Tes reins de jeux
Je fais du toboggan sur son nez.
Du rodéo sur sa croupe.
Sous son palais, de la natation synchronisée.
Je bois le champagne dans sa coupe.
Je me fais les dents sur ses mollets.
Je me fais plaisir. Il me fait du bien.
Je saute à la perche, le saisis au collet,
effeuille ses cils blond vénitien.
Je l'escalade par le versant nord,
glisse le long de la colonne vertébrale.
Je vois son organe de baryton et je me fais ténor.
Spéléologie dans ses gouffres à la verticale.
Je fais du yo-yo avec sa pomme d'Adam,
de la balançoire sur ses testicules,
je fais du surf sur sa brosse à dents.
Je brasse, furette et gesticule.
Je crapahute sur son corps,
avec mon bâton de randonnée.
Je me régale. J'en veux encore.
Je fais du toboggan sur son nez.
Philippe LATGER 2001
Une semaine
Comment ? Qu'est-ce qu'une semaine ?
7 petits jours dérisoires.
Je repars vers ma vie, ailleurs.
Retour à la réalité.
Quelle réalité ?
La mienne ?...
Une autre. Autre chose. Celle sans toi.
Alors le poison se répand dans mes fibres,
la texture de mon histoire...
dérisoire.
Mes doigts orphelins cherchent du réconfort,
se crispant sur un crayon, un stylo,
quand ils devraient parcourir ton corps.
Alors, j'ai envie d'écrire de belles choses, pour toi.
Mais rien ne vient. Les mots sont trop faibles.
Je pose, excédé, ce crayon muet qui me sort par les yeux.
Et j'ai envie de parler de toi.
Une semaine. Ridicule. C'est le temps d'un battement de cils.
Je tourne comme un lion en cage, thoracique, ivre fou,
montant dans un train, puis un autre.
Quelques kilomètres par ici, quelques autres par là.
Il n'y a que des correspondances.
Téléphone, internet, fax... Où est la chair dans tout ça ?
Où sont les pupilles d'Antiochus ?
Je vois ton visage sur des photos,
ton nom dans les journaux,
mais ce n'est pas ma réalité. C'est un double fantôme.
L'image ne me nourrit pas en chaleur,
celle de ta peau.
Le reflet ne me nourrit pas en odeurs,
celles de tes parfums.
Les mots que tu murmurais contre les draps
me reviennent dans un rêve, avec la chaleur, les senteurs...
et je presse mon crayon muet pour que son jus s'écoule,
qu'il témoigne de ma dépendance, de ce sentiment,
que je ne sais pas exprimer.
Mais tout ce qui s'aligne sur le papier n'est pas à la hauteur.
Ce n'est pas assez grand, ce n'est pas assez fort,
ce n'est pas assez cela. Toi.
La silhouette dans une chambre, le peignoir sur le fauteuil.
Les rideaux tirés sur les jeux de lumières du soleil sur la piscine,
qui scintillent au plafond, et dans nos yeux agités.
Les mains dénouées sur les nourritures terrestres,
avides comme nos bouches humides.
La soif de prendre, de comprendre, de saisir et relâcher.
La faim de l'autre, de soi, de nous, de tout.
Le lit radeau, ring voluptueux, réalités aux vestiaires,
s'échouant au demi-repos. Acte inaccompli. Inachevé.
Echevelé.
Repousser l'aboutissement,
reporter le point d'orgue de peur qu'il ne soit final.
Recommencer encore, faire durer le plaisir jusque sous la douche,
palper les muscles saillants, tendus, sous le gel de nos bouches.
La gare allait me happer.
M'emporter loin du peignoir sur le fauteuil.
Et de ta chaleur humaine.
7 jours ne font qu'une semaine.
Philippe LATGER 2001
Le CosmonAutre
Les planètes nous ont posés là,
l'un en face de l'autre.
Face de l'une contre la nôtre.
La lune pleine, bourrée, suspendue,
éclairait les dunes défendues,
dans les tempêtes et chauds fourrés.
La lune noire, toujours bourrée,
brille et trinque à notre santé.
Face au soleil, tant redouté,
elle s'arrondira tout l'été.
Le ciel a des secrets lointains,
de destinées et de desseins,
tracés sur le sable mouillé
qui réunissent les solitudes.
Et sur une plage souillée
la lune a soufflé sur nos nez
pour raviver nos corps légers,
la plénitude.
Les étoiles enguirlandées,
filant sur la lande transcendée
le tissu de notre rencontre
avec les aiguilles d'une montre.
Espiègles, elles ont des doigts de fées,
se sont penchées sur le berceau
de notre histoire inattendue,
le jus d'orange et le café
que je n'avais jamais connus.
