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La bague

Publié le

La poche déchirée, lynchée par ma bague.
La roche découpée, léchée par la vague.
Je marche, les poings serrés dans le blouson.
L'air blasé, l'œil acéré.
L'air est frais pour la saison.
L'air effrayé, je découvre la profondeur de la falaise.
Le ciel se couvre et le soleil est mal à l'aise.
Les mouettes kamikazes dans leurs cris étouffés,
tournoient et se noient dans le bleu bouffé
par les nuages.
Les rouleaux se précipitent dans la baie,
déversant leur flot de surfeurs et d'algues vertes
sur la plage.
Il y a du sel et du sable, de la buée
sur la baie vitrée laissée ouverte.
A la maison, serai-je rentré à temps ?
Demi-saison. Est-ce l'automne ou le printemps ?
Je longe la côte sublime, massée par l'océan,
les rochers musculeux ramassés, posés sur leurs séants,
au rythme des eaux frissonnantes, frénétiques,
freinées par les minéraux cisaillés, squelettiques.
La pierre est aiguisée par le temps, comme une dague.
Je l'escalade et joue avec le vent.
Je joue avec ma bague.
Le corps se fracasse sur la dentelle en lames de rasoir
des massifs où l'eau explose, vole en éclats,
en lames de fond.
J'ai déchiré la poche de mon blouson.



Philippe LATGER
Octobre 2001 à Sydney

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Pleine dune

Publié le

Dans la dune ensablée d'une plage salée,
de sa peau endiablée le grain s'en est allé.
Dans la lune esseulée d'un ciel noir tourmenté,
son regard décelait des chagrins éventés.
Il marchait droit, debout, dans le sable léger.
De Leucate à Port Bou, de l'écume il neigeait.
Si ses pieds s'enfonçaient, il partait, décidé,
vers les vagues froncées, comme un noble équidé.
Et le nez dans le vent, les cheveux en volées,
le menton en avant, le front auréolé,
comme un fou sous la pluie, sur un terrain miné,
il régnait sur la nuit et la mer dominait.
Et de ses yeux perçants, il narguait sans trembler

les rouleaux menaçants, les foudres rassemblées
des éléments furieux, la tempête enragée !
Un sourire curieux semblait s'en dégager.

Il ouvrit grand les bras, comme un prêtre damné,
l'horizon célébra, le matin condamné.

