Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ce qu'il reste à ceux qui restent

Publié le

Regretter quelqu'un est encore une façon de l'aimer.
Et parfois aime t-on mieux les gens en les quittant quand restant avec eux.
Je ne sais pas vous, mais moi, j'aime bien aller là où l'on a envie de moi.
Et je préfère être seul qu'avoir cette impression d'être de trop.
Partir, c'est bien. C'est souvent un moyen de savoir ce que l'on a dans le ventre.
Et cet autre qui ne dit rien dira trop tard qu'il vous aimait toujours.
Eh bien oui. Je préfère partir et entendre que l'on m'a aimé que rester et ne rien entendre du tout.
J'aime bien aller là où l'on veut de moi. J'aime bien être là où je me sens utile.
Regretter quelqu'un est toujours une façon de l'aimer.
Et c'est toujours ce qu'il reste à ceux qui restent.

 

Philippe LATGER / Avril 2018

Voir les commentaires

Société 2.0

Publié le

Les nouvelles technologies n'ont jamais tant de valeur
que lorsqu'elles aident l'Homme à s'en émanciper.

 

Philippe LATGER / Avril  2018

 

Voir les commentaires

A 13 ou 14 ans

Publié le

13 ou 14 ans. Une volée de moineaux. Des gosses mal dégrossis. Arrivant de partout. Qui s'attroupent.
C'est une sorte de square, assez vague, à pigeons, entre le lycée Arago et la place de Catalogne.
Où l'on a stocké des sculptures mémorielles, dont le monument à Louis Torcatis. Au bord de l'autoroute.
De cette quatre-voies qui traverse la ville, où se mélangent le trafic national et la circulation de quartier.
C'est l'heure de la sortie des bureaux, de la sortie des cours. L'affluence et l'électricité de midi.
Le tout dans la lumière aveuglante d'une belle journée d'avril et du printemps triomphant.
Ce dernier travaille les hormones de toutes les espèces animales comme il travaille tout le vivant.
Y compris les adolescents de 13 ou 14 ans. Qui courent, alertés par des notifications ou des sms.
Trop jeunes pour sortir du lycée Arago. Ce sont des collégiens. Aux silhouettes encore enfantines.
Il y a un attroupement et du mouvement. Au milieu de ce square ni fait ni à faire, au bord de la Basse.
Un carré que j'aurais loti depuis longtemps. Et construit. Un bel endroit où construire des immeubles.
Ne serait-ce que pour fermer la place de Catalogne, que cette dernière trouve son équilibre définitif.
Quand je pense que l'on a détruit le Nouveau Théâtre pour faire cette énorme résidence que l'on aurait pu
aussi bien bâtir sur ce carré de jardin qui ne sert à rien ni à personne, qui offre au trafic routier national
le spectacle de pigeons malades le disputant à des SDF et des punks à chiens à la dérive avec leurs bières,
dans un cimetière d'ouvrages dont on n'a su que faire, déposés là comme en attente, faute de mieux,
sur les vestiges d'un parcoville à l'abandon dont on n'avait pas démonté les kiosques... A suivre. A étudier.
Mais il m'a toujours semblé que cet espace était perdu, n'ayant jamais trouvé sa fonction et sa raison d'être.
Il y a déjà un jardin sur la Basse, le jardin Terrus, à un jet de pierre de là, une place de Catalogne qui est
l'entrée de la ville s'il en est, dans l'axe de l'avenue de la gare... Ce square ne sert à rien, bâtissez-le.

Et c'est là, au milieu de cet îlot d'édicules, des monuments aux morts et des pigeons malades,
flottant comme égaré au milieu d'un océan de circulation automobile hystérique, que les gosses s'agitent.
Comme dans une cour de récré, ni plus ni moins. On sent qu'il y a eu dans les membres une énergie
contenue trop longtemps à rester assis et enfermé en classe, qui ne demandait qu'à exulter. Et ça exulte.
Vu de loin, on ne sait pas trop si ça joue au foot, si ça joue à des jeux de cours de récré,
où tout est prétexte, avec ou sans ballon, à se courir après, à se dépenser, à transpirer les tensions.
Mais en fait, l'affluence et son excitation sont telles, que l'on y regarde machinalement de plus près.
Deux protagonistes étaient encouragés par un public survolté qui les encerclait en formant une arène.
Ils dansaient. Sans musique. Comme à ces battles de Hip Hop ou autres street dances de la culture urbaine.
Deux garçons. Dont la danse était gauche. Sportive. Violente... Les deux gars se foutaient sur la gueule.

