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2012

Full Moon

Publié le

C'est donc un coup à plusieurs bandes.
En pleine nuit, cette lumière, c'est encore celle du soleil.
Sur ton visage. Sur nos mains. Sur nos cheveux. Et sur la mer.
Quand la lune est une courtoisie. Le petit miroir de poche.
Pour faire le jour après minuit.
Le réflecteur de lumière brandi sur un plateau de cinéma.
Pour obtenir cette lueur blanche sur l'arcade sourcilière et le pli de la bouche.
Silence. On tourne. Autour du soleil. Caméra à l'épaule.
Autour de toi, disais-je. De ton sourire radieux.
22. 23. 24. 25... Elles se succèdent dans le ciel. Comme dans la chambre.
Ces lunes pleines comme un œuf. Pour compter chaque grain de sable.
Façonner des vagues et des dunes. De plages qui n'en finissent pas.
Je les jalonne au halo qui éclaire tout de cette lumière anisée de téléphone portable.
Dans les noirceurs pleines de brumes qui viennent pénétrer septembre.
Quand mon cœur en est dépourvu.

 

Philippe LATGER
Août 2012 à Perpignan

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Il y a des lettres

Publié le

L'été s'évapore gentiment.
Quand mes pas se prennent déjà dans des tapis de feuilles mortes.
Je m'étonne de n'avoir pas davantage cherché à profiter de la plage. 
Considère que je m'y serais probablement ennuyé, puisque j'avais mieux à faire.
Et que la volupté du bronzage n'est totale qu'au sentiment du travail terminé. Et bien fait.
Le souvenir que j'en garde est celui de l'enfance qui est déjà une autre vie. Un autre monde.
Et c'est un peu comme la fête. Comme la nuit. On peut dire que j'ai eu ma dose.
Que je m'évertue depuis à explorer d'autres plaisirs et d'autres voluptés.
Lorsque j'ai eu à cœur aussi, de laisser quelque chose de nouveau, du moins pour moi,
ici, sur ces pages, à poster un article tous les jours depuis le mois de novembre dernier.
J'en profite d'ailleurs pour vous remercier, vous qui me lisez, de votre curiosité.
Et pour certains d'entre vous, de votre fidélité.
De la fenêtre au lit-bureau, du platane au lit-radeau, sur mon parvis,
j'ai traversé trois saisons avec le bonheur de cette discipline et de ce rendez-vous.
Mais outre la pratique, l'université, si elle veut encore de moi, m'accueillera en son sein,
terminer des choses entamées quinze ans plus tôt, impatient que je suis de retrouver des bancs
où je pourrai explorer de plus près ce que c'est que la langue et la littérature.
Bien sûr, il y a des visées administratives et professionnelles là-dessous.
Mais la motivation est entière quand je suis toujours fasciné par la linguistique.
Impressionné par le système sophistiqué de codes dont nous disposons pour communiquer.
Les lettres. Les syllabes. Les mots. Les phrases. Comme les phonèmes. Signifiants. Signifiés.
Tout ce qui participe à être soi comme à être ensemble. A dire. Comme à se dire.
Se présenter. Se représenter. Etre en relation. Aux autres comme à soi-même.
Lorsque pouvoir s'exprimer est aussi vital pour l'homme que pouvoir manger et dormir.
Plus essentiel au fond, puisqu'il n'y a pas de conscience, à commencer par celle, je le crains,
de sa propre existence, sans la pensée, et qu'il n'y a pas de pensée possible sans la formulation.
Et je suis toujours extatique à cette idée qu'il n'existe que ce que l'on peut dire.
Lorsqu'on peut aussi bien dire des choses qui n'existent pas physiquement.
Aussi bien en élaborant autant de concepts que de théories, qu'en inventant des histoires.
Et je ne bouderai pas mon plaisir à me replonger dans les arcanes de cette magie pure,
qui fait, définitivement, de l'espèce humaine, une espèce à part.

J'y pense sous la longue et haute voûte des platanes du cours Palmarole.
Pour Dieu par exemple. Si le signifié n'existe pas, le signifiant existe.
Le concept est posé. Comme celui du zéro. Celui de l'infini.
Et c'est là que s'impose le pouvoir des mots et de la langue.
Celui de penser et d'imaginer. Celui d'être qui je suis, au milieu d'une ville.

