Haine + 1
La haine ... oui, je la vois,, je l'entends, je la comprends, mais je ne l'ai jamais ressentie.
- Ah bon ? Jamais ?... Contre personne ?
- Jamais. C'est peut-être un handicap, un truc de naissance, je sais pas. Mais non. Jamais de la vie.
Je n'en tire aucune gloire, c'est peut-être inquiétant, mais c'est ainsi, je ne l'ai jamais éprouvée.
- Il y a bien des gens qui t'ont fait du mal ?
- ... Ben ... je ne crois pas, non. ... Enfin si, bien des gens ont tenté de m'en faire.
Mais, non, personne ne m'a fait de mal.
- Alors, peut-être ... des gens qui ont fait du mal à des gens que tu aimes ?
- Ah, ça, oui. Certes. C'est déjà quelque chose de plus sensible. Evidemment.
Mais de là à ressentir de la haine ... Non. Ce n'était pas ça. C'était autre chose.
- Qu'est-ce que c'était ?
- La déception. La colère. Le mépris ... tout ça, oui, je suis capable de l'éprouver.
Mais je n'ai jamais haï personne.
- Comment tu l'expliques ?
- Je n'ai jamais réfléchi à ça.
- C'est l'occasion.
- ... Je préfère l'amour. Je préfère aimer. Enfin, je ne sais pas si j'ai le choix en fait.
Aimer est une façon d'être, de respirer ... Je me débrouille toujours du verre à moitié plein.
Pas pour être un saint. Pour mon confort personnel je suppose. Pour me protéger au fond.
Tu vois ce que je veux dire ... Ce n'est pas par grandeur d'âme que je ne hais point.
Je pense que c'est une forme d'égoïsme. Pas un manque d'empathie, mais une protection.
Je sais qu'on ne vit qu'une fois, et je n'ai pas envie de saloper ma vie avec de la merde.
La haine en fait partie. Je crois que c'est parce que je n'ai pas le temps. Ni envie.
... La vie, pour moi, ça doit être une fête. Je fais tout pour que cela soit une fête.
Et la haine fait partie des choses qui gâchent la fête. Je n'en veux pas.
- Ce n'est pas inintéressant ... Ce point de vue.
- Si tu le dis ...
- Tu te défends de grandeur d'âme, mais c'est au moins une force de caractère.
- Je crois en l'amour. Et au bien. Je crois que nous sommes faits pour le bien.
Je ne pense pas que nous soyons bons. Non. L'homme n'est pas bon. Mais il est fait pour le bien.
Et pour moi, la bonté, c'est comme l'amour, c'est un travail, ça se travaille, c'est une détermination.
J'ai parfois le moral à zéro, comme tout le monde, mais j'ai la détermination du bonheur.
Enfin non, pas du bonheur, c'est plus fort que ça ... j'ai la détermination de la joie.
Alors, dans ce travail, franchement, non, il n'y a pas de place pour la haine.
- ... ni pour la vengeance donc.
- Ah ! ... Eh oui. La vengeance. Non plus. Désolé. Encore une chose qui m'est étrangère.
Là aussi, c'est un phénomène que je comprends. Il y a mille exemples. Je comprends.
Mais personnellement, non. Je te dis. Personne ne m'a fait du mal.
- ... ça viendra peut-être ...
- Tu me le souhaites ? ... Je sais que non, je plaisante. Tu as parfaitement raison.
- Pardon. C'était pour te taquiner. Personne ne peut te faire de mal.
- Non mais tu as raison. Je te dis cela parce qu'à ce jour, à cinquante ans, c'est ma réalité.
Je ne dis pas que je serai toujours à l'abri. Je vivrai peut-être un jour de telles horreurs
que je serai capable de haine et de vengeance. Je ne suis pas meilleur qu'un autre.
Tu vois, j'y pense ... je n'ai pas d'enfants. Mais si j'en avais ... et qu'on leur faisait du mal ...
Je ne sais pas de quoi je serais capable. Je n'écarte rien.
- Tu souffres de ne pas avoir d'enfants ?
- Non. Je n'en souffre pas ... parce que je n'exclue pas d'en faire.
- Tu serais un père formidable. Je le pense vraiment.
- C'est gentil ... Tu ne veux pas qu'on en fasse ensemble ?
- T'es con.
- C'est bien ce qu'il faut pour être père, non ?
- ... N'essaie pas de me séduire.
Philippe LATGER / Juillet 2024
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