Disons double
Elle était très belle. Avait beaucoup de succès auprès des garçons du lycée.
Mais préférait ma compagnie. Il y avait dans sa joie et dans ses rires outranciers,
une tristesse que j'étais le seul à ressentir et qui me touchait beaucoup.
Peut-être avait-elle compris que j'avais décelé cette tristesse en elle. Nous n'en avons jamais parlé.
Je faisais le clown pour la faire rire. Et elle riait. Avec une reconnaissance suspecte.
Celle des gens qui ne rient pas beaucoup.
Elle m'invite chez elle. Me présente à ses parents. Une soirée magnifique. D'été.
Sur le golf, une énorme villa dans son parc. Ce n'était pas mon goût, mais c'était une belle maison.
Les parents avaient de l'argent. La mère dissimulait aussi mal que sa fille la tristesse qu'il fallait refouler.
Il fallait être plaisante et ne rien laisser paraître de cette solitude poignante. Tout était très clair.
Monsieur, lui, n'avait pas une once de tristesse en lui. C'est lui qui gagnait l'argent. De toute évidence.
Il était très sûr de lui. Très séducteur. Les tempes grisonnantes sur une chevelure adolescente.
Une chemise en lin ouverte sur son torse bronzé. Il imposait sa confiance en lui.
On nous a servi des rafraîchissements au bord de la piscine.
Il savait qu'il était beau. Et l'on comprenait tout de suite qu'il n'avait pas hésité à se servir de cela.
Je ne cachais pas ma sexualité au lycée. Je compris vite que mes hôtes étaient informés de ma différence.
Surtout à ce moment étrange où le père de mon amie a planté ses yeux dans les miens,
pour me dire sans ciller : " Je ne porte jamais de sous-vêtements ...
au moment où je te parle, je n'en porte pas. "
J'ai 17 ans mais je ne rougis pas. Je ne me laisse pas déstabiliser par sa provocation.
J'écoutais avec intérêt sa démonstration, selon laquelle il fallait comprendre qu'il aimait se sentir libre.
Je comprends son jeu. Qu'il veut me mettre mal à l'aise ou simplement me tester, tester mes limites.
Qu'il cherche à m'allumer et à me plaire. Peut-être même à me faire bander.
Bien sûr, j'étais embarrassé, émoustillé sans doute, mais il était hors de question de le laisser paraître.
Il s'agissait bien sûr de m'inviter à imaginer son pénis à l'air libre sous son pantalon.
Peut-être même m'inviter à imaginer ce que j'aurais pu faire de son pénis à l'air libre sous son pantalon.
Et je n'ai pas manqué d'imaginer tout cela, mais tout en m'efforçant d'afficher un savant mélange
d'intérêt et d'indifférence.
Au fond, l'exercice n'était pas si compliqué. Quand j'éprouvais véritablement ce mélange.
J'avais déjà assez d'expérience avec les hommes. Je me positionnais en confident complice.
Après tout, s'il voulait jouer à ça, il avait face à lui un garçon qui n'avait pas froid aux yeux.
Ma jeunesse me permettait même un brin de condescendance vis à vis d'un libertinage désuet.
Je faisais des choses bien plus hard que ce que son petit scénario à peine érotique pouvait suggérer.
Il fallait qu'il sache que, s'il devait aller plus loin, le mineur que j'étais ne s'effaroucherait pas.
Dans ma posture et mon regard, j'ai transmis l'information suivante de façon infra-verbale.
" Mon vieux, si tu dois sortir ta bite pour que je te la suce, je te la sucerai sans problèmes.
Je suis même capable de le faire ici, tout de suite, devant ta femme et ta fille. "
Puisqu'au delà du mélange d'intérêt et d'indifférence, il me fallut ajouter un air de défi.
Un petit air de : " Ah ouais ? Tu veux m'emmener sur ce terrain ?... Ok. Allons-y. Chiche ! "
Je compris que le message fut reçu 5/5. Quand il croisa les jambes et changea de conversation.
Il avait cherché à me troubler et me faire bander ? Eh bien c'est moi qui allais le faire bander.
Il fallait qu'il sache que j'étais capable de le faire jouir. Peut-être même d'une manière inattendue.
Je ne sais pas s'il a croisé les jambes parce que pris d'une érection irrépressible à dissimuler,
ou parce qu'il avait compris que j'étais tout à fait en mesure de le faire jouir en le sodomisant.
Mais l'incident fut clos et nous purent continuer notre conversation, sans exclure les filles,
avec un petit tissu de banalités mondaines et d'apparences joyeuses.
Mon amie et moi étions autorisés à sortir, entre jeunes, pour toute la soirée jusque tard dans la nuit.
Restaurant. Bars. Et discothèque en suivant. Tel était le programme. Mais entre jeunes, voyez-vous ?
Si bien que lorsque nous avons pris congé, sa fille et moi, que j'ai salué et remercié monsieur,
avec la déférence qu'il convient, je lui ai quand même adressé un petit sourire ambigu. Disons double.
Une moitié était compatissante, à son regret de ne plus avoir cette jeunesse qu'il voyait lui échapper,
quand nous sortions faire la fête alors qu'il resterait tout seul avec son épouse à la maison,
l'autre moitié plus mutine, lui disait très fort de penser à moi quand il se masturberait,
de penser très fort à tout ce que j'aurais pu lui faire s'il ne s'était pas dégonflé.
Philippe LATGER / Août 2024
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