Ce qui se passait dans la pièce n'était pas désagréable.
C'était même plutôt agréable. Très agréable. Certainement érotique.
Et je crois que la pièce était le living de la maison de la plage à Ste-Marie.
Puisque la pièce voisine était la cuisine de la maison de la plage à Ste-Marie.
Ce couloir étroit, dont je reconnaissais les portes de placard en accordéon.
Si j'en crois les ombres que j'ai furtivement aperçues, il y avait du monde dans la pièce.
Et je me suis laissé entraîné sans doute, pensant que nous resterions dans un même climat
de plaisirs charnels et d'expériences multiples, à plusieurs, puisque nous en étions là.
Des corps semblaient enlacés dans le noir et je voulus allumer la lumière pour voir.
Je savais l'interrupteur près de la porte, mais la lumière ne parvenait pas à s'allumer.
Un éclair de lumière. Un flash. Trop rapide. Quand cela a grillé comme un vieux néon.
Me laissant dans le noir, en compagnie de choses que je ne pouvais pas identifier.
Une main s'est agitée dans mon cou. Derrière moi. Une petite main. Dans ma nuque.
Qui ne cherchait pas à me chatouiller mais à m'agripper. Et je sentis que ça n'était pas bon.
Comprenant sans la voir qu'il n'y avait qu'une main, sans bras et sans corps pour la brandir.
Une petite main, hargneuse, noueuse, griffue, qui ne voulait pas me caresser mais me faire du mal.
Elle était quelque part entre mes épaules, et j'ai dû la chercher dans mon dos pour l'attraper.
La sentant capable de me transpercer le cou, de chercher à se loger dans ma tête, je devais faire vite.
Elle n'était pas amicale. Et je devais la sortir de là, comme on fait d'un insecte dangereux.
Sans savoir ce qu'il advenait des silhouettes prétendument lascives autour de moi,
je me suis contorsionné pour saisir enfin cette petite main menaçante que j'ai ramenée devant moi.
Elle ne se laissait pas faire, s'agitait, virulente, toujours avec ce désir de me sauter au visage.
Toujours avec cette volonté obsessionnelle de me rentrer dans la gueule, dans mon crâne.
Mes deux mains sur elle la maintenaient à bout de bras, le plus loin possible de ma tête.
Elle se débattait, furieuse, mais je tenais bon, avec l'idée de la déchirer.
Une main de part et d'autre, il m'aurait suffi de tirer de toutes mes forces pour l'écarteler.
Quand il fallait que ça s'arrête. Il aurait suffi de cela, mais quelque chose me retint de le faire.
Parce que je savais que j'étais en train de rêver, que j'étais en train de faire un cauchemar,
et parce que je n'étais pas persuadé que cette main était à quelqu'un d'autre que moi.
Quelque chose me disait que je pouvais commettre une erreur irréparable à déchiqueter cette main.
Au lieu de régler le problème, cette réaction tentante, pouvait aussi bien m'être funeste.
Et dans cette situation, et dans l'urgence de celle-ci, il ne me restait qu'une chose à faire.
Me réveiller. Au plus vite. Maintenant. Ce qu'il me fallait parvenir à faire par la seule force de l'esprit.
Sur le champ. Il était clair que je ne pouvais pas revenir en arrière, ni maîtriser le scénario.
C'était trop tard. Il fallait que je sorte de là. Ce que j'ai fait.
Pour pouvoir écrire tout cela avec la chair de poule.
Philippe LATGER / Juillet 2025