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Que vieillir est étrange

Publié le

Au pas lent sur la plage les cheveux se défont pour rejoindre les algues,
se détachent comme des graines de pissenlit blanc, translucides, sur le sable et les vagues,
où nos pieds reproduisent mille empreintes au chemin qui s'allonge au bord de l'effacement,
les voiles de textiles emportées vers le large, avançant encore davantage dévêtus par le vent.
La tête haute, et le nez droit devant, la chair nous déshabille, l'air emporte la peau,
les muscles et les guenilles nous guident au repos, promis au bout de l'anse à la prochaine digue.
La noirceur se retire du menton et des tempes, les paupières s'étirent, au tournant de l'intrigue,
la ligne qui serpente parmi les traces de pas, va dans le même sens, et sans les oripeaux,
la même direction, où l'on va sans savoir mais sûr d'être attendu.
On marche aussi loin que nos jambes nous portent.

Les bagages sur la route, délestés un à un, qu'on laisse pour les autres,
qui pourraient se dit-on s'en saisir ou en avoir besoin, nous nous en déchargeons,
pour aller plus léger, balisent le sillon ou témoignent du passage.
Tous les poids s'évaporent. L'orgueil et la colère. La honte et l'ambition.
Le corps qui s'effiloche, c'est la queue des comètes,
la liberté complète, le pouvoir d'être tout, celui de disparaître.
Et l'envie d'exister se change en envie d'être.

Le carton abîmé, l'enveloppe s'érode, aussi vrai que le cœur s'améliore.
A mesure que la chair se dégrade, l'intérieur se renforce, c'est une mise à nu,
le contenant se retire à vue d'œil pour mieux mettre en lumière le nouveau contenu. 
On apprend à mourir, à se quitter soi-même, à s'éloigner tout seul de qui l'on a été,
abandonnant enfin ce qui nous empêchait d'être bon, d'être sain, le meilleur de nous-mêmes,
dégagés des lanières et des fils à la patte, de toutes les vanités,
pour se fondre au vivant, la joie de ressentir la force du présent permise au pur esprit,
que nous serons bientôt, chez les morts et les anges, qui sont déjà nos pairs,
nous guident avec amour, lèvent tous les harnais, les pièges, les entraves,
pour déployer nos ailes et devenir enfin, sans limites, sans contraintes, sans nos chaînes d'esclaves,
toute notre nature et notre immensité.

 

Philippe LATGER / Mars 2026

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Léger et fine lame

Publié le

Il inspirait des drames, le diable et son émoi,
il attisait les brames, mais n'était pas la proie.
Il dansait dans les flammes, glissait entre les doigts,
faisait bander les dames, et jouir ce qui rougeoie.

Il branlait à deux grammes les voyous et les rois,
voulait perdre son âme, mais toujours avec joie.
Il embrassait l'infâme, aimait les plans à trois,
de l'alcool au programme, comme cheval de Troie.

Le Faune est polygame, il avait tous les droits,
des amants haut de gamme et l'embarras du choix.
Le désir comme came, le plaisir faisait loi,
léger et fine lame, le Faune c'était moi.

 

Philippe LATGER / Février 2026

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Qu'est-ce que tu fais ?

Publié le

Je me repose de toi.
 

Philippe LATGER / Février 2026

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Natochka

Publié le

" Does anyone, on this earth, still remember Bette Davis ?
- Tu plaisantes ?... Les jeunes ne savent même pas qui est Elton John.
- Judy Garland ?...
- I'm really, really sorry darling.
- Has the time erased everything ? Everyone ?... "
Le rouge à lèvre vint graisser une pellicule de buée sur le verre de vodka.
La boule à facettes tourne sur une piste déserte.
" Where the fuck has my audience gone ? Tell me. Tell me please.
Did they go off to applaud those... clowns ? Really ?... Shitty drag queens. "
Karaoke. Somewhere over the rainbow ... Faux cils. Poudre de riz.
L'impayable Natochka Myers a pris du poids.
" All the men where at my feet... you know that, right ?
- Yes I do Natochka. I remember. "
Elle menace de s'effondrer de son tabouret, se reprend, et se penche,
dangereusement, en équilibre, sur mon oreille.
" Take me to those drag queens whores... I want to see, to see their show, please.
I need to understand baby, you understand ? Please. I'm very serious. "
Le boa dans la bouche, il fallut dégager un talon du repose-pied du tabouret.
" Tu es sûre ?... Ok, doucement. On va y aller doucement. "

