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GianFranco

Publié le

Créature de Dieu, ou du Diable peut-être,
il est déchu des Cieux, vautré dans le salpêtre.
De ses ailes dénués, coupées dans son envol,
le seul ange sexué, retrouvé sur le sol,
est offert aux humains dans l'or du crépuscule,
doté de belles mains, doté de testicules,
et d'un membre viril à donner le vertige.
Le plus beau des pistils au sommet de la tige.
C'est sans penser à mal, tombé nu sur la terre
comme un fauve animal, qu'il surgit du cratère
de nos désirs enfouis, du fantasme damné,
de l'orgasme inouï, du plaisir condamné.
Le regard ténébreux, la ligne sensuelle,
il est le corps fiévreux, la bombe sexuelle.
Sa peau semble cuivrée, j'en frémis davantage.
Libido délivrée, je jouis sur son image.
Toutes mes pulsions tanguent sur ce cheval de selle.
Je flanquerai ma langue, le long de son aisselle,
lissant ses poils gorgés d'une onctueuse sueur,
m'enivrant, enragé, du sel et des lueurs
de sa chair odorante, aux saveurs voluptueuses.
Pensées déshonorantes. Folie délictueuse.
Le plaisir transcendé dans le trou d'une olive.
Je pourrais inonder d'un surplus de salive
cette jungle velue autour de l'orifice.
Il est le mâle élu, digne du sacrifice,
la Nature exhortée, sur le tronc et ses branches.
Les cuisses écartées, le démon se déhanche.
Dans mon rêve pervers, érotique, éperdu,
il va nu comme un ver, le bas-ventre tondu.
A l'ombre du pubis, pendaient un sexe lourd,
la sombre fleur de lys, le lombric de velours,
le paquet de pollen, sous le dard venimeux,
le serpent de l'Eden et ses crocs vénéneux,
la veine ramollie, imbibée de poison,
vénérienne impolie, vénérée en prison,
qui devient le barreau de moultes délivrances,
quand la main en garrot, prépare la semence.
C'est ce flasque appareil, ce triptyque savant,
qui s'offrait au soleil, aux caresses du vent.
Il vient, l'air innocent, exhibant ses gonades
et fait bouillir mon sang, mes chevaux en manades.
Je veux apprivoiser le feu de mon bourreau,
sa chaleur attisée, tout son corps de taureau.
Sur ses cuisses poilues, mon délire gourmand
dont l'errance évolue, s'égare lentement.
La caresse appréciée, empoigne puis malaxe.
Je palpe ses fessiers avant de chercher l'axe.
A l'arrêt, mes doigts lissent une étroite surface,
puis fouillent son abysse, en titillant l'impasse.
Quand ma main sort du bois, du suave terreau,
il se cambre, aux abois, tel un fier torero,
et gémit doucement sur l'index qu'il adule.
Le majeur est l'amant du bassin qui ondule :
le bon grain de l'ivraie, il trie et sélectionne.
Tout le faune enivré, vibre et se contorsionne.
Tout le fauve en chaleur, me supplie de frapper,
fait rougir ma pâleur aux râles échappés.
Si tout le corps frissonne à nos mâles embruns,
au sein d'une couronne au disque dru et brun,
le téton érectile est gonflé de plaisir.
La montée est tactile et toujours à saisir.
Il est le dieu vivant de mes pensées coupables,
l'Apollon énervant, au charme redoutable.
Il dénoue tous les liens, inspire tous les mythes,
C'est l'esclave italien, le latin sodomite,
à poil sous son linceul, que le désir perturbe,
le prisonnier, tout seul, brûlant, qui se masturbe,
le berger perverti, le beau maître-nageur,
cet éphèbe inverti au sourire enjôleur.
C'est le soldat romain, le footballeur en manque
qui joue avec sa main, ou l'employé de banque
qui se touche la queue, branle ses appendices,
l'apprenti maître queux dont les muscles raidissent,
le livreur de pizzas qui se livre aux clients,
ou le groom du Plaza au regard suppliant,
l'étudiant gémissant qui jouit le diable au corps,
le nympho hennissant qui est toujours d'accord.
Il est le prince afghan, le prêtre araméen,
le vampire élégant, méditerranéen.
Il est tous les amants, les fantasmes tordus,
qui prend lascivement du plaisir défendu.
Il hante mon sommeil, mon panthéon maudit.
Il a mis en éveil tous mes sens interdits.
Je veux serrer les dents dans d'obscures latrines,
glisser ma main dedans le poil de sa poitrine,
en un jeu répugnant, le temps d'un simple zip,
renifler en grognant le tissu de son slip,
masser le contenu de son sous-vêtement,
le paquet retenu, enroulé sagement,
la promesse magique, l'affreux monstre hérissé,
pesant sous l'élastique que je ferai glisser
le long de jambes nues, de ses cuisses massives,
libérant l'inconnue, la trique permissive,
durcie comme un bâton, son fier membre viril,
matraque de maton ... la pique du toril.
Danseur de Flamenco ou acteur de porno ...
Sublime GianFranco sous mes abdominaux.
Mes griffes dans le dos du félin indomptable.
Toute ma libido revient se mettre à table.

