Barbelé
Il y a des amours qui ne meurent jamais.
Et je titube au souvenir de leurs baisers.
Des mots doux. Des regards échangés. Des étreintes enfiévrées.
L'expression de tendresses. L'Eden du plaisir et de l'intimité.
Il y a des jours, comme ça, où vos amours perdues remontent à la surface.
Un et puis deux. Via Facebook ou Skype. Puisqu'internet relie ce qui n'est pas dénoué.
Pour me rappeler que l'amour ne se perd jamais. Ni dans le temps. Ni dans l'espace.
Je sais les pierres que chaque personne a posées en moi. En 39 ans de croisière.
Je reconnais chacune d'elle. Sait d'où elle vient. De qui elle vient.
Mais suis toujours troublé d'avoir pu apporter ma pierre à d'autres édifices.
Me rendre compte que j'ai marqué ailleurs. Que j'ai laissé des traces et parfois des blessures.
Quand j'ai vu de mes yeux, à l'écran, incrédule, le bien comme le mal que j'ai pu faire.
Les cicatrices.
Je retrouve le Bon Marché. Le Lutetia.
Me retrouve dix ans plus tôt au bar de l'hôtel en compagnie de Joël Barret.
Compositeur talentueux d'un superbe single d'Enzo Enzo.
Lambert Wilson. Thierry Chenavaud. J'ai 29 ans je présume.
Je hume le boulevard Raspail. Où j'ai d'autres souvenirs fantastiques.
Le café en terrasse du Rostand. Le whisky au Mathis. Le jour. La nuit.
Une brûlure. Une question. Qu'est-ce que j'ai fait ?
Rien votre honneur. Le jeune auteur n'a pas tenu ses promesses.
Rien de remarquable. Sinon quelques rencontres.
Le boulevard St-Germain. Les frères Capuçon. L'Odéon. Ai-je vécu ici ?
Les clubs de jazz. Les clubs de baise. Les whisky storms. Où étiez-vous ?
Mes amis. Dites-moi. Dites-moi que je vous ai connus. Que c'était nous.
Michel ? Gary ? Arnaud ? Vous êtes témoins ?
Cécile ? Nicole ? Delphine ? Vous étiez là ? En face de moi ?
Le Luxembourg. Et la trouée dans les nuages.
Rive gauche. Rive droite. La rue du faubourg St-Honoré.
Les taxis de l'ivresse. De Concorde aux Abbesses.
Qu'est-ce que c'est que cette ville de Paris au juste ?
La rage d'exister ?
Je vois mon platane stoïque qui se moque de moi.
Non. Je ne me suis pas brûlé les ailes. Je me suis grillé le cœur.
C'est aux amours que j'ai échoué. Pas à la course à l'échalote.
Je ne courais pas après la fortune et la gloire. Mais seulement après les sensations fortes.
Dans mes torrents d'alcool. La violence du sexe et de l'amour. La passion amoureuse.
La chair humaine plein la bouche. Des corps que j'ai dévorés. Avidement.
Des victimes reviennent. Dans un écran de 17 pouces. Sourire aux lèvres.
L'émotion est palpable. Et je suis bouleversé.
Je n'ai oublié personne. Sur ma vie.
Je suis fait des gens que j'ai mangés.
Qui connaissent ma folie. Dévastatrice.
L'empreinte de mes crocs. A l'œil de la webcam.
Mea culpa. Mes amours. Je vous demande pardon.
Il y avait une route à prendre. Une vie à construire.
On perd toujours des plumes aux moindres choix à faire.
On perd toujours de soi à emprunter des voies.
Des êtres aux aiguillages.
Mais je n'oublierai rien.
Je retrouve des âmes. Gardées dans mes entrailles.
Des sourires et des voix qui sont restés en moi.
Des rencontres sublimes. Des histoires fusionnelles.
Je continue ma route. Mes amours. J'avance toujours. En solitaire.
Avec un peu de vous dans mes mots, dans mes doigts, dans ma chair.
Je vous emporte avec moi jusqu'au bout des enfers
dont nous pourrons sortir sans la moindre brûlure.
Vous m'accompagnez. Vos silhouettes sont belles.
Elles me portent au tombeau où je pourrai dormir.
Aimer est un métier. Ma seule activité. Ma seule récompense.
Ma rémunération. Mille vies octroyées. Et mille rédemptions.
Sur le fil. Barbelé. J'avance en équilibre. Je demande pardon.
Mais ne me défendrai jamais d'avoir autant aimé.
Il y a des amours qui ne meurent jamais.
De toutes mes fibres, jusqu'au dernier souffle de vie.
Je ne regrette rien, sinon, je le sais bien, d'avoir pu vous blesser.
Que rien ne soit maudit.
Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan
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