 

Philippe LATGER / Février 2026

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Détachement

Publié le

La fureur s'éloigne, celle des nuits agitées, tempêtueuses,
pour laisser la place à ce silence intérieur qui s'installe lentement,
mais sûrement, dans l'habitacle de ma voiture, dans ma poitrine,
dans mon crâne et dans mon ventre, dans mon parebrise, et me voilà qui sors,
pour faire quelques pas sur la plage, où me sera promis un spectacle connu.
C'est l'aube qui vient poindre. Une lumière monte depuis derrière le monde.
Les noirceurs fuient au galop comme un troupeau fuit l'incendie.
Elles fuient vers l'Ouest, emportant la nuit avec elles, et je reste debout,
face à la mer, pris d'une gravité tranquille, qui me pousse à m'asseoir ici,
dans le sable encore froid, en tailleur, prêt pour la cérémonie.
Le jour se lève.
Et j'oublie qui je suis.
Le soleil brûle à l'horizon comme je brûle de disparaître.
Et de façon synchronisée, un double mouvement s'opère.
Le soleil se détache de l'horizon à mesure que je me détache de moi-même.

 

Philippe LATGER / Février 2026

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Le faune et le moine

Publié le

J'ai passé 50 ans à tout prendre.
J'aurai donc 50 ans pour donner.

 

Philippe LATGER / Février 2026

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L'alexandrin du mois

Publié le

12

 

Philippe LATGER / Janvier 2026

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L'alexandrin de l'année

Publié le

Jan fev mars av mai ju, jui aoû sept oc nov dec.

 

Philippe LATGER / Janvier 2026

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Work in progress

Publié le

Les doigts sur le clavier déjà, déplacent de l'air pour créer un mouvement invisible.
L'énergie n'est pas perdue pour tout le monde, quand elle est mécanique d'abord.
Les mains dans leur sur-place, s'activent de leurs dix doigts, sur le piano comme sur l'ordinateur.
Ce n'est pas le mouvement paresseux d'un index qui scrolle, commandé par un cerveau anesthésié,
mais celui frénétique d'une volonté d'arriver à quelque chose par ses propres moyens.
Créer un nouveau monde.
Pas un monde de substitution qui viendrait concurrencer l'œuvre de Dieu,
quand ce dernier n'a vraisemblablement rien créé en 7 jours et continue sans cesse de le faire évoluer,
mais un monde qui participe humblement à cette évolution, quand nous sommes de ses exécutants.
S'il nous a vraiment faits à son image, c'est pour nous associer à cette œuvre qui n'est pas finie,
qui est infinie certes, dans sa dimension spatiale, mais aussi dans sa dimension temporelle,
comme nous le laisse envisager l'intuition du Big Bang dans son essence dynamique de mouvement.
C'est en cela que nous sommes des parcelles microscopiques de Dieu, des parcelles à l'ouvrage,
qui individuellement contribuent à l'œuvre collective dans toutes ses dimensions, morales comprises.
Nous composons le monde. Chacun à sa place, à son piano, à son ordinateur, à son chevalet,
chacun à son téléphone, à son pupitre, à son estrade ou à son bureau, nous créons le monde.
C'est une volonté étrange à nous-mêmes parce qu'étrangère à nous-mêmes, qui nous dépasse.
Les musiques et les textes, les tableaux, les récits, les danses et les chants, tout participe.
Puisque l'Humanité fait partie de la chose, et que la chose est Dieu, nous sommes une seule équipe.
Et l'œuvre inachevée est en perpétuelle urgence d'être en chemin, d'aller vers quelque chose,
toujours inatteignable, aux fins qui reculent à mesure que nous avançons, et nous courrons tous
dans ce devoir de produire pour exister, quand nous ne sommes rien d'autre que ce que nous faisons.

 

Philippe LATGER / Janvier 2026

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Prière d'aimer plus fort

Publié le

Le chat pelait une orange
et tu as bu une infusion,
le mariage sut être étrange
et l'amour faire illusion.

 

Philippe LATGER / Janvier 2026

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