Que je peux nommer et décrire. Rendre réelle à qui j'en parlerai.
Et même si je ne marche pas vraiment sur le cours au moment où je vous écris,
je peux rendre visibles à vos yeux les alignements de platanes robustes,
et le large bassin de la fontaine dont les jets s'amusent à faire des figures géométriques.
Pour préciser la description, je peux parler de la couleur du ciel et du taux d'humidité.
Des odeurs et des sensations. Et vous aurez une idée d'un instant qui n'existe déjà plus.
Que je prends plaisir à fixer quelque part pour qu'il ne disparaisse pas tout à fait.
Je pourrais faire durer l'été. Aller à la plage et y fermer les yeux depuis mon fauteuil.
Quand je sais exactement ce que procurent ensemble le soleil et la mer.
Je peux ramener des morts à la vie. Les faire parler si ça me chante.
Et remonter Park Avenue comme si j'y étais.
Les Lettres Modernes. C'était il y a quinze ans. Et je me dis que j'étais trop jeune.
Quand j'étais occupé à séduire, à sortir, à boire et à avoir des relations sexuelles.
A tricher dès que possible pour obtenir des choses plus facilement ou plus vite.
Ou à ne penser, accessoirement, qu'à ce que le diplôme permettrait pour la suite.
Mais sans véritable intérêt pour le savoir qui était à ma disposition.
Un savoir pour lequel je n'avais pas d'appétit. Quand je n'en avais que pour la fête.
Et je souris à la pluie froide qui me glace jusqu'à la cathédrale,
en pensant que vieillir a du bon.

 

Philippe LATGER
Août 2012 à Perpignan

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Un étémne

Publié le

La pluie est tombée. Dans mes fenêtres. Elle est tombée enfin.
Réveillant les odeurs fades de la rentrée sur le goudron et le pavé.
Réveillant le platane et ses bottes de caoutchouc, les essuie-glaces affolés.
La fraîcheur soudaine au ciel assombri. La nuit a plu tout un coton démaquillant.
Il y a septembre aux entournures. Il peut venir. Je suis fin prêt.
L'orage s'est concentré sur le clocher. Paratonnerre. Et je l'accueille les bras ouverts.
C'est une douche. Et ça ruisselle sur mon front, ça dégouline sur mes joues.
Et ça peut pleurer sur ma bouche les regrets d'un été passé,
actes manqués et caravelles qui sont toutes parties sans moi.
Les cheveux mouillés dans les yeux. Tête en arrière. Je mords le ciel.
J'invente une saison nouvelle qui durera toute l'année. Où il fera bon se baigner.
Et je la saigne aux quatre veines, pour me nourrir de ses promesses.
Tous les nuages fondent sur moi. Ils se ruent sur ma poitrine. Et je les bois.
Il faut que tu me fasses confiance. Il faut que tu me prennes la main.
Sur ce sentier, presque marin, qui nous conduit toujours plus loin.
Dont je devine le tracé aux boursouflures de l'automne et aux déluges imprégnés.
C'est tout un plateau qui bascule. Quitte à changer de quarantaine.
C'est pas l'automne, mais un étémne, qui s'aventure entre deux pans.
Je dois manœuvrer à la barre. Virer de bord. Changer de cap. Et m'y tenir.
Je suis riche d'un bon navire, d'un équipage magnifique à la hauteur de la voilure.
Je suis capitaine et vigie. Dans la tempête salutaire. Paré pour le nouveau voyage.
A ma fenêtre, je prends l'eau. Dans la figure. Et plein mon rire. Vertigineux.
La traversée est un empire, qui vaut bien tout l'or des Incas et toutes les splendeurs des Indes.
Je suis à quai, à mon clocher, qui n'est pas en Estrémadure, et je t'attends les bras en croix.
Enfin la pluie pour le désordre, pour balayer les indolences ou quelques langueurs estivales.
Quand il est temps de se lever, de se vêtir, et d'armer le plus beau vaisseau
que l'océan n'ait jamais vu.

 

Philippe LATGER
Août 2012 à Perpignan

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Au lit

Publié le

Tu es contre moi.
Et je t'enlace comme on enlace un traversin aux nuits trop courtes d'être seul.
Je te serre comme on serre toute une brassée de coussins, comme on étreint un oreiller,
aux caprices du sommeil, aux méandres d'un joli rêve, quand on change de position.
Je te respire. Le nez dans le coton blanc d'une taie. La peau contre le drap.
Je te désire. Mais je t'ai. Dans les fibres où la lessive n'enlève rien à ta présence.
L'assouplissant. Entre mes doigts. Entre mes lèvres. Entre les bras. Où l'on s'étire.
Je me répands. Sur un carré de matelas où je chavire. Où je t'attends.
Je t'y surprends. Devine un œil au creux du coude qui me regarde. Qui me sourit.
Je me retourne. Je fais le tour, sûr de te voir, de te trouver au coin du lit.
Quand tu es là. En noir et blanc. A respirer contre ma bouche. Contre mes cils.
Et nez à nez. J'inspire ton corps en entier que mes mains palpent comme elles peuvent.
Je peux dormir. A mon doudou et aux mobiles de l'enfance. Confiant et en sécurité.
Après le feu, l'amour, et tous les jeux de grands, je lâche prise et me détends.
J'ai tes épaules. J'ai tes chevilles. J'ai tes poignets. Et tous les baisers dans ma barbe.
Mes jambes fouillent le textile, bandant ses muscles au plaisir du chat qui s'éveille.
Qui prend son pied à ne rien faire sinon la grasse matinée.
J'entends le souffle. Ma main à plat monte et descend au gré de ta respiration.
Sur ton ventre, elle est légère. Le mouvement millimétré. Il est infime mais peut bercer.
Quand je t'attire enfin vers moi. Pour nous mélanger les cheveux.
Les membres et les dieux éphémères.

