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2012

Nous sommes

Publié le

Ordi VI accepte mes mains. Et je pianote.
Avec la même fièvre que sur Ordi V qui fut enterré avec les honneurs militaires.
Je continue mon œuvre. Fête de la musique. Fête de la St-Jean. Un an. Deux ans.
Je déroule le fil sous une pluie tropicale qui ignore l'hiver et toutes les dépressions.
J'avance dans les ruines de temples déchus. Je suis Mowgli et j'apprends vite.
Des êtres bienveillants m'encadrent, m'entourent, veillent au grain.
M'ouvrent la voie. M'encouragent. Et me portent sans efforts au milieu de la jungle.
Le terrain est miné et j'évite les pièges.
Quand je n'ai plus peur de tous ceux dans lesquels je suis déjà tombé.
J'embrasse mes amis qui sont comme mes frères. Mes amours. Mes parents.
Et le soleil brûlant que je prends comme amant plutôt que comme père.
Le respect transversal. L'estime horizontale. Quand nous sommes égaux.
Et d'égale importance. Dans le système auquel nous participons tous.
Pas de pyramides. Pas de hiérarchie. Pas de génuflexions pour un seul.
Quand le plus faible et le plus inutile est aussi vital, nécessaire, à l'équilibre entier.
Que je le salue avec autant de déférence que le plus puissant ou actif d'entre nous.

Si Dieu existe, il n'est pas au-dessus. Il ne saurait exister que partout.
Dans le beau comme le laid. Le bon comme le mauvais. Dans le bien et le mal.
Il est pierre et moustique. Il est eau et microbes. Il est vide et matière.
Et nous en sommes un bout.
C'est donc un peu de Lui, que je salue aussi quand je serre une main.
Cette part de vous-même que je peux reconnaître, qui semble familière,
la part d'humanité, que j'embrasse avec le même enthousiasme
que la part de mystère que vous avez pour moi, aussi étrange et indéfinissable
que cette part de mystère que vous avez pour vous-mêmes.
Nous sommes peupliers, taureaux et aurores boréales.
Nous sommes rivières, goélands et tempêtes de neige.
J'ai rêvé quelque chose qui m'échappe.
Sans savoir si ce rêve a pu m'appartenir vraiment.
Peut-on rêver le rêve d'un autre ? Quand je ne sais pas si ma vie est la mienne ?
Au réveil ce matin, au son de Sardanes endiablées, aveuglantes,
j'interroge mes doigts sur le clavier d'Ordi VI.

Qui me disent que ma vie est la mienne pour être aussi la nôtre.

 

Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan

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Aux avant-bras

Publié le

Je note que c'est sur les avant-bras que l'adéquation se révèle possible.
Je ne me l'explique pas. Je l'observe. En ai même la chair de poule.
La compatibilité des peaux. Qu'il est possible de vérifier dans des conditions convenables.
Au cours d'un dîner, d'une simple confrontation courtoise, sans avoir à franchir des limites.
Sans avoir à forcer l'intimité de la personne. Voilà qui est fort pratique.
Inutile de fourrer son nez au creux du cou, au départ de la chevelure,
à l'occasion d'un baiser chaste sur la joue à la recherche d'effluves.
Les mains sont peut-être trop sollicitées pour être sensibles entre elles.
Les poignets, déjà, sont la frontière entre le social et l'intime.
S'aventurer jusqu'aux coudes est finalement aussi indécent que caresser une cuisse.
C'est déjà un terrain d'ordre sexuel. Et un test infaillible aux réactions chimiques.
Je ne parle que de moi. De ce que j'ai éprouvé. N'en fais pas une généralité.
Lorsque j'ai su, au contact accidentel comme provoqué,
que l'attirance était validée, et le plaisir promis, aux seuls muscles palmaires.
Effleurés ou pressés, frôlés ou frottés, le verdict est immédiat.
Le test est plus aisé aux beaux jours, lorsqu'on a le goût des manches courtes.
Et que la chaleur est propice aux confrontations phéromonales.
Pour ma part, c'est un fait, je ne tombe amoureux que l'été.