Des passants ne s'y arrêtaient pas. Les adultes allaient à leurs destinations faisant mine de ne rien voir.
Dans la société contemporaine, personne ne se serait risqué à intervenir de quelque façon que ce soit.
L'hilarité et l'allégresse du public adolescent étaient telles que l'on pouvait fort bien se convaincre que
ce n'était rien de grave, ces gosses étaient en train de s'amuser, de chahuter, des trucs de leur âge.
Sauf qu'à la violence des coups de poing que s'assénaient les deux garçons, on était en présence
d'un petit Fight Club, où les gars devaient manifestement défendre leur honneur ou prouver leur virilité.
Les efforts des féministes américaines démocrates de Californie avaient échoué sur ce coin de territoire.

Le politiquement correct et la propagande de Hollywood n'avaient eu aucune prise sur ces collégiens.
A l'heure des #MeToo et Time's Up qui, outre les violences faites aux femmes, le harcèlement,
sexiste ou sexuel, interrogeaient la société sur les rapports entre les sexes et sur les rôles de chacun d'eux,
à l'heure où l'on s'interroge sur le genre, les codes, ce qu'est le féminin et le masculin, ces adolescents
nous ramenaient ici, à Perpignan, à des instincts, archaïques ou à contre-courant, mais tenaces.
Pour eux, un homme doit savoir se battre. C'est leur définition de la virilité. Le rapport de force.
Bien habillés, les deux gamins n'étaient pas des racailles mais d'une classe moyenne éduquée.
Et peut-être, leur statut social, en plus de leur sexe, participait-il aussi au devoir d'en faire trois tonnes,
puisque nous étions dans une démonstration, que ces deux garçons avaient des choses à prouver.
Mais le plus atroce n'était pas tant les deux jeunes pré-ados aux joues rouges en train de se battre.
C'était leur public. Une marée de collégiens boutonneux qui se réjouissaient du spectacle.
En cercle autour des deux fighters, ils filmaient la scène avec leurs portables et les acclamaient.
Réagissant à chaque coup porté. Garçons et filles. Puisque, c'était frappant, les filles n'étaient pas en reste.
Plus loin, sur le pont de la Basse, des retardataires couraient pour en manquer le moins possible.
L'info était virale pour la petite communauté, alertée par les images diffusées sur les réseaux sociaux,
et des filles se blottissaient en riant et en piaffant, pressant le pas et se frottant les mains, émoustillées,

gloussant comme on glousse toujours à propos de l'autre sexe à 13 ans, impatientes de voir de leurs yeux
la parade nuptiale des deux mâles au combat, à la saison du brame.

Etait-ce un règlement de compte, un duel qui avait tourné à l'événement ou un rite de passage ?
Spontanée ou organisée, la baston entre les deux puceaux galvanisait leurs camarades. Féroces.
Un coup particulièrement violent porté à la mâchoire souleva une clameur d'admiration.
Et plusieurs réactions de ce type pouvaient laisser penser qu'il y avait des règles et que c'était arbitré.
Depuis les gladiateurs aux jeux du cirque à ce spectacle contemporain, en passant par les Années 50
et leur jeunesse telle qu'immortalisée dans La fureur de vivre ou West Side Story, définitivement,
les féministes, s'ils peuvent sans doute sensibiliser l'opinion aux violences faites aux femmes,