La lune déborde son cerceau,
fait pleuvoir son miel sur nos anneaux,
nous couve de sa bienveillance,
nous laissant seuls, sans surveillance.
Alors que saoule, elle montait,
sur une mer bien démontée,
elle ignorait les conséquences
de notre union, son influence.
Le ciel a de drôles d'humeurs,
dans le fou big bang du hasard,
il fait les chemins se croiser
comme volutes de fumeur,
mais foutant dans ma vie le bazar.
J'avais un bandeau sur mes yeux,
la lune m'avait guidé vers toi.
C'est nuageux. La lune boit.
Une fois le bandeau dénoué,
l'amour bandé s'est tatoué
sur ton regard, tout étonné
de me voir tout déboutonné.
Les planètes nous ont posés là,
l'un en face de l'autre.
Face cachée, je t'ai trouvée.
Pile en plein cœur.
Glace pilée.
Le CosmonAutre.
Philippe LATGER
Juillet 2001 à Perpignan
Antiochus
Mon visage, en s'approchant du tien,
étend le voile noir de l'ombre
sur la surface épidermique de ta figure. Anguleuse.
Je m'approche encore, comme cherchant un baiser,
et dans l'obscurité, tes pupilles se dilatent. Nébuleuses.
L'éclipse se précise, pour qu'attiré par tes aimants intérieurs,
je bascule dans les orbites irisées d'éclats bruns,
émeraude, étoilés, pour sombrer dans ton être,
le trou noir, au-delà du regard.
Les billes noircies comme étonnées,
me font rouler dans ton âme,
dont je perçois les reflets fiévreux, en apesanteur,
et je m'enroule dans ta chair dématérialisée,
à m'en émouvoir. Lacrymogène.
Des perles de larmes lubrifient mes yeux,
pour te laisser entrer à ton tour dans mes pupilles ouvertes,
visiter les cavités de mon espace,
de l'univers où je reste caché,
hypnotisé par ton intensité.
La fusion constellée est celle de la peau qui ne retient plus rien,
n'empêche plus l'étreinte dans son extrémité.
L'œil est un astre béant, pour qui sait le regarder :
le hublot sans glace où vient fondre l'esprit.
Les larmes coulent en dedans, et je suis le courant,
pour gagner en cascades la source de ton monde.
Je nage en toi, dans le torrent limpide de tes méandres
et je m'ébroue dans ton écume vibrante.
Si tu fermes les yeux, je ne pourrai plus sortir.
Tu m'emprisonnes dans ton cœur.
...
Et j'aime déjà ma cellule.
Philippe LATGER
Juillet 2001 à Perpignan
Le Damier 2 (France-Europe Editions)
C'est net
Entre l'Europe et l'Amérique,
j'ai fouillé le ciel Atlantique.
J'aime et je déteste Roissy.
Rester ici...
Je me cherchais dans mon errance
entre le Québec et la France.
Quand tout à coup, j'ai découvert
mon univers.
C'est sur internet que je drague
que vient l'écume de mes vagues.
La langue est le plus beau des liens,
on y revient.
Dans les reflets de tes messages.
le caractère de tes pages.
C'est là que je me suis trouvé.
Rien à prouver.
Philippe LATGER
Avril 2001 à Toulouse
José Bonhomme
Les bonnes femmes de Bonhomme.
L'appel à l'amour,
sous toutes ses formes.
De formidables formes reformulées.
L'élégance et la pudeur.
Des femmes.
Bien roulées,
moulues, moulées.
Fortes.
Vulnérables.
Qu'est-ce qui inspire ce bonhomme ?
Les bonnes femmes.
Y'a-t-il d'ailleurs un mystère sur terre,
bien plus que celui de la vie,
bien plus que celui de Dieu lui-même !
aussi fascinant, aussi troublant
que celui de la Femme ?
Il n'y a rien d'organique, de pornographique.
Oubliez les cours d'anatomie.
Sait-on ce qu'est un corps après tout ?
Un contenant de l'âme ? Une ancre qui nous leste ?
Un objet de désir ? Un désir sexuel ?
Une pâle copie de nous-même ?
Une création ratée de Celui qui nous a fait à son image
et dont le mystère est moins troublant que celui de la Femme ?
D'ailleurs, plus je regarde ces créatures,
plus je me dis qu'il y a eu une erreur d'impression.
C'est l'homme qui a été façonné dans la côte de la femme.
Et Dieu est une femme.
Alors, son mystère est réhabilité.
Au Diable la Virginité !
Bonhomme n'a pas attendu les législateurs pour cloner des êtres.
Il clone des femmes.
Et n'en déplaise aux législateurs, il les clone avec cerveau.
Elles ne pourraient être songeuses, sereines, arrogantes,
dans l'attente, dans la tourmente,
si notre Pygmalion ne leur avait donné un cœur et un cerveau.