La foudre il y a deux ans. L'érection spontanée. Au contact de ta peau.
Les bras qui se balancent dans notre marche. Nous avançons côte à côte.
Le trottoir s'est rétréci. Et voilà que nos avant-bras se sont touchés.
Une caresse. Dans le mouvement. L'espace d'une seconde.
Mon sexe s'est durci aussitôt. Une érection qui ne m'a plus quitté.
Jusqu'au Cours Maintenon. Me gênant dans ma foulée.
Un bâton dans les roues. Qu'il fallait dissimuler au regard des passants.
La besace bienvenue. Pour y chercher mes clopes. Ou bien mon téléphone.
Epidermique. La réaction. Le désir. De te bouffer sur place. Sur-le-champ.
L'intuition de tout ce qui a suivi. Je ne m'étais pas trompé.
Il me suffisait d'accepter la proposition. Il suffisait de dire oui.
Et tout était tracé. Ecrit d'avance. J'ai tout vu dans ce mouvement furtif.
Tout m'est apparu au contact de nos peaux, celles de nos avant-bras.
Ton regard dans le noir. Tes sourires. Notre intimité d'ombres et de lumières.
Un flash. Sur le trottoir. Le long des remparts. Le bonheur est permis.
Au bout de la rue. Au départ d'un été. Qui dure et a duré. Plus de vingt lunes.

L'adéquation. La compatibilité. Voilà bien un mystère.
Des élans incontrôlés. Incontrôlables. La violence du désir. Irrationnelle.
En dehors de toute considération sociale ou intellectuelle.
Les critères de sélection pesés, pensés, voulus, ordonnés, invoqués...
Tout vole en éclats à la force des hormones. Des pulsions aveugles.
De l'électrochoc souterrain. Ce mécanisme dans le ventre. Indomptable.
Le choix est le suivant. Succomber ou résister. Et je n'ai aucune résistance.
J'ai confiance en mon corps. Je le suis volontiers.
Il ne se trompe pas. Ne me trompe jamais.
Pas de divination. Il ne s'agit pas d'ésotérisme.
Mais de chimie pure et de magnétisme.
J'ai vu notre avenir à notre aimantation, aux forces de l'attraction.
J'ai su notre présent aux équations écrites et enfin résolues.
Dont j'ai su que tu étais l'inconnue à ce simple contact pourtant superficiel.
Le Big Bang. L'éruption volcanique. Nous sommes des animaux.
La matière en fusion. Nous avons deux mille ans. Tous les secrets du ciel.
Les questions. Les réponses. Et l'amour dans la peau.

 

Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan

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Médiéval

Publié le

En attendant que des Jefferson et Franklin européens ne se réveillent.
Je bois mon café au bruit des tailleurs de pierre qui travaillent à mes pieds.
Au cœur médiéval de ma cité tapie sous un soleil accablant.
Des bâtisseurs de cathédrales couverts de bronzages et de cocaïne en poudre,
sculptent des pièces dont je ne sais pas ce qu'elles deviendront en altitude.
Festival de musique sacrée oblige, ces messieurs jouent du burin au son des grandes orgues.
A mon bureau, j'apprécie la multitude des informations proposées à ma conscience.
Quand je ne suis pas tout à fait réveillé. Que mon second café peine à me tonifier.
La lumière crue. Le marbre usé. Le platane majestueux. L'échafaudage du campanile.
Les touristes coiffés de bobs et casquettes, plans en main, errants, déshydratés,
dans le ronflement intermittent de machines variées et leurs taffes de poussière.
Bien sûr, l'architecture à laquelle je pense pour l'Europe ressemble trait pour trait
à celle de la démocratie américaine, j'en conviens, mais c'est un système redoutable
qui a fait ses preuves depuis 1789, tient toujours la route, retouché à coups d'amendements,
le seul qui garantisse à la fois la souveraineté des Etats et la force de frappe de l'Union.
En un mot, le fédéralisme. Et je ne comprends pas notre frilosité préjudiciable.
Quand nous perdons du temps. Tournons autour du pot depuis cinquante ans.
De quoi avons-nous peur au juste ?... De la démocratie ?

