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Antiochus

Publié le

Mon visage, en s'approchant du tien,
étend le voile noir de l'ombre
sur la surface épidermique de ta figure. Anguleuse.
Je m'approche encore, comme cherchant un baiser,
et dans l'obscurité, tes pupilles se dilatent. Nébuleuses.
L'éclipse se précise, pour qu'attiré par tes aimants intérieurs,
je bascule dans les orbites irisées d'éclats bruns,
émeraude, étoilés, pour sombrer dans ton être,
le trou noir, au-delà du regard.
Les billes noircies comme étonnées,
me font rouler dans ton âme,
dont je perçois les reflets fiévreux, en apesanteur,
et je m'enroule dans ta chair dématérialisée,
à m'en émouvoir. Lacrymogène.

Des perles de larmes lubrifient mes yeux,
pour te laisser entrer à ton tour dans mes pupilles ouvertes,
visiter les cavités de mon espace,
de l'univers où je reste caché,
hypnotisé par ton intensité.
La fusion constellée est celle de la peau qui ne retient plus rien,
n'empêche plus l'étreinte dans son extrémité.
L'œil est un astre béant, pour qui sait le regarder :
le hublot sans glace où vient fondre l'esprit.
Les larmes coulent en dedans, et je suis le courant,
pour gagner en cascades la source de ton monde.
Je nage en toi, dans le torrent limpide de tes méandres
et je m'ébroue dans ton écume vibrante.
Si tu fermes les yeux, je ne pourrai plus sortir.
Tu m'emprisonnes dans ton cœur.
...
Et j'aime déjà ma cellule.




Philippe LATGER
Juillet 2001 à Perpignan

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Le Damier 2 (France-Europe Editions)

Publié le

Le Damier 2 (France-Europe Editions)

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C'est net

Publié le

Entre l'Europe et l'Amérique,
j'ai fouillé le ciel Atlantique.
J'aime et je déteste Roissy.
Rester ici...

Je me cherchais dans mon errance
entre le Québec et la France.
Quand tout à coup, j'ai découvert
mon univers.

C'est sur internet que je drague
que vient l'écume de mes vagues.
La langue est le plus beau des liens,
on y revient.

 Dans les reflets de tes messages.
le caractère de tes pages.
C'est là que je me suis trouvé.
Rien à prouver.




