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Le contact

Publié le

C'est comme un mauvais rêve. Ce n'est pas un cauchemar. C'est un rêve éveillé.
Un sommeil qui s'installe dans le corps qui ne dort pas. Qui tient le volant pour rentrer chez lui.
Les angoisses ont disparu. La vie n'a plus de début ni de fin. Personne ne va mourir. Personne ne meurt.
Le temps est aboli. Il n'y a que la nuit. Cette route qui s'endort dans les phares de la voiture.
Il n'y a plus de douleurs. Plus de blessures. Seulement des bandes blanches réfléchissantes.
Qui s'allongent. Se dédoublent. Sortent de la route. Et dans les fonds marins, la voiture s'enlise.
N'avance plus vraiment. Je suis bien. Je ne sens plus rien. Mais quelque chose me réveille.
La réalité s'impose dans l'habitacle. Il n'y a pas de routes dans le pare-brise.
Il y en a une, que je connais par cœur, en rase campagne, qui s'échappe sans moi, sur le côté,
mais la voiture n'avance pas, ne réagit pas, et son silence m'inquiète, elle a calé, j'essaie de démarrer.
Redémarrer. La clé dans le contact. Une fois. Deux fois. Trois fois. Il ne se passe rien. J'ai sommeil.
Je rêve de dormir. D'être dans mon lit. Dans ma tombe. Et je sors sur la route déserte. Dans la nuit.
La voiture ne gêne pas. Elle ne gêne personne. Je vais rentrer à pied. Je dors debout mais j'avance.
Je marche droit devant, sans aucune notion du temps. J'ai faim de mon lit. J'ai froid de ma chambre.
La vie n'a plus ni début ni fin. Comme la nuit. Qui n'est plus le pendant du jour pour n'être plus rien.
Je marche. Parce qu'une partie du cerveau en veille commande de le faire, mon corps obéit et marche.
J'en profite pour dormir. J'ai commencé ma nuit. Pendant que mes jambes s'affairent à leurs foulées.
Au bout d'un moment, le village a bien fini par apparaître. La rue principale. Et puis ma rue.
Et le chemin, en fin de compte, qui mène à la maison. Elle est là. A portée de main. La porte d'entrée.
J'ai ma clé. Mon corps s'occupe d'ouvrir et de me mettre au lit. Il me borde alors que je dors déjà.

Et le mauvais rêve touche à sa fin. Je suis réveillé dans mon lit. En pleine forme.
Réveillé par le bruit d'un moteur et le crissement du gravier dans la cour. Quelque chose de lourd.
De gros et de puissant. Un camion. Et je me précipite hors de ma chambre pour voir ce que c'est.
En bas, la porte d'entrée est ouverte, et j'aperçois au dehors mon père qui dirige les opérations.
Il aide quelqu'un à manœuvrer. Une dépanneuse. Avec une compression de tôle blanche.
Ma voiture. Le museau éclaté. Le capot défoncé. Réduite de moitié. Le pare-brise en miettes.
A la vue du verre brisé, des choses me reviennent en mémoire. Et je cours à l'étage chercher un miroir.
Le contact. Une fois. Deux fois. Trois fois. La route sur le côté. La marche dans la nuit. Cette nuit.
Et je me découvre défiguré. Le front amoché. J'avais explosé le pare-brise moi-même avec ma tête.
Et je n'avais rien senti. Et je ne sentais rien.

 

Philippe LATGER / Mars 2018

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Les rebonds coupables

Publié le

Marguerite de Navarre est coiffée de son peigne de bois.
Le trou des Halles m'invite, béant sous mon escalator, où je m'abrite de la neige.
La ruche bourdonne. La température est bonne. J'avance d'un bon pas. Je redresse la tête.
Saisi par les regards qui se détournent. Celui-ci ne se dérobe pas. Et un sourire m'envahit.
Alors que je suis déjà loin. Puisque personne ne s'arrête. Puisque tout le monde va quelque part.
Les grands. Les petits. Les minces. Les ronds. Les blonds. Les bruns. Les hommes. Les femmes.
Qui se croisent en détournant leurs regards. En fixant quelque chose droit devant ou sur leur téléphone.
L'odeur du métro. Qui est une puanteur que je suis heureux de retrouver. Que je reconnais tout de suite.
La ferraille qui bruisse en sortant de la station. Un vrombissement qui m'ordonne d'aller plus vite.
Le fracas qui s'amplifie dans le tunnel anticipe le mécanisme synchronisé de l'ouverture des portes.
Je dévale les escaliers pour m'autoriser le choix du wagon. A l'instinct. Ce sera celui-ci.
La sonnerie. La barre centrale. Le mécanisme synchronisé de la fermeture des portes.
Le train fantôme. La station disparaît est c'est le noir qui se fait pour offrir ses reflets.
La vieille ruse. Pour regarder les gens sans les regarder en face. Je m'y amuse par habitude.
Je tourne le dos à des gens que je peux observer dans le miroir des vitres branlantes.
Et il arrive que les regards se croisent par reflets interposés. Une seconde le temps de comprendre.
Ce garçon barbu ne fixe pas un point quelconque dans l'obscurité à l'extérieur du train.
Assis un peu plus loin, il me regarde dans la vitre. Une seconde pour comprendre que j'ai compris.
Et il détourne finalement son regard comme il l'aurait fait aussitôt si nous nous étions regardés en face.
Ce qui est bien au jeu du miroir du métro, c'est qu'il y a ce petit sursis possible. Cette zone grise.

