Antiochus
Mon visage, en s'approchant du tien,
étend le voile noir de l'ombre
sur la surface épidermique de ta figure. Anguleuse.
Je m'approche encore, comme cherchant un baiser,
et dans l'obscurité, tes pupilles se dilatent. Nébuleuses.
L'éclipse se précise, pour qu'attiré par tes aimants intérieurs,
je bascule dans les orbites irisées d'éclats bruns,
émeraude, étoilés, pour sombrer dans ton être,
le trou noir, au-delà du regard.
Les billes noircies comme étonnées,
me font rouler dans ton âme,
dont je perçois les reflets fiévreux, en apesanteur,
et je m'enroule dans ta chair dématérialisée,
à m'en émouvoir. Lacrymogène.
Des perles de larmes lubrifient mes yeux,
pour te laisser entrer à ton tour dans mes pupilles ouvertes,
visiter les cavités de mon espace,
de l'univers où je reste caché,
hypnotisé par ton intensité.
La fusion constellée est celle de la peau qui ne retient plus rien,
n'empêche plus l'étreinte dans son extrémité.
L'œil est un astre béant, pour qui sait le regarder :
le hublot sans glace où vient fondre l'esprit.
Les larmes coulent en dedans, et je suis le courant,
pour gagner en cascades la source de ton monde.
Je nage en toi, dans le torrent limpide de tes méandres
et je m'ébroue dans ton écume vibrante.
Si tu fermes les yeux, je ne pourrai plus sortir.
Tu m'emprisonnes dans ton cœur.
...
Et j'aime déjà ma cellule.
Philippe LATGER
Juillet 2001 à Perpignan

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