 

Philippe LATGER
Août 2012 à Perpignan

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A quelques centimètres près

Publié le

Les jambes portent encore le corps de façon hasardeuse.
Il y a des trous d'air. Dans la tête. Comme si le sol s'ouvrait sous ses pas.
Une démarche proche de celle du gars bourré qui doit se concentrer pour avancer,
aller droit, ne rien laisser paraître, mettre un pied devant l'autre, et tenir l'équilibre.
C'est qu'il lui faut manger. Le ventre vide, la tête vide, laissant la place à deux choses.
La honte. Et la paranoïa. Quand il lui semble que tout le monde sait. Voit. Et juge.
Dix centimes suffiraient à acheter une baguette courte qu'il a repérée à 65 centimes.
Dans une boulangerie du boulevard. Un peu loin d'ici, mais enfin. Accessible à pied.
Il se dit qu'il galèrerait moins en intégrant une bande de punks à chiens ou de mendiants.
Qu'il y aurait une solidarité, un moyen de rendre des services, de filer un coup de main,
et d'être en position d'en demander en retour.
Il doit s'arrêter. Proche de l'évanouissement. S'arrêter quelques secondes.
C'est comme s'il s'était vidé de tout son sang en un claquement de doigts.
Mais il se reprend. Il revient à lui. Appuyé au réverbère auquel il s'est agrippé.
Comment en arrive-t-on là ? Que s'était-il passé au juste ?
Sa bouche est sèche. Comme du carton. La langue collée au palais.
Il a du mal à déglutir. Combien de jours peut-on tenir sans manger ?
Il boit. De l'eau. Il boit de l'eau pour ne pas mourir de soif.
Mais son corps, il le sent, ne peut s'en satisfaire.

Comme il se moque bien des problèmes d'orgueil et de culpabilité.
Besoin de protéines. Il pourrait se prostituer pour une entrecôte.
Mais dans son état. Qui paierait pour avoir une relation avec un tel débris.
Il reprend sa marche, avec des gestes bizarres, comme s'il marchait dans la neige,
comme s'il ne trouvait pas le contact du sol au moment escompté.
Problèmes d'anticipation. De synchronisation. Dont il est parfaitement conscient.
Au coin des yeux, il sent une tension. Vers l'extérieur. Comme si la peau était tirée.

Comme si les paupières avaient fondu le long de ses sourcils.
Sans parler des taches lumineuses qui dansent comme des lucioles. Par moments.
Il marche, obsédé par les dix centimes qui lui manquent. Qu'il n'ose pas demander.
Pourrait-il trouver une pièce par terre ? En découvrir une, oubliée, dans un horodateur ?

Il ne se sent pas d'entrer à La Poste pour vérifier dans les bacs des distributeurs.
Les machines d'affranchissement en libre-service où il achetait ses timbres.
Non. Il trouvera peut-être par terre. Par hasard. Comme ici. Voilà. Ici...
Il a repéré la couleur d'une pièce de monnaie. Il s'est arrêté. Regarde autour de lui.
S'assure qu'on ne l'observe pas. Pense à une chose idiote mais qu'il va faire quand même.

Lâcher son briquet par terre pour justifier de se baisser et de tendre le bras et la main.
Expliquer ce geste de ramasser quelque chose. Il prend le briquet qu'il a laissé tomber.
Et une belle pièce flambant neuve de cinq centimes d'euro.

La faim, à ce stade, c'est comme un coup de genou dans les couilles.
La douleur se fait sentir ailleurs qu'à la zone d'impact, ailleurs qu'à l'endroit concerné.
Il s'étonnait de ne pas avoir mal au ventre, comme il avait habituellement,
lorsqu'il avait sauté un repas ou qu'il avait tardé à s'octroyer une pause déjeuner.
Cet espèce de vide, et ces contractions, avec des sensations de brûlures,