Philippe LATGER
Avril 2001 à Toulouse

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José Bonhomme

Publié le

Les bonnes femmes de Bonhomme.
L'appel à l'amour,
sous toutes ses formes.
De formidables formes reformulées.
L'élégance et la pudeur.
Des femmes.
Bien roulées,
moulues, moulées.
Fortes.
Vulnérables.
Qu'est-ce qui inspire ce bonhomme ?
Les bonnes femmes.
Y'a-t-il d'ailleurs un mystère sur terre,
bien plus que celui de la vie,
bien plus que celui de Dieu lui-même !
aussi fascinant, aussi troublant
que celui de la Femme ?
Il n'y a rien d'organique, de pornographique.
Oubliez les cours d'anatomie.
Sait-on ce qu'est un corps après tout ?
Un contenant de l'âme ? Une ancre qui nous leste ?
Un objet de désir ? Un désir sexuel ?
Une pâle copie de nous-même ?
Une création ratée de Celui qui nous a fait à son image
et dont le mystère est moins troublant que celui de la Femme ?
D'ailleurs, plus je regarde ces créatures,
plus je me dis qu'il y a eu une erreur d'impression.
C'est l'homme qui a été façonné dans la côte de la femme.
Et Dieu est une femme.
Alors, son mystère est réhabilité.
Au Diable la Virginité !
Bonhomme n'a pas attendu les législateurs pour cloner des êtres.
Il clone des femmes.
Et n'en déplaise aux législateurs, il les clone avec cerveau.
Elles ne pourraient être songeuses, sereines, arrogantes,
dans l'attente, dans la tourmente,
si notre Pygmalion ne leur avait donné un cœur et un cerveau.
Elles réfléchissent,
et pas seulement la beauté.
C'est cela. Les sculptures de Bonhomme ont une âme.
Il détient la formule secrète.
Il existe donc, entre les roseaux ébouriffés de la Salanque,
un étrange laboratoire d'alchimiste moderne.
Je suis prêt à parier que les soirs de pleine lune,
l'une se détache les cheveux, l'autre baille et s'étire,
change de position, se recroqueville,
les autres vont chercher l'eau du puits dans leurs cruches de terre cuite.
Des Odalisques. Des Tribades peut-être.
Hétaïres catalanes.
On ne peut soustraire la charge sensuelle de ces créatures.
Mais l'Œdipe se réveille et le désir s'interrompt.
C'est l'effet Mère.
Je regarde celle-ci, qui coiffe sa longue chevelure,
et reconnaît la femme qui m'a porté dans son ventre.
Je crois deviner son odeur, sa chaleur, sa respiration.
Je reviendrai lui parler un soir de pleine lune.
J'ai oublié de lui dire que je l'aime.
Les hommes sont d'abord des petits garçons.
Un Catalan, comme tout méditerranéen,
reste définitivement un fils avant d'être un époux.
Le corps est donc poussière compacte,
menaçant de partir en mille morceaux au premier coup de Tramontane.
Tempête de sable. Sirocco.
Le corps, c'est cela. De la matière.
Palpable. A pleines mains.
Faite pour être caressée.
Voilà à quoi sert le travail de notre alchimiste !
A nous rappeler que nous avons des mains pour caresser.
Pour être tendues. Pour être ouvertes.
Pour construire et non terrasser.
Pour caresser et non détruire.
Nous rappeler que nous sommes fragiles,
que le bronze, le marbre, le granit sont fragiles.
Il y a un cœur et un cerveau dans chaque caillou.
Nous rappeler que nous avons besoin d'être caressés,
palpés, à pleines mains.
Pour tout dire, son œuvre est là
pour nous rappeler de lui dire je t'aime.
Si on oublie, la Tramontane se lève, et vlan !
La matière redevient poussière.
Tout nous échappe.
Il est trop tard.
Le cœur libéré s'envole comme un sac de plastique dans les vignes.
On ne peut retenir ce qui glisse entre nos doigts ou dans les sabliers.
Alors, en attendant la pleine lune pour racheter mes actes manqués,
je sens que ma vie a changé.
Je ne sais pas sculpter,
mais j'ai appris de cet homme, bon ou pas,
à me servir de mes mains.




Philippe LATGER
Février 2001 à Montréal

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C'est du cinéma

Publié le

Une toile.
Des toiles ?
Du ciel aux trottoirs,
il n'y a qu'un pas.
Tout tombe
et rebondit.
Elles crèvent l'écran.
Les crocs, le crin.
Les talons qui se cabrent.
Rebelles.
Si les murs murent des toiles,
les toiles étoilent les murs,
les barrières en avant,
les arrières en bavant,
de poussières d'espoirs.
Prise de bec, prise de vue,
des lèvres aux yeux,
du ciel aux trottoirs...
L'image. L'e.mail.
Le travelling,
all over the world.
All lovers.
Avant. Après.
Pendant.
Le sourire s'affiche.
Le regard s'en fiche.
Mais la lueur luit.
Elle.
Aussi.
La caméra.
Les commérages.
La rage aux dents.
Tu tombes,
rebondis !
Il n'y a qu'une prise.
Coupé !
Coupées les ailes.
Celles
du désir,
des arts,
de l'âme...
à double tranchants.
Il faut monter le film,
même si les talons se cabrent.
Héros de rodéo.
Héroïne.
La caméra.
Seules brillent les toiles.
Celles tendues entre rêve et réalité.
Rêves et réalités.
On ne marche pas sur les étoiles.
Même pas à Hollywood.
Elles nous portent... ailleurs.
Projection.
Le paradis artificiel.
L'écran d'arrêt.
Arrêt sur l'image.
De quel côté de la toile joues-tu ?
Toile de jute.
Les fruits de mer,
les étoiles de mur.
Le ciel et le trottoir... c'est la même affaire.
Seuls les murs murent.
 



