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2012

Féminin

Publié le

Ses talons menacent de se briser au moindre pas.
Ils sont fins comme des crayons à papier.
Elle essaie d'alléger son propre corps, couronné d'un chignon vertical.
Se fait longiligne. Devient une droite. Rentre le ventre. Tente de flotter.
Dans sa robe orange. Elle avance sur la pointe de pieds. Des crayons à papier.
Dont le bruit sur l'asphalte raie le cœur quand on craint la rupture.
Le simple fait de marcher devient une performance.
A chaque pas qu'elle fait, chaque mètre gagné devient une victoire.
Lorsqu'elle porte son allure avec une dignité qui force le respect.
Des lunettes noires lui mangent le visage. Elle est Audrey Hepburn.
Le chignon est Soixante. Voilà qui est assumé.
Le tapis de la rue est chaotique. Elle ne peut s'arrêter au milieu du gué.
La place n'est plus qu'à quelques mètres où l'attend une amie.
Le temps de l'embrasser et voilà une pause méritée.
Perchée sur ses crayons. Les mollets dessinés. Voilà qu'elle peut souffler.
Elle est belle. Dans les efforts qu'elle fait pour l'être.
Sa silhouette est une œuvre d'art. Quand tout fut étudié.
Et mon désir pour elle me ferait perdre pied.

 

Philippe LATGER
Juillet 2012 à Perpignan

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Andy Cook

Publié le

Andy le cocker était tout excité. La promenade du jour. Pensez donc.
C'est Tom, qui, du haut de ses huit ans, le tient en laisse.
Et le chien tire sur la corde, fébrile. Il veut absolument arriver à ce coin du parc.
Où il a senti quelque chose à distance. " Tout doux Andy ! On y va. Tout doux ! "
Le garçon doit faire un pas en arrière pour récupérer la tong perdue en route.
S'emmêlant les pinceaux à la traction de son chien décidé sur le chemin de terre.
La tête basse. Le museau au ras du sol. Les oreilles traînant dans la poussière.
Exprimant un enthousiasme et sa joie en frétillant du postérieur. Volontaire.
Qui furent communicatifs lorsque Tom riait de bon cœur à l'impatience de son chien.
" Tu vas me faire tomber Andy ! Je ne suis pas chaussé pour courir dans la terre !... "
Les arbres filtraient le soleil qui neigeait en flocons incandescents sur le gazon.
Ils s'éloignèrent de la fontaine qui bruissait au milieu de son grand bassin.
Celui où les parents, installés sur les bancs, à l'ombre, profitaient du havre de fraîcheur.
Derrière les immenses troncs de platanes, le chien tourna vers les derniers palmiers.
Conduisant Tom vers une ancienne cage prise dans la roche, laissée vide, à l'abandon.
Une sorte de geôle rouillée comme on en trouve dans les zoos désaffectés.
Entre la volière et le rocher aux singes. Lovée dans un relief artificiel où Andy aboya.
Le cocker regardait son maître. Semblait vouloir lui dire quelque chose.
" Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que tu as trouvé ? Je ne comprends pas. "
L'enfant, un peu méfiant, jeta un œil sur l'enclos couvert de brindilles et de feuilles mortes.
Il était évident que le lieu n'avait pas été utilisé depuis les lustres. " Il n'y a rien Andy ! "
Mais le chien insistait. Il jappait toujours. Sans grogner ni manifester de l'hostilité.
Au contraire. Andy était à la fête. Tom voulait savoir ce qui réjouissait l'animal à ce point.
Se penchant vers la grille, il se rendit compte qu'elle était ouverte.
Le cocker s'engouffra à l'intérieur et y entraîna Tom qui n'eut pas le temps de protester.
Il poussa juste un long cri interminable qui dura tout le long de sa chute,
lorsque le sol instable s'ouvrit sous ses pieds.

Le chien et son maître furent emportés dans un gigantesque toboggan
qui fit bien des boucles et des arabesques dans l'immense cavité d'une grotte souterraine.
L'enfant ne cessa de crier, frôlant la roche, passant entre les stalactites multicolores,
sous des chutes d'eau majestueuses, avant d'arriver plus bas au niveau d'arbres étranges,
de champignons géants, pour être expulsé de la rampe bien des minutes plus tard,
dans un bassin d'eau tiède et verdâtre où Andy l'avait précédé.
Le chien semblait savoir qu'ils n'étaient pas au bout de leur course. Il nageait vers la rive.
" Andy ? Andy où es-tu ? " L'enfant sortant la tête de l'eau aperçut enfin son compagnon.
Et se mit à avancer dans sa direction. " Tu vas bien mon chien ? Tout va bien ?... "
Le cocker était sorti de l'eau et se posta sur ce qui ressemblait à une plage de sable.
Il secoua son pelage pour le sécher frénétiquement en attendant son maître.
Le garçon fit quelques brasses pour le rejoindre, le cœur battant, encore sous le choc,
sortit du petit lac pour saisir la laisse d'Andy qui se dressa sur ses pattes arrière.
Il se tint droit, les poings sur les hanches et dit à l'enfant :
" Maintenant, ça ne te dérangerait pas de me débarrasser de tout ça ? "
Tom, qui essorait son bermuda et son tee-shirt comme il pouvait ne réagit pas tout de suite.
" Te débarrasser de quoi mon chien ?
- Le collier. La laisse. Franchement, ça me gêne.
Et nous n'avons pas besoin de tout ça ici.
- Si tu le dis... "
Le petit garçon releva la tête d'un coup d'un seul en écarquillant ses yeux.
Andy, indifférent à sa surprise, fit un signe qui voulait dire : " allez, j'attends ".
" Mais... mais... " Il se frotta les yeux. Tenta de faire sortir l'eau de ses oreilles.
" Qu'est-ce que... ?
- Tom, s'il te plaît, on n'a pas que ça à faire.
Tu te demanderas si tu es tombé sur la tête plus tard... "
L'enfant, bouche bée, fixait son chien, toujours debout, qui tendait son cou
pour qu'il le libère de son collier.
" Est-ce que je suis tombé sur la tête ?... " articula Tom dans une grimace.
" Voilà. Très bien. Comme ça, c'est fait, soupira Andy.
Allez mon garçon. Un petit effort. Enlève-moi cette horreur qu'on passe à la suite. "

Le sentier se déroulait dans ce qui était bel et bien une forêt vierge.
Le vacarme des oiseaux et des insectes y était assourdissant.
Tom, collier et laisse à la main, suivait Andy qui n'avait cessé de parler.
" Il faut que tu me fasses confiance, d'accord ?
Je sais que tu te demandes toujours si tu rêves ou si tu es devenu complètement maboul.
Et, après tout, si ça peut t'aider, tu peux très bien te convaincre de l'un ou de l'autre.
Toujours est-il qu'en attendant, nous devons aider ta sœur, tu comprends ?... "
Le cocker, de ses pattes avant dont il se servait comme de vrais bras, écartait les branches,
les fougères, ouvrant le chemin, en donnant l'impression de connaître parfaitement les lieux.
L'enfant s'arrêta un instant. " Nous sommes ici pour aider Vera ?... "
Andy se retourna vers son maître et se campa devant lui pour le regarder dans les yeux.