accompagnées de ces bruits que l'on tente de réprimer en cours ou au théâtre.
Le corps avait renoncé à ces signaux qui s'avéraient être ceux de l'impatience
d'un organisme bien nourri, qui sait qu'il sera entendu et soulagé dans la demi-journée.
Il s'en étonnait en effet, il n'avait plus la sensation de faim. Aucune douleur abdominale.
Les signes se multipliaient ailleurs. Des signes de fatigue, d'épuisement, et de désordre.
Problèmes de compréhension. De concentration. La parano. Cela lui rappelait le shit.
Les jambes en coton. Problèmes de mémoire et de langage. La bouche pâteuse.
Ce qu'il fallait de désoeuvrement pour prendre du plaisir à de telles sensations.
Fumer un pétard, entre amis, pour découvrir cet état second, que l'on trouve si drôle,
cette perte de contrôle géniale, qui est celle d'un corps en train de mourir de faim.
Il dut un moment s'arrêter de marcher pour pouvoir réfléchir à une seule chose à la fois.
Faire ce calcul mental qui lui prenait la tête. Il avait 55 centimes. La baguette est à 65.
Il lui en manquait dix. Et en avait trouvé cinq. Il n'avait plus à trouver dix centimes.
Que d'efforts, qui n'avaient peut-être pas duré aussi longtemps qu'il l'imaginait,
pour être au clair sur l'idée qu'il n'avait plus qu'à trouver cinq centimes pour son pain.
Le temps que cela lui avait pris lui parut infini. Quand la faim allonge les secondes.
Qu'elle allonge les minutes. Et les heures. Et les journées entières.
Plus encore que l'ennui. La faim amplifie et déforme tout.
Si seulement il avait pu retrouver son assurance d'autrefois...
Sa démarche naturelle, son sourire franc, son regard et sa voix.
Il aurait pu demander un euro à n'importe qui, on le lui aurait donné sans hésitations.
En confiance. Sans peur d'être agressé ou harcelé. Quand on ne prête qu'aux riches.
Une phrase pour expliquer la situation, ridicule, un brin embarrassé, et le tour était joué.
Une vieille dame à la caisse de la supérette, une jeune femme dans les quartiers chics...
Il aurait eu l'air de demander un service, pour dépanner, plutôt que la charité.
Les regards qui se posaient sur lui, quand le sien était devenu fuyant, ne l'encourageaient pas.
Il rasait les murs et aurait voulu devenir invisible. Quand il ne pouvait se cacher nulle part.

Oui mesdames, c'est un fait. Quand un homme prend un coup violent dans les testicules.
Une chose très à la mode dans les comédies et les films d'action des Années 80.
Où il fallait chaque fois qu'un type se prenne, à un moment ou un autre,
un bon coup de pied dans les "parties", pour faire rire ou pour faire grimacer le public.
L'homme en question n'a pas mal aux testicules. Il a mal à l'aine, au bas-ventre.

Sur le haut des cuisses. Avec des sensations jusque dans les bras. Diffusées partout.
La douleur est répandue ailleurs. Ce qui doit bien trouver une explication. Que je n'ai pas.
Ici, c'est la même affaire. D'autant plus quand le corps se dématérialise un peu.
Qu'il perd la perception du froid, du chaud, de la fatigue. Comme une personne très âgée.
Il comprend tout à coup pourquoi les clochards portent des doudounes même en plein été.
Couverts comme en plein hiver. Lorsque bien des vieux font de même. Ignorant la chaleur.
Il avait pourtant pris le soin de boire. Et de dormir. Lorsque son sommeil devenait profond.
D'abord agréablement. Puis dangereusement profond. Aux portes d'une menace.
Celle de ne pas se réveiller.
Malgré ce sommeil supposé être réparateur, il avait tous les symptômes de la fatigue.
Comme s'il n'avait pas dormi, précisément, depuis plusieurs jours ou plusieurs nuits.
Vertiges. Phosphènes. Il s'arrête brutalement dans sa marche et fait demi-tour.
Disparaît dans la première rue adjacente. Jean-Christophe. Un ancien collègue.
A qui il ne voulait pas parler. A qui il ne pouvait pas parler.
Comment peut-on en arriver là ? Que s'était-il passé au juste ?
" Jean-Christophe, comment vas-tu ? Dis-moi, je suis dans une merde noire, et...
je me disais que tu pourrais peut-être... " Que tu pourrais peut-être quoi ?
Comment demande-t-on de l'aide ? Comment fait-on ? Bonté divine...
Il marcha assez longtemps pour sortir de la ville. Sortir de son étau.
Arriva dans un quartier résidentiel tranquille, où la pression était moindre.
Put même trouver un endroit où s'asseoir. Dans un petit jardin public. Sur un banc.
Une cigarette à peine fumée était à ses pieds. De quoi tirer quelques lattes.
C'était mieux que tous les mégots ramassés jusqu'à présent.
Il prit son briquet et alluma la clope d'un autre.
Que risquait-il à ce stade ? Un herpès ? Au point où il en était...
Ce n'était pas tant le manque du tabac. Ni pour couper la faim qu'il ne ressentait plus.
C'était pour le geste. Un homme fume une cigarette sur un banc. Une normalité.
Un geste socialement reconnu. Auquel il ajouta celui de consulter son téléphone.
Qui n'avait plus de forfait ni de carte SIM depuis longtemps.
Il s'inventa même une identité. Un petit scénario. " J'attends quelqu'un " se disait-il.
Pour les quelques personnes qui passaient par là, il joua son rôle avec sérieux.
On le retrouva sans vie le lendemain matin.