Philippe LATGER
Février 2001 à Montréal

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Rien n'existe

Publié le

Les rues de New York, le Détroit de Gibraltar,
c'est comme une tempête de neige sur Montréal.
Voir Margie Gillis danser.
La Corrida, le Flamenco.
La vie.
La mort de ma mère.
Les retours à Perpignan.
Obsessionnel.

Inconstant.
Le sexe. La mort.
Le temps.
Les rues de New York.
J'aime.
Je n'aime plus.
Rien n'existe.

 

Philippe LATGER 2000

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Lisboète

Publié le

Elle a le sel sur les lèvres,
l'iode halogène, volatile,
et les vents du Tage dans les cheveux.
L'ourlet de sa bouche est un éclair
reflété par mille azulejos.
L'orage gronde dans sa poitrine,
libéré par le cri douloureux d'un chant populaire,
dans lequel s'enroulent les pensées troubles de filles de joie et de marins,
enchevêtrés dans les vapeurs exsangues de l'aube.
Après la fête, le bal et les danses,
la voix les fige soudain
dans un air grave, flou, lointain.
Mais elle ne succombe pas à la désespérance.
Elle, elle chante debout.
Elle regarde vers le large.
La foudre de son âme crépite dans l'œil.
Le passé heureux, même perdu, est une force vivace.
Allongée sur le flanc telle une odalisque d'albâtre,
le galbe de la hanche épouse le relief,
la sinusoïde féline de collines maternelles.
La main ouverte sur sa nuque offerte,
accoudée sur la terre océanique et ses trésors enfouis,
elle s'étire sur sept coussins de jute,
de pétales d'œillets,
emmêlée dans d'érotiques filets de pêche.
Le marbre criblé d'éclats noirs,
comme autant de grains de beauté,
jaillit encore par endroits à la gloire du passé
où elle régnait sur le monde.
Aristocrate décadente,
elle attend son carrosse jusqu'aux lueurs de l'aurore,
écarquillant ses yeux naïfs sur la grâce du fleuve,
et la grimace de l'orgueil sur le ciel rougeoyant.
L'Atlantique brumeuse frissonne à sa dentelle,
la courtise toujours par de vagues complaintes.
Le fauve est un petit chat blessé, ébouriffé,
qui cherche sa place sur une margelle au soleil.
Ses fantasmes sont volutes cendrées,
le tabac d'Amérique qui s'expire en arabesques torturées,
des accords de Tordesillas ou de Bossa Nova,
le déhanchement lascif du Brésil et les torsades nerveuses,
meringue baroque aux plâtres de sucre,
et abondance de genre manuélin.
Humble ou sophistiquée,
elle opère un charme étrange,
se révèle aussi vite qu'elle se lève,
brouillard épicé qui rêverait aux Indes,
sourit comme une Joconde sexuée, sexuelle,
piège autant qu'elle se fait piéger.
Ensorcelé par sa ligne équivoque,
par la toile de filins métalliques suspendue
et ses voilures en filigrane,
je me vautre dans la chaleur de ses plis,
m'enroule sous son sein
et m'enivre des senteurs, des embruns,
des fritures, des floraisons, des parfums,
qui me tiennent à ses mâts,
à ses phares,
me retiennent dans ses bras
... et m'égarent.




Philippe LATGER
Montréal 2000

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Que veux-tu ?

Publié le

Tu as ta vie. Trente ans.
Travail. Consentant.
Ta compagne et ton fils.
Pourquoi moi en plus ?
Que veux-tu ?
Il aime tout. Il veut tout.
Et quoi d'autre ?
Moi, je n'ai rien.

 

Philippe LATGER 2000

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Essorage

Publié le

Jamais ne vient le silence.

