S'ennuyer ensemble
Je te connais par cœur, et je sais tout d'avance
de ton esprit moqueur et de tes résistances,
de ce qui te fait rire, de ce qui t'épouvante,
de ce que tu vas dire, de ce que tu inventes.
Nous nous connaissons bien depuis bien des années.
Entre nous il n'y a rien qu'on ne puisse profaner.
Et s'il reste un mystère c'est celui, il me semble,
du besoin volontaire d'être toujours ensemble.
Je sais tout de tes joies, de tes peurs, de tes rêves,
des humeurs et des choix, de tout ce qui t'élève,
de tout ce dont tu crèves, ce que tu vas répondre,
quand rien ne nous achève ni ne peut nous confondre.
C'est le luxe d'aimer quelqu'un depuis longtemps.
On ne se perd jamais et l'on gagne du temps.
Quand après la passion vient ce moment étrange
où d'autres combustions cultivent le mélange.
La violence se noie dans le pas du soldat.
Je m'ennuie avec toi, mais lorsque tu t'en vas,
je m'ennuie de l'ennui, et c'est un vide intense
qui enflamme la nuit et quelques évidences.
Je te connais par cœur, et je sais tout d'avance
de ton rire traqueur, de tes inconséquences,
de ce qui n'ira pas, ce qui va nous fâcher,
de ce qui à bout de bras ne veut pas nous lâcher.
On aime s'engueuler et se faire la gueule.
Quand on sait dégeler les ardeurs qui se veulent.
Repus sur l'oreiller. Repos aux résiliences
des corps émerveillés qui tiennent la distance.
Tu sais ce que je pense. Je sais à quoi tu penses.
On sait quand ça commence et qui mène la danse.
Ou sur le bout des doigts ce qui compte et rassemble,
dans l'étonnant bonheur de s'ennuyer ensemble.
Philippe LATGER / Octobre 2025
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