouche. Ta peau moite. Et tes mains. Pour parfaire le tout.

 


Philippe LATGER / Juillet 2024

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Ce mille-feuille sensible

Publié le

La route est étroite. Et la voûte des platanes est gothique.
Au-delà du tunnel de chlorophylle, engouffré dans cette armature d'arbres en rangs serrés,
ce sont des terres cultivées, gentiment vallonées, des champs de sorgho et de tournesol,
avec au loin, d'un côté ou de l'autre, les masses inquiétantes des Pyrénées ou de la Montagne Noire.
Le paysage est écrasé de lumière, et la tranchée de la petite départementale est à l'abri, tortille,
indifférente, traverse ce décor aveuglant dans son havre de fraîcheur, comme un corps étranger.
Les troncs sont fins et longs, très haut, alignés avec une régularité mathématique, ou humaine,
pour assurer un ombrage bienfaiteur et bienvenu. Hors de la route, point de salut.
Cette majestueuse tonnelle se déroule sur des kilomètres, pour offrir une climatisation naturelle
aux calèches et diligences qui doivent nous conduire à Fanjeaux.
Ce pays, je le connais. Je le reconnais. La couleur de la terre retournée. Les champs jaunes de tournesols.
Les clochers murs. Les clochers octogonaux brandissant leurs flèches. Les collines, des collines à l'infini.
Les bosquets denses dissimulant des maisons de maîtres. Je le reconnais. Je le connais par cœur.
Le mien s'étendait autour de Bannières, où nous avions cette propriété familiale, ouverte tout l'été,
entre Lavaur et Caraman, ce petit hameau où les parents de mon père fuyaient la chaleur de Toulouse.
En Boyer. On m'arrachait aux plages de Barcelone pour venir y passer une semaine au mois d'août.
La maison flanquée de son pigeonnier, dépassé par des cyprès robustes, trônant au-dessus de la ferme. 
Je ne sais pas si l'Aude est un pays cathare, quand les Cathares n'ont jamais eu de pays, mais ici, oui,
depuis le pas de la porte, on voyait au loin la silhouette de Caraman, dont le clocher marquait l'horizon.
Mon grand-père paternel est un Latger. Nom parfois orthographié Lacger sur les registres manuscrits.
Dont un foyer historique se situe près de Castres. J'ai toujours entendu dire qu'il y avait deux branches.
Celle de Carcassonne et celle de Puylaurens. Nous serions issus de la seconde. Et je comprends tout.
Les cousins de Revel. La maison de Bannières. Le marché de Lavaur. Nous sommes des hérétiques.
D'ailleurs, des registres du XVIIe siècle indiquent que les Latger sont enterrés à la façon protestante.
Dissidents un jour, dissidents toujours. Nous pouvions certes l'être déjà cinq siècles plus tôt.
De toute façon, c'est notre territoire. C'est notre Histoire. De près ou de loin. Nous en sommes.
Je monte à Montréal. Pas celui où j'ai posé mes valises outre-Atlantique. Celui de mon pays.
Je me gare et monte à pied faire ma cigarette autour de la Collégiale. Lugubre et magnifique.
Je prends du recul pour une photo, viens me coller à des façades de petites maisons à colombages.

Une vieille dame ouvre ses volets du rez-de-chaussée. Je lui souris. Elle répond à mon sourire.
Deux sourires francs accompagnés de bonjours sincères. Brefs mais intenses.
Je prends mes photos. Ne voyant pas de la place si la porte était ouverte ou fermée, je m'approche.
Deux escaliers puissants menaient au porche d'entrée surmonté d'un gâble impressionnant.
Je choisis celui côté Est, et, avant de mettre le pied sur la première marche, je suis saisi.