Elles réfléchissent,
et pas seulement la beauté.
C'est cela. Les sculptures de Bonhomme ont une âme.
Il détient la formule secrète.
Il existe donc, entre les roseaux ébouriffés de la Salanque,
un étrange laboratoire d'alchimiste moderne.
Je suis prêt à parier que les soirs de pleine lune,
l'une se détache les cheveux, l'autre baille et s'étire,
change de position, se recroqueville,
les autres vont chercher l'eau du puits dans leurs cruches de terre cuite.
Des Odalisques. Des Tribades peut-être.
Hétaïres catalanes.
On ne peut soustraire la charge sensuelle de ces créatures.
Mais l'Œdipe se réveille et le désir s'interrompt.
C'est l'effet Mère.
Je regarde celle-ci, qui coiffe sa longue chevelure,
et reconnaît la femme qui m'a porté dans son ventre.
Je crois deviner son odeur, sa chaleur, sa respiration.
Je reviendrai lui parler un soir de pleine lune.
J'ai oublié de lui dire que je l'aime.
Les hommes sont d'abord des petits garçons.
Un Catalan, comme tout méditerranéen,
reste définitivement un fils avant d'être un époux.
Le corps est donc poussière compacte,
menaçant de partir en mille morceaux au premier coup de Tramontane.
Tempête de sable. Sirocco.
Le corps, c'est cela. De la matière.
Palpable. A pleines mains.
Faite pour être caressée.
Voilà à quoi sert le travail de notre alchimiste !
A nous rappeler que nous avons des mains pour caresser.
Pour être tendues. Pour être ouvertes.
Pour construire et non terrasser.
Pour caresser et non détruire.
Nous rappeler que nous sommes fragiles,
que le bronze, le marbre, le granit sont fragiles.
Il y a un cœur et un cerveau dans chaque caillou.
Nous rappeler que nous avons besoin d'être caressés,
palpés, à pleines mains.
Pour tout dire, son œuvre est là
pour nous rappeler de lui dire je t'aime.
Si on oublie, la Tramontane se lève, et vlan !
La matière redevient poussière.
Tout nous échappe.
Il est trop tard.
Le cœur libéré s'envole comme un sac de plastique dans les vignes.
On ne peut retenir ce qui glisse entre nos doigts ou dans les sabliers.
Alors, en attendant la pleine lune pour racheter mes actes manqués,
je sens que ma vie a changé.
Je ne sais pas sculpter,
mais j'ai appris de cet homme, bon ou pas,
à me servir de mes mains.
Philippe LATGER
Février 2001 à Montréal
C'est du cinéma
Une toile.
Des toiles ?
Du ciel aux trottoirs,
il n'y a qu'un pas.
Tout tombe
et rebondit.
Elles crèvent l'écran.
Les crocs, le crin.
Les talons qui se cabrent.
Rebelles.
Si les murs murent des toiles,
les toiles étoilent les murs,
les barrières en avant,
les arrières en bavant,
de poussières d'espoirs.
Prise de bec, prise de vue,
des lèvres aux yeux,
du ciel aux trottoirs...
L'image. L'e.mail.
Le travelling,
all over the world.
All lovers.
Avant. Après.
Pendant.
Le sourire s'affiche.
Le regard s'en fiche.
Mais la lueur luit.
Elle.
Aussi.
La caméra.
Les commérages.
La rage aux dents.
Tu tombes,
rebondis !
Il n'y a qu'une prise.
Coupé !
Coupées les ailes.
Celles
du désir,
des arts,
de l'âme...
à double tranchants.
Il faut monter le film,
même si les talons se cabrent.
Héros de rodéo.
Héroïne.
La caméra.
Seules brillent les toiles.
Celles tendues entre rêve et réalité.
Rêves et réalités.
On ne marche pas sur les étoiles.
Même pas à Hollywood.
Elles nous portent... ailleurs.
Projection.
Le paradis artificiel.
L'écran d'arrêt.
Arrêt sur l'image.
De quel côté de la toile joues-tu ?
Toile de jute.
Les fruits de mer,
les étoiles de mur.
Le ciel et le trottoir... c'est la même affaire.
Seuls les murs murent.
Philippe LATGER
Février 2001 à Montréal
Rien n'existe
Les rues de New York, le Détroit de Gibraltar,
c'est comme une tempête de neige sur Montréal.
Voir Margie Gillis danser.
La Corrida, le Flamenco.
La vie.
La mort de ma mère.
Les retours à Perpignan.
Obsessionnel.
Inconstant.
Le sexe. La mort.
Le temps.
Les rues de New York.
J'aime.
Je n'aime plus.
Rien n'existe.
Philippe LATGER 2000


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