Qui donne du courage. Qui rend entreprenant. Comme à la distance des écrans de communication.
Celui-ci n'est pas tactile. Quoi qu'en passe ce grand bébé ravi, debout sur les genoux de sa mère,
qui tape dessus de ses deux mains grandes ouvertes comme s'il pouvait en obtenir quelque chose.
Peut-être songe-t-il encourager le train, et peut-être même être responsable du mouvement et de la vitesse.
Mais les vitres se contentent de cacher les ténèbres du tunnel en réfléchissant l'intérieur du wagon.
Sa lumière blanche. Ses visages blafards. Rehaussés de maquillages, de teintures, de barbes,
de bonnets et de cagoules. Quand rien ne dissimule les regards extirpés à leur livre ou leur smartphone.
Certains m'ignorent. Mais je surprends cette jeune femme en train de me regarder distraitement les fesses.
Et ce garçon barbu, que j'avais délaissé pour vagabonder ailleurs, mais qui maîtrise l'angle parfait
pour flanquer son regard sur ce point très précis de la vitre qui lui permet de le flanquer pile dans le mien.


 

Philippe LATGER / Mars 2018

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La volée de bois vert

Publié le

Je ne dors pas assez pour cicatriser correctement
lorsque je me coupe en me rasant la barbe, que je me déchire la gueule,
pour retrouver le visage de mes vingt ans sous le poil blanc.
Je ne dors pas assez mais j'ai assez de forces aux gens qui m'aiment encore.
Mon père. A qui je parle. Souvent au téléphone. Pour parler de tout sauf de nous.
De politique ou de sciences. De mécanique et d'architecture. D'énergie et d'urbanisme.
De ce qui l'intéresse. Et de son passé. Son enfance. Sa famille. Toulouse à l'âge de sortir.
Les Jésuites. Les soirées. La rencontre avec ma mère. De ce qui m'intéresse.
Il vieillit. Il vieillit encore et toujours. Et je profite de chaque goutte qui tombe dans l'évier.
De chaque battement de trotteuses. Sa voix que j'entends sans toujours comprendre ce qu'elle dit.
Il parle dans la barbe qu'il n'a pas. Il parle dans la barbe que je rase à blanc pour retrouver mes vingt ans.
Je profite de chaque anecdote. Celle que je connais par cœur. Celle que je découvre.
Il a aimé ma mère. Plus que je ne l'aimerais jamais. De cette autre façon. Sans pareille.
Quand l'amour d'un fils ne saurait égaler l'amour de l'amour de sa vie.
Je n'en prends pas ombrage. Je n'en suis plus jaloux. Cela m'émeut et m'émerveille.
L'amour de ces deux là. Qui me fascine. Me fait envie. Me désarme. Le modèle inatteignable.
Jusqu'à ce que la mort les sépare. Et mon père n'est pas seulement l'homme qui me rappelle ma mère.
Je ne dors pas assez pour cicatriser correctement. Mais je n'ai pas envie d'être fatigué. Il vieillit.
Et je n'ai pas le temps. Il vieillit et je veille. Savourant chaque goutte qui tombe. Chaque nuit.
A compter les secondes où nous sommes de ce monde. Cigarette après cigarette. Qu'il ne fume plus.

Que je fume encore. Sans le trench en gabardine et sa doublure en tartan. Sans la DS devant la porte.
Sans les verres à whisky en cristal et le jeu d'échecs en ivoire. Sans les calques et les tables à dessin.

J'ai du respect pour les Jésuites. Et pour les fonctionnaires. Pour les communistes et les libres penseurs.
J'ai du respect pour les serviteurs de l'Etat. De l'intérêt général. La Franc-maçonnerie et les militaires.
Je suis libéral. Orléaniste. Républicain. J'aime les anarchistes et les conservateurs. Les révolutionnaires.
Et le bois du bureau. Le bois du piano. Le bois du parquet. Le bois des volets. La volée de bois vert.
Nous ne sommes pas seulement libéraux. Nous sommes libres. Insaisissables.
Sans chapelle. Sans temple. Sans église. Sans parti. Sans entraves. Nous sommes chez nous partout.
Et j'aime l'ouverture d'esprit. Cette liberté de rencontrer. D'aller d'un monde à l'autre.
Cette liberté de mouvement que je lui dois. Sans préjugés. Et les mille vies que cela nous assure.