Et dans la turbulence, un brin de puberté.
Tout ivre de violence et d'autres libertés,
quand les embruns en gerbes fusaient pour l'honorer.
Certes il était superbe. Qui eut pu l'ignorer...
La blancheur de ses dents en un rire éclatait.
C'est à corps défendant que mon cœur dilatait
les veines du désir, et la peur de plonger
dans un obscur plaisir revenu me ronger.
Le gouffre dessiné, je n'ai rien empêché
tant j'étais fasciné, captivé, éméché.
Ravi, tourbillonnant, exalté, élancé,
fougueux, papillonnant, il me faisait danser.
Perplexe et étourdi, j'essayais d'observer,
les membres engourdis et le cœur réservé.
La nuit comme manteau, ses mains en bracelets,
l'amour sur mes linteaux, j'étais ensorcelé.
Pression sur mes poignets de ses doigts énervés.
Et la peur s'éloignait. Mon bonheur on servait.
Dans le chaos du ciel, les étoiles cachées,
de feux artificiels nos pupilles tachaient.
Dans la lune esseulée d'un tableau tourmenté
son regard décelait des chagrins éventés.
C'étaient les miens alors qui par le vent chassés,
s'enfuyaient de mon corps, par la joie remplacés.
La tempête dehors faisait rage dedans.
La surprise du sort était l'or évident.
Il a su voir en moi le désespoir usé,
le cynisme et l'émoi qui partaient en fusées.
Tout était déchirant, lumineux, violenté,
nébuleux, délirant, dans nos âmes hantées.
Un appel si puissant des aveux réclamait.
Nos yeux incandescents un amour déclamaient.
La nature épousait nos esprits enlisés.
Communion qui cousait une mer défrisée
aux cieux noirs démontés, tissus mouvementés.
Hurlements éhontés d'un typhon enchanté,
de bourrasques cinglées, du vent marin piqué,
qui venait épingler nos vœux sophistiqués.
Tout volait en tout sens. Tous les sens survoltés.
L'existence et l'essence venaient se révolter.
Du sel sur notre peau les visages tannait.
Pas un brin de repos dans l'air instantané.
Sur mon torse frileux ses bras se resserraient.
Et mon trouble bileux dans le sol s'enterrait.
J'étais au Paradis. A l'Enfer enlevé.
Je retiens ce jeudi où j'ai été sauvé.
Mes fers il a levés, dans la nuit déchaînée,
par la grâce rêvée, de quinze ans mon aînée.
Sous son désir pressant, à terre j'ai roulé.
En moi le goût du sang. Ses odeurs me soûlaient.
Dans nos ébats, parbleu ! nous semblions tout noués,
comme des algues bleues sur la grève échouées.
La mer dans sa fureur nous avait rejetés
sur le sable en chaleur d'un orage d'été.
Nous nous aimions enfin, en toute impunité.
L'appétit et la faim sont notre immunité.
En confiance j'étais, et en sécurité.
A lui je me donnais, nu dans l'obscurité.
A ce prince radieux pouvais-je résister ?
J'ai adoré mon dieu pour me faire exister
La promesse bénie de cette nuit glacée
me brûle quand je hennis comme un cheval blessé,
retient soudain mes mors quand vers lui je courais,
me fait craindre la Mort quand pour lui je mourrais.
Longtemps après, j'avoue, j'entends le vent siffler,
la mer qui se dénoue et nos corps essoufflés.
Peut-être j'oublierai dans des milliards d'années
ces instants vénérés sur la plage à Canet.
Il semblait si parfait, si sûr de lui, si vrai,
impérieux, assoiffé, le bon grain et l'ivraie,

dur tant que vulnérable, hésitant mais dressé,
précieux et adorable, très précis et pressé,
pur et vil à la fois, ange et démon mêlés,

habile et maladroit dans ses gestes zélés,
que je ne pourrai pas son visage effacer,

de son rire l'éclat, les pulsions enlacées,
ses yeux indéfinis, ses muscles contractés,
sa voix dans l'infini, toute sa voie lactée.
Si je l'aime toujours, c'est pour m'être écouté
à compter de ce jour où la mer s'égouttait.
Dans la dune ensablée d'une plage salée,
de sa peau endiablée le grain s'en est allé.



Philippe LATGER
Octobre 2001 à Toulouse

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Le manque sans bouche

Publié le

Quand la distance s'épaissit entre ta substance et moi,
l'émoi comme transe m'obscurcit dans le soir aux abois.
J'ai oublié l'alcool depuis lors que c'est toi que je bois,
que c'est l'or de ta colle engluée sur ma peau de chamois.
Mais hélas on a trop éloigné ton goulot de ma bouche.
Ni toi, ni le whisky, ne font plus leur boulot salvateur.
Des salves d'anxiétés comme boulets rouges, délateurs,
me terrassent dans ma soif. L'ivresse. Le manque s'embouche.
Aucun succédané n'est capable de me satisfaire.
Dans mon esprit damné, aucun vice ne peut me distraire.
Seul mon clavier est à traire quand mon désir doit se taire.
Dans mon austère retraite, mon amour dois-je parfaire ?
Je me heurte au néant que toi seul savait si bien combler.
Comblé, mon cœur béant l'était tout l'été, pour être immense !
Aucun remblai ce soir pour compenser cette accoutumance.
C'est à toi qu'ont pensé tous mes doigts dans le vide plombés.
Vers l'oasis j'avance. Tes mirages sont vacillants.
La chaleur me fait halluciner car je crois t'avoir vu
dessiné là, sur le sable de ma chambre dépourvue.
Je délire pour être en manque de ton jus pétillant.
Séparés dans l'espace d'un moment, un jour, ou un mois,
nous apprenons le temps, le besoin, quand la tasse je bois.
Et je tasse mon tabac au fond de ma gueule de bois,
quand la distance s'épaissit entre ta substance et moi.