(...)
 

 

Philippe LATGER
Juillet 2012 à Perpignan

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Fils d'une fille

Publié le

C'était étrange de partir si près du départ de maman.
L'appartement jaune sur le Cours de l'Yser. Bordeaux. Bord d'océan.
Ville d'eau quand il pleut. Quand il pleure du sang. Sur le jaune des murs.
Dans le vin que je ne buvais pas. Bordeaux...
Le voyage était programmé depuis longtemps.
Je ne suis jamais retourné à Los Angeles.
Ni à San Francisco.
J'avais depuis fêté mes 24 ans. Si je puis dire.
Quand je n'aimais déjà pas fêter mes anniversaires.
Bordeaux. Perpignan. Et Toulouse au milieu.
Qui sentait l'hôpital et la mort.
J'avais pris le train en gare de Bordeaux St-Jean.
Et j'y suis retourné. Orphelin.
Qu'est-ce qu'on fait ?... On serre les dents ?
Même pas. Pas la force. J'ai flotté tout le temps. Vidé de mon propre poids.
Je n'avais plus de masse. Il n'y avait plus d'attraction terrestre.
Et j'ai flotté. Flotté. Au-dessus de l'océan.
Jusqu'au mois de juillet. Jusqu'au moi d'Hollywood.
Des motels embrumés aux bibles de chevet sur des plages de bruines.
La marijuana et l'alcool. Les guitares et les porn stars. Venice Beach.
Pouvais-je trouver ma mère dans les verres de whisky ?
Entre les pages d'un John Fante ou des fesses mexicaines ?
J'ai fourré mon nez partout jusque dans les nuages.
Gratté le sol de mes mains. Fouillé mon propre ventre.
Jusqu'à la Jota d'un concert dont j'ai déjà parlé.
Ma mère était l'Orchestre Philharmonique de Los Angeles.
Elle était la musique de Manuel de Falla.
Elle était cette lune au-dessus des collines.
Le final du Tricorne et mes yeux irrités.
C'était étrange de partir si près du décès de maman.
C'était pour me remplir et je l'ai retrouvée.
Je ne suis pas Bandini.
Emu à la chaux blanche de Santa Barbara.
Aux cactus comme aux grilles.
Je suis le dernier fils d'une fille de Castille.

Tu vois, nous allons bien.
Papa est à Rosas, sur sa baie, à guetter les pêcheurs et faire ses piscines,
il mange comme quatre et se porte comme un charme.
Geneviève est en vacances. Ses filles sont superbes.
Elles réussissent ce qu'elles entreprennent, sont heureuses en amour,
et sont devenues deux ravissantes jeunes femmes.
Jean-François a réalisé ce rêve de se fondre au cœur de la Méditerranée.
Mais revient très bientôt quand il est loin d'avoir fini sa carrière et dit son dernier mot.
Quant à moi, est-il utile de te dire que je flotte toujours pour transmettre les messages.
Entre la vie et la mort. Puisque je suis entre deux. Pour être près de toi.
Je ne sais toujours rien faire d'autre que rêver et tomber amoureux.
Je ne gagne toujours pas ma vie, toujours trop occupé à la vivre.
Quand avoir un pied dans la mort peut donner la mesure de quelques priorités.
Je veille sur la nuit et rencontre des âmes. Des êtres qui me touchent.
Au propre. Au figuré.
Et j'aime aussi fort que je t'ai aimée.

J'explique le délire érotico-ésotérico-comique d'un texte précédent.
" Tu sais bien, on parle toujours de cette lumière au bout d'un tunnel...
- Oui. Evidemment.
- Eh bien le tunnel est le vagin de ta mère. La mère de ta prochaine vie.
Et les anges que tu trouveras dans la lumière, au bout,
seront les sages-femmes et accoucheurs dont tu ne te rappelleras pas.
- En fait, tu crois en la réincarnation.
- Non. Je m'amuse... Et j'aime bien cette idée.
Tu crois que tu es en train de mourir lorsque tu es en train de naître. "
Les deux sont aussi violents l'un que l'autre.
Et je note que, si nous sommes là pour en parler, c'est que nous sommes déjà nés.
Mourir ne peut pas être pire que naître. C'est peut-être même moins effroyable.
" Tu imagines ?... T'extirper de ton élément de la sorte ? Par la force !
Tu respires dans ton liquide amniotique depuis des mois, tranquille,
et on t'arrache soudain à ton environnement pour t'exposer à l'air libre !
C'est aussi atroce que se noyer. Passer de l'air à l'eau. Quand on a fait l'inverse. "
Je vois à la moue dubitative que l'on ne me suit qu'à moitié.
" Et, sinon ? Qu'est-ce que tu as fait de beau aujourd'hui ?... "

C'était étrange de partir si près de la mort de maman.
Je raconte à Laurent comment mon frère et moi avons habillé son corps.
Nous sommes en février. Loin du désert Mojave et ses révélations.
La raideur cadavérique. Une statue de pierre. Mon regard vers le haut.
Les cris ou les sanglots qui ne sont pas les miens. Le dos encore chaud.
Je n'ai pas 24 ans. Et je viens de mourir. Pour la première fois de ma vie.
Au bout du tunnel, il y a une mer de lumières avant l'atterrissage.
Les Anges. De nuit. Sur un tapis de braises. A perte de vue.
Il y a une araignée sur sa toile de tarmac.
Qui a tissé des freeways en pagaille, d'énormes échangeurs,
et pondu des millions d'êtres humains venus chercher leur mère.
Pouvais-je savoir que je ne repartirais pas sans la mienne ?
Il y avait de l'Espagne à Santa Monica.
Quand on parle à merveille l'anglais, le castillan,
comme on parle chinois, iranien, yiddish et coréen.
Un enfant de Cadix faisait frémir les cordes d'un orchestre mondial.
Et mes veines tendues aux chevilles d'un dieu qui partait en volutes.
J'ai fumé l'univers et le Sunset boulevard.
Entre deux océans. Toujours en équilibre.
Entre morts et vivants. Toujours à 39 ans
dernier fils d'une fille.

 

Philippe LATGER
Juillet 2012 à Perpignan

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Des branches

Publié le

A ses yeux j'ai puisé bien des mots et des forces.
A ses mains j'étais l'arbre fait de sève et d'écorces.
J'ai grandi au soleil où j'ai toujours poussé.
D'abord déraciné en des lieux dérangés
où je m'étais perdu, où je m'étais planté.
Le vent m'a ramené à mon premier sillon.
Peu de disques ont tourné. Dans peu de pavillons.
Et je pouvais rentrer, gavé de vocalises,
fuir un bonheur prostré pour poser mes valises.
Le soleil était double quand à peine arrivé
ce regard m'attendait entre lune et pavés
pour me rendre le goût d'exister plus longtemps,
me remettre debout, m'allonger tout autant
à son lit de caresses et de plaisirs salés
où la mer qui me berce a voulu m'installer.
A ses iris de nuit j'ai pu me laisser faire.
Au charbon ou la suie, où les anges s'enferrent,
de pupilles dilatées, j'ai trouvé la lumière
d'une autre voie lactée ouverte à ses paupières
qui stimulait mon âme et attisait mes braises.
Le cœur était en flammes. Enfin prêt pour l'ascèse.
L'incendie contenu fertilise le champ.
Et j'ai pu récolter le bonheur alléchant
d'être bien, à ma place, et d'aimer le présent.
J'ai viré parasites et esprits malfaisants.
J'ai pu mettre des feuilles. J'ai pu mettre des branches.
Tous ces fruits que je cueille. Y compris le dimanche.
Pour gagner en hauteur, tout comme en profondeur.
Et donner aux étoiles leur nouvelle candeur.
Le tronc s'est épaissi. L'arbre est plus résistant.
Le ciel s'est éclairci aux vœux des pénitents.
Je dois dire merci. Aux lunes décrochées.
Quand j'ai trouvé ici ce que j'avais cherché.
Où que le vent me sème, où que meure le jour,
tu sauras que je t'aime et t'aimerai toujours.