 

 

Philippe LATGER 2003

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Elle s'ennuie

Publié le

Elle s'ennuie.

Tu ne sauras jamais vraiment

ce dont elle a envie.

Elle s'enfuit.

Pourquoi vouloir gagner du temps,

s'il vous a tout pris.

 

Elle t'oublie,

avec le doute ou le tourment

et le mal qui s'en suit.

Tout faiblit

avec la lumière du printemps

qui n'a rien compris.

 

L'été est fini.

Elle s'ennuie.

Tu n'as pas vu ses nuits souffrir

et ses insomnies.

Tu n'as pas vu le coup venir

et tout s'évanouit.

 

Elle, sans bruits,

a tout fait pour te voir aimant

et se sentir en vie.

Elle s'enfuit.

Peux-tu la rattraper à temps,

l'avoir à tout prix ?

 

Affaibli,

tu n'as jamais su voir vraiment

la douleur de ses nuits.

Elle t'oublie.

Si tu crois l'attendre au tournant,

tu n'as rien compris.

 

L'été est fini.

Elle s'ennuie.

Tu n'as pas vu le coup venir

et tout s'évanouit.

 

Tu n'as pas vu ses nuits s'ouvrir

et ses insomnies.

Tu n'as pas vu le coup venir

et ton agonie.

Tu n'as pas vu le coup venir

et tout s'évanouit.

 

 

Philippe LATGER 2003

 

Mis en musique par Mathieu Rosaz en 2015 

Elle s'ennuie (Philippe Latger / Mathieu Rosaz)

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Manhattan

Publié le

Revoir Manhattan,
le Bronx et Staten Island aussi.
Je me suis perdue sous
la pluie.
J'ai pris un taxi.
Pourquoi te chercher sur Canal street.
Mon cœur chu de si haut
s'est détrempé à seaux
à Chelsea.

Sur Atlantic Bell,
la ligne a été coupée aussi.
Tu me laisses à genoux.
Sans vie.
La septième avenue
n'a plus le goût
d'unir les amoureux.
Metropolitan ...
Le ciel est orageux.

C'est le même hôtel.
Le même autobus Greyhound aussi.
Les rues, vides sans nous,
s'ennuient.
La septième avenue
n'a plus le goût
de croire en nos amours heureux.
Revoir Manhattan
est un jeu dangereux.

 

Philippe LATGER 2003

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Ville fantôme

Publié le

Los Angeles,
ville improbable,
cité de carton et de néons fatigués.
Grosse toile d'araignée couchée sur le sable.
Tes âmes sont en demi-sommeil,
rêvant d'un âge d'or qui n'a jamais existé.
Ville pour les chromes de berlines,
où tout se fait en limousine et en pick-up.
Sur tes autoroutes sèches, rêches,
les pneumatiques font de la musique,
sur les joints d'un viaduc interminable,
traversant les banlieues les plus minables,
cachées par les colonnades de palmiers.
Ville de décors pourris, vétustes et tapageurs,
ville fantôme de l'Ouest, où brille l'illusion.
Tu es factice, irréelle, inventée.
Tes hot-dogs géants,
tes têtes de clown grotesques,
dinosaures et monstres de foire pittoresques,
nous font vaciller entre l'horreur et l'émerveillement.
Ta réalité, ta chair, ta matière,
s'étalent sur des kilomètres de film.
Ton essence est sur le négatif.
Hollywood t'as kidnappée pour t'emmener ailleurs.
Tu n'es pas une sordide fête foraine.
Tu n'as jamais existé que dans notre imaginaire.
Personne n'a jamais vu ton vrai visage.
L.A
Le plus incroyable des mirages.