Philippe LATGER 2001

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Hautes sphères

Publié le

Si j'ai semé un peu de moi dans ta terre,
j'ai récolté un peu de toi dans ma sphère.
Le temps me tue et les mois sont délétères.
Nos moissons nous unissent dans l'atmosphère.
Tu es parti à l'autre bout de la terre.
Et nous rêvons, chacun sur son hémisphère,
de nos avions changés en lépidoptères,
papillonnant très haut dans la stratosphère.
Je viens chercher le pollen de tes anthères,
triturer les cônes de tes conifères.
J'ai plein de ta résine dans mes artères.
Je cherche ton parcours sur le planisphère.
Si je dois rester seul, je préfère qu'on m'enterre.
Seul ton rayonnement peut me satisfaire.
Ma lave en ébullition dans son cratère,
fait trembler soudain toute ma lithosphère.
Tu es parti à l'autre bout de la terre.
Tu m'as laissé seul dans mon hémisphère.
Depuis, pour moi, l'amour n'a plus de mystères.
J'ai su garder un peu de toi dans ma sphère.



Philippe LATGER
Octobre 2001 à Toulouse

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Un jour à New York City

Publié le

Un matin comme les autres à Manhattan.
Des stations de Chambers St, Park Place ou Cortlandt St,
dégorge une foule de New Yorkais sur le parvis du World Trade Center,
comme tous les jours.
Ils se sont rasés, passé un peu d'after-shave,
ont serré un nœud de cravate, impeccable.

Ces dames ont appliqué un coup de rouge sur les lèvres dans le métro,
après avoir déposé les enfants à l'école.
Ils affluent dans les halls monumentaux des deux buildings, avec sous le bras,
un journal, un sac à main, des dossiers, tenant un portable contre l'oreille
ou un café brûlant acheté quelques cents au Dunkin Donuts.
Le jour s'est levé sur New York, et, comme chaque matin,
se réveille la fourmilière délirante de Lower Manhattan.
A la radio, un animateur annonce la météo pour la journée,
un autre le cours des actions,
un troisième fait des gags douteux au téléphone pour des auditeurs hilares.
Des taxis s'arrêtent bruyamment déposer des retardataires.
Des gars de l'entretien fument déjà une clope devant les portes de cette ville verticale.
La population d'Agen vient chaque jour travailler dans les Twins.
Des files de gens se répartissent dans les nombreux escalators et ascenseurs
pour rejoindre des bureaux au 40ème, au 72 ou 87ème étage.
" Ne m'attends pas à la pause, je dois déjeuner avec Kandinski sur Canal St... "
dit cette jeune femme.
" Sugar, je ne sais pas ce que j'ai fait de ces putains de clés.
Demande à Jerry. J'ai un rendez-vous... "
soupire ce jeune homme dans son cellulaire.
Deux gars discutent :
" T'as regardé le show de O'Brien hier soir ?... quel oiseau celui-là ! "
Deux femmes se congratulent :
" Bonjour ma chérie. T'as réglé cette histoire avec Sean ?..."
Et l'on s'énerve ici après un fax défectueux, là, après un ordinateur qui plante.
Un superbe afro-américain, dans son trois pièces Armani
part dans un éclat de rire tonitruant :
" Hey mec ! T'es vraiment le seul à parier sur ces nazes de Dodgers !
Tu veux perdre ton fric !... "
Une jeune secrétaire regarde en souriant la photo de sa fille Sue
dont c'est aujourd'hui l'anniversaire.
Des touristes sont venus s'agglutiner aux guichets
pour être les premiers de la journée à monter au toit de New York City...
Le toit du monde.
La vue panoramique, du sommet, est à couper le souffle.
On nettoie les objectifs des appareils photo, on vérifie les batteries du caméscope,
on se bouscule un peu...
Une flamboyante famille d'Indiens de Bombay, virevolte dans le hall
comme un bouquet de couleurs vives, dans leurs tissus amples et satinés.
Papa, avec sa barbe noire et son beau turban.
Ses filles, aux longues nattes comme du charbon,
aux yeux sans fond, aux sourires rayonnants. De passage peut-être...
Ici, des gamins que l'on mène à la crèche de l'entreprise de maman.
Des Noirs, des Asiatiques, des Blancs, des Sud-Américains,
des Musulmans, des Juifs, des Baptistes,
de roux Irlandais, de velus Italiens, mêlés dans le même flot...
tous New Yorkais, tous citoyens américains.
Républicains et Démocrates. Riches et pas riches.
Circoncis ou pas. Homos ou hétéros. Jeunes et vieux.
Hommes et femmes.
Le monde dans sa diversité.
Des milliers de petits univers, des milliers d'histoires...