Sans m'interrompre, je monte l'escalier, mais en pleurant, complètement bouleversé.
Je ne comprends pas cette émotion soudaine qui me prend. Je l'accepte. Je la traverse.
Elle m'accompagne jusqu'à la porte de bois. Au battant rabattu. Mais qui n'est pas fermée.
Je ne m'attarde pas sur mes larmes. Ce n'est pas la première fois que ressens des émotions
qui ne sont pas les miennes. La place était déserte. Pas de témoins. Je pousse la porte.
Il est encore là. Sur mon chemin. Saint-Dominique. Ce type de Castille. Au front étoilé.
Je ne resterai pas. La destination est à peine plus loin. La route me conduit à Fanjeaux.
" Que sont les Dominicains ? Des Cathares convertis ! " fut-il dit pour la blague.
Elle me fait rire parce que je la comprends. Dans ma chair. Une mémoire plus vieille que moi.
Bien sûr que je suis lié à cette histoire. Bien sûr que c'est l'histoire de mon pays et de ma famille.
J'ai été castillan et converso par ma mère, cathare et protestant par mon père. Je comprends tout.
Et tout le monde.
Mon père haïssait le Lauragais pour lui préférer la Méditerranée. Mais il est de cette terre.
Il lui préférait la mer. Mais tout être a ses racines. Et je me reconnecte à toute une lignée.
Sans recherches généalogiques, sans désirs d'enquêter, je me reconnecte de façon animale.
Intuitive. Viscérale. Sans recours à l'ésotérisme ni à la magie. La raison. La logique. L'amour.
Le discernement. Aux voiles levés devant mes yeux cette fameuse nuit à Toulouse, chez mon frère.
La révélation de Thomas d'Aquin dans la force de la silhouette noire des Jacobins devant moi.
Tout s'est reconstitué dans ma tête. Dans ma poitrine. Dans ma chair. Comme un puzzle géant.
Tout a repris sa place. Comme réveillé d'un long sommeil de cinquante ans.
Je suis lié aux Dominicains. Parce que je suis lié à l'hérésie des Bonshommes.
A ce pays à la douceur trompeuse. Quand il est d'une violence plus âpre que celle des Corbières.
Depuis le Seignadou, je regarde ce paysage hallucinant, qui veut laisser croire qu'il est tranquille.
Il ne l'est pas. Mais cette évidence me donne une paix que je n'attendais pas.
Suspendu au-dessus des voûtes de platanes, je vois la Montagne Noire barrer le Nord, 
sans penser précisément à mon grand-père, quand tout se mélange dans ma gorge.
Je pense à ma sœur et à mon frère. A mes nièces. A mon espagnole de mère.
Sans vraiment réaliser que je pense à eux. Je ne suis rien d'autre que tout ça.
Cette sédimentation vibrante. Cet amoncellement vivant. Ce mille-feuille sensible.
Qui va, sans en avoir conscience, pour que les choses persistent.


Philippe LATGER / Juillet 2024

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Territoires en difficulté

Publié le

Je m'étonne d'atermoiements dans la gestion de certaines collectivités publiques.
Des collectivités en difficulté, surendettées, avec de la mauvaise dette
- comprenez dette de fonctionnement plutôt que dette d'investissement -
sur des territoires où les recettes fiscales s'amenuisent, avec peu de contribuables,
dans un contexte de rigueur avec une combinaison de plusieurs facteurs :
réduction des dotations de l'Etat et des subventions d'une part,
inflation générale et hausse délirante du coût de l'énergie. Ok.
Comment font les familles ? Il n'y a pas cinquante solutions.
S'il y a un recours compulsif à l'endettement, il est suicidaire, on appelle ça une fuite en avant.
Cela n'est pas responsable, et les créanciers n'aimant pas prendre de risques, il y a un moment où
le banquier vous appelle pour vous demander de trouver une solution.
Alors, faut-il faire des économies ou augmenter les revenus ?
Les économies sont faites dans le cadre de rationalisations. Pour éviter le gâchis.
Des frais inutiles, payés par négligence, paresse ou phobie administrative.
Des frais économisés en regroupant des services, en mutualisant des efforts, des choses de bon sens.
Les premières économies sont celles faites contre le gaspillage. Elles sont souvent conséquentes.
Mais nous sommes à un tel niveau d'endettement d'une part, et d'inflation de l'autre, que,
pour un foyer comme pour une collectivité, il paraît clair que les économies ne suffiront pas. 
D'autant que, certains sacrifices, faits dans ces moments critiques où nous sommes pris à la gorge,
dans l'urgence et la panique, sont des calculs de courts termes, et souvent des décisions catastrophiques.
Le foyer qui vend sa dernière voiture pour rembourser un crédit à la consommation, se retrouve toujours
dans une situation pire que la précédente, lorsqu'il est rattrapé par les charges, les factures et l'inflation,
toujours en difficulté, mais avec une voiture en moins. Voiture qui aurait permis un nouveau job,
par exemple, pour préférer augmenter les revenus sur le long terme, plutôt que d'en bouffer la valeur.
Aussi vrai que des familles s'enfoncent dans les difficultés, certaines collectivités sombrent aussi sûrement
dans un système qui repousse toujours comme dernière solution celle d'augmenter les revenus.
Addicts à l'emprunt, à la dette, à la subvention, à l'argent prétendu magique, on tergiverse toujours,
repoussant l'échéance, lorsqu'on sait, moralement, collectivement, quelle est la seule solution.
Celle que l'on repousse toujours au lendemain. Augmenter les revenus.