 

Philippe LATGER

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Toute vapeur

Publié le

Au contact de ta chaleur,
je ne crois pas avoir peur.
Mon corps fume sa pâleur
quand ma chair devient vapeur.

Et dessous mes doigts rôdeurs,
bouent les eaux de tes faveurs.
Tu me parfumes d'odeurs.
Je m'ébroue dans ta saveur.

Tu calmes, sous ta minceur,
de mes muscles la torpeur,
et je hume en connaisseur,
ton corps devenu vapeur.

L'amour assis en tailleur,
le cou perlé de sueur,
liquéfiait ici, ailleurs,
nos mains devenues lueurs.

Sur ta peau et sa moiteur,
je déverse mes liqueurs,
les orages d'Equateur
venus foudroyer mon cœur.

L'aube est sortie de bonne heure.
Je n'ai même pas eu peur.
Tu as, embuée de bonheur,
mis les voiles et la vapeur.

A toute vapeur.

 

Philippe LATGER
Novembre 2002 à Paris

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Le Chat

Publié le

Tu m'as appris à dessiner
des soleils sur le sable de nos plages,
des bonshommes que la mer venait effacer.
Tu jouais de la guitare.

Tu jouais du piano.
Sur tes genoux, alors que je ne savais pas encore marcher,
j'apprivoisais ce meuble bizarre qui faisait de la musique,
le piano noir, le piano droit du petit salon,
cette machine de bois sur laquelle je pouvais taper des rythmes désordonnés.
Tu jouais sur ce clavier, à ta façon, à ton oreille,
des choses que j'entendais jusque dans le grenier.
Du jazz sans doute. Cette musique que tu écoutais le soir tard à la radio.
Le piano. La guitare.
De ces caisses de bois, où vibraient des cordes magiques,
sortaient des images extraordinaires
que la vague du silence venait effacer.
Tu jouais de la musique.
Tu jouais aux échecs.
Tu m'as appris à faire glisser sur leur feutre

ces pièces finement sculptées, aux couleurs du clavier d'ivoire.
Les noires et les blanches.
Quand elles ne m'inspiraient pas des histoires romanesques, chevaleresques,
j'acceptais pour une fois, les règles du jeu que tu m'avais enseignées.
Tu me laissais gagner parfois,
ce qui me mettait plus en colère encore que lorsque je perdais.
Mes premières bandes dessinées, que je feuilletais dans tes bras,
étaient les beaux livres où je découvrais avec émerveillement et épouvante
les toiles de Goya et de Velasquez.
Tu m'as donné le goût du tabac et de la gouache.
L'odeur rassurante et âpre des cendres de cigare,
de l'huile de lin, du café...
Tu peignais. Tu fumais. Tu faisais de la musique.
Je me rappelle tes cravates que je t'enviais.
Je me rappelle tes costumes et tes souliers.
La voiture de fonction dans laquelle tu me posais à l'école.

Et la DS splendide. Qui se baissait et se levait. Qui tournait ses yeux de feu.
Je passais à l'avant de la voiture pour prendre tes cigarettes dans la boîte à gants.
Pour t'imiter... Pour t'imiter j'ai joué aux échecs.
Pour t'imiter j'ai dessiné sur le papier et sur les plages.

Pour t'imiter j'ai joué du piano.
Avec Maman, Vavou et Chacha, nous allions en Espagne.
Jouer avec le soleil dans les pins de Castelldefels,

sur les statues romaines de Tarragone, ou sur les murailles de Peñiscola.
Nous allions rêver aux barques des pêcheurs de Cadaquès,
ou à l'assaut des châteaux cathares des Corbières.
Nous visitions des cloîtres romans, des musées, les forteresses et les églises.

Et je te suivais dans les ruines de maisons à construire... Tes maisons.
Le paquebot dans les vignes qui sortait de terre. Le terrain de jeu fantastique.
Les galeries secrètes et les labyrinthes d'un chantier dangereux et mystérieux.

Tu avais dessiné les lanternes de la petite maison couchée sous le palmier,
avec ses grilles blanches et ses escaliers étranges.
C'est toi qui avais dessiné ce nid méditerranéen.
C'est toi qui avais dessiné le paquebot.
Et des ponts. Et des routes.

Ces mains. Ces mains qui avaient caressé Maman.
Ces mains qui avaient dessiné ces maisons.
Ces lanternes et ces soleils sur la plage.