Je vide ma tasse devant le tableau figé mais bruyant que je trouve sous verre.
Aux carreaux de mes fenêtres que je ne tarderai pas à ouvrir pour un changement d'air.
Ai-je quelque chose à faire ? Moi ? D'où je suis ? D'où j'écris ? Pour faire bouger les choses ?
Une grimace répond que j'en doute amèrement. Un sourcil relevé. Et la bouche tordue.
Aux coups de burin d'un homme en débardeur à l'ombre du platane, je comprends soudain,
que c'est mon continent entier, au-delà de ma ville, qui est embourbé dans sa culture médiévale.
Les protestants assoiffés de démocratie ont quitté l'Europe il y a déjà plusieurs siècles.
Nous laissant le poids de millénaires d'organisation politique difficile à transformer.
Aux présidentielles, on voit combien ce qu'on appelle le peuple a encore besoin de son roi.
Combien il ne se fait pas confiance, lui-même, pour participer activement aux décisions.
Ce qui est vrai à Perpignan l'est-il en Hongrie ? En Irlande ? En Finlande comme au Portugal ?
Un continent de monarchies. Où même les républiques conservent leurs habitudes féodales.
Qui font la spécificité de ce vieux monde que j'aime de toutes mes forces.
Le soleil plaque ma ville au sol. L'empêche de bouger. De respirer.
Je sais pourtant que nous devrons faire preuve de volonté et d'imagination,
si nous ne voulons pas être renvoyés, pour de vrai, aux pires heures du Moyen Âge.

Quand nous nous faisions la guerre. Au lieu de commercer.
Les orgues se sont tues. J'ai fini mon café.
Je vais prendre ma douche.

 

Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan

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Opéra-bouffe

Publié le

C'était trop tentant.
La soirée était belle. Douce. Immense. Pleine de promesses.
Et l'alcoolique abstinent que je suis pouvait sans doute se laisser aller.
Merde. Aujourd'hui, c'est l'été. Tout de même !
Un ami d'enfance venait me débaucher. Mon Cédric. Mon frère.
Nous nous suivons, rendez-vous compte, depuis l'école maternelle.
Qui osera prétendre que je ne suis pas fidèle ?
Une fois pour toutes, quand j'aime une fois, c'est pour toujours,
comme dit l'autre...

Je n'ai pas replongé. Mon ennemi, c'est le whisky.
Il s'agissait de boire du vin. Du bon vin. Sur une bonne viande.
Réveiller mon corps aux étoiles et aux magnolias.
Ecouter mon Cédric qui rôde autour de la quarantaine.
Des projets plein les poches et sa façon d'être immuable.
Et nous continuons à refaire le monde dans une cour de récréation.
Je ne m'étends pas sur ma situation. Je l'écoute. Je bois ses paroles.
Je sais qu'il sait que je vais bien. Je sais qu'il le sait au premier coup d'œil.
C'est l'avantage des amitiés de longue date. On gagne du temps.
Car aux magnolias comme aux palmiers de la place Arago, oui, je vais bien.
J'ai des commandes sur le bureau. Spectacle. Chansons. Roman.
Trop vieux pour me noyer dans un verre d'eau. Je bois du vin.
Cette gamine avec des couilles bien accrochées à la voix rare. Diamant brut.
Qui vaut la peine que je sorte de quelque part les meilleurs mots possibles.
Et cette rencontre providentielle pour tout autre chose, qui me fait vaciller,
qui m'effraie et m'attire, fait basculer le monde, le mien, au bord du vide.