 

Philippe LATGER
Juillet 2012 à Perpignan

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Et le diable m'échappe

Publié le

Je me retourne une première fois dans la rue. 
Alors qu'il y avait foule dans la rue des Marchands.
Puis plusieurs fois, dans les rayons de l'alimentation et au moment de payer à la caisse.
Et encore ce soir, dans la rue de la Main de Fer, pourtant déserte et silencieuse.
Cette désagréable impression que l'on me suit. Que quelqu'un me regarde.
Me sentant à l'abri dans l'immeuble où j'entre enfin, pourtant, je sursaute.
La minuterie s'est mise en marche dans l'escalier avant que je n'atteigne l'interrupteur.
L'escalier devant moi s'est démultiplié à l'infini, l'espace d'un instant, me faisant perdre pied.
J'ai posé ma main ouverte sur le mur le temps de reprendre mes esprits.
Ma voisine du dessus apparaît, me sourit, descend les marches à son allure.
Tout semble normal. Elle avait simplement allumé la lumière, de son étage, avant moi.
Quant à l'escalier, il avait précisément la même longueur que d'habitude.
" Bonsoir " me dit-elle. Je lui réponds avec un sourire un peu mitigé.
Je me range contre les boîtes aux lettres pour la laisser passer. Le couloir est étroit.
Des sueurs froides me hérissent le poil. Sa bouche entrouverte était grouillante de vers.
Elle tourne sa tête vers moi, les yeux injectés de sang, et sa bouche s'ouvre pour me dévorer.
Quand le noir se fait, je soulève une dernière fois mes paupières alors que je battais des cils.
Pour la voir dans son état normal me remercier simplement, ouvrir la porte de l'immeuble
que je lui tiens, machinalement, en lui bredouillant un de rien incertain.
Je n'ai pas bu d'alcool. Pas pris de stupéfiants ces quinze derniers jours.
Encore moins mélangé les deux. Je ne suis pas de traitements. Fais mes heures de sommeil.
A mon étage, j'enfonce la clé dans la serrure en me posant mille questions.
Deux hallucinations coup sur coup. Je crains d'en subir une troisième à tout instant.
Au moment d'ouvrir la porte, une appréhension me gagne. J'essaie de me raisonner.
Mais ne peux m'empêcher de penser : que vais-je trouver derrière ?...
L'appartement est dans le noir. Un peu fébrile, je cherche l'interrupteur.
Allons. Je suis chez moi. J'ai fait ce geste des milliers de fois déjà.
Je lâche un soupir de soulagement en trouvant les choses à leur place, en pleine lumière.
Et ris de moi en tournant le verrou. Retrouvant des gestes coordonnés et synchronisés.
" Un peu de fatigue... Et beaucoup d'imagination... " me dis-je en déposant mon sac.
Une bonne douche me fera du bien. La chaleur avait été accablante. Toute la journée.
Peut-être était-ce cela qui me tapait sur le système. Genre insolation.
Je me déshabille et vais dans ma salle de bains. En confiance.

" Il y avait quelqu'un dans ta salle de bains ?...
- Un homme, oui. J'ai vu sa silhouette à travers la vitre de la cabine de douche. "
Karine avait décidé de me chambrer : " Et tu ne l'as pas invité à te rejoindre ?...
- C'est pas drôle. Je suis malade. Je vois des trucs qui n'existent pas.
- On se calme. Voyons. Réfléchissons. L'impression d'être suivi, ça arrive à tout le monde.
C'est comme... tu sais, ces sensations de déjà-vu. Pour ça, aucune raison de s'inquiéter. "
Elle baisse les yeux sur le cendrier dans lequel elle écrase sa clope, préparant la suite.
Ou gagnant du temps. Manifestement embarrassée. " Bon... pour la voisine et l'escalier...
- C'était tellement réel. Je te jure. Le seul fait d'y penser me fait encore froid dans le dos.
- En même temps, la connaissant, je ne serais pas étonnée de trouver des vers dans sa bouche.
- Karine ! S'il te plaît !
- Ok ok... pardon. J'essaie de plaisanter. Mais enfin, je ne sais pas quoi te dire...
Est-ce que tu as regardé des films d'horreur récemment ? Fait des cauchemars ?... "
Je réfléchissais et allais répondre lorsque je la découvris en train de se caresser sur le sofa.
Je fronçai les sourcils. Plissai les yeux. Karine se masturbait devant moi en gémissant.
" J'ai un bouton sur le nez ? Hey ?... me demanda-t-elle. Tu es avec moi là ? "
Je ne lui ai pas dit un mot de ma dernière hallucination.

Place Gambetta. Il y a une place en terrasse. A l'ombre.
Je sortais de chez mon généraliste avec un rendez-vous chez un psychiatre.
Le serveur est venu prendre la commande. Que je n'avais jamais vu ici. Très beau.
Je rougis un peu et demande un café en détournant le regard. Diable qu'il est beau.
" Avec plaisir " lance-t-il d'une voix terriblement sexy.
Je comprends qu'il se veut charmeur à mon égard et je souris bêtement,
avec un mal de chien à contenir mon trouble.
Je rassemble mon courage pour relever les yeux sur lui et manque de tomber de ma chaise.
Les trois filles de la table d'à côté étaient à genoux devant lui et se disputaient son sexe.
Lui, complètement nu, un sourire satisfait, me fixait du regard avec un air de défi.
Les filles léchaient son énorme pénis en érection, se roulaient des pelles entre elles.
Quand il me demanda : " Vous avez besoin d'autre chose ?... "
Je regarde à côté : les trois filles attablées ne suçaient que les pailles de leurs sodas.
Et lui, habillé de noir comme je l'avais trouvé, me souriait en quête d'une réponse.
Mon effroi ne m'empêcha pas d'apprécier le petit cul mis en valeur par son pantalon.
Lorsqu'il s'éloigna vers le bar après l'avoir remercié. Le dos en nage et la bouche sèche.
" Vos visions sont donc plutôt d'ordre... érotique... insista le docteur.
- Celle de ma voisine cherchant à me dévorer n'avait rien d'érotique.
- Détrompez-vous. Malgré la répugnance que vous inspire les vers,
et votre voisine elle-même dont vous me dites qu'elle vous dégoûte...
- Non, par pitié. Epargnez-moi ce genre d'analyses à deux balles.
- Je veux dire qu'il y a une piste à explorer.
- L'escalier qui s'allonge, à votre avis, c'est aussi un symbole sexuel ?
Le phallus en érection du serveur que je n'avais encore jamais vu peut-être ?
- C'est vous qui en parlez... pas moi... "