Et puis.
Le monde a tremblé.
Un bruit d'explosion.
Souffles coupés. Net.
Les néons se sont éteints. L'écran de l'ordinateur aussi. Les fusibles ont sauté.
C'est tout l'étage qui s'est balancé, comme lors d'un tremblement de terre.
Des alarmes se sont déclenchées. L'obscurité.
On retient sa respiration. Les yeux au ciel...
" Bon Dieu tout puissant ! " ...
" Putain de bordel ! Qu'est-ce qui se passe ? " ...
" Est-ce que ça va ? " ... " Qu'est-ce que c'était ? "
Des cœurs se mettent à battre. Trop fort. Trop vite.
Certains, vingt étages plus haut, ne battent déjà plus.
Dans la tour numéro 2, la tour Sud,
on se bouscule aux fenêtres pour voir un trou béant dans la tour voisine,
vomir des flammes, un épais nuage de fumée
et des confettis de papier comme un jour de 4 Juillet.
" Jésus Christ !... " " Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! " ...
Des femmes pleurent. D'autres médusées, gardent une main sur leur bouche.
" Nous vous demandons d'évacuer l'immeuble, s'il vous plaît ... tout de suite.
N'hésitez pas à prendre les escaliers de secours... "
" Les escaliers ?... Putain d'enfoirés ! Nous sommes au 63ème !... "
Quelqu'un pique une crise de nerfs.
" Calmez-vous mademoiselle... Veuillez nous suivre.
Il est arrivé quelque chose. Il faut partir.
- Laissez-moi ! Je dois appeler mon mari ! Laissez-moi !... "
Toute la tour a ondulé sous l'impact.
Plusieurs étages ont déjà volé en éclats dans le dernier tiers de la tour Nord.
Jessie, alerté par l'explosion, est sorti de son magasin de West Broadway.
" Putains d'enfers !... Quelque chose a sauté là-haut !... "
Des gens sortent des commerces, ou une tête par la fenêtre à guillotine d'un immeuble.
" Je ne peux pas le croire... Je ne peux pas le croire... "
Un nuage de fumée répand son ombre menaçante sur le pavé.
" C'est la tour infernale !... "
" Allumez la télé ! Vite ! Allumez cette foutue télé ! "
" Mais bon Dieu ! J'ai ma petite sœur là-haut, moi !... "
La communication ne passe pas. " Vous avez un mobile ? "
Des ascenseurs sont bloqués.
Déjà, de nombreuses personnes descendent patiemment à la file
les escaliers de service de la tour Nord.
" Vous savez ce qui se passe ici ?
- J'en ai pas la moindre idée... "
Et puis, le deuxième avion est venu se flanquer dans la deuxième tour,
alors que les sirènes de pompiers et de police hurlaient déjà à la mort
dans tout Lower Manhattan.
Désormais. Rien ne sera jamais plus pareil.