Je ne dors pas assez, mais je me fous de cicatriser correctement.
Je ne dors pas pour ajouter une vie à ma vie. Apprivoiser la mort. Apprendre à ne pas la craindre.
Je crée des liens avec le silence et les ténèbres. J'apprends à aimer la mort aussi fort que la vie.
A la barbe que je rase j'apprends la complétude. La complétude de tous les opposés.
La complétude du jour et de la nuit. De la vie et la mort. La complétude des sexes.
Pourquoi opposer les opposés ? Puisqu'ils ne font qu'un. Nous en sommes une preuve.
Les morts et les vivants. Je les accueille. Je deviens eux. Et je n'ai peur de rien.

Dans mon sang, je sens les Protestants, les Cathares, les Juifs, les Catholiques, les Musulmans.
Les Catalans. Les Espagnols. Les Occitans et les Français. Les hommes et les femmes.
Mes parents. Mes grands-parents. Mes arrière-grands-parents. Et leurs arrière-grands-parents.
Ai-je vraiment le choix ? Je suis libéral. Progressiste et conservateur. J'aime ce qui nous arrive.
J'aime ce que j'aime et ce que je n'aime pas. J'aime pouvoir aimer. Etre libre de le faire.
A la bave du savon sur la lame de rasoir. Je me déchire la gueule. Et j'aime la perle de sang.
Et la brûlure de l'alcool. Pour aider à cicatriser. Puisque je ne dors pas assez.
Ma mère a passé le pas. Comme d'autres avant elle. Comme d'autres avec elle. Et je veille.
A chaque goutte de sang qui tombe dans l'évier. Je veille sur les vivants et les morts.
Mon père m'a donné la musique. La distance. Le rythme. La poésie et la géométrie dans l'espace.

Des armes. Ou des clés. Pour désamorcer l'angoisse. Pour jouer avec la peur. Rire du temps qui passe.
Faire de ce qui fait mal quelque chose de beau et d'aimable. La séparation. Les regrets. La solitude.
Quelle chance de pouvoir éprouver. Etre en vie. La complétude du bien et du mal. Mathématique.
Je suis libéral. Et j'ai du mal à cicatriser. Je ne dors pas assez. C'est pour mieux vous aimer, mes enfants.
Vous chanter ma berceuse. De ne pas avoir peur. Ni d'aimer ni de perdre. L'espoir ça se décide.

Et le bonheur aussi.


Il joue du jazz à l'oreille. Du Harlem stride à faire taper du pied. Quelque part dans la maison.
Ivoire sur ivoire. Les pièces du jeu d'échecs sur les touches du piano. Où je passe après lui.
Où je cherche mon chemin entre Manuel de Falla et Gershwin, entre Jobim et Piazzolla.
J'ai retrouvé mes vingt ans à me battre contre lui et mes moulin-à-vent. La révolte. L'émancipation.
A dessiner sur du calque la représentation graphique d'une fonction. La musique de Bach.
A la pluie qui tambourine à grosses gouttes sur la toile de la 2CV garée dans la cour.
J'attends d'être en âge d'être amoureux. D'être épris. Fou d'amour pour quelqu'un.

L'univers n'a aucun mystère pour nous. Ou bien c'est que nous nous connaissons mal.
Je quitte ma chambre à pas de loup. Pour ne réveiller personne. Je sors dans la jardin.
Chercher la lune. L'odeur de la terre mouillée par les asperseurs. Le sens de l'existence.
J'ai 15 ans. Je suis libéral. Et j'ai le désir furieux de tomber amoureux.
La liberté. Ce n'est pas tout avoir. Mais le pouvoir de choisir. Ses amours. Ses plaisirs. Et ses chaînes.
J'ai choisi ma sexualité. J'ai choisi mes addictions. J'ai choisi d'aimer la joie comme la peine.
Je décide que c'est beau et ça le devient. Je l'écris. Je le peins. Et ça valait d'être vécu.
Trente ans plus tard. Je suis libéral. Je suis libre. Ivre de l'être. Une chose qui s'apprend.
Que mon père m'a apprise. Sans donner de leçons. Faisant mine de ne rien m'enseigner.
Il m'enseigne. Et même si je ne dors pas, je cicatrise. A ma barbe qui saigne et blanchit.
Il ne s'agit pas de faire de grandes choses. Il s'agit d'être. En vie. Au bois dont nous sommes faits.
Désobéir au temps. Prendre le sien. Respirer l'aube. Le jour qui vient. Après la nuit. Après la pluie.
La volée de bois vert. Sans peur et sans reproche. La complétude. La plénitude. D'être soi.
Libre de l'être. Heureux de l'être. Reconnaissant. Venir au monde. Qu'on n'a jamais quitté.
Mon père peut vieillir. Ma mère peut mourir. Ma barbe peut blanchir.
Qu'on ne cicatrise jamais.