J'étais en colère. Hors de moi. Personne ne prenait ce cauchemar au sérieux.
Quand je n'arrivais pas à me débarrasser de cette présence sur mes talons.
Qu'allais-je foutre de ces boîtes d'anxiolytiques ? Avais-je besoin d'euphorisants ?
Anyway. Je ne voulais pas perdre le contrôle avec des cachetons.
Si mon cerveau me jouait des tours, je voulais en avoir conscience.
Essayer de comprendre ce qu'il cherchait peut-être à me dire. Essayer de comprendre.
S'il s'agissait de m'assommer pour ne plus y penser, j'avais ce qu'il fallait de whisky.
Il faisait nuit et je gagnais mon immeuble qui me semblait particulièrement sinistre.
La scène de la minuterie s'est répétée. Sans la vision de la déformation de l'escalier.
Ma voisine probablement. Qui avait encore devancé mon geste. Mais qui ne venait pas.
Pas un bruit. Pas un mouvement. J'attendais que cette vieille folle apparaisse.
Bon sang. Il y a quelqu'un dans cette cage d'escalier. Je le sens.
Et pourtant rien ne bouge.
Je décide de monter. Il faut bien que je monte chez moi.
Marche après marche. Je m'aide de la rampe. Je me cramponne. J'avance.
Il faut bien que quelqu'un ait appuyé sur le bouton de ce maudit interrupteur.
Peut-être ma voisine a-t-elle renoncé à descendre. Oublié quelque chose.
Et, nom d'un chien, j'ai toute ma tête. Je n'ai pas enclenché la minuterie.
J'arrive sur mon palier. Je déglutis. La porte de l'appartement est ouverte.
Il est dans le noir. Et j'hésite à approcher davantage. Les clés en main.
Entre mes doigts, j'évalue la taille de chacune d'elles, me demandant si elles pouvaient,
peu ou prou, me servir d'armes blanches, si j'avais une chance de me défendre avec ça.
Il ne se passe rien. Dans ce faux silence envahi par le grésillement de la minuterie.
J'avance. En essayant d'une voix que je voulais assurée : " il y a quelqu'un ? "
Je m'approche encore. Arrive sur le pas de ma porte. La pousse du bout du pied.
Sur mon portable, je compose le 17. Une seule application de mon pouce suffira.
Pour appeler la police au besoin...

J'avais allumé la lumière. Rien d'anormal dans l'appartement.
Aucune trace de rien ni de personne. Encore une fois, tout semblait être à sa place.
J'ai fait le tour par acquis de conscience, prenant au passage un couteau dans la cuisine,
comme dans les films, laissant la porte ouverte derrière moi, m'annonçant encore,
en répétant ma question une dernière fois : " il y a quelqu'un ?... "
Constatant que mon logement était vide, j'ai pu verrouiller ma porte en soufflant.
Pas moyen d'avoir l'esprit tranquille. Mon cœur battait à tout rompre.
" Je vais devenir complètement dingue ! " marmonnais-je.
" C'est probablement déjà fait. "
L'ampoule du plafonnier a donné des signes de faiblesses avant de griller.
Je n'ai pas été capable d'émettre un son. Le dos collé au mur. Dans la pénombre.
" N'aies pas peur voyons... je ne vais pas te faire de mal... "
Il n'y avait plus dans la pièce que la lumière des éclairages publics de ma rue.
Le temps que mes yeux s'adaptent à l'obscurité et je pouvais reconnaître les meubles.
Est-ce que tout cela est réel ? Cela va s'arrêter. En fait, j'attendais que ça s'arrête.
D'habitude, mes visions ne duraient que l'espace d'une seconde ou deux.
" Oh, tu peux attendre... cette fois, nous allons avoir un peu de temps. "
Ok. Il peut lire dans mes pensées. Tout cela est complètement irrationnel.
Et puis. J'inclinai la tête de côté. Je connaissais cette voix.
Et la silhouette que je vis bouger à ma droite, à contre-jour.
" Bien sûr que tu me connais... "
Celle de l'homme dans la salle de bains pendant que je prenais ma douche.
Complètement nu. Exhibant une érection monstrueuse. Le serveur du café.
" Je sais que tu en as envie. Fais-toi plaisir. Je suis là pour ça. "
J'ai eu beau m'acharner sur l'interrupteur, la lumière ne revenait pas.
J'ai renoncé et brandi mon couteau : " Qu'est-ce que vous voulez à la fin ?...
- Te faire du bien... "

Il avait joui en moi. Sur moi. M'avait donné trois orgasmes consécutifs.
Il étalait son sperme sur mon ventre. Essuyait son gland dans ma toison pubienne.
Alors que je reprenais mon souffle, écumante, incapable de le regarder dans les yeux.
J'ai senti qu'il souriait. Lorsqu'il écarta mes cuisses pour jouer à nouveau avec mon clitoris.
Je l'ai repoussé. Il n'insista pas. " Je vais mourir. Arrête. S'il te plaît. Je vais mourir. "
Sa langue quitta mon sexe pour remonter vers mon nombril, léchant sa propre semence,
jusqu'entre mes seins meurtris quand j'avais l'impression d'avoir été rouée de coups.
Le téton ultra-sensible ne supporta pas la pression de ses lèvres. Je le repoussai encore.
" S'il te plaît, répétai-je fermement. Tu vas me tuer... "
Son visage vint se planter au-dessus du mien et je n'ai pas pu échapper à son regard.
" Qui te dit que tu n'es pas déjà morte ? "
Ses yeux n'étaient pas effrayants. Ils étaient plutôt doux et semblaient bienveillants.
Ils me souriaient presque tristement. Comme s'il était ému.
Il entendit ma question avant que je ne la lui pose.
" Qui es-tu ?... "
J'eus la sensation étrange qu'il m'embrassait, goulûment,
sentais sa langue fouiller ma bouche furieusement, alors qu'il se tenait au-dessus de moi,
qu'il n'avait pas bougé, et ce que je voyais ne correspondait pas au baiser que je ressentais.
Quelque chose me disait qu'il avait répondu à ma question. Mais je persévérais.
" Dis-moi. Qu'est-ce qui m'arrive ? Est-ce que je suis folle ?... "
Je vis une voiture arriver à toute allure qui me fit sursauter. Des gyrophares.
" Qu'est-ce qui s'est passé ?... Je suis morte ? "
Il me caressait les cheveux. Et mon sexe humide réclamait encore du plaisir.
" Fais-moi l'amour s'il te plaît. Baise-moi. Je veux ta bite... Baise-moi. "
J'ai jeté la boîte de médicaments.