 


Philippe LATGER
Septembre 2001 à Toulouse

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Le corps parle

Publié le

Loup dans la bergerie, proche de la victoire,
entré, le cœur fleuri, seul, sur mon territoire,
tu es, je m'en souviens, chez moi ... j'en suis touché.
A l'étage tu viens, dans la chambre à coucher.
Nos mains avec pudeur ôtent nos vêtements.
Ivre de tes odeurs, je souris bêtement.
Nues dans cette maison, nos âmes étonnées
se rient de la raison, mon passé bétonné.
Nos muscles frémissants, tendus par le désir,
abreuvent de leur sang les sillons du plaisir.
Nous découvrons, saisis, nos joyaux, nos émaux,
brûlants de frénésie comme des animaux.
Si je palpe et je hume, et je lèche, et j'enlace
tous les moindres volumes de toute ta surface,
vorace, en te toisant, tes toisons je respire.
Je me colle en biaisant à ta peau qui transpire.
L'air ne peut contenir nos chairs humidifiées.
Rien ne peut retenir nos membres lubrifiés.
Et j'essore avec force l'éponge de ton cœur,
sous celle de ton torse, l'écorce de nos peurs.
Ta matière salée, juteuse comme un fruit,
s'essuie, se laisse aller, et se tord sans un bruit.
Dans ce nouveau décor, des cheveux aux semelles,
la sueur de ton corps à la mienne se mêle.
Nos doigts glissent le long de nos dos ruisselants.
De la nuque aux talons, je te sens chancelant.
En chaleur d'équateur, je jouis, lumière éteinte,
tapi dans la moiteur d'une féroce étreinte.
De ces furieux ébats, mon esprit est victime.
Défait, je me débats, et sombre dans l'abîme.
Sur tes abdos luisants, pleut un bonheur suprême.
Le cri agonisant qui te dit que je t'aime.



Philippe LATGER
Août 2001 à Perpignan

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Quarantaine

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Dans les vieux poèmes, les adages,
lorsqu'il est question d'amour,
est-il toujours question d'âge ?
Bien sûr, il a vécu.
C'est la loi du temps !
Comment aurait-il pu m'attendre ?
Et pourtant. Il m'a attendu.
J'ai rattrapé le temps perdu,
couru à sa rencontre.
Que voulez-vous.
Je le voulais vivant.
J'ai remonté le vent,
le courant, en rampant.
J'ai failli le louper. De peu.
Mais grâce aux dieux,
j'ai eu ma correspondance.
Il suffit de prendre le temps
pour ce qu'il est.
Remercier le hasard
ou accomplir son destin.
Car aujourd'hui, je le dis,
je le crie, je l'écris : c'est lui !
Et pas un autre !
Avec sa date de naissance.
Son passé, ses ex, ses expériences.
Avec ses mains d'homme mûr,
les affres, le sel des cheveux.
Et croyez-le ou non,
les yeux dans les yeux,
nous avons le même âge.
Je l'ai connu quand il avait 20 ans.
Il m'a reconnu, j'en avais 40.
L'amour est dans l'air, pas dans le temps.
Il sera mon or, je serai sa rente.
Sous les rides, le même regard.
Le même sourire. La même douceur.
Je vieillirai bien avant lui
si vous me l'enlevez.

Aimer est vouloir l'éternité :
c'est plus que vouloir vieillir ensemble.
Il m'a touché dans une autre dimension,
un autre monde,
un plan parallèle, invisible, sous tension,
la nouvelle onde.
Le temps n'a plus de sens.
Je vous le répète : c'est lui !
N'insistez pas !
Tournoyant dans l'espace,
me noyant dans l'espèce,
son visage m'enlace
et son bras est ma laisse.
Son souffle entre dans mes hélices,
élude ma peur quand elle entre en lice,
élucide mes amas de problèmes,
fait rougir mon ventre, mou et blême.
Son souffle entre ma bouche et la sienne
boursoufle mes lèvres,
me gonfle comme une voile,
glisse entre les lattes de mes persiennes,
lisse mes cheveux, sèche mes toiles,
décolle ma plèvre.
Retiens ton souffle, dieu du vent !
Si tu gonfles mes voiles trop longtemps,
je prendrai le large !
Or j'aimerais rester à quai.
Laissez-moi seul à bord.
Terre à bâbord.
J'ai le mal de mer.
Mal au cœur.
Le mal d'amour.
Je suis malade.
Quarantaine.