 

Philippe LATGER / Mars 2018

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Prunes d'Arménie

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Au noyau de l'abricot il reste un peu de chair.
Il racle un peu les dents le temps de le sucer pour n'en laisser que ce qui ne se mange pas.
L'arbre est noueux et brandit ses branches déformées par l'arthrite, tel que Tim Burton l'aurait voulu.
Et à chaque blessure dans l'écorce, de l'ambre translucide gonfle comme au travail du souffleur de verre.
Il offre une floraison délicate dont on ne l'aurait cru capable. Et des fruits délicieux à vous faire saliver.
Planté dans un champ de galets où la vigne avait régné avant lui. Ce gravier de géants me ravissait.
Marcher à s'y tordre les chevilles produisait des bruits secs de carambolages de boules de billard.
Plus puissants que le petit crissement insignifiant du gravillon. Le galet de rivière est volumineux.
Les uns et les autres s'entrechoquaient pour mon plus grand plaisir. Jouant de leur wood-block minéral.
Des percussions aléatoires m'accompagnaient jusqu'aux arbres fruitiers gorgés de sucre et de soleil.
Derrière leur haute haie de cyprès qui les protégeait de la tramontane, les gars m'attendaient de pied ferme.
Avec leur bouquet de noix charnues, orangées, bien dorées, aux reflets rouges, au duvet blond,
qu'il était voluptueux de cueillir avec cette angoisse d'une déception possible.
Allais-je avoir la main heureuse ? Cet abricot serait-il assez mûr, mais pas trop, juste ce qu'il faut ?
Celui-ci ne serait-il pas trop amer ? Sera-t-il goûteux ? Juteux ? A la hauteur de mes espérances ?
Et il en arrive un meilleur que le précédent. Parmi les prunes d'Arménie. Du Roussillon.

Fertile.

 

Philippe LATGER / Mars 2018

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Et c'est Dieu qui s'attend

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La boue. La douche. Qui bout à la louche. Qui louche à ta bouche.
La mouche. Ton cou. Mon sang qui voit rouge. Le vent qui se couche.
Partout. Bambous. Tes cheveux sur ma langue. Le banc bouge. Et la couche m'attend.
La moue qui te touche. La toux qui se mouche. Entre nous. Alanguis et latents.
C'est la barque qui tangue. C'est le barde qui bande. Et l'arc prêt à casser du bois blanc.
Le bout. La souche. Qui tousse à tes bronches. Qui bronche à ta touffe. A ma tronche.
Qui s'étouffe. A tes hanches. A mes branches. Qui te tournent. A la broche. Et te bouffent.
Le sang ne fait qu'un tour dans le four de ton corps. Le festin est sanglant. L'intestin fait semblant.
Le destin se fait fort de nos muscles retors. C'est l'instinct et l'esbroufe. C'est l'instant du sphincter.
A l'instar du starter. Qui met les gaz. Les voiles. La vapeur. La vase. Le sphinx perd son latin.
Le Styx ne touche plus terre, dans son lit, dans ta couche. Te roule des patins.
C'est le feu du matin. C'est le nœud du marin. C'est la houle qui éclabousse le mousse et la putain.
C'est la mousse à tes reins. C'est mon pouce dans l'essaim. Le miel coule. Tu as soif et j'ai faim.
Et ça colle au duvet, ça mouille l
e traversin. 
Ça souille le sous-bois. Ça grouille entre nos doigts.
Et le ciel qui rougit, à la nuit qui recule, comme à l'aube qui vient, au monde qui bascule,
nous couvre de sueurs, de sa caresse amère, aux lueurs du sommeil sous des cieux éventrés.
Les démons se bousculent à la porte d'entrée. Les anges gesticulent. Au plaisir concentré.
Au combat qui s'achève dans nos bras exténués. Le diable s'est perdu. Le conflit se détend.

Le temps n'existe plus et c'est Dieu qui s'attend.
 