" C'est lui... "
Karine leva un sourcil avant de faire une moue amusante. Un signe d'approbation.
" Je comprends mieux. Si tu le permets, je me ferai du bien en pensant à lui moi aussi. "
Me reconnaissant, le garçon, de loin, nous adressa un sourire ravageur.
" Bonté divine. Le cul qu'il a ce petit con. Pardonne-moi ma chérie.
Tu as d'excellentes raisons d'être complètement atteinte Je suis déjà dingue de lui. "
Il s'est approché et nous a demandé ce que nous voulions boire.
" Tu ne veux pas un verre de vin ? Une bière ?... s'étonna Karine presque indignée.
- Non, merci. J'évite l'alcool. Si tu veux bien. Je reste sur mon sirop de menthe.
- Tu évites l'alcool... Evite surtout de le mélanger aux médocs et tout se passera bien. "
Elle réfléchit un instant et ne put s'empêcher d'ajouter :
" Bien que... même si c'était super zarbi, ça fait quand même envie ton trip orgasmique... "
Je n'ai pas ri. Et Karine s'en rendit compte. " Excuse-moi... C'est lui qui me fait de l'effet.
- D'autant qu'encore une fois, je t'assure, c'était vraiment glauque et...
- Tu dis ça pour le moment où il lui a poussé des seins et que c'est devenu un plan lesbien ?
- Arrête ! C'était morbide, un vrai cauchemar, ça puait la mort... "
Karine changea d'attitude lorsque j'ai finalement fondu en larmes.
" Pardon. J'essayais de te faire rire. C'est raté. Je suis une idiote. "
Elle me serra dans ses bras pour me consoler.
Le serveur, gêné, posa les consommations sur notre table.
Il hésita, embarrassé, et tenta tout de même un : " Je peux faire quelque chose ?... "
Karine le regarda d'abord d'un air furieux, puis adouci à la vue de son visage d'ange.
Se ravisa lorsqu'elle était prête à l'envoyer promener. Sous le charme.
" Non. Merci. C'est gentil. "

Elle m'a conseillé d'aller voir un autre psychiatre.
Je l'ai raccompagnée jusqu'à sa voiture. " Aies confiance en toi, ça va aller... "
Je devais rentrer chez moi. J'avais besoin d'une douche. La chaleur était suffocante.
J'étais déjà engagée sur le passage piéton du boulevard. J'ai vu la voiture au dernier moment.
" Tu vois que tu te rappelles de tout... " me dit-il de sa voix douce et sexy.
Il n'avait cessé de me caresser les cheveux en écoutant mon récit.
" Tu veux bien me baiser encore ? J'ai envie de te sentir en moi. " Il sourit.
L'espace d'un instant, j'aurais juré qu'il avait le visage de mon père.
" Tu le verras peut-être bientôt " dit-il pour répondre à ma pensée fugace.
Je caressais ses testicules avec un désir interrompu par une angoisse soudaine.
" Tout ce délire sexuel... dis-moi la vérité... ce n'est peut-être pas bon signe pour moi... "
Il ne répondit pas. Il me roulait des pelles. Me sodomisait peut-être. Je ne sais plus.
" Combien de temps ça va durer ? Quand est-ce que je saurai ?... "
Il y avait la police. Les pompiers. Tout un bordel devant l'hôtel Windsor. Autour de moi.
Je me rappelle que mon père se tenait sur l'autre trottoir, immobile, et regardait la scène.
Nos regards se sont croisés. Je l'ai perdu de vue. Cela aurait dû me mettre la puce à l'oreille.
" Et cette histoire de vers dans la bouche de ma voisine ?... Qu'est-ce que ça veut dire ? "
Dans le couloir étroit. L'entrée de mon immeuble. La minuterie se met en marche.
Toute seule. Une fois de plus. Mon bel ange-étalon diabolique a disparu. Je l'appelle.
" Baise-moi encore, par pitié ! Je veux que tu me baises ! "
J'ai conscience de mon hystérie. Et d'une autre chose aussi.
Le couloir. La lumière... ça me rappelle quelque chose. L'escalier qui s'allonge.
Bordel. Suis-je sotte. Ce n'est pas une bite en érection. Je pense au psychiatre.
Tout n'est que symboles n'est-ce pas ? Eh bien je comprends mieux. Ou crois comprendre.
C'est différent cette fois. J'ai l'intime conviction que quelque chose s'est débloqué.
La lumière en haut de l'escalier devient aveuglante. Et terriblement attirante.
J'appelle toujours, folle de rage et de chagrin. " Baise-moi. Ne me laisse pas !... S'il te plaît ! "
Il y a ce bruit infernal de la minuterie qui s'intensifie dans ma tête. Je me sens mal.
La lumière au bout du couloir. De l'escalier. Je ne vais pas mourir.
Je suis déjà morte. Je ne vais pas mourir. Je vais naître. Naître ?
L'escalier qui s'allonge n'est pas une bite. Ce couloir est un vagin.
Où je suis précipitée. Comme aspirée soudain.
Arrachée à la lumière où tout s'éteint.

 

Philippe LATGER
Juillet 2012 à Perpignan

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Perfect World

Publié le

Qu'ils sont beaux mes frères qui essaient de construire lorsque d'autres détruisent.
Qu'ils sont valeureux ceux qui cherchent des solutions aux problèmes que d'autres ont causés.
Qu'ils sont braves ceux qui aiment l'humanité quand elle n'est pas toujours digne d'être aimée.
Je les salue. Je les embrasse. Qu'ils soient artistes ou médecins. Juristes ou architectes.
Les professeurs. Les infirmières. Les avocats. Les chirurgiens. Les ouvriers. Les diplomates.
Qui ont le sens de l'intérêt général. Le sens de l'autre. Le sens du groupe. Et du progrès.
Le bonheur est un travail d'équipe. Fait de grandes choses comme de petits riens.
Ce qu'il faut de foi en soi et en l'autre pour faire le bien en ce monde.
Ce qu'il faut de générosité et d'humilité pour ne pas oublier le prochain.
Ce qu'il faut d'intelligence pour céder de son propre terrain pour gagner la paix.
Trouver l'équilibre et l'harmonie entre les intérêts contradictoires.
Le sens de l'équité. Celui de la justice.
Je ne suis pas parfait. Ne le serai jamais.
Mais j'essaie de parfaire.

