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Marzo

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Marzo

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Qu'est-ce qui m'est arrivé ?

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Il y a des jours où nous ne savons plus trop comment la suite des événements
a pu nous conduire dans la situation où nous sommes.
Nous sommes certains que c'est nous qui avons forcément pris chaque fois des décisions,
fait des choix, importants ou anodins, cependant, cela ne nous empêche pas de temps à autres,
d'être surpris d'être là où nous sommes au moment où ce vertige nous saisit.
Il faut alors se remémorer ce qui a bien pu nous conduire à prendre telle ou telle direction,
dérouler ce fil sur des semaines, des mois, des années parfois, pour comprendre,
dans ces moments de doutes, ce qui a pu motiver chez nous ces résolutions et ces arbitrages.
Il y a des matins, comme ça, où nous ne reconnaissons plus les choix que nous avons faits.
La chaîne est parfois longue, faite de circonstances et d'opportunités, si longue que,
on s'interrompt devant la glace, soudain, dans une forme d'amnésie, et l'on se demande :
" qu'est-ce qui m'est arrivé ? "


 

Philippe LATGER / Mars 2025

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aussi longtemps que ce monde sera ce monde

Publié le

Est-ce pour nous tester tous, que Dieu nous a enfermés sur cette terre avec le Diable ?
Car le Diable n'est pas jeté aux fers quelque part en enfer, il est bien de ce monde.
Le Diable est prisonnier de cette terre avec nous, et nous devons tous composer avec lui.
La différence est que nous ne sommes que de passage, alors que lui est condamné à y errer,
longtemps, aussi longtemps que ce monde sera ce monde.

 

Philippe LATGER / Mars 2025

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Café au lait dans la cuisine

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C'est Gaston qui vient me réveiller. Un vieux chat de gouttière. Que j'ai adopté.
Enfin... c'est lui qui m'a adoptée je crois. On va dire qu'on s'est adopté mutuellement.
A 7h, je vais préparer mon café au lait toute seule. Dans la cuisine qui est ici.
Je donne des croquettes à Gaston qui est affamé. Il aime particulièrement celles qui sont au poulet.
Il ne les aime pas, il les adore. Je les lui achète au magasin, en bas. C'est pas très cher.
Mon fils veut absolument m'installer des stores électriques, mais vous voyez,
j'arrive encore à lever les stores toute seule, à la main, avec la manivelle,
ça me fait de l'exercice.

 

Philippe LATGER / Mars 2025

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Profondeurs aériennes

Publié le

Le sol est un miroir. L'axe de symétrie.
Ce qui pousse dans les airs pousse autant sous la terre.
Du ferment des racines, les branches sont pétries.
Autant croît souterrain, autant vers la lumière.

L'œil ne voit qu'une moitié de l'être.
De ce qui est visible, le semblable est caché.
Deux fois plus grand, deux fois plus beau peut-être.
Son pendant nous échappe, mais lui reste attaché.

Un chêne est plus qu'un chêne. Plus fort que son panache.
Plus profond que ses plumes, ses atours de surface.
Un cèdre est plus qu'un cèdre. Et ne craint pas la hache.
Quand son double dans l'ombre respire sous la glace.

La terre est un miroir. L'axe de symétrie.
Le feuillage aérien grandit à l'identique
en son frère opposé, bourgeonnant ou flétri,
avec mêmes ramures, et même aromatique.

Deux fois plus grand. Le tilleul est plus qu'un tilleul.
C'est comme les figures des cartes à jouer.
Deux arbres inversés quand il n'en font qu'un seul.
Avec ses contrepoids, aux croissances nouées.

En l'air comme sous terre, la même arborescence.
Deux sommets qui s'éloignent sans jamais se toucher,
au bout d'un même tronc, les mêmes turgescences.
Qui sait où le soleil s'est levé ou couché ?

Mister Hyde ne nuit pas à celui qu'il complète.
Il permet l'équilibre aux aimants qui se fuient,
qui s'étirent en fuyant, comme autant de comètes,
pour créer un seul être, au jour comme à la nuit.

C'est comme les figures des cartes à jouer.
Le figuier compte double. En sa géométrie.
On ne saurait tout voir. Le réel désavoué.
La terre aux quatre vents. L'axe de symétrie.