Philippe LATGER 2001

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Textures

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Textures (Philippe Latger) aux éditions La Bruyère

Textures (Philippe Latger) aux éditions La Bruyère

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Tes reins de jeux

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Je fais du toboggan sur son nez.
Du rodéo sur sa croupe.
Sous son palais, de la natation synchronisée.
Je bois le champagne dans sa coupe.
Je me fais les dents sur ses mollets.
Je me fais plaisir. Il me fait du bien.
Je saute à la perche, le saisis au collet,
effeuille ses cils blond vénitien.
Je l'escalade par le versant nord,
glisse le long de la colonne vertébrale.
Je vois son organe de baryton et je me fais ténor.
Spéléologie dans ses gouffres à la verticale.
Je fais du yo-yo avec sa pomme d'Adam,
de la balançoire sur ses testicules,
je fais du surf sur sa brosse à dents.
Je brasse, furette et gesticule.
Je crapahute sur son corps,
avec mon bâton de randonnée.
Je me régale. J'en veux encore.
Je fais du toboggan sur son nez.
 




Philippe LATGER 2001

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Une semaine

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Comment ? Qu'est-ce qu'une semaine ?
7 petits jours dérisoires.
Je repars vers ma vie, ailleurs.
Retour à la réalité.
Quelle réalité ?
La mienne ?...
Une autre. Autre chose. Celle sans toi.
Alors le poison se répand dans mes fibres,
la texture de mon histoire...
dérisoire.
Mes doigts orphelins cherchent du réconfort,
se crispant sur un crayon, un stylo,
quand ils devraient parcourir ton corps.
Alors, j'ai envie d'écrire de belles choses, pour toi.
Mais rien ne vient. Les mots sont trop faibles.
Je pose, excédé, ce crayon muet qui me sort par les yeux.
Et j'ai envie de parler de toi.
Une semaine. Ridicule. C'est le temps d'un battement de cils.
Je tourne comme un lion en cage, thoracique, ivre fou,
montant dans un train, puis un autre.
Quelques kilomètres par ici, quelques autres par là.
Il n'y a que des correspondances.
Téléphone, internet, fax... Où est la chair dans tout ça ?
Où sont les pupilles d'Antiochus ?
Je vois ton visage sur des photos,
ton nom dans les journaux,
mais ce n'est pas ma réalité. C'est un double fantôme.
L'image ne me nourrit pas en chaleur,
celle de ta peau.
Le reflet ne me nourrit pas en odeurs,
celles de tes parfums.


Les mots que tu murmurais contre les draps
me reviennent dans un rêve, avec la chaleur, les senteurs...
et je presse mon crayon muet pour que son jus s'écoule,
qu'il témoigne de ma dépendance, de ce sentiment,
que je ne sais pas exprimer.
Mais tout ce qui s'aligne sur le papier n'est pas à la hauteur.
Ce n'est pas assez grand, ce n'est pas assez fort,
ce n'est pas assez cela. Toi.
La silhouette dans une chambre, le peignoir sur le fauteuil.
Les rideaux tirés sur les jeux de lumières du soleil sur la piscine,
qui scintillent au plafond, et dans nos yeux agités.
Les mains dénouées sur les nourritures terrestres,
avides comme nos bouches humides.
La soif de prendre, de comprendre, de saisir et relâcher.
La faim de l'autre, de soi, de nous, de tout.
Le lit radeau, ring voluptueux, réalités aux vestiaires,
s'échouant au demi-repos. Acte inaccompli. Inachevé.
Echevelé.
Repousser l'aboutissement,
reporter le point d'orgue de peur qu'il ne soit final.
Recommencer encore, faire durer le plaisir jusque sous la douche,
palper les muscles saillants, tendus, sous le gel de nos bouches.
La gare allait me happer.
M'emporter loin du peignoir sur le fauteuil.
Et de ta chaleur humaine.
7 jours ne font qu'une semaine.




Philippe LATGER 2001

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