 

Philippe LATGER
Juillet 2012 à Perpignan

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L'effeuillage

Publié le

Il y avait ce mur splendide. Celui du presbytère. Presque à portée de main.
Avec ses arêtes en briquettes rouges qui tranchaient sur la verdure du platane foisonnant.
Des lignes de briques qui présentaient des retraits progressifs en surplomb.
Je m'attendais au coup de cœur, lorsque ce petit recoin médiéval, au pied de l'Horloge,
avait toujours su me faire rêver, m'inquiéter, m'intriguer et m'émerveiller à la fois.
Un havre blotti contre la cathédrale, qui tient dans un mouchoir de vingt mètres carrés.
La façade étroite et discrète avait attiré mon attention. J'avais eu une bonne intuition.
Le quartier était idéal. Le plus ancien. Le plus typé. Le plus central.
Avec cette particularité qui finissait de me ravir : à cheval entre le chic et la déglingue.
Quand à une rue près, se côtoient les plus fortunés et les junkies squattant des taudis.
Evidemment, pas de porte cochère. Pas de cour intérieure où dérouler un escalier d'apparat.
Nous étions loin de l'hôtel particulier magnifique de la rue Grande la Réal et son parc attenant.
Ici, la porte étroite s'ouvre sur un couloir à peine plus large et des marches hautes,
sur une inclinaison digne d'une échelle de meunier, pavée de tomettes cassées.
J'emboîte le pas à la fille de l'agence qui m'indique rapidement des boxes au rez-de-chaussée,
qui tiennent lieu de caves, alignés derrière la cloison, avant de monter à l'étage.
Une porte en bois fine comme du papier à cigarette. Qui ne jointe nulle part.
Le sol n'est pas droit. J'ai peur d'être déçu. Elle ouvre. Dans le noir.
S'engouffre dans le studio pour ouvrir les volets d'une première fenêtre. De la seconde.
Ca ne sent pas mauvais. Ca sent la peinture fraîche. Et à la lumière, je comprends.
Le linoleum est gris anthracite, plus foncé que le gris des plaintes et des menuiseries.
Les murs, le plafond, sont d'un blanc immaculé. L'appartement est propre. Comme neuf.
La pièce en L propose spontanément trois espaces différents. Un bel espace.
Une hauteur sous plafond idéale. Quand j'ai deux portes-fenêtres XVIIIème.
Pas de balcons, mais une épaisseur de murs où ranger les volets de bois en accordéon,
qui permettent de se poster hors façade, à des garde-fous en fer forgé.
Un sourire dit oui à la fille de l'agence avant que je n'aie pu dire un mot.
Je vérifie la salle de bains. Qui aurait pu être le point faible.
La cabine de douche vitrée est grande. Pouvant accueillir deux personnes.
Tous les éléments sont neufs. A commencer par le lavabo au-dessus duquel
un miroir couvrant tout le mur agrandit la pièce et réfléchit la lumière.
Il y a une fenêtre en hauteur. L'appart est traversant.

Je signe le contrat sur le coin de l'évier. Vérifie les clés.
Ravi de ma trouvaille. Convaincu que je n'aurais pu trouver mieux.
Sous la boule de verdure immense du platane, la porte de marbre latérale de la cathédrale.
Ses colonnes. Son fronton. Où le soleil vient enflammer la pierre comme du phosphore.
Le décor est magique. Et je suis fou de joie. Comme nous serons heureux, ici.
Nous allons enfin pouvoir nous retrouver, à l'abri des regards indiscrets,
bien qu'au cœur de la ville, à la barbe de tous, dans un nid d'éléments magnifiques.
Au pied du clocher. Dans cet amas de cailloux chargés d'histoire et de fantômes.
A la fraîcheur de l'arbre centenaire qui pour un peu, entrerait dans la pièce.
Entre le Campo Santo et St-Jean. Dans cette rue historique pour moi.
Où ma vie basculait, déjà, une première fois, pile dix ans plus tôt.
Voilà. J'ai trouvé notre planque. Ma garçonnière idéale.
Et je n'ai qu'une hâte. Nous sortir du placard de la rue Alfred de Musset.
De cette chambre sordide où j'avais des scrupules à te recevoir. Embarrassé.
Qui n'était pas à la hauteur de notre rencontre et de la pleine lune.
D'ailleurs, dès cette nuit, je reviendrai. Désormais, j'ai les clés.
L'appart sera vide. D'autant plus beau. A la seule lumière de l'éclairage de la rue.
Et c'est le cœur léger, ivre de bonheur, que j'ai charrié à pied mon fauteuil de bureau,
sur la tête, en pleine nuit, roulettes en l'air, le long des remparts émouvants.
Personne pour se demander si j'étais un voleur, un fouilleur de poubelles ou un fou,
la voie était libre, la ville était à moi, et j'ai pu m'installer pour une première clope.
J'ai ouvert les fenêtres. N'ai surtout pas allumé de lumières. Seulement ma cigarette.
La lanterne publique flanquée au coin de la façade embrasait le décor.
J'étais à l'ouverture d'un Opéra superbe qu'il me fallait écrire.
J'avais la certitude que nous serions heureux. Et nous l'avons été.
J'en avais la promesse. Et nous l'avons tenue.

Depuis le boulevard, on devine l'adresse. Quand l'arbre en mange la façade.
Le feuillage est un écran, un rideau protecteur, pour nous garder sous cloche.
Quand celle du campanile n'a pas souvent sonné, sinon aux acrobates dont j'ai dû vous parler.
Protégé de la ville, de la circulation, j'ai trouvé mon royaume ou mon île déserte.
Deux voyages en voiture ont suffi. Je m'étais délesté pour rentrer de Paris.
Le déménagement fut rapide et enfiévré. Il me tardait d'écrire. Et de pouvoir t'aimer.
Du linge de maison. Pour le lit. Pour la douche. Et j'avais mon bureau.
Quoi d'autre ? Quand la nuit à elle seule était une corne d'abondance...
Je n'avais besoin de rien. Ni voiture. Ni four. Ni lave-vaisselle. Ni écran plat. Ni smart phone.
Aucune envie de me perdre dans les grandes surfaces et les boutiques dites de décoration.
Je hais les objets qui ne servent à rien. Et la plupart ne servent pas à grand-chose.
La seule concession fut cette machine à laver. Installée dans la cave devenue buanderie.
La Casa était là. Dans cette autre fenêtre. Sans aucune limite. Infinie. Eternelle.
Où j'ai pu rencontrer des êtres d'exception et des frères fidèles.
C'est là que j'installais des salons, des dîners, des bars et des fumoirs. 
Pour accueillir des âmes venues là par hasard, de contacts ou lecteurs, en maître de maison.
Ma vie sociale n'était pas que virtuelle. Quand j'avais mes amis et la proche famille.
Mais au studio dans l'arbre, je ne recevais pas, n'y organisais rien, lorsque c'était chez nous.
Ce n'est que dans l'espace de mon ordinateur que j'invitais des gens à venir me rejoindre.
J'y ouvrais des dépendances et des jardins d'hiver, le long de la Garonne,
de Toulouse à Bordeaux, des salons marocains, des patios andalous, des champs de tournesol.
Des chambres à Pézenas. Des boudoirs à Genève. Des terrasses à Paris. Sur à peine 17 pouces.
Je pouvais sans bouger, embrasser tout un monde, où j'adorais nager.
Si j'y ai fait mille brasses je ne m'y perdais pas pour y tourner en rond.
Ne parlant que de toi. De ce que je vivais. Du miracle indécent de se sentir vivant.
De ce qui m'animait, ce que je ressentais, avec l'amour à mordre comme unique obsession.
A peine avais-je le temps de me confier au monde que tu apparaissais et je pouvais sombrer.
Dans ces regards puissants dont je ne sors jamais.
Nos draps blancs où je pouvais garder les indices ou empreintes que tu y avais laissés.
Quand la nuit m'emportait jusqu'aux prochains rivages, aux prochains rendez-vous,
avec à peine le temps d'en faire l'effeuillage.