Pour un foyer, il faudra être deux à travailler à plein temps, changer de job, se former au besoin,
bref, se battre pour gagner plus d'argent, lorsqu'une fois de plus, vendre les bijoux de famille
n'est pas une solution de long terme, et que les économies ne suffisent pas à retrouver un train de vie.
Pour une collectivité, les revenus ne sont que dans la recette fiscale.
L'argent public redistribué sous forme de subventions ou de dotations de l'Etat, peut être un apport,

mais ne peut en aucun cas être un modèle économique.
Sur ce dossier, souffrez que nous soyons " de droite ", en estimant que, si on ne peut compter
que sur les recettes fiscales, et donc sur les contribuables, il faut faire en sorte qu'il y ait des contribuables.
Et pour qu'il y ait des contribuables, il faut qu'il y ait du travail et des salaires, des entreprises,
des gens qui s'organisent pour créer des richesses, de la vraie valeur ajoutée, qui pourront produire,
vendre, embaucher, pourquoi pas faire fortune, et, accessoirement, payer des impôts.
Ceci pour dire que, nous aurons beau toujours reporter au lendemain, c'est la seule solution.
Créer des richesses. Le préalable, diraient des gens de droite, si l'on veut les redistribuer ensuite.
Les collectivités en difficulté doivent donc se battre pour attirer des entreprises et leurs salariés.
Mieux encore, réunir les conditions pour que l'on puisse créer des entreprises chez elles.
Sur ce dernier point, qu'elles développent leur université si elles en ont une, et investissent à fond
sur la formation de leurs jeunes, avec des filières post-bac prometteuses, d'avenir, en cohérence
avec ce qui existe déjà dans l'environnement régional et les atouts du territoire (sous-sol, agriculture,
énergie, patrimoine ...) pour à la fois maintenir les jeunes chez eux et attirer des jeunes d'ailleurs.
Et préparer un terreau où, outre les études, les jobs de ces filières soient disponibles sur place à la sortie.
L'université et les écoles, transformées en pépinières d'entreprises, connectées aux manques et aux besoins
d'un monde économique local ambitieux et conquérant, avec sa dimension de recherche et développement.
Bref, il ne s'agit pas seulement de séduire des entreprises prospères, développées ailleurs, pour les attirer
et les convaincre d'installer des usines et leurs cadres supérieurs chez nous, même si c'est incontournable,
il s'agit plus globalement, et ce, en plus de ce travail de débauchage avec une armée de chasseurs de têtes,
qui vont partout pister entrepreneurs, porteurs de projets, grandes enseignes, investisseurs, pour négocier
les conditions de leur installation, de réunir celles de la création d'emplois et d'entreprises sur le terrain.
Cela passe par des investissements structurels de base. L'université est bien sûr une pierre angulaire.
Mais il faut le minimum d'infrastructures adaptées à la vie contemporaine : couverture réseaux haut débit,
toutes les facilités de communication, numériques et physiques, de connexion internet et de transports.
Un aéroport. Un TGV. Un TER et/ou un tramway. Des transports collectifs efficaces, ponctuels, réguliers.
Une gestion de l'automobile (cercles concentriques des périphériques, boulevards, stationnement),
des mobilités et de l'accessibilité. Tout ce que l'on peut attendre d'un territoire adapté à la vie actuelle.
Mieux encore : anticipant si possible des problématiques évidentes avec quelques décennies d'avance.
Le retard pris par certains peut être une chance : éviter de fausses bonnes idées dont on voit les limites
avec le recul sur des investissements à la mode vingt ans plus tôt ou corriger leurs effets pervers.
Mais la force publique a le devoir et la responsabilité d'assurer tous les services dont leurs contribuables
et futurs contribuables, ont et auront besoin pour créer des richesses et contribuer au bien commun.
La plupart ne sont pas de l'ordre du caprice. Si l'on veut des classes moyennes et supérieures,
il faut juste se donner les moyens de les accueillir et de les garder, quand la concurrence est rude.
Mais, ne nous leurrons pas, ils ne viendront pas d'eux-mêmes ou sur un malentendu.
Il faut aller les chercher. Et aménager tout le contexte, de leur bonheur et de leur productivité.
A ces territoires perdus, il faut de nouveaux revenus. Des gisements d'exploitations économiques.
Quand tous les territoires sont dotés de quelque chose à exploiter.
L'université, pour certaines villes, est un bon point de départ. La jeunesse et l'intelligence.
Toujours utiles pour préparer l'avenir immédiat. Détecter ce qui n'est pas exploité, comment l'exploiter.
Mais définitivement, l'argent magique n'existant pas, il faut travailler à retrouver du contribuable.
Et si possible, heureux de contribuer ! 