Philippe LATGER / Mars 2018

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L'air glacial du chauffage

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La porte de la salle de bains s'est ouverte toute seule.
Comme si un courant d'air s'était engouffré. Sauf que la fenêtre de la salle de bains était fermée.
Il n'y avait d'air brassé possible que celui de la soufflerie puissante du chauffage d'appoint.
Sauf que le courant d'air que j'ai ressenti était d'un froid glacial.
Le simple fait d'y penser me donne la chair de poule et me glace les os.
La séquence fut assez brève. Mais perturbante.
Je ne sais pas ce qui précède, mais il semble que je sois en train de me préparer.
Je viens peut-être de prendre ma douche, ou je m'apprête à le faire.
Nous sommes en hiver. Il y a un petit chauffage mural que j'actionne toujours.
Mais pour aller plus vite, et pour mon confort, j'y ajoute celui d'appoint que je branche près du lavabo.
Le temps de boire mon café est la salle de bains est à bonne température pour que je m'y déshabille.
Je vois parfaitement le dallage de carreaux de ciment que j'adore, Années 30, d'origine,
ce damier à petits carrés blancs et vert pomme, adorable, je vois la porte fermée avec sa patère,
où mon peignoir est suspendu sur son cintre, à sa place, et je crois entendre le souffle du chauffage.
Il ne se passe rien avant, cela commence sur cette image de mon peignoir sur son cintre,
suspendu à la patère, contre la porte de la salle de bains qui est fermée. Elle s'ouvre soudain.
Je vois que personne ne l'a ouverte. Personne n'est derrière la porte.
Et un air froid vient sur moi. Me passe dans les jambes. Me glace les membres. Et ça s'arrête.
Je me réveille en panique. Terrifié. Bouleversé. Terriblement mal à l'aise. De ce qui était un cauchemar.
Je m'assieds dans mon lit, calé dans mes oreillers, dans le noir, et j'essaie de comprendre.

Rien n'était plus ordinaire que cette scène de salle de bains. Très courte. Mais dérangeante.
Qu'est-ce qui avait ouvert la porte de la salle de bains ? Qu'est-ce qui se tenait derrière ?
Et que je ne voyais pas. Et qui me menaçait ? Si bien qu'il était urgent que je me réveille ?
Pourquoi ai-je le sentiment de m'être débattu pour sortir de ce rêve ? D'avoir lutté pour le faire ?
Je suis dans tous mes états et j'essaie de reprendre mes esprits. De me calmer. De me rassurer.
Evidemment, l'épouvante venait du fait que personne n'était derrière la porte. Il n'y avait personne.
Mais je savais que la porte n'avait pas pu s'ouvrir toute seule. Le froid. Me reprend dans les cuisses.
De ce froid de sueurs froides. Et cette présence invisible qui venait me chercher...
Une hypothèse. Je viens de faire de l'apnée du sommeil. Peut-être que je ne respirais plus.
Et que mon cerveau a mis en scène cette chose qui venait pour me prendre. Et qu'il me fallait fuir.

Plus terrifiante invisible que si elle avait eu n'importe quelle apparence. Je ne respirais plus.
Il me fallait me réveiller. De toute urgence. Me réveiller. Et respirer. Pour ne pas mourir.
Je revois la porte s'ouvrir. Le mouvement du peignoir. Et cette révélation qui m'a glacé jusqu'au sang.
Rien derrière. Personne. Ou pire encore. J'essayais de me calmer. De reprendre mes esprits.
Je venais d'échapper à la mort.
 

Philippe LATGER / Mars 2018

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Les drames de la misère

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Antoine voulait être un homme. Ce n'était pas une mince affaire.
Lorsqu'il fallait d'abord savoir de quoi l'on parlait.
Son père était un magnat de la finance qui s'était fait tout seul, avait bâti un empire.
Et avant d'être un homme, Antoine était un héritier.
Etre un homme consistait d'abord à s'émanciper, à avoir son existence propre.
Prouver qu'il pouvait faire son chemin sans l'aide ni l'influence de son père.
Le prouver à son père. Le prouver au reste du monde. Se le prouver à lui-même.
Il n'avait eu aucun goût pour les études. Aucun goût pour l'effort.
N'avait dépensé de l'énergie que pour dépenser de l'argent. Faire la fête. Acheter ses amis.
Et Antoine était furieux. Furieux contre lui. Contre sa paresse et sa désinvolture.
Quand être un homme devenait secondaire face à la nécessité de savoir ce pour quoi il était fait.
Tout pouvait l'intéresser vaguement, surtout les filles, mais il n'avait de passions pour rien.
Son frère, dès la petite enfance, avait nourri une passion pour les chevaux qui ne s'est jamais éteinte.
Sa sœur avait toujours été attirée par le monde médical et a pris du plaisir à ses études de médecine.
La plupart de ses amis savaient peu ou prou ce qui les animait, ce qui leur plaisait et où ils allaient.
Antoine n'avait aucune idée de ce qui pouvait donner un sens à sa vie. A part prendre du plaisir.
A part jouir de la fortune de son père et de sa condition. A part haïr son père, responsable de ses échecs.
S'il détestait son père, c'était pour s'épargner lui-même, ou faire diversion, il en était conscient.
Antoine savait que la colère qu'il vouait à son père était l'expression d'une frustration et de sa honte.
Il lui arrivait de se faire pitié lui-même. Ne supportait pas ses propres faiblesses et son inconséquence.