J'ai soupiré les mots que tu m'as inspirés.
Qui ont trouvé un écho aux ondes de radio comme aux liens de Facebook.
Sans avoir à gommer ce que j'avais été, le chemin parcouru et les diables passés.
Quand Paris elle-même ne pouvait me quitter. Qu'elle venait jusqu'ici.
Sans l'aide de webcams. Incarnée par des Nicole Croisille, des Véronique Sanson.
Par mon ami Arnaud. Par mon ami Gary. Qui tous prenaient la peine d'arriver jusqu'à moi.
Refluer dans la vague. J'y suis allé deux fois. Me confronter au moi d'une vie déchirée.
Qui ne m'a pas manqué une seule minute. Quand elle ne m'a jamais totalement quitté.
J'étais là, bien au chaud, dans l'écrin du berceau de ma terre natale.
N'avais besoin de rien. Sinon de tes baisers. Et de tes yeux immenses.
Qui prenaient d'incroyables clartés dans la lumière orange.
C'est dans cette dernière que je bois mon café aux ombres qu'elle me donne.
Celles des fins barreaux qui s'alignent de biais au ciment toujours frais de mes balcons barrés
où je venais toujours me poster en vigie pour te voir t'éloigner dans le lit de la rue.
J'étais là, à fumer, t'adressant un sourire, soit radieux, soit inquiet,
lorsque tous les vingt pas tu aimais te retourner pour prolonger l'échange.
Comme à ces jeux d'enfants, ces 1,2,3 soleil, voir si j'étais présent ou si j'avais bougé.
Sur le duvet orange la lumière, ton sur ton, devient insoutenable.
Incendiant la pénombre en tranchant des contrastes à saigner mes prunelles.
J'observe le silence aux brises dans les branches, au bruissement des feuilles,
au filet d'eau constant qui s'égoutte en pleurant au bout du caniveau.
Pleins feux sur mon église. Sur mes volets de bois. Quand je reste dans le noir.
A délier mes volutes. Comme des lettres écrites. Tatouées sur mes doigts.
Qui n'oublieront jamais la force qu'elles te doivent.
J'aimerai cet endroit. Et partirai avant d'avoir à le haïr.
Je ne salirai pas le temple ou le foyer de nos révélations
Il nous faut une étape. Une page à tourner. Avant la catastrophe.
Il faut que l'on s'échappe. Il faut que l'on se sauve.
Quand l'histoire est trop belle pour devenir banale, ennuyeuse ou vulgaire.
Le danger est tout proche. Et, sur le pied de guerre, je reprends le flambeau.
Ainsi, ce cadre de deux ans, au lieu de m'étouffer
au moment de partir je peux le trouver beau.
Aimer le caresser. Avant que je le perde. L'apprécier au sursis que je me suis donné.
L'embrasser tout entier. En ombres et en lumières. Pour un dernier hommage.
Le reste de ma vie en fera l'effeuillage.

 

Philippe LATGER
Juillet 2012 à Perpignan

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Albeniz

Publié le

Isaac Albeniz dans les oreilles. Quand le gris charge le ciel devenu orageux.
Je trouve admirable que tu puisses te passer de moi.
Que ta vie soit si pleine et intense que tu n'aies pas besoin de me voir plus souvent.
De mon côté, je me suis fait une raison, quand je sais bien où sont les priorités.
Et l'amour en tendresse peut toujours se travestir, avant de se prendre à son jeu.
La passion amoureuse n'est rien sans combustible. Elle s'épuise peu à peu.
Quand le temps redoutable nourrit ses habitudes et le train ennuyeux où l'on peut s'endormir.
Le feu ne s'éteint jamais seul. Il n'y a pas de coupables, sinon la négligence.
Je n'accuse personne. Il n'y a pas de forfait. Il n'y a pas eu de fautes.
Ce pourquoi je ne suis pas en colère. Je ne suis pas furieux.
Ni triste, ni aigri. Je n'ai pas de révolte.
Je me laisse glisser sur la pente nouvelle.
Avec un fatalisme qui me repose un peu.
Il fait trop chaud peut-être. Bien trop chaud pour se battre.
Je ne me battrai pas pour me mobiliser.
Quand j'ai besoin de forces pour me positionner.
Elles étaient concentrées sur l'histoire d'amour.
Le Commandant en Chef va les redéployer.
S'il n'y a pas l'énergie, l'élan, le mouvement,
l'édifice s'écroule quand il doit avancer.
Il n'y a rien de changé, les données sont les mêmes.
C'est juste que je n'ai plus les ressources pour y croire.
Que rien ne me permet d'envisager l'après, le plus tard, la moindre perspective,
sinon en reprenant, baluchon sur l'épaule, ma route de gringo vers de nouveaux sommets.
Il faudrait en parler, connaître ton avis, lorsque je suis contraint d'attendre le moment,
d'une semaine à l'autre, d'une quinzaine à l'autre, et que les jours s'allongent
dans mon lit déserté.

Ecrire fut le moyen. Ici. Sur d'autres pages. De tenir les distances.
Rendre possible la romance incroyable qui n'avait aucune chance.
Ivre de la rencontre et d'une renaissance, de ton charme absolu et de notre confiance,
j'avais pu, sans souffrir, attendre sans attendre, patienter au parvis, ce sans m'impatienter.
Je composais mes vers dans ma lumière orange, pouvais filer des jours de plus en plus heureux
d'être inspiré par toi, d'aimer autant écrire, d'aimer être amoureux puisque c'était permis.
Je n'ai pas ressenti le poids de solitudes. Quand je n'étais pas seul. Que j'étais habité.
Quand nous étions ensemble même en ne l'étant pas. Et c'était voluptueux.
Et c'était magnifique. Quand j'étais bouleversé de pouvoir être deux.
Je pouvais foutre en l'air tous les raisonnements, rationnels, pragmatiques,
envoyer promener les principes emmerdants, ceux de réalité.
Ta vie est faite. Et je t'aime pour ça. La mienne ne l'est pas. Ne le sera jamais.
C'est cette différence, je le sais, qui nous a attirés l'un vers l'autre.
Fascinés par nos façons opposées de prendre nos libertés.
A jouer contre la montre, le temps m'a rattrapé.
Ce n'est pas Mister Hyde qui me prend par le col.
C'est la tour de l'Horloge et deux grandes aiguilles.
Les fourmis dans les jambes. Mon baluchon est prêt.
Quand j'ai des arguments faciles pour servir mon départ.
Celui de débarrasser le plancher, de te rendre à ta vie et tes obligations,
te soulager d'une entrave ou de risques au bonheur que tu tiens.

Quand j'ai vu, de mes yeux, combien ta vie est pleine.
C'était un privilège de trouver une place dans cette architecture.
Qui ne fut jamais un rouage essentiel ni crucial de ta noble entreprise.
Si j'ai participé d'où je suis à trouver l'équilibre, à donner de la force,
et du plaisir peut-être, je suis périphérique et ne menace aucun des organes vitaux.
Ni en restant. Ni en partant. Puisque je suis à côté et ne dérange rien.
D'autant que l'amour qu'il me reste, celui que j'ai pour toi,
ne s'éteindra jamais.