auront bien des difficultés, même avec l'éducation et la culture, à lutter contre les hormones,
quand on voit à quel point, chez nos propres enfants, à cinquante ans de Mai 68, les rôles sont définis,
dans la différenciation des sexes, entre les garçons et les filles, et à quel point le machisme a encore
de beaux jours devant lui, quand ce n'est pas la créature des hommes pour asservir les femmes,
mais le rapport animal et primitif entre les sexes où la séduction passe par la violence entre les mâles.
Cela n'a jamais été la guerre des sexes, mais toujours la sélection du mâle géniteur par la force physique.
La force sociale relève de la même logique, puisqu'il ne s'agit pas pour les femmes de choisir un homme
qui pourra les dominer physiquement et financièrement, mais qui pourra protéger leur famille, leur foyer,
ou subvenir à leurs besoins. Ce système n'aurait jamais pu perdurer sans l'adhésion des femmes.
Qui n'ont jamais été une minorité. Et la moitié de la population, que les femmes ont toujours constitué,
est mécaniquement co-responsable de la société dont elle participe, lorsque concernant le machisme,
ce n'est pas l'invention des mecs pour soumettre les femmes, mais ce que les femmes ont toujours
attendu d'eux, les épouses comme les mères, qui ont invariablement élevé leurs garçons dans ce sens.
Un garçon, ça ne pleure pas, c'est fort et ça défend sa famille. Et à la jubilation de ces collégiennes,
minaudant au spectacle de ces deux garçons se battant pour prouver leur virilité et leur plaire,
séduites et flattées, comme des doñas derrière leur éventail aux arènes admirant la bravoure du torero,

on découvre que chacun, à sa place, sait très bien ce qu'il fait et pourquoi il le fait.

 

Philippe LATGER / Avril 2018

Voir les commentaires

C'est comme disparaître

Publié le

Je ne suis pas heureux sans amour. Je ne suis pas heureux si je ne suis pas amoureux. Je n'y arrive pas.
La joie est feinte. Le sourire est amer. Et je vieillis à vue d'œil. Je ne suis pas bien dans cette peau.
Que personne ne baise. Que personne ne caresse. Je ne la supporte plus.
Je ne suis pas heureux si je ne suis pas amoureux.
Les journées passent pour rien. Les journées, les semaines et les mois.
Pour qui me réveillerais-je le matin si ce n'est pour quelqu'un ?
Je me lève pour personne. Et je me lève pour rien.
Je me fous du succès. Je me fous de la reconnaissance. Je me fous de l'estime et de la vie publique.
Je n'ai besoin que d'un regard. Que d'un sourire. Un seul prénom suffit. Et je deviens invincible.
Je me fous de la gloire et du nombre. Je ne puise ma force que dans l'intimité.
Quand même ma famille, même mes amis, ne peuvent remplacer ni compenser cette énergie vitale.
Ils sont là. Autour de moi. Rayonnants et fidèles. Et j'ai envie de chialer.
Mon père. Ma sœur. Mon frère. Mes nièces. Les compagnons des uns et des autres.
Et puis ces amis d'enfance, ceux qui m'accompagnent depuis la maternelle, le primaire, le collège.
Ceux que je connais depuis le lycée. L'université. Ceux que j'ai rencontrés ensuite.
A Montréal. A Paris. A Perpignan. Que j'admire pour leurs qualités d'âme. Leur générosité.
Leur sens de l'humour. Leur vision du monde. Que j'aime aussi pour leur vision de moi-même.
Cette façon de me voir qui me valorise, qui me questionne, qui me grandit, qui me bouscule.
J'aime mes amis pour leur honnêteté. Leur franchise. Et plus qu'eux-mêmes, j'aime notre relation.
Quel que soit le nom qu'on lui donne. Amitié ou amour. J'aime ce trésor précieux qu'est la confiance.

Mais, aussi chers soient mes proches, de ma famille ou de mes amis, aussi merveilleux soient-ils,
ils ne peuvent m'apporter cette énergie physique, mécanique, organique, que porte l'amour amoureux.