 

Philippe LATGER
Août 2012 à Perpignan

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Troisième jour

Publié le

Seuls mes yeux peuvent parler.
Mes doigts se taisent.

 

Philippe LATGER
Août 2012 à Perpignan

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Deuxième jour

Publié le

Deux jours de sevrage et je ne suis pas capable de grand-chose.
Sinon de dormir. Qui est la seule activité pleinement satisfaisante.
Je me rends compte d'abord que j'en avais besoin. Ensuite du bien que cela fait.
Quand les rêves de la nuit dernière étaient d'une grande qualité.
Déjà, des mucus remontent ou descendent d'on ne sait où. Par la bouche et le nez.
Je dois y faire attention, lorsque la moindre toux peut me faire cracher des choses étranges.
Un détail assez embarrassant puisque je ne maîtrise pas vraiment ce qu'il peut advenir.
De toute façon, je m'isole. Je sais que mes nerfs étant à fleur de peau, ça vaut mieux.
Pour tout le monde. Outre l'irritabilité, une patience quasi-nulle, un autre problème s'ajoute.
Celui de la concentration. Qui n'est déjà pas mon point fort en temps normal.
Ici, même l'écriture d'une simple phrase demande un effort. Et celle d'un texte un challenge.
Quand il faut tout à coup accepter de rester assis dans ce fauteuil. Que je ne supporte plus.
Qui m'étouffe. Dans lequel je ne tiens pas en place. Il faut que je me lève boire de l'eau.
Je devrais écrire quelque chose sur Neil Armstrong. Parce que j'ai des choses à en dire.
Sur cette rumeur qui m'agace des images tournées en studio. Propagée par des rabat-joie.
Avec ma dose quotidienne de nicotine, j'aurais probablement ironisé sur cette affaire.
Peut-être même avec un certain talent. Expliquant que l'on peut convenir d'un canular,
lorsque George W Bush a organisé le 11 Septembre, que Ben Laden est toujours vivant,
et qu'il n'y a pas de robots parcourant le sol martien à l'heure qu'il est.
Mais j'en suis incapable. Pour avoir hâte de quitter mon fauteuil. De faire des pompes.
D'aller prendre une nouvelle douche. De marcher dans les rues. Me faire un millième café.
C'est au-dessus de mes forces pour l'instant. Je n'ai pas la patience.
J'aurais pu parler du physique de l'astronaute. Comme j'aurais pu parler d'un autre héros.
L'autre héros américain portant le même patronyme. Parler de Neil comme de Lance.
Qui font l'actualité tous les deux.
Rire avec les antiaméricains de deux légendes bien médiocres,
entre le Armstrong qui n'a jamais foulé le sol lunaire ailleurs que dans un studio de cinéma,
et celui qui a remporté 7 Tours de France mais sous l'effet du dopage. Piteuse Amérique.
Sauf que j'aurais eu la volonté habituelle de chercher les bons mots pour donner mon avis.
Sur l'athlète dont la plus belle performance à mes yeux a été de lutter contre son cancer.
Pour moi qui n'ai jamais suivi un Tour de France, qui ne m'intéresse pas au cyclisme,
évidemment, je n'ai retenu de Lance que ce combat dont je parlais dans le texte précédent,
un combat trop souvent perdu qu'il avait remporté, une victoire bien plus impressionnante,
dont le prix vaut autrement plus que tous les maillots jaunes de la terre.
Et puis, outre le courage de l'homme, j'aurais évoqué l'hypocrisie de notre société.
Celle du divertissement et du spectacle. Quand tous les sports sont concernés.
Ceux que s'arrachent les sponsors comme les chaînes de télévision en particulier.
Je trouve que Laurent Fignon est mort bien jeune.
Et que les affaires de dopage ne peuvent pas, jamais, réduire à néant le mérite des athlètes,
puisque les produits ne sauraient à eux-seuls faire des Jeannie Longo et des Lance Armstrong.
J'ai pris le parti de me faire un nouveau café. Le colombien, délicieux. Un cadeau de Gena.
Pensant en souriant à tout ce à quoi vous échappez en fin de compte.
La lune. Je l'ai photographiée. Puisque je suis condamné à marcher beaucoup.
Beaucoup. Beaucoup plus que d'habitude. Ce qui n'est pas rien. Marcher et respirer.
Et puis prendre des photos. Puisque c'est une nouvelle addiction. Un TOC.
Ou plutôt le retour d'une ancienne manie qui compense le manque comme elle peut.
Oui, Neil Armstrong s'est éteint. Et c'est de lui sans doute que j'aurais parlé aujourd'hui.
Faisant de mon blog une chronique nécrologique.
Lorsque la conquête de la Lune, tout de même... voilà qui relativise tout.
Même le rassemblement de l'UMP à Nice. Même la condamnation de Breivik pour tout dire.
Voilà. La lune. Je la regarde. Et j'oublierais presque que je n'ai pas fumé depuis deux jours.