Si je suis embarrassé, c'est d'aimer tout, c'est d'aimer trop.
Et au vin que je bois je souris à ce don qui est un privilège.
Remercie le ciel étoilé de ce pouvoir qui est celui d'être en vie.
J'ouvre mes épaules. J'ouvre mes poumons. Je prends tout. Ok. Je suis prêt.
Aujourd'hui, c'est l'été. Je vais lui faire sa fête. Le dévorer tout cru.
Pas le temps de me protéger. De m'économiser. D'avoir peur. De sécuriser.
Je bouffe. Je bois. Je vis.
Vais cracher ce que j'ai dans le ventre.
Vous prendre par le col et vous rouler des pelles
jusqu'à ce que ce vous conveniez qu'on est loin d'être morts.
Le Palmarium est une coquille vide que j'écrase sous mon pied comme une cigarette.
Cédric, mon ami. Je ne te lâcherai jamais. Nous dînerons aux abords de la soixantaine.
Le chemin parcouru n'y pourra rien changer.
Nous referons le monde dans notre cour de récréation.
Qui est d'autant plus beau qu'on en fait ce qu'on veut.
Et j'en fais le décor d'un opéra-comique.
Où jouent mille plaisirs et mes amours sans fin.

 

Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan

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Une nuit

Publié le

La lune s'est éteinte.

 

Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan

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Ruines

Publié le

Des familles idéales qui explosent.
Des amis hospitalisés.
Du brouillard dans la tête, au parc que je traverse.
La vie n'est pas toujours simple. Parfois cruelle.
Et je devrais me réjouir de ma chance.
L'été s'en vient, il est déjà là. L'air est doux. La soirée s'éternise.
Mais je n'ai pas le cœur à la fête.
Une nappe de blues me porte jusqu'au parvis de la cathédrale.
Voyons. Ce sont des étapes. On change son fusil d'épaule. On réagit.
Tout le monde sera heureux, n'est-ce pas ? Vous me le promettez ?...
Ces enfants qui grandissent. Ces parents qui hésitent. Ceux qui tranchent.
On sera heureux. Je suis là pour y croire et pour vous le promettre.
L'été n'est pas une obligation. Il est quand on veut. Il était en retard de toute façon.
Une lumière d'orage colore la façade du presbytère dans l'encadrement de ma fenêtre.
J'entends le bruissement de la fontaine sur la place.
Des oiseaux que je ne sais pas reconnaître.
J'ai besoin d'aimer. Je veux aimer.
Maintenant. Il faut qu'on m'aime.
Oublier l'instant dans tes bras.

 

Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan

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Municipales

Publié le

Peut-on imaginer élire Louis Aliot
au pays éclairé de François Arago ?

 

Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan

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Barbelé

Publié le

Il y a des amours qui ne meurent jamais.
Et je titube au souvenir de leurs baisers.
Des mots doux. Des regards échangés. Des étreintes enfiévrées.
L'expression de tendresses. L'Eden du plaisir et de l'intimité.
Il y a des jours, comme ça, où vos amours perdues remontent à la surface.
Un et puis deux. Via Facebook ou Skype. Puisqu'internet relie ce qui n'est pas dénoué.
Pour me rappeler que l'amour ne se perd jamais. Ni dans le temps. Ni dans l'espace.
Je sais les pierres que chaque personne a posées en moi. En 39 ans de croisière.
Je reconnais chacune d'elle. Sait d'où elle vient. De qui elle vient.
Mais suis toujours troublé d'avoir pu apporter ma pierre à d'autres édifices.
Me rendre compte que j'ai marqué ailleurs. Que j'ai laissé des traces et parfois des blessures.
Quand j'ai vu de mes yeux, à l'écran, incrédule, le bien comme le mal que j'ai pu faire.
Les cicatrices.