Etait exaspéré par son indécision, son inutilité, son manque de constance, de volonté et d'ambition.
Quand il s'ennuyait partout. Pour la raison simple qu'il s'ennuyait lui-même, avec lui-même, 
qui n'avait ni talents ni projets, aucune prédisposition, aucune vocation, et rien à apporter à quiconque.
Il savait que ceux qui lui manifestaient de l'admiration ou de l'intérêt étaient malhonnêtes.
Qu'ils en voulaient seulement à l'argent et à l'influence de son père. Ce qui le rendait fou de rage.
Et son plaisir, dans cette farce hypocrite, était d'humilier ceux qui cherchaient ses faveurs.
Antoine n'avait pas de vrais amis. Il le savait bien. Juste une cour d'enfoirés qui le méprisaient.
Et tout le monde acceptait ses caprices, sa suffisance et sa cruauté puisque ça faisait partie du jeu.
Mais Antoine se méprisait lui-même encore plus profondément que les autres ne pouvaient le faire.
Consterné par sa propre impuissance. Qui n'était pas à ses yeux le meilleur atout pour devenir un homme.


 

Philippe LATGER / Mars 2018

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Le loup est sur les dents

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A la pleine lune qui revient, se peut-il que l'on se cherche encore ?
Il y a des âges où se chercher soi-même devient suspect ou pathétique.
La passion amoureuse a laissé ses morsures quelque part dans la chair. Et la chair en a la mémoire.
Et le manque est une douleur. Qui s'ouvre dans un ciel nuageux, contrarié, aux désordres du vent.
Perpignan est une prison. D'une cruauté sans pareille. Où la tramontane ne s'arrête jamais.
Elle passe. Fond sur la mer. S'enfuit vers le large. Laissant les hommes sur place. Entre quatre murs.
Les yeux par la fenêtre ne voient même plus la beauté des amas de galets remontés par la houle.
Ces pierres polies par la rivière qui ont soulevé des murailles, des églises et des maisons de maîtres.
La cathédrale ne tient plus ses promesses. Et les platanes ont jeté l'éponge. Le vent a tourné.
Tout ce qui était beau devient sec et hideux. Tout ce qui attirait dégoûte. Le temps a tout brisé.
Le temps de la chute. Celui de la rédemption. Celui du bonheur absolu. Celui des arrangements.
Le champ des possibles est devenu stérile. Le ciel s'égoutte. Mais le printemps n'annonce rien.
Il vient. Il arrive. Les mains vides. Et les ruelles de la cité ne mènent plus nulle part. Elles s'enroulent.
En boule. Contre la neige et le vent. Au lieu d'ouvrir ses voiles pour décamper et prendre le large.
Perpignan est une prison. Qui fait le dos rond. Contre l'hiver. Qui tourne en rond. Ou à l'envers.
Et la lune s'effiloche dans ses débris de nuages nacrés, violacés, anisés, qui s'arrachent et s'enfuient.
Du coton qui s'étire, se déchire, dans la lumière d'un halo verdâtre et troublé, emporté en bourrasques,
dans un train qui s'éloigne, avec le peu d'espoir qui restait aux cœurs insomniaques parce que découragés.
Le vaisseau boursouflé de la porte est éclairé pour rien sur les quais de la Basse où plus rien ne se passe.
Le Castillet ventru s'est échoué, calé violemment dans un coin de vieille ville avec sa prise au vent.

Le printemps va traîner comme il peut ses effets galvaudés, annoncer un été, un de plus,
où tout sera pareil, feindra l'enthousiasme pour maintenir son rôle, n'y croyant plus lui-même,

puisque l'automne suivra, et un nouvel hiver, revenant encore et encore à la case départ.
La nuit ronge le bronze et le marbre veiné. Luttant pour ne pas s'éteindre une nuit de pleine lune.
Aux fontaines sèches. Aux façades arides. Quand l'amour ne donne plus la force de rire de ce chaos.
Sans lui, la menace est réelle. Et nous sommes perdus. On ne rit plus. Il est l'heure de disparaître.
Aucun regard pour rallumer le ciel. Pour habiter la ville. Pour la rendre vivable. Pour attendre la suite.
Aucun sourire sous des cils alignés pour nous sauver de là, repousser le néant, échapper à la farce.
La force du renoncement vient de la solitude. Qui rampe triomphante dans les chambres désertes.
A quoi faut-il s'attendre si personne ne vient ? Et l'on n'attend plus rien si l'on n'attend personne.