 

Philippe LATGER
Juillet 2012 à Perpignan

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Vampire

Publié le

Deux séjours à Paris en six mois. Le chaud et le froid.
Comme l'empreinte de canines à la base du cou.
Le baiser du vampire.
Quand les liens se retissent laborieusement.
Reconstruction faciale.
De Montmartre et de St-Germain-des-Prés.
Le format chanson m'angoisse. Quand je l'ai fait exploser.
A la lune du Parc Monceau.
Qu'il m'a vidé de mon sang, déjà, me laissant nu et inconscient sur le sol.
Sur le sol de la cuisine. Près du Square Carpeaux.
Je n'ai plus la peau verte du Parisien sépulcral.
Sorti de mon tombeau au grand jour de ma honte.
J'embrasse mes Abbesses et leurs foutus escaliers.
Tous les amis sincères que j'ai pu y laisser.
J'ai retrouvé mon sang, là-bas, loin des hamacs, des parasols.
Que je ne ferai plus couler que dans les vignes du tertre.
A des amours sans gloire et des baisers absents.
Pour écrire ce que c'est de revenir de loin.
J'ai trouvé la lumière.
Et l'ombre l'accompagne.
Partout où elle se trouve.
Je n'ai plus peur de rien.

 

Philippe LATGER
Juillet 2012 à Perpignan

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La ville aux piétons

Publié le

Des bus dansent un quadrille à la gare routière.
Sur la gomme de leurs pneus. Le hoquet pétrolifère. Exhalaisons.
Des barres de métal ajourées de fenêtres où l'on dessine des silhouettes.
Comme aux paysages urbains d'Edward Hopper.
30 quais alignés le long de la voie ferrée. Au Centre du Monde.
Pour raccorder les lignes départementales aux TGV pour Barcelone ou pour Paris.
Des horaires sur des écrans. Des annonces enregistrées. En espagnol et en anglais.
St-Assiscle est un chantier. Le cœur d'un réseau qui se crée.
Quand à ceux de Facebook, de Twitter, il faut ceux du transport matériel et physique.
Les idées ne sont pas seules à se déplacer. Les personnes aussi se meuvent dans l'espace.
Doivent aller d'un endroit à un autre. La fourmilière a ses galeries, ses couloirs, ses passages.
Il y a des nœuds de redistribution, comme à Châtelet-Les Halles, où tout converge.
La fréquence des trains. Les correspondances. Tout doit être calculé, étudié, mis à l'épreuve.
La logistique. L'organisation de nos activités. Quand il s'agit de nous faciliter la tâche.
Aux rêves d'indépendance individualistes, nous retrouvons le goût du transport en commun.
Quand les contraintes économiques, financières, démographiques, écologiques,
nous invitent à réinventer la ville et son fonctionnement, même loin en province.
L'automobile qui était un symbole d'autonomie et de liberté devient un problème.
Lorsque l'on est désormais plus libre comme piéton qu'au volant de sa voiture.
Cette dernière est toujours utile pour les distances moyennes entre deux villes.
Mais elle devient un poids, une charge, dans les agglomérations.
Lorsque les embouteillages et les complications du stationnement
deviennent insupportables à l'heure de la réactivité, de l'immédiateté,
de la réduction du temps permise par la révolution de l'internet sur soi.
Perpignan aussi aura son tramway.
Lorsque de belles réalisations sur gazon, silencieuses, permettent aux urbains
de consulter leur agenda, des résultats sportifs, préparer leur rendez-vous,
sans avoir à se soucier du plein d'essence, des heures de bouchon, du scooter qui déboîte,
ni de la place de parking qu'il faudra trouver au plus près de son lieu de destination.
Les urbains de province doivent réapprendre à se déplacer ensemble.
Ils doivent aussi réapprendre à marcher.
Comme toutes les villes, ma cité n'est pas la même en voiture et à pied.
Elle n'a pas les mêmes dimensions ni les mêmes agréments.
Les distances sont faussées, au volant d'une auto, lorsqu'elles sont démultipliées,
contraintes par des voies, des règles et des sens de circulation,
alors que le même trajet s'avère souvent plus rapide en marchant,
en plus d'être moins anxiogène et beaucoup plus plaisant.
S'embarrasser de la voiture complique tout, soudain, à ce qui pourrait être simple,
provoque un stress presque comique, quand on sait que la destination est à trois rues,
et que l'on perdra moins de temps et d'énergie à s'y rendre sur ses deux jambes.
New-Yorkais, Parisiens, Barcelonais ont l'habitude de marcher.
Voilà un sport utilitaire bien moins violent que le jogging, idéal pour le cœur et la santé.
Pour les distances supérieures, des vélos, des bus, des tramways, des métros feront l'affaire.
Lorsque, même dans une petite ville de province comme la mienne,
la présence de l'automobile dans le paysage urbain, en circulation comme à l'arrêt,
devient de plus en plus insupportable.
On prend vite goût aux espaces piétonniers, où l'on n'est plus à l'affût des bruits de moteurs,
du véhicule qui pourrait arriver au moment de traverser une place, sans parler du fait
qu'un lieu sans le vacarme et l'agitation de bagnoles hystériques devient un havre de paix.
Idéal pour faire du lèche-vitrine, s'attarder sur une terrasse de café ou se payer une glace.
Manger dehors à l'abri des hydrocarbures devient acceptable.
Et les lieux sortent grandis de l'absence de ce qui peut être beau sur une belle route.
On retrouve sa ville quand elle est débarrassée de l'angoisse des véhicules motorisés.
On retrouve les façades d'une rue, sa perspective, et le plaisir de s'y mouvoir,
sans les alignements disgracieux et chaotiques de voitures stationnées le long des trottoirs,
qui en plus d'enlaidir le site ne font que l'encombrer, gênant tous les piétons,
à commencer par les personnes âgées, les gens en fauteuil et les enfants en poussette,
contraints pour se mouvoir de contourner les épaves de la liberté individuelle des autres.
Les temps changent. Et l'on préfèrera un alignement de platanes à celui de berlines.
Je ne suis pas contre l'automobile.
Qui, outre la liberté qu'elle confère toujours, trouve sa majesté sur une belle autoroute.
Il y a une esthétique routière à laquelle je suis sensible, aux rubans de goudron sombres
se frayant un chemin dans les paysages, et aux flux réguliers de véhicules qui,
sur les longues distances, sont propices à la rêverie comme le sont les voyages en train.
Mais il y a des usages devenus ridicules, à l'heure d'internet et de l'énergie chère.
Et c'est l'honneur des collectivités locales d'organiser avec l'argent public
des réseaux économiques et efficaces pour ne pas dire intelligents,
afin d'améliorer la vie de l'individu comme de la communauté.
Je n'ai pas les frais d'une voiture puisque je n'en ai pas.
Mais je pourrai me rendre à mon rendez-vous, en dehors de la ville,
dans un village qui ne fait même pas partie de l'agglomération.
Et j'y serai à l'heure. Sans le stress du volant.

Avec en prime le plaisir de saluer puis remercier une personne,
en charge de m'y conduire puisque c'est son emploi.

 

Philippe LATGER
Juillet 2012 à Perpignan

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