Je retrouve le Bon Marché. Le Lutetia.
Me retrouve dix ans plus tôt au bar de l'hôtel en compagnie de Joël Barret.
Compositeur talentueux d'un superbe single d'Enzo Enzo.
Lambert Wilson. Thierry Chenavaud. J'ai 29 ans je présume.
Je hume le boulevard Raspail. Où j'ai d'autres souvenirs fantastiques.
Le café en terrasse du Rostand. Le whisky au Mathis. Le jour. La nuit.
Une brûlure. Une question. Qu'est-ce que j'ai fait ?
Rien votre honneur. Le jeune auteur n'a pas tenu ses promesses.
Rien de remarquable. Sinon quelques rencontres.
Le boulevard St-Germain. Les frères Capuçon. L'Odéon. Ai-je vécu ici ?
Les clubs de jazz. Les clubs de baise. Les whisky storms. Où étiez-vous ?
Mes amis. Dites-moi. Dites-moi que je vous ai connus. Que c'était nous.
Michel ? Gary ? Arnaud ? Vous êtes témoins ?
Cécile ? Nicole ? Delphine ? Vous étiez là ? En face de moi ?
Le Luxembourg. Et la trouée dans les nuages.
Rive gauche. Rive droite. La rue du faubourg St-Honoré.
Les taxis de l'ivresse. De Concorde aux Abbesses.
Qu'est-ce que c'est que cette ville de Paris au juste ?
La rage d'exister ?

Je vois mon platane stoïque qui se moque de moi.
Non. Je ne me suis pas brûlé les ailes. Je me suis grillé le cœur.
C'est aux amours que j'ai échoué. Pas à la course à l'échalote.
Je ne courais pas après la fortune et la gloire. Mais seulement après les sensations fortes.
Dans mes torrents d'alcool. La violence du sexe et de l'amour. La passion amoureuse.
La chair humaine plein la bouche. Des corps que j'ai dévorés. Avidement.
Des victimes reviennent. Dans un écran de 17 pouces. Sourire aux lèvres.
L'émotion est palpable. Et je suis bouleversé.
Je n'ai oublié personne. Sur ma vie.
Je suis fait des gens que j'ai mangés.
Qui connaissent ma folie. Dévastatrice.
L'empreinte de mes crocs. A l'œil de la webcam.
Mea culpa. Mes amours. Je vous demande pardon.
Il y avait une route à prendre. Une vie à construire.
On perd toujours des plumes aux moindres choix à faire.
On perd toujours de soi à emprunter des voies.
Des êtres aux aiguillages.
Mais je n'oublierai rien.

Je retrouve des âmes. Gardées dans mes entrailles.
Des sourires et des voix qui sont restés en moi.
Des rencontres sublimes. Des histoires fusionnelles.
Je continue ma route. Mes amours. J'avance toujours. En solitaire.
Avec un peu de vous dans mes mots, dans mes doigts, dans ma chair.
Je vous emporte avec moi jusqu'au bout des enfers
dont nous pourrons sortir sans la moindre brûlure.
Vous m'accompagnez. Vos silhouettes sont belles.
Elles me portent au tombeau où je pourrai dormir.
Aimer est un métier. Ma seule activité. Ma seule récompense.
Ma rémunération. Mille vies octroyées. Et mille rédemptions.
Sur le fil. Barbelé. J'avance en équilibre. Je demande pardon.
Mais ne me défendrai jamais d'avoir autant aimé.
Il y a des amours qui ne meurent jamais.
De toutes mes fibres, jusqu'au dernier souffle de vie.
Je ne regrette rien, sinon, je le sais bien, d'avoir pu vous blesser.

Que rien ne soit maudit.