Le café pour tenir le rituel. Le café pour tremper le tabac. Au souffle d'une nuit qui démonte le monde.
La lune plie boutique. Elle ne veille sur rien. Elle se sent inutile. Elle peut rentrer chez elle.
Personne pour la bader. Personne pour en rendre compte. Il n'y a que le vent et le vide autour d'elle.
Elle bave ce qu'elle boit de buvards nuageux. Elle saigne sa lumière que des ténèbres épongent.
Elle se répand. Se liquéfie. Se brouille à la fenêtre. Echappe à son orbite et aux pupilles étroites.
Sort de sa trajectoire. Vexée et déçue. Son public lui a posé un lapin. Le spectacle est usé.
Elle n'intéresse plus personne. Le vent veut la chasser. Et rien ne la retient.

Si l'on n'attend personne, c'est que l'on n'attend rien.
Les rues de St-Mathieu n'ont même plus leurs leaders, leurs dealers ni leurs chats.
Que des sacs en plastique et quelques papiers gras.
Perpignan est inerte. Offerte, sans défenses. Et le café brûlant.
La passion amoureuse s'est éteinte. Les lits sont des tombeaux où l'on ne cherche plus personne.
Sinon le sommeil. Qui ne viendra pas non plus. Faut-il attendre l'aube ? Le printemps et l'été ?
Pour les vivre avec qui ? Qui d'autre que soi-même ? Dont on a fait le tour. La cuillère à café.
Elle tinte dans la tasse. Mollement. Pour entendre autre chose que le souffle du vent.
La nuit prend son temps. La lune est congédiée. Il ne s'y passe rien. Le loup est sur les dents.
Plus rien n'est comme avant. Perpignan l'a trahi. La morsure est dedans. Et les balles d'argent.

Bien profond. Dans la viande. Il traîne la patte. L'insomnie montre son vrai visage. Celui de l'agonie.
Qui cherche le rivage. Au-delà des remparts. L'écume sur le sable. La mer qui se fracasse.
Béante dans la nuit. Et une embarcation. Un canot, une barque. A Canet. L'esquif des contrebandiers.
Le loup et la lune réunis. Prêts pour l'exil. Changer de vie ou disparaître. Par la fenêtre.
Suivre le vent. Ou les troupeaux. Suivre le sang. La chair humaine. Il vaut mieux vivre que survivre.

Pas pour les autres mais pour un autre. Un seul regard. Un seul sourire. Peut suffire. Et me sauver.


 

Philippe LATGER / Mars 2018

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L'Histoire en chantier

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Il y a de tout partout. Des vélos, des scooters, des poulets, des chiens, des attelages...
Entre deux immeubles de logements, des fourbis de tôles et de marchandises qui grouillent de monde.
Des enfants, des jeunes gens, des vieux qui fument, dans un mouvement incessant.
Et ça déborde des trottoirs, ça gagne sur la chaussée où la circulation est nerveuse.
Les échoppes côte à côte proposent des médicaments, des robes et de jantes de voitures,
dans des odeurs de fritures indéfinissables et un concert énergique de klaxons de mobylettes.
Les petites baraques d'un étage qui font la rue sont anciennes et semblent résister à la modernisation.
De bric et de broc, elles constituent de petites marées humaines, encore au ras du sol, anachroniques,
intemporelles, entre des îlots d'immeubles plus récents et plus hauts qui ont poussé où ils ont pu.
Soudain, la rue se transforme en chemin boueux, où la circulation n'est pas moins dense.
Un terrain énorme a été dégagé pour des travaux pharaoniques. Un quartier entier a dû être rasé.
Et le bruit des machines qui s'activent derrière les palissades est assourdissant.
Le flot des vélos, des scooters, des chiens et des attelages n'est pas impressionné.
Au bout de la coulée de boue malodorante se trouve un autre petit morceau de vie à l'ancienne,
avec d'autres rues et d'autres échoppes côte à côte qui vendent des médicaments et des pièces automobiles.
Mais il faut traverser un instant ce terrain où excavations et forages font trembler la terre avec fracas,
lorsqu'il faut bétonner les fondations de nouvelles tours qui s'annoncent monstrueuses.
Les mobylettes couvertes de gosses, d'animaux et de paquetages, sont indifférentes à ce vacarme
comme à la poussière de ciment et de gravats, se faufilent, zigzaguent entre les piétons, les vélos,
les flaques et les ornières, se frayant un chemin au klaxon. Il n'engueule personne. Il prévient.
Et l'on retrouve un sol goudronné, ombragé de quelques arbres d'ornement égarés, et les boutiques,
de la ville chinoise, ce grand bazar, dense, enivrant, loin des mâts titanesques de Pudong.
Au fond d'une rue, j'aperçois les silhouettes des gratte-ciels de la mégalopole du XXIe siècle,
ces colosses inquiétants qui transpercent le smog de la ville, mais je suis happé par la médina sans âge,
évitant les obstacles, mobiles, rapides, devant les échoppes où l'on échappe de justesse à mille accidents.

