Dont Prince serait le dieu
Le métro exhalait une odeur de métal que la chaleur rendait presque sucrée.
L'été était chaud à New York. Et j'avais abandonné mes amis à notre chambre d'hôtel.
Prince. Je l'avais vu sur scène au stade olympique de Barcelone quatre ans plus tôt.
J'ai 21 ans. Et je marche dans Manhattan avec mes mèches dans les yeux et mon air de ne pas y toucher.
Les canyons sont censés ventiler partout l'air de l'océan et de l'Hudson dans les rues et les avenues.
Mais ici, la fournaise tombe du ciel et monte du sol pour nous rôtir et cuisiner des désirs innommables.
Je dois descendre jusqu'à la 14ème rue. Par Union Square. Et marcher encore jusqu'à la 3ème avenue.
Sur le trottoir, une foule de gens magnifiques créent une file d'attente qui fait tout le tour du bloc.
Sous les voûtes à dorures de l'ancien théâtre d'un cinéma des Années 20, The Academy of Music,
avait été logée une énorme discothèque, où Keith Haring et Jean-Michel Basquiat avaient laissé leur griffe.
Dans les Années 80, l'architecte Arata Isozaki avait dessiné sa structure post-moderne imposante,
au beau milieu du théâtre, comme cet escalier rétro-éclairé par le sol, qui défiait les lois de la gravité
et l'équilibre des clubbers alcoolisés, pour cette boîte démente ouverte par le patron du célèbre Studio 54.
Je faisais bien sûr mine de ne pas être impressionné. Ni par l'énorme fresque murale de la salle en façade,
sur la rue, avec son immense Minerve antique ouvrant un rideau sur le public débridé d'un spectacle,
mêlant naïvement un décor gréco-romain à un graphisme jazz. Ni par les vigiles. Ni par la musique.
Ni par la charge mythique du lieu. Ni par cet espace hallucinant. Où le vieux théâtre couvait ce temple.
Dont Prince serait le dieu.
Philippe LATGER / Février 2025
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