 

Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan

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Mon arbre dans la chambre

Publié le

La verdure respire son air précieux pour me le rendre en oxygène.
Le feuillage pointilliste aux tons variés, déploie une palette dépliée aux contrastes.
Du noir au vert bouteille. A la fluorescence. Par touches, sur le marbre de colonnes sculptées.
Et le fronton brisé d'une porte latérale. Celle de la cathédrale. Qui bronze dans ma fenêtre.
L'eau dans le ciel qui forme ses nuages, joue avec la lumière, et change mon décor.
Des ombres se déplacent. S'accentuent. S'amenuisent.
Créant un mouvement. Une vague. Dans l'immobilité.
J'ai tous les éléments au-delà de mes grilles. Végétal. Minéral. L'eau et la terre.
Dans ce recoin de ville où le temps s'est figé.
On travaille au campanile. Machines et ouvriers. Le métal. La poussière.
Et le bruit du chantier. Pour me tirer du lit. Aux heures du matin.
Des enfants, deux par deux, suivent l'institutrice. Chahutent un peu.
Un autre carillon que ce pépiement crépitant et joyeux sous mes deux garde-fous.
C'est un jour qui commence. Une nuit évanouie. Au soleil qui avance. Au son pétri de bruits.
Je retrouve le platane. Son havre de fraîcheur. Mes pierres catalanes qui absorbent la chaleur.
Soulever mes paupières pour un état des lieux. Reconnaître où je suis.
Voir de mes propres yeux. Qu'il fait beau aujourd'hui.
Que je suis amoureux.
Et que ma ville est belle.

 

Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan

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Androgènes

Publié le

Qu'est-ce que c'est d'être père ?... Toi qui le sais. Dis-moi.
La margelle sous mes omoplates. La serviette en éponge ne suffit pas à la rendre confortable.
D'un mur à l'autre de la piscine. Sous l'eau. Un aller-retour. Et puis deux. Dans le bleu.
A peine sorti des gris parisiens. Plongé dans la lumière de la Costa Brava. La mienne.
Ma vieille carne ruisselante. Hissée hors du bassin. Que j'allonge au soleil.
Cuisses écartées sur ce qui aurait pu bien des fois me donner une descendance.
Ce zobe et ces couilles serrés ensemble dans un slip de bain trop petit.
Ce sexe dont je ne me suis servi que pour prendre et donner du plaisir.
Les yeux fermés au ciel qui vomit sur moi la chaleur de midi.
Je reprends mon souffle. Je suis toujours un fils. Mais ne suis pas papa.
J'ai imité ma mère et ses gestes pour m'occuper des enfants des autres.
La seule référence dont je disposais avec la certitude de ne pas me tromper.
Le baby-sitter barbu ne pouvait se contenter de faire acte de présence.
Il fallait préparer à manger. Raconter une histoire. Répondre à des questions.
Et j'étais bouleversé de retrouver l'enfance où j'ai pu être heureux.
Transmettre le savoir. Des valeurs. Des principes. L'influence suprême.
Quand je veux que le bonheur soit possible comme il le fut pour moi.
Serai-je père un jour ? En plus d'être parrain ou tuteur. Plus que baby-sitter.
Au soleil qui me broie, me déploie en vagues de bien-être indécent,
la question flotte dans mes cheveux mouillés sans me prendre la tête.
Mon père n'est pas loin. Je suis encore un fils. Toujours irresponsable.
Que l'on invitera à mettre un grain de sel et les pieds sous la table.