Machinerie.

Mécanique.

Soufflerie.

Ventilation.

Aération.

Moteurs.

Vibrations.

Transformateurs.

Climatisation.

Marteaux piqueurs.

Circulation.

Ordinateurs.

Téléphonie.

Percolateurs.

Sirène à incendies.

Camions.

Imprimantes.

Avions.

Pompes.

Néons.

Fax.

Alarmes.

Télévision.

Métro.

Radio.

Interphones.

Essorages.

Sanglots.

Je vis en ville.

 

Philippe LATGER 2000

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Au Singe Vert

Publié le

Rester seul me rend lucide.
Je regarde les gens et je crois les comprendre.
C'est bizarre les gens.
On les sent proches de nous, mais en même temps, 
nous sommes étrangers.
- Nous sommes tous seuls.
- Mais pas tous lucides. 
C'est drôle comme ils me fascinent et me " dégoûtent " à la fois.
- dégoûtent ?...
- Oui ... C'est physique.
Malgré la compassion que j'ai pour eux,
l'idée de leurs corps gras, poilus, tordus et maladroits me donne la nausée...
- Je les regarde à Washington Square, prendre le soleil, dénudés, 
certains se baignent carrément dans la fontaine ... 
Beaucoup n'ont pas de complexes.
- Le pire, c'est la plage. Es-tu déjà allée à Coney Island ? C'est la foire.
- L'Amérique latine.
- C'est pas le problème. Les gens se baignent dans leur propre merde. 
C'est tout.
- Il ne faut pas focaliser sur ça. L'humain, c'est autre chose.
- Je ne sais pas. C'est d'abord un animal, il me semble. 
J'ai pourtant du mal à accepter cette idée. Plus que celle de la mort.
- Mais tu ne peux pas rester enfermé chez toi !
Il faut se mettre en relation avec les autres pour exister.
- Quand je regarde New York, j'ai envie de me retirer dans un monastère, 
loin de tout. Partir au Tibet, en Afrique ... n'importe où mais ailleurs.
- Plus les gens sont dits civilisés, plus ils te semblent bestiaux.
- Mouais. Je vois plus d'humanité chez le berger que chez le banquier.
- Alors, tire-toi de Manhattan ! Pars en Patagonie ou en Chine !
- Tu sais bien que nous sommes prisonniers. 
Mes pieds sont pris dans le béton de cette ville. 
Il n'y a pas d'issues ...
- Tu me fais chier ... Bois ton Cabernet et ferme ta gueule.
Tu adores New York.
- Pas les New Yorkais.
- Pas les New Yorkais, mon cul ! Il n'y a pas de New Yorkais, ça n'existe pas !
Il n'y a que des gens ici. Des hommes et des femmes. 
Ton problème, c'est que tu n'as plus de relations sexuelles.
- Je me branle.
- Internet et la pornographie, ça ne remplace rien. 
Il faut que tu te redonnes le goût de la sueur, de la peau, de la chair ... 
Tu verras que le corps humain ne te dégoûtera plus.
- Je sais que ce n'est pas du papier glacé. 
- Alors sors. Rencontre des gens. Je sais pas moi ...
- ... A la salle de gym ? Sur internet ?
- Si tu restes dans ton placard, ton cœur va se dessécher.
Le goût, l'envie, c'est comme les muscles, ça s'entretient ...
- Marie ... J'ai envie de baiser avec toi.
- T'es con.
- Je t'assure. J'y pense et je bande.
- Je croyais que tu étais pédé ...
- Ben moi aussi. Mais tu vois ... je bande.
- Mouais ... ça te passera. Tu veux un café ?
- Non. Demande l'addition. Je t'invite.
- Pas question. Chacun sa part.
- Enfin, je peux bien faire ça ... pour nos cinq ans de mariage.
- OK, mais ne crois pas que ça te donne le droit de coucher avec moi.
- Marie, enfin. Je vis à New York ...

 

Philippe LATGER
Montréal 2000

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