 

Philippe LATGER / Mars 2025

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Veuve de la Berlandié

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Après avoir tartiné son visage de poudre, elle écrasa son crayon noir au coin de la bouche.
Elle avait dû ajuster sa perruque toute seule, comme elle avait dû trouver des astuces
pour enfiler et lacer sa robe à rubans décolletée sans l'aide de ses dames de compagnie.
Ruinée, elle avait dû congédier sa suite et ses domestiques. Elle se parfuma avec largesses.
Et, debout devant le miroir de la coiffeuse, elle vérifia les effets de ses deux trois-quarts,
passant le plat de sa main sur son ventre, satisfaite du résultat, prit une grande inspiration,
et s'engouffra dans le couloir qui la conduisit au grand escalier de la maison.
Au bas de la rampe, l'attendait Monsieur Séraphin Brochu de la Vannerie qui s'était annoncé.
Elle le savait. Elle n'avait pas le droit à l'erreur.

 

 

Philippe LATGER / Mars 2025

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Deo Gratias

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Encore un jour sur terre.
Dieu soit loué.

 

Philippe LATGER / Mars 2025

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Profondément. Invariablement.

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J'aime les Turcs.

 

Philippe LATGER / Mars 2025

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Dernier vol avant la suite

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Le hurlement des moteurs. Les suspensions qui grincent.
L'odeur de plastique et de nettoyant moquette.
Le claquement des coffres au-dessus de nos têtes.
Les écrans allumés les uns derrière les autres le long de chaque travée.
Les passagers s'activent mollement. Se préparent à quelques heures d'ennui.
Livrés au bon vouloir d'un équipage qui marmonne des messages inaudibles.

 

Philippe LATGER / Mars 2025

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Que l'amour est heureux

Publié le

Le cou est trop petit pour de telles divagations.
Le thorax est trop exigu pour de telles dilatations.
C'est l'expansion de l'univers, dans un corps trop étroit, l'étoile n'y tient pas,
et la chair est dissoute, enflammée, irradiée par une telle déflagration.
Sait-on ce que produit le coup de foudre. Sait-on d'où il vient, ce qu'il en coûte ?
La matière a fondu. L'impact interstellaire. Je me fonds dans le monde, ou dans la Voie Lactée.
Ce que l'on croyait connaître se révèle au grand jour. Le réel plus réel que jamais.
Le soleil plus soleil. Et la lune plus lune. La mer redevient la mer. La nuit redevient la nuit.
Mais plus mer que jamais et plus nuit que toujours. Le temps est déréglé, plus de compte à rebours.
A ce crash magnifique, c'est tout qui recommence. C'est tout qui devient tout, et rien n'existe plus.
Le cosmos en entier semble perdre l'équilibre. Et c'est un nouvel ordre qui dit sa vérité.
Je vois mieux. Je vois loin. Je vois tout. Et soudain. J'adore ce que je vois. J'adore ce que je vis.
Plus rien n'a d'importance. Ou tout est essentiel. La terre n'est plus la terre. Le ciel devient le ciel.
L'horizon déporté, agrandit le scaphandre. Il y a plus d'air à rire, plus d'air à respirer.
Le muscle fend l'écorce. Tout mon corps gagne en force. En soif de liberté. En auto-dérision.
Le cou est trop petit. Le nerf pas assez long. Pour tant de plénitude et tant d'informations.
Le jour est allégresse. Le sommeil, une trêve. L'aube est une promesse. Le réveil est un rêve.
Quand je n'ai pas rêvé. Le bonheur en entier s'étire dans ma gorge, ma cage thoracique,
dans une ébullition qui brûle sans blesser, qui brille sans griller, qui n'aveugle personne
quand elle me rend la vue.
Je vis. Je vois. Ce que je ne voyais plus.
Tout redeviendrait ce qu'il n'a cessé d'être. Miracle et merveilleux.
Rien ne donne autant de force qu'être vivant, parce qu'amoureux.
Le réveil est un glaive. Que je brandis pour deux.
Puisque l'hiver s'achève. Que l'amour est heureux.

 

Philippe LATGER / Mars 2025

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