J'ai mordu dans le fruit et j'ai le goût du sang. Accro à l'ocytocine. La dopamine. Accro à ces euphorisants.
Quand j'ai conscience que mon état de manque fait de moi un toxico. Je suis accro à l'état amoureux.
Plus fort que le sexe. Plus fort que la musique classique. Plus fort que toute la beauté de ce monde.
Quand plus rien n'a de sens à mes yeux. Ni le retour du printemps. Ni la chaleur du soleil sur ma peau.
Je ne ressens plus rien. Tout m'échappe. Et c'est comme disparaître. Je n'existe plus.
Je pleure sans émotion sur le citronnier superbe dont la beauté ne sert plus à rien.
La baie de Rosas sous le ciel bleu est devenue ordinaire. Et la nourriture n'a plus aucun goût.
Le plus détestable des gâchis. Je suis vivant et je ne vis pas.

C'est étrange. D'une étrangeté sans charme. Sans intérêt. Sans relief. Etrange de perdre son temps.
De perdre sa vie et ses nuits sans amour. De flinguer ses chances et son existence à ce point.
Comment peut-on dormir seul ? Si ce n'est en rêvant de l'être qui nous manque ?
Comment s'endormir si ce n'est en songeant à l'être aimé ? Pourquoi se lever le matin ?
Quelle est votre motivation ? Vous qui n'êtes pas amoureux, à quoi vous accrochez-vous ?
Vos responsabilités ? Votre carrière ? Vos clients ? Vos patients ? Vos élèves ? Votre œuvre peut-être ?
De l'œuvre, parlons-en ! Comment fait-on quand son matériau est le sentiment amoureux ?

De quoi vous parler si je ne vis plus rien ? Si plus rien ne m'inspire ?
Panne sèche. Je n'ai plus de carburant. Je ne vis rien. Je n'éprouve rien. Et je n'écris rien de bon.
Je tourne en rond. Quand je n'ai personne à séduire. Personne à découvrir. Personne à vénérer.
Personne à convaincre. Personne à impressionner. Personne à qui penser. Personne à attendre.
J'ai le souvenir de la drogue que c'est. Le désir. L'incendie du désir. L'urgence et l'éternité.
D'exister pour quelqu'un. Quelqu'un à qui l'on veut plaire. Qui nous oblige à faire mieux.
Qui nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes, à repousser nos limites, à nous dépasser.
J'ai le souvenir de la force de ce seul regard, qui me défiait, d'être aussi beau qu'il pouvait me voir,
d'être aussi brillant, aussi intelligent, créatif, réactif qu'il m'imaginait, il fallait être à la hauteur.
Quel merveilleux challenge. Etre digne de l'amour qu'on vous porte. Ne pas décevoir. Répondre.
Surprendre. Et se surprendre soi-même. De ressources inconnues. Inestimables. Sous-estimées.
Se révéler à soi-même. Ouvrir les yeux sur soi et sur le monde. Qui devient beau avec vous.
Qui devient sublime avec votre histoire. Et le citronnier reprend des couleurs.
Et la baie de Rosas devient l'endroit exact où vous devez être au moment où vous y êtes.
Je suis en manque. De la respiration qui n'est pas la mienne. De la chaleur qui n'est pas la mienne.
De l'intimité amoureuse.


Je ne suis pas heureux sans l'amour. Ma raison de vivre. Et je ne dors plus.
Ces insomnies. Je le sais. Ce n'est pas parce que je suis inquiet pour l'avenir ou pour mon entreprise.
Quand je me fous bien de l'un comme de l'autre. Mais parce que je n'ai personne à aimer.
Ce n'est pas même la solitude. Qui est une vieille amie dont j'ai toujours apprécié la compagnie.
Vivre seul ne m'a jamais posé de problèmes. Et ce n'est pas parce que je dors seul que je ne dors pas.
C'est parce que je n'ai aucun regard dans les yeux au moment de m'endormir ou de me réveiller.
C'est parce que je n'ai aucun baiser dans ma bouche. Aucun prénom sur les lèvres.