 

Philippe LATGER
Août 2012 à Perpignan

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Le virus du gendarme

Publié le

Ordi VI débarrassé du virus de la gendarmerie.
Je récupère les résultats d'un test d'anglais fait en ligne qui sont encourageants.
Le retour aux études est bien sûr la seule clé dont je dispose pour sauver ma peau.
J'apprends le décès de Jean-Luc Delarue à la télévision. La nouvelle m'affecte.
A une heure où mon ordinateur n'est pas encore débloqué.
Je suis monté avec lui par la rue Emile Zola jusque chez Laetitia.
Où je découvre finalement, pour avoir accès à internet, une soluce qui sera la bonne.
Une restauration du système est possible. La touche F11 au démarrage.
Lorsque le virus bloquait même le mode sans échec.
J'avais appelé le Ministère de l'Intérieur. Le placard sur mon écran m'avait glacé le sang.
M'assurer que je n'étais ni un délinquant, ni un terroriste, ni un pédophile.
L'agent me met à l'aise tout de suite. " Ils vous demandent de payer une amende de 100€ ? "
C'était bien cela, un virus. Ce qui était tout à coup un moindre mal.
Je traverse le quartier St-Jacques, avec Ordi VI dans sa sacoche.
Il me faut accéder au web pour trouver une piste de réparation.
J'avais invoqué le besoin de déconnexion la veille. Et je fus exaucé.
En passant la place de la Fontaine Neuve, je pense à La Grande Famille sur Canal+.
Bien avant Alexandre Devoise et Philippe Vecchi, avant même l'apparition de Frédéric Taddeï
à Nulle part ailleurs, le premier des beaux gosses de cette génération lancés par la chaîne
était ce garçon tout frais et espiègle aux cheveux dressés sur la tête, héritier des Années 80,
qui était en équilibre entre arrogance et élégance, entre subversion et bonne éducation.
Il était à la fois rock'n roll et bien comme il faut. Le mélange était plutôt réussi. Et sexy.
Charlotte avait le visage mâché par la canicule et la fatigue.
Sa mère la couche pour le temps de la sieste. Et je fume une clope sur sa terrasse.
Je ne doute pas un instant que je réussirai à neutraliser ce foutu virus dont je n'avais pas besoin.
Le Palais des Rois de Majorque trône sur sa colline hérissée de cyprès à ma gauche.
Une brume de chaleur est posée sur la ville où je reconnais le campanile de la cathédrale.
Dans un creux. Le lieu où je réside. Dans le four de la cité ouverte comme une pigne de pin.

" Tu as vu pour Delarue ?... C'était nous, ça... "
Laetitia me rejoint sans sa fille, avec un air que je partage.
Les Nuls. Les Guignols. En effet. Nous avions 17 ans en 1990. En en avions 20 en 93.
L'air de nous rendre compte que nous vieillissions. Jean-Luc Delarue avait 48 ans.
Un grand frère dont nous pouvions être amoureux. Perdu de vue sur France 2.

La télévision qu'il allait produire ensuite ne m'intéressait pas.
Mon amie me laisse à son ordinateur pour faire mes recherches sur le malware.
J'y arpente des forums où des internautes en panique font part de leurs déboires.
Des solutions sont proposées. Je suis sous Windows Seven. Ordi VI sur mes genoux.
En rappel, mon cousin, alerté, s'inquiète de la situation. Comme ma nièce Ingrid.
Dont le petit ami est un pro de l'informatique. Comme Gena, qui s'informe de son côté.
Je dois mettre un terme à cette mobilisation. Raccrocher les wagons au plus vite.
Malekal est le site que l'on m'a conseillé dès le départ. On y explique les procédures.
J'y retourne. N'y ayant pas relevé la bonne, la veille au soir. Je vais forcément trouver.
J'avais croisé son regard deux fois. Une première fois à Montréal.
Il marchait sur Ste-Catherine Est, je sortais d'une galerie de la Place Dupuis.
J'ai reconnu sa silhouette aussitôt. Il a tourné la tête et nous nous sommes vus.
Les studios de la chaîne TVA où officiait Julie Snyder n'étaient pas loin.
Et cela suffisait à m'expliquer sa présence dans le quartier.
Quelques années plus tard, c'était à l'étage du Flore où il déjeunait.
J'y déjeunais aussi avec quelqu'un qui le connaissait et qu'il avait salué.
L'animateur m'a fixé un instant avec un sourire qui ne savait pas ce qu'il devait faire.
Ne sachant pas qui j'étais. Quand je ne savais pas non plus si je devais lui dire bonjour.
Ne sachant pas moi-même qui j'étais au juste, pour la personne que j'accompagnais,
notamment, et que je sentais bien que le terrain était piégé.
Son sourire avait été franc, spontané et amical. Cela m'avait déstabilisé.
Et je m'étais déçu en m'empêchant de lui retourner exactement le même.
Un peu parano et soucieux des exigences de discrétion qui transpiraient partout.
Lorsque ma nature lui aurait souri de cette façon qu'il a eu de me sourire.
Avec une vérité presque enfantine. Que je regrettai d'avoir brimée.
Je ne pouvais rien faire en mode sans échec. Mais il devait y avoir d'autres moyens.
Je clique sur un nouveau lien. Et, bingo ! Appuyer sur F11 au moment du démarrage.
Ici, on me propose ce dont j'avais besoin depuis le départ.
Une restauration.