Je sais que de l'obscurité, des voix peuvent surgir ensemble allumer la lumière.
Courir, vous sauter au cou, excitées, sur des jambes incertaines, vous appeler papa.
J'imagine l'émotion. Quand il faut être digne. Et juste ouvrir ses bras.
Pour sentir la réaction étrange de peaux l'une contre l'autre venues de mêmes chairs.
La lignée. L'ADN. Ou l'immortalité. Bras d'honneur au trépas. A la disparition.
Ma mère n'est pas morte puisque je vous écris. Que je suis de ce monde.
Et la vie, elle-même, n'a plus tant de mystères. Aux missions accomplies.
Ma main flotte dans l'eau où mon bras se repose. Au bord de la piscine.
Tout ce foutre produit parti dans la nature. Chaque éjaculation.
Et que je fais gicler chaque jour que Dieu fait sur des terrains stériles.
Mon sperme est sans valeur. Sinon comme accessoire à des jeux érotiques.
Je n'imagine pas les êtres et les possibles qui en feraient au moins une piètre semence.
Il part comme un crachat avec l'eau de la douche, aux canalisations,
dans tes fesses, dans ta bouche, ou avec sa capote jeté à la poubelle.
Je ne me sens pas dieu, créateur d'univers, qui donnerait la vie.
Je ne suis qu'un jouisseur qui honore le monde et ce qu'il m'a appris.
Je ne suis pas maillon dans la chaîne des siècles et des générations.
Ma queue n'est pas le doigt de Dieu. Elle est celui du Diable.
Mais je ne peux exclure d'en faire tout autre chose.
Dans un même coup de reins qui changerait la donne.

Mon père a vieilli.
Il se tient sur la terrasse où nous déjeunerons, surplombant la piscine.
Il a gardé son allure de fauve. La posture provocante de son indépendance.
Mon père transpire la liberté. Il la respire encore sans souci d'arrogance.
Quand il a cet humour splendide, qui peut rire de tout, de ses actes manqués,
des regrets inutiles, de son cœur fatigué et de sa propre mort.
Trois enfants plus tard, une épouse emportée au chaos du cancer,
il a servi l'Etat et construit des maisons, des ponts, des autoroutes,
et noie son assiette de fraises sous une montagne de chantilly.
Je finis de me sécher pour me joindre au clan qu'il préside.
Comment peut-il ne pas comprendre ce que je fais, ce que je suis,
quand j'ai hérité de lui le goût de la distance et de l'insoumission.
Cette désinvolture perçue comme égoïsme.
Quand les chats font des chats. Un art de la paresse.
Peut-il me reprocher de rêver quand il m'a appris à le faire,
à tracer une route et donné l'équilibre entre compromissions ?
Le sens du vent, du grand large, de l'orientation.
C'est la part de ma mère qu'il ne reconnaît pas et qu'il ne peut comprendre.
La part scrupuleuse. Tourmentée. Bileuse. Orageuse. Passionnée. Espagnole.

Le goût du drame et de la mutilation. La culpabilité. Le plaisir masochiste.
Et ce sont mes parents que j'installe à ma place, les épaules au soleil.


Je suis d'abord un fils.
Un orphelin de lune. L'héritier de lumières. De la mer. De l'été.
J'ai choisi mes archives aux coffres du passé, ce que j'ai à en dire.
Trié les chromosomes pour pouvoir exister. Elargi ma famille.
Je transmettrai sans doute. Puisque je ne suis que pour ça.
A la chair de ma chair ou à d'autres. Lorsque j'aime ce monde.
Lorsque j'aime les gens. Enfants mal dégrossis qui savent me toucher.
De ma mère j'ai dû prendre le goût du sacrifice.
Que mon égoïsme féroce se doit d'équilibrer.
Peu m'importe comment on m'appelle quand on m'ouvre les bras.
Papa est peut-être le surnom que l'on ne me donnera jamais.
I don't care. Tant qu'il y aura des êtres qui auront besoin de moi.
Je pourrai avoir le sourire tranquille de ceux qui se savent utiles.
Qui existent pour quelqu'un. Qui aiment et sont aimés.
Je peux ranger ma bite. Ou la garder au frais.
La famille n'est jamais qu'une communauté.
Mon unique ambition : ne régner sur aucune.
Le chat n'est pas un maître. Pas fait pour présider.
La place en bout de table ne sera pas la mienne.

J'exige que vous soyez libres pour que je puisse l'être.
Que notre choix d'aimer ne nous soit reproché.

 

Philippe LATGER
Juin 2012 à Rosas  

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