Philippe LATGER / Juillet 2024

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Et je le renouvelle

Publié le

Le goudron, le ciment, la brique rouge, le fer forgé, les galets de rivière dans les murs,
tout a stocké la chaleur de la journée pour la libérer à la nuit tombée.
Une rumba se déhanche quelque part, à coups de palmas, de mains qui s'ouvrent au-dessus de la tête,
ou pour tambouriner sur le bois des guitares, accompagnée de jappements de chiens miniatures,
et des éclats de voix de gamins qui pépient dans leurs jeux, sous un ciel immense tendu sur la ville,
troué de myriades d'étoiles, comme si une lumière intense bouillonnait au-dessus du drap de la nuit.
Même au repos, tout grouille partout, de vie, de désirs, de joies, de frustrations, d'ivresses et de rires.
Des rêves s'agitent sous les paupières d'un enfant, d'un mari, près d'une mère qui cherche le sommeil.
Une adolescente fait dérouler mollement sous son doigt les kilomètres d'images de son téléphone.
Perpignan fait semblant de dormir.
Un couple s'engueule. Des jeunes gens cherchent de la drogue où un établissement pour boire et danser,
et rencontrer des filles. Tandis qu'une moto vrombit sur le boulevard son impatience d'arriver quelque part.
Quelques fusées et pétards ont crépité quelques instants du côté de la place du Puig.
Arthur sur la terrasse observe le désordre des toits. La silhouette ruinée des Grands Carmes.
Et je prie, à ma façon, pour la paix des âmes. Celles de ce monde. Celles de nos morts.
En inspirant sur une cigarette mutique, ouvert aux mystères de ce qui nous arrive.
J'aime l'humanité. Un côté réac, ou XXe siècle. Je n'ai pas sombré dans la misanthropie contemporaine.
Pour être moins grandiloquent, j'aime les gens. Jeunes. Vieux. Gitans. Arabes. Juifs ou Musulmans. 
Les riches. Les pauvres. Les bons et les cons. Les voyous et les honnêtes. Les laborieux et les fainéants.
J'aime tout le monde. Sincèrement. Absolument. Et je suis au spectacle. Je ne m'en lasse pas.
Arthur respire la nuit. Emerveillé. Son émerveillement me console. Me rassure. M'enthousiasme.
Il est possible sans se parler de partager une intensité d'être, celle du plaisir d'être là, celle de l'instant.
Dieu est pour tout le monde. Le paradis est pour tout le monde. Le bonheur est pour qui en veut.
Tout est extraordinaire. Pas besoin de paranormal pour halluciner. Tout est hallucinant.
La chaleur sur ma peau. Ma peau elle-même. Les galaxies qui scintillent dans le ciel.
Et cette lune énorme, violette, qui s'est levée sur la mer.
La nuit fait semblant de dormir. Et Perpignan est magique.
Parce que j'y suis pour la voir et y vivre ce miracle perpétuel. Celui de respirer sans y penser.
De tenir sur mes jambes, ma cigarette à la main. Emu par mes semblables qui font de leur mieux.

Je rends grâce. A ma façon. Au ciel. A Dieu. A la vie. A la nature. Au cosmos. A tout ça.
Je rends grâce. Je remercie. De tout mon être. J'embrasse l'existant. Le visible et l'invisible.
J'embrasse tout. Arthur dans la mêlée. Et mes chiens miniatures. Et mes gosses qui jouent.
Le clocher de St-Jean. Le rocher de Bugarach. Et la chanson gitane qui s'enroule à ma clope.
L'été est un miracle. La lune énorme qui s'invite. L'incompréhension de qui nous sommes.

Est-ce si important de savoir ? Faut-il savoir pour jouir ? Faut-il savoir pour être ?
L'instant présent me dit qu'il est superflu de chercher ce que l'on a déjà trouvé. La paix.
Perpignan me la donne. Malgré ses turbulences, malgré ses turpitudes, malgré ses vilénies.
Je me moque du mal et de ses guerres lasses. Ils ne parviennent plus à m'inspirer de la tristesse.
Arthur me trouve étrange. Je le trouve séduisant. Je suis séduit par sa sensibilité au monde.
Il me donne de l'espoir pour la suite. Je ne suis pas seul à aimer la nuit pour ce qu'elle est.
Je ne suis pas seul à aimer cette ville pour ce qu'elle est. Dans son entièreté.
La chaleur n'est pas accablante. Elle me fera apprécier la douche que je vais prendre.
M'émouvoir du miracle de l'eau. Celui de la matière. Celui de mon propre corps.
Pas besoin de paranormal. Quand rien n'est normal.
La cigarette éteinte. Le présent est passé.
Et je le renouvelle.


Philippe LATGER / Juillet 2024

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Tout hétérogène

Publié le

Tout est homogène.
Tout est érogène.

 


Philippe LATGER / Juillet 2024

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