Jean-Luc Delarue et Nagui, ensemble, d'une même voix,
appellent Véronique Sanson pour lui décerner une Victoire de la Musique.
Je le vois aussi près d'un certain Alain Bashung, en maître de cérémonie.
Comme faisant la bise à un Renaud qui revenait de loin.
Bien sûr. Je comprends le trouble de Laetitia. C'était nous. Notre génération.

Et le mal qui l'a emporté réveille en moi les nausées de combats antérieurs.
Que nous avions perdus. Nous aussi.
Je n'y trouve aucun réconfort.
Ni dans un sentiment détestable de revanche sociale.
Ni dans un sentiment de fraternité ou de proximité humaine.
Je n'ai que la nausée de l'échec et de notre impuissance face au désastre.
Au gâchis des vies emportées trop vite. Comme aux douleurs inutiles.
Lorsque les morales sont aussi violentes que les physiques.
Je reviens chez moi avec Ordi VI en bandoulière. Il fait chaud.
Je dévale les rues gitanes de la ville pour retrouver mon étuve.
L'ordinateur réparé. Et je devrais avoir le cœur léger.
Je vais pouvoir me reconnecter. Retrouver ma messagerie.
Retrouver les amis de Facebook. Et mes activités.
J'ai vaincu le virus de la gendarmerie.
Mais cette victoire paraît bien dérisoire.
Ma mère était là, en 1993, pour voir Véronique monter sur scène,
complimentée par deux jeunes loups ivres de réussite.
La chanteuse tremblait d'émotion. Les garçons la soutenaient.
Et je vois des pans de mon existence s'évanouir sur des bandes magnétiques.
Les VHS dans le magnétoscope pour enregistrer des émissions de télé.
Où les images de ma mère se brossant les cheveux sous les pins de Castelldefels.
La ville que je traverse, je ne la reconnais plus. Ou si peu.
Je ne connaissais pas cet homme. Mais je suis affecté.
Quand on m'en a dit beaucoup, dans les couloirs et les rumeurs des Abbesses.
Les amis qui ont travaillé avec lui ou pour lui. La génération d'après.
Quand son sourire à lui seul m'avait stupéfait et fait sentir quelque chose de bien.
Quelque chose de sympathique et de touchant. Qui donnait envie de le connaître.
Outre l'énigme d'une vie ou d'un homme. Il y a celle du temps qui passe.
Et avec ce monsieur, c'est le mien qui m'échappe. Ce qui est déjà jeunesse.
De l'ordre du souvenir antique sur de mauvaises bandes dont le son est pourri.
Bompas. Devant la télé. Je déjeune à la maison. Revenant du lycée.
Il y a du bruit en cuisine et des odeurs de bouffe. Et ce visage poupin à l'écran.
Il est séduisant. Agréable à regarder. Le duo qu'il fait avec Coffe est comique.
Ma mère apparaît. J'entends sa voix.
J'ai la vie devant moi et nous passons à table.

 

Philippe LATGER
Août 2012 à Perpignan

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Côté campagne

Publié le

Il y a des guirlandes dans les arbres. Un beau soleil sur le domaine.
La vieille Dolores avec ses pierres aux doigts déformés par l'arthrose.
Dans un coin du parc derrière la bâtisse où la végétation protège de la chaleur,
on a dressé une table, composé des bouquets, alors que la tante Ana s'extasie sur les lieux.
Les enfants la précèdent comme une volée de moineaux à l'ombre du cèdre majestueux
et des noisetiers plantés près du pigeonnier, où l'on avait disposé quelques chaises pliantes.
Christophe et Jean-Charles ouvrent des bouteilles. Les enfants crient de joie.
L'église du village, à distance, a sonné sept heures du soir dans un ciel de juin.
" Regarde comme tout cela est ravissant... " s'amusa Ana à l'oreille de sa sœur.
Dolores était sourde. Avait pris l'habitude de marmonner pour s'abstenir de répondre.
Jacques, qui rêvassait, le nez en l'air, ne refusa pas le vin blanc qu'on lui proposa.
" Du Gaillac bien frais pour tonton ! " commenta Christophe qui faisait le service.
" Doucement, se permit Ana, ton oncle Jacques conduit. "
Les petites filles jouaient avec des fleurs de tournesol autour du puits.
" Elles vont salir leurs robes ! " s'indigna Martha qui apportait des toasts.
Le vieux labrit de la maison jappait dans leurs jambes à leur joyeux remue-ménage.