Bien sûr. Rien n'est plus doux que dormir avec l'être qu'on aime. J'ai connu ce bonheur magnifique.
De partager la chambre. De partager la nuit et la grasse matinée. De partager un lit. Des oreillers.
Partager la chaleur du sommeil. L'agitation des rêves. Et la fraîcheur du drap qui s'est dérobé.
Rien n'est plus voluptueux que s'endormir en confiance, sans craindre ni la mort ni le lendemain,
dans la respiration de l'autre, dans l'odeur de ses cheveux, de sa peau, qui compose un parfum érotique
avec celle du tabac, de la lessive dans la housse du traversin, des senteurs qui s'harmonisent,
avec les plus âcres d'entre elles associées au plaisir, à la sécurité, au bonheur d'être en vie.
Il y a ce corps étranger qui s'abandonne près de vous, contre vous, et sa confiance inspire la confiance,
et l'abandon autorise le lâcher prise, comme dans l'acte sexuel, où perdre le contrôle devient possible.
Je n'ai pas sa cuisse contre ma cuisse. Le creux de son genou pour épouser le mien. Peau contre peau.
Pour m'enivrer de la chaleur animale qui vous arrache au temps.
Mais je n'ai pas non plus l'espace de mon lit pour moi tout seul où chercher son parfum,
à chercher sa main et sa voix, à rêver son prénom avec un sourire à l'épreuve de la distance,
d'une frustration délicieuse, le temps d'une séparation, d'une impatience qui n'empêchera pas le sommeil.
J'ai connu l'amour fou. J'ai connu l'amour simple et tranquille. Aussi puissants l'un que l'autre.
Mais ici je n'ai rien. Ni personne. Pas même le sommeil. Puisque je ne dors plus.

 

Philippe LATGER / Avril 2018

Voir les commentaires

L'espace de liberté

Publié le

L'air manque. A la conscience. Du temps passé. Et claustrophobe. C'est la panique.
Mon père avait ce voilier dont les couchettes me terrorisaient. Comme des tiroirs de morgue.
Ce n'était pas le lit que l'on pouvait construire au milieu en modulant des banquettes que l'on déstructurait.
Mais ces cavités étroites creusées dans la coque, allongées sur les flancs du bateau, à même la résine,
dans lesquelles il fallait s'enfourner comme pour passer un scanner, deux sarcophages de fibre de verre.
Ce qui m'impressionnait enfant était l'idée du réveil en sursaut, et le risque de s'y cogner la tête,
quand il était impossible de s'y asseoir, de se dresser d'aucune façon, tant le plafond était bas.
Dans ces tunnels qui sentaient le plastique, la voûte refermait l'espace sur vous, très près de votre visage.
Trop près. La paroi du dessus permettait à peine de se redresser sur ses coudes, tout au plus.
Quand il était difficile de tenir ces derniers loin du corps. Impossible d'étendre les bras et de les lever.
La seule position du gisant était finalement permise. Bien raide. Bien sage. Les bras le long du corps.
Au mieux croisés sur la poitrine. J'imaginais un sommeil agité, où le corps aurait été corseté, par force,
sans l'espace minimum d'un lit classique où l'on peut en dormant se tourner, se retourner, s'ébrouer.
Impossible de changer de position. De relever une jambe. Et cela était cauchemardesque à mes yeux.
Entraver à ce point notre corps. Le contraindre. Le priver de sa liberté autonome de mouvement.
Cette liberté qui nous échappe dans notre sommeil. Et j'avais des idées d'emprisonnement. De camisole.
De ces lits de torture dans les hôpitaux psychiatriques sur lesquels on attache les fous dangereux.
Comment pouvait-on s'endormir tranquillement dans une position pareille, dans ces gaines oppressantes,
sans anticiper la panique qui me semblait inévitable, à la sensation de se réveiller dans son propre cercueil.
On ne pouvait en faire sauter le couvercle et s'en sortir qu'en se hissant vers l'arrière. S'en extirper.

L'angoisse du temps qui se resserre sur moi me rappelle l'angoisse que m'inspiraient ces couchettes.
Manquer d'air. Manquer d'espace. Dans ce voilier où j'apprenais que l'on pouvait se noyer sans eau.

Se noyer dans l'effroi. Bien au sec. Dans le seul verre d'eau de son imagination. De son cerveau.
L'horizon se réduit. La perspective. La profondeur. Tout rétrécit. La respiration devient difficile.
Et du voilier, je préfère le pont, pour embrasser le ciel et l'environnement où tout semble possible.
Dormir à la belle étoile. Quand l'idée de l'infini est une caresse. Une promesse. Un mystère accueillant.
Où rien de ce que l'on ne comprend pas ne peut être perçu comme une menace. Mais comme une chance.
Quelque chose d'amical et bien intentionné. Bienveillant. Agréable. Voluptueux. Où aller en confiance.
Et la couchette n'est plus un tombeau. Le corps n'est plus une prison. Ce qui enferme disparaît.
Lorsque le temps lui-même n'est plus une geôle mais un espace de liberté.

 

Philippe LATGER / Avril 2018

Voir les commentaires

L'entonnoir

Publié le

Les pionniers. Les poignées. D'urinoirs en baignoires.
Poings liés. Pied de nez. Les Pieds Noirs en peignoirs.
La mémoire. Quelle histoire.
Anti-inflammatoire.


 

Philippe LATGER / Avril 2018

Voir les commentaires

A mon échelle

Publié le

Je devrais dormir par terre. Où le temps passe moins vite qu'à cinquante centimètres du sol.
Sur un matelas jeté sur le damier de carreaux de ciment, je dormirais plus longtemps.
Je vivrais plus longtemps. Au plus près du centre de la terre. Physique quantique.
Contre l'épuisement. La lassitude. A mon corps qui vieillit. A mon cœur qui refroidit.
Une semaine... ça file comme une balle. Dans cette bulle du présent. D'un peu après. Un peu avant.
Mes yeux sont tirés. S'allongent. Se brident. Sous le poids de paupières gonflées. La fatigue.
Qui pèse. Dans la peau. Le visage. La douleur dans le dos. D'étranges manifestations.
Qui m'inquiètent. Qui m'intéressent. Qui me désolent. Qui m'amusent. 
Le temps se vrille. La perception du temps a changé. Même à cinquante centimètres du sol.
Cette chose qui me manque. Cette chose que je prends. Cette chose que je perds.
Le temps. Quelle affaire ! Est-ce que cela existe vraiment ?
A mon épuisement, j'en doute. Au plus près du centre de la terre.
Une semaine. Un claquement de doigts. Un battement de cils. A mon échelle.

 

Philippe LATGER / Mars 2018

Voir les commentaires

Faire ou ne pas faire

Publié le

Tout est possible. Même l'échec. Même la douleur. Même la solitude.
Nous sommes libres. Libres de choisir. C'est nous qui décidons.
Nous pouvons choisir d'être bourreau ou victime. Consentant ou non.
Nous avons le pouvoir. De décider. Pour nous-mêmes. D'être libre ou de ne pas l'être.
La seule chose que nous ne choisissons pas, c'est de naître. Voilà qui est dit. Voilà qui est fait.
Mais passé ce cap, celui de cette venue au monde que nous n'avons pas demandée,
du moins pas à notre connaissance, c'est nous qui tenons la barre.
Nous pouvons choisir de choisir ou de subir, d'être dominant ou dominé, actif ou passif.
Et si nous n'avons pas choisi de naître, nous pouvons choisir de vivre ou de mourir.
De comment vivre. De comment mourir. Nous avons la liberté du bonheur. Celle du suicide.
La liberté de vieillir. La liberté d'aimer. Celle de haïr. De faire le bien ou le mal. Nous sommes libres.
Qu'on l'assume ou non, qu'on la comprenne ou pas, nous avons cette responsabilité.
Pour nous-mêmes. Pour les autres. Qu'on l'accepte ou qu'on ne l'accepte pas, nous sommes responsables.
De nous-mêmes. Comme des autres. Parce que nous sommes libres. Parce que nous avons le choix.
Et que nous ne cessons de choisir. A chaque instant. A chaque situation. La vie n'est faite que de ça.
Des choix. Calculés ou aléatoires. Parler ou se taire. Agir ou ne pas agir. Tourner à droite ou à gauche.
Nous passons nos vies à renoncer à des choses pour en choisir d'autres. A faire des choix.
Comme celui de les assumer ou non. Quand chaque option a ses avantages et ses inconvénients.
Je pèse le pour et le contre. Le bénéfice comme le prix à payer. Tout bien réfléchi, je choisis ceci.
En connaissance de cause. Et ne m'en prendrai qu'à moi-même si je ne supporte plus les désavantages.

Quand personne n'a décidé à ma place de me mettre dans telle ou telle situation.
J'ai le droit de ne plus me rappeler pourquoi j'avais choisi ceci, ou d'avoir sous-estimé les inconvénients,

mais n'ai pas le droit de reprocher à d'autres des choix que j'ai faits moi-même.
J'ai le droit de changer d'avis. De revenir sur ma décision. De choisir cela quand j'avais choisi ceci.
Quand rien n'est définitif. A part la mort peut-être. Du moins vu depuis nos vies.
Ainsi, si je ne reconnais plus mon choix, si je ne le comprends plus, je peux en faire un autre.
Comme je peux choisir de ne rien changer, de me plaindre, de pleurer sur moi-même et de baisser les bras.
Qu'il est doux et réconfortant d'en prendre conscience. La force que ça donne. De savoir que l'on en a.
De prendre la pleine mesure de son pouvoir, de sa puissance. La liberté. La responsabilité.
Individuelle. Collective. D'être heureux ou de ne pas l'être. Pour soi et pour les autres.

Je voudrais tout vivre et tout faire. Ecrire. Composer. Peindre. Mettre en scène. Publier. Commenter.
Créer et interpréter. Etre auteur et acteur. Journaliste. Politique. Ecrivain. Musicien. Intellectuel.
Je voudrais tout vivre et tout faire. Voyager et rester chez moi. Aimer les hommes et les femmes.
Avoir des enfants et n'en avoir pas. Vivre en couple et être célibataire. Etre seul et accompagné.
Que choisir quand on aime tout ? La ville et la campagne. La mer et la montagne. Le jour et la nuit.
J'envie ceux qui savent ce qu'ils n'aiment pas. Ceux qui n'ont pas l'embarras du choix.
Ceux qui savent qu'ils sont chrétiens, de gauche, hétérosexuels, végétariens et supporters du Barça.

Je me noie dans mon verre d'eau. Moi qui veux l'Europe et l'Amérique. Le Nord et le Sud.
Etre locataire et propriétaire. Dans l'ombre et dans la lumière. Devant et derrière une caméra.
Ce n'est pas que je veuille tout mais que tout m'intéresse. Quel chemin choisir ? Quelle carrière ?
Quelle orientation ? Quel cursus scolaire ? Les lettres ou les sciences ? Barcelone ou Paris ?
J'aimerais pouvoir tout faire. Photographe. Poète. Chroniqueur. Producteur. Nounou et diplomate.
Dois-je diriger une entreprise ou une association ? Dois-je diriger ou enseigner ? Guider ou apprendre ?
Transmettre ou inventer ? Rester ou partir ? Etre franc ou ménager ? Penser à moi ou bien aux autres ?
Essayer de tout faire est un choix. De tout mener de front. Prioriser telle ou telle chose.
Suivant l'envie ou les opportunités. On a le droit de choisir la fatigue. Comme celui de choisir la paresse.
Nous sommes libres et tout est possible. Tout est permis. Tout est offert. Il s'agit de choisir.
En son âme et conscience. Responsables de nos actes. Dont nous devons assumer les conséquences.
Parce que, quelles que soient les choses imposées, les choses que nous ne choisissons pas,
à commencer par notre naissance, nous choisissons nous-mêmes ce que nous allons en faire.
Libres d'accepter ou de refuser. Libres de nous soumettre ou de nous rebeller. Faire ou ne pas faire.
Nous battre ou renoncer. Pot de terre ou pot de fer. Contenant ou contenu. Leader ou suiveur.

Le malheur est un choix. La joie en est un autre. Et nous sommes plus forts que nous l'imaginons.


 

Philippe LATGER / Mars 2018

Voir les commentaires

Oscar, l'éléphant blanc

Publié le

Qui fait trembler en tremblant ?
C'est Oscar, l'éléphant blanc.
Qui s'émeut de tout ce bruit
qu'il fait autour de lui.

Maladroit, il démolit.
Il s'excuse, il est poli,
désolé du branle-bas
qu'il sème sous son pas.

Il aimerait ouvrir ses ailes,
ne plus casser de vaisselle,
mais on ne vole pas en ce monde
comme l'oiseau et les abeilles,
de ses propres oreilles.

Qui rougit sans faire semblant ?
C'est Oscar, l'éléphant blanc.
Il se trompe tout le temps,
ça fait rire les enfants.


Il voudrait voir Marjolaine,
acheter de la porcelaine,
porter ces fleurs qu'il écrase
quand il s'en va à pas lents

tout en serrant les dents.

Si Oscar n'est pas vilain,
l'éléphant est orphelin,
élégant, il ne dit rien
de son profond chagrin.


Il veut fuir sa lassitude,
sa lourdeur, sa solitude,
et, sans tambours ni trompettes,
barrir qu'il veut être heureux,

et faire de son mieux.

Si Oscar est différent,
condamné à l'isolement,
il se cache jour et nuit,
on se moque de lui.

Il voudrait être engageant,
ignorer les gens méchants.
Des amis, et, sans défenses,
pouvoir être aimé d'amour...
Son cœur n'est pas si lourd.

Les jaloux chasseurs d'ivoire
qui veulent tout ce qu'ils n'ont pas
de mystère et de mémoire,
ne lâchent pas leur proie.

Marjolaine a vu Oscar,
elle n'aime pas les fleurs du tout.
Elle, elle aime bien Oscar car
il est gentil, très doux et chou.

Mais Oscar n'en a rien su.
Oscar, il n'en pouvait plus.
Au cimetière des éléphants,
il rejoint ses parents.

 

Philippe LATGER / Mars 2018

Voir les commentaires

Par ceux que

Publié le

L'as. L'association. La solitude. A seaux. Il pleut bergère.
Les phobies lingères. Les filles légères. L'alcool. S'ingère.
Pour en découdre. Ou te dissoudre.
Tu souris. Mauvais augure. Tu souris. Bonne figure.
Personne ne se doute. Tu passes entre les gouttes.
Tu as des projets. Tu es en forme. Tu as du succès. Tu plais. On t'aime.
Mais toi. Tu es seul. A en crever. Tu tournes en rond. En toi-même.
Tu es aimé c'est vrai. Mais pas par ceux que tu voudrais.
Rentre tes blancs moutons.
L'os. L'ossaciation. Lo salitude. Des cordes. Il pleut bergère.
L'air de rien. Tu souris. Tu te douches. Tu fais ton lit.
Mais tu es seul au monde. Même avec tes amis.
Et tu saignes. Des gencives. De l'intérieur.
Tu ne dors plus. Tu tournes en rond.
Au bord du gouffre. Tu souffres.
Allons à la chaumière.
Viens-là que je te suce. C'est l'antidépresseur. Le sexe. La salive. Les baisers. Les caresses.
Les phéromones. Aussitôt fait. L'ocytocine. La chaleur de l'intime. Pour l'homme et le bébé.
L'enfant peut s'endormir. L'homme a vidé ses couilles. Je caresse tes cheveux.
Je te berce. Il pleut, il pleut bergère.

Tu ne vas pas mourir.
Mon bébé. La vie est longue. Et tu seras aimé. Par ceux que tu voudrais.
Et tu en découdrais. La pluie ne dure jamais. Attends la trouée. L'éclaircie.
C'est beau Paris la nuit après la pluie. Serre les dents. Serre les poings. C'est juste là.
Devant toi. A deux pas. Sois patient. Voici venir l'orage. Voici l'éclair qui luit.
Lui luit. Tu l'as là. La-la-lère. Il pleut bergère. Ne pleure pas.
Demain il fera jour. Tu décideras d'être heureux. Au lever du soleil.
La pluie aura cessé. Ce serait bête de rater ça. Ce serait bête que tu n'y sois pas.
Que tu ne vois pas ça. C'est beau le soleil qui se lève. C'est beau le monde après la pluie.
C'est beau le monde après la nuit.

 

Philippe LATGER / Mars 2018

Voir les commentaires