La cité de verre qui défie l'Amérique est sur l'autre rive. Mais je comprends vite une chose.
C'est l'esprit de compétition qui l'emporte sur celui d'une revanche. Il y a là quelque chose de sain.

Qui pourrait rassurer ceux qui se sentaient menacés. Ils ont choisi nos armes et se battent sur notre terrain.
Avec nos règles. Et nos contournements des règles. Ont retrouvé leur culture ancestrale du commerce.
Et la fièvre que je sens n'est pas celle de l'hostilité mais celle de l'émulation. Qui flirte avec l'euphorie.
La concurrence stimule autant que le conflit. Le challenge autant que la rivalité. Quelque chose de sain.
Quand j'observe partout que les Chinois ne veulent pas détruire les Américains mais vivre comme eux.
Depuis les hôtels de luxe du Bund, la skyline de Pudong semble ne menacer personne.
Elle hurle à qui veut l'entendre que la Chine est de retour, avec tout le clinquant qui s'impose.
Qui contraste et qui, à la comparaison, rend ses lettres de noblesse aux façades sobres et élégantes
du quai art déco de la ville des Années 30 qui lui fait face avec un mélange d'indulgence et de mépris.
De vieux diplomates occidentaux continuent à siroter leurs cocktails dans les salons des grands hôtels.
Comme si l'époque coloniale prospérait encore sur le commerce de l'opium au son des gramophones.
Hong Kong est une métropole mondialisée depuis longtemps, au même titre que toutes les métropoles
anglo-saxonnes, qui ressemble à celles d'Amérique et d'Australie. Shanghai, c'est autre chose.
C'est l'accident urbain de son siècle comme New York le fut au siècle dernier.
C'est ce même chaos fantastique. La naissance d'un Everest à la tectonique des plaques.
Qui soulève et révèle avec sa modernité toutes les couches antérieures, la Chine révolutionnaire,
la Chine coloniale, et la Chine éternelle, dans un même mouvement ascensionnel.
Dubaï est moins une ville qu'un parc d'attractions. C'est Las Vegas au format de notre temps.
Mais Shanghai. C'est la ville. La ville dans tous ses états. Dans tous ses excès. Bouleversante.
Que je découvre et que j'embrasse avec émotion. L'impression d'assister à l'Histoire.
Sur la terrasse d'un hôtel de luxe où j'observe en fumant le vénérable Huangpu,
ou dans la chambre d'un quartier populaire où je découvre des jeux et des fictions à la télévision,
je me sens vivant, comme chaque fois que je tombe amoureux. Je tombe amoureux. De la Chine.
Des Chinois. Avec ma myopie. Mon inculture. Ma fascination. Parce que je sais peu de choses.
Parce que cela entretient un mystère. Qui me convient. Qui me chamboule. Qui m'émerveille.
Heureux d'être où je suis. Dans ce monde. Où l'énergie de la rencontre est plus forte que tout.
Où le confort de la connaissance est pulvérisé, avec l'ennui, par l'aventure du coup de foudre.
Confronté à toutes nos différences, à tous nos points communs, à mes propres limites.
Et au plaisir permis d'aimer l'espèce humaine.

 

Philippe LATGER / Février 2018

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Sous des pins à crochets

Publié le

Aux ruelles étroites et aux volets fermés,
aux fontaines et aux sources, comme aux dénivelés,
le clocher est stoïque, contre les Pyrénées,
sur des toits en pagaille imitant les sommets.

Le village résiste même s'il semble figé.
S'il n'a plus son école, il n'a plus son curé.
Est-ce qu'il respire encore, au rocher agrippé ?
Des chats règnent en maîtres sous des pins à crochets.

J'y use mes chaussures et vais, désorienté,
entre les vieilles pierres et le marbre déformé,
à trouver des sculptures et des porches cintrés,
qui ouvrent grand leurs gueules mais qui restent muets.

Les enfants sont partis et les vieux enterrés.
Les uns ont tout vendu, les autres n'ont rien gardé.
Ils sont tous dans la plaine. Regardent la télé.
Loin des tas de cailloux qui jouent à chat perché.

 

Philippe LATGER / Février 2018

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