" Laissez faire. C'est une bénédiction de les voir jouer ainsi. Au diable les robes blanches. "
Bertrand fit les gros yeux avant d'ajouter. " Elle est passée, l'heure de la messe, Martha. "
Cette dernière leva les siens au ciel alors qu'elle repartait chercher d'autres plateaux.
Dolores fut installée à l'endroit le plus au frais et le plus à l'ombre.
Sa sœur s'inquiéta de son confort : " Tu es bien assise ? Tu veux un coussin ? "
Elle avait l'habitude d'avoir pour réponse des mots inaudibles attestant de son agacement.
Jean-Charles invita Jacques à faire le tour du hangar où il restait quelques machines agricoles.
On ne fêtait rien de particulier. On se réunissait. Aux portes de l'été.

 

Philippe LATGER
Août 2012 à Perpignan

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Une boucle

Publié le

Je suis fatigué de cette société de consommation.
Et des vautours toujours prêts à vous faire la peau.
A coups de prélèvements automatiques et de ventes forcées.
Je suis fatigué de cette médiocrité ambiante et de l'avidité.
Quand bien sûr, madame, il faut bien manger et gagner sa vie.
Mais je vomis cette tension permanente où il s'agit toujours à la fois de survivre
et d'aller prendre de l'argent aux autres pour le donner ensuite à des tiers.
La plupart du temps pour des choses dont nous n'avons pas besoin.
On n'a besoin que de manger, de boire et de dormir.
J'ai déjà des réserves quand il s'agit de santé et de relations amoureuses.
Quand je confirme que nous avons besoin des deux pour prétendre au bonheur.
Lorsque cette idée-même est une construction largement exploitée.
Et si elle est un argument pour les marchands et leurs annonceurs,
elle peut poser une question d'ordre philosophique qui est encore la suivante :
avons-nous besoin d'être heureux ?

Bien sûr, j'aurais pu prendre l'autobus. J'ai préféré marcher.
Je l'avais déjà fait. C'est l'affaire d'une heure. Ce qui pour moi ne veut rien dire.
Longer le lit de la rivière où un sentier est aménagé, au milieu des roseaux.
D'autant que le ciel m'a remercié d'avoir daigné le regarder.
Le coucher de soleil était fantastique.

Je n'aurais pas été en position de le voir, sur une banquette d'autobus.
Ici, je marche au pas. Dans ce qu'il reste de nature dans la communauté urbaine.
Et je prends le temps de respirer les essences comme de sentir mon corps fonctionner.
Sans téléphonie mobile. Sans sms, mms, sans pokes et sans twits.
Sans carte bleue. Sans codes d'accès. Mots de passe. Identifiants.
Cela me rend triste. Je suis fatigué. Je suis en colère. Je suis déprimé.
Il faut que je respire. Et je pense à ce qu'il y a de beau dans ma vie.
J'enlève tout ce qui la pollue. Pour retourner à ce qui vaut quelque chose.
Les amis que je vais retrouver. Le sourire que j'embrasse dans l'obscurité de la chambre.
Mes nièces, magnifiques, qui font leur chemin. Ma Gena qui veille au grain.
Et Laetitia. Irina. Mon Arnaud. Et tant d'autres. Qui soulagent mon cœur.
En le faisant battre pour de bonnes raisons.
J'arrive même à rire de la démence de nos sociétés de crédit.
Quand elle me ferait pleurer aux drames qu'elle génère.

Je retrouve ma tanière. Dans le platane. A l'abri de tout.
La nuit est tombée sur une ville plus vieille qu'internet et que tous les smart phones.
Je suis libre et j'ai le choix. De profiter des technologies. Comme de m'en couper.
Ce soir, je décroche. Je raccroche. Je ferme. Je me déconnecte.
Je veux juste la pierre et le bois. Je veux l'eau et la terre.

Je veux ton corps mon bébé. Le ventre de ma mère.
Sentir respirer l'animal comme on aime sentir le gros chat ronronner.
Pas de codes à dix chiffres. Pas de login. Pas d'e.mails de confirmation.
Fatigué de subir tout ce qui rend compliqué ce qui devait être simple.
Je ne veux pas d'alertes info, de zapping, de debriefs de la veille.
Je veux le monde. Archaïque. Eternel. Et arrêter le temps.
Je ne veux pas ce qui est cool. Je veux tout ce qui est beau.
Je te veux toi. Dans mes bras. Et savoir que j'existe. M'émouvoir de cela.
Un baiser au silence. A cette émotion immense, je reprends mon ordi.
Je voudrais la saisir. La décrire sur le blog. Je dois la partager.
Et soudain, me voilà. Identifiant. Mot de passe.
Casa Latger.

 

Philippe LATGER
Août 2012 à Perpignan

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