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Stop and go

Publié le

Je me suis toujours jeté dans mes histoires d'amour
comme un oiseau contre une vitre.
Mais je me relève toujours.
Et je recommence.
Mais une fenêtre plus loin.
Une maison plus loin.
Une rue plus loin.
Une ville plus loin.
Et c'est ainsi que j'avance.

Conclusion.
J'ai la tête solide.
Le coeur bien accroché.

Je recommencerai.

 

Philippe LATGER / Juin 2025

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Prendre l'avion par les cornes

Publié le

Je l'ai connue trop jeune, trop plein d'espoir, trop sûr de moi,
présomptueux, alcoolique, fou de chagrin,
je venais de perdre ma mère,
noyé dans mes litres de whisky.
J'étais trop jeune. Trop instable.
Obsessionnel et inconstant.
Il est temps. De revenir. A cette France Outre-Atlantique.
De prendre l'avion par les cornes.
Me confronter aux souvenirs. A ce passé.
J''étais trop jeune. Je n'étais pas bien.
Aujourd'hui je suis prêt. Et moins pressé.
Je me souviens.

 

Philippe LATGER / Juin 2025

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Solutions aqueuses

Publié le

Aux coulées boueuses, s'éreintent des lumières qui tardent à percer,
elles prendront le dessus, ce dans quelques instants.
Il ne peut pas pleuvoir tout le temps.
La trouée, la voilà, qui irrigue des fibres, connecte des neurones
et réveille la chair.
Aux problèmes toxiques les solutions aqueuses.
Les réactions enchaînent le chagrin au soleil,
le sourire au levant, et le fer à l'espoir,
à la force de vivre, tout le large devant.
Il ne pleut pas pouvoir tout le temps.
C'est chimique.


 

Philippe LATGER / Juin 2025

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et que je suis à ma place

Publié le

Dans les grands magasins de Manhattan, j'allais impérieusement aux rayons femme,
acheter de la fourrure synthétique, du faux renard blanc, quand je gardais une barbe épaisse
et le catogan au-dessus de la nuque pour attacher mes cheveux longs d'hispanique.
La coupe au carré était censée garantir la comparaison régulière avec Antonio Banderas,
quand il fallait maintenir une proximité érotique avec l'imagerie du Desperado,
celle du western latino, et avec elle celle qui me portait charnellement vers les Sud-Américains.
Certes, je voulais être Lenny Kravitz, au fond d'une limousine noire qui nous conduisait à l'aéroport,
dans une mise en scène pop rock et funky mêlée aux effluves Gangsta Rap, enveloppée de groove,
avec lunettes noires et champagne, de Fly Away ou American Woman chantées en duo avec Prince.
Mais faute d'être afro-américain, ma virilité serait hispanophone, du fait de mes origines espagnoles,
en promiscuité naturelle avec Portoricains, Chiliens, Colombiens ou Mexicains de la ville, 
que j'aimantais voluptueusement, depuis le macadam de Chelsea jusqu'au métro aérien du Queens.
Je plaisais aux Latinos. Et les Latinos me plaisaient. Et mes amours new-yorkaises étaient épicées.
Avec des réveils brûlants de fièvres, entouré de Vierges bienveillantes arborant le Sacré Cœur de Jésus,
toutes catholiques, les mains jointes au milieu de guirlandes clignotantes, que j'apercevais dans la pièce,
satisfait, m'étirant de bonheur parmi ces bouches épaisses, moustachues, qui me couvraient de baisers,
et ces langues qui entreprenaient de lécher mon corps nu en entier, et de fouiller toute part de mon intimité,
comme pour puiser partout où cela était encore possible mon stock de transpiration et de testostérone.
Les peaux étaient compatibles. Avec des élans venus d'histoires qui n'étaient sans doute pas les nôtres.
Le crépuscule du siècle était sexuellement délicieux, en cette fin d'Années 90 où New York était chaude.
Les Twins du World Trade Center étaient encore debout, et j'avais 25 ans, 26 et 27 ans. Orphelin de mère.
Parti vivre outre-Atlantique pour chercher la sortie. Dans les trombes tropicales de whisky et de tequila.
Sur les rooftops de Times Square, le couchant sur l'Hudson s'installait comme le calme avant la tempête.
Je me rêvais rockstar dans un scénario que le décor rendait possible, que l'alcool rendait crédible.
Le cuivre des ascenseurs hésitants, les moquettes poussiéreuses et les portes tournantes d'un hôtel.
Le Ed Sullivan Theater affiche toujours sur Broadway le Late Show with David Letterman.
Je crois écrire de la poésie et que je suis à ma place. Puisqu'il fallait vivre des choses. Intenses.
Entre fiction et réalité. Entre perdition et rédemption. Sur le fil. Pour vivre mille vies.
Qu'il me fallait tresser pour adorer la mienne.


 

Philippe LATGER / Juin 2025

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L'été, à nouveau

Publié le

C'est un bain sans eau, un bain d'air chaud,
où la peau est déjà un vêtement de trop.

 

Philippe LATGER / Juin 2025

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A moudre

Publié le

Point de vue
à l'aveugle.
Tu es nue
et je meugle.
Et je meuble
le café
de tous mes sacrifices.

Point de mue
pour les aigles.
Toi, émue,
tu dérègles
mes points faibles
dont tu fais
bien des feux d'artifice.


 

Philippe LATGER / Juin 2025

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Persiste et signe

Publié le

Vouloir persister est étrange.
Est-ce l'intérêt supérieur de l'espèce ?
Qui s'applique, inconsciemment, à l'individu ?
Qui est ressenti par un seul pour l'intérêt de tous ?
C'est étrange.

 

Philippe LATGER / Juin 2025

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Rendre fou

Publié le

Je ne veux pas être poète.
Les poètes sont moches.
- ... Quoi ?... Mais qu'est-ce que tu racontes ?
- ...
- ... Rimbaud était moche ?
- ...
- ... Garcia Lorca était moche ?
- ...
- ... Emile Nelligan était moche ?
- Ecoute, ce n'est pas ça.
Tu me parles de génies. 
Moi je te parle de poètes ... enfin tu vois.
- Ok. Tu ne veux pas être un poète.
Tu veux être un génie ...
- Les poètes essaient de plaire.
Moi, je ne veux pas plaire
... je veux rendre fou.
- ... en fait, tu veux être celui qui brise les cœurs,
tu ne veux pas être le cœur brisé.
- Les poètes sont des losers.
- Tu n'es pas obligé de faire de la guimauve.
Tu n'es pas obligé de mendier un baiser ou une pipe.
Je ne sais pas s'ils sont moches mais les poètes ...
sont censés être ... libres.
- ... on n'est pas libre si l'on mendie un baiser ou une pipe.
- Tu as bien compris.
- ... Tu en penses quoi ?
- Que c'est quand on est libre qu'on est beau.

 

Philippe LATGER / Juin 2025

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Des rangées astronautes

Publié le

De beaux chevaux sans ailes picorent du pollen,
des grappes d'étincelles pour emplir l'abdomen
des brasiers de l'aurore, pour devenir lanternes,
les derniers sémaphores des audaces externes.
Formant un littoral, ils balisent les côtes
d'un seul front pectoral, des rangées astronautes,
se cabrant en crinières sur leurs sabots arrières,
comme autant de lumières vues de la terre entière.
La brume se retire pour guetter l'éclosion
de vaisseaux, de navires, et de constellations,
à la nuit qui s'allume, en bavant son halo,
de pur-sang qui écument, s'enfuyant au galop.


 

Philippe LATGER / Mai 2025

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Mon cercueil

Publié le

Le pas empesé, grave, luttant contre la gravité,
les trois porteurs funéraires s'engagèrent sur le granito de l'escalier,
et la procession fut lente, douloureuse, pour monter trois étages,
chargés d'un cercueil laqué noir qui glissait dans leurs mains,
pas de prises, pas de poignées, et la transpiration d'un jour de canicule,
il fallut y aller avec précautions, pour mériter plus haut un simple verre d'eau.
Il fut installé là, face aux fenêtres sur la ville et aux couchers de soleil.
Face aux Grands Carmes éventrés et aux toits en cheville.
Mon cercueil. Aux tempêtes possibles et aux rages dedans.
Comme aux béatitudes. Aux ressacs du repos.


 

Philippe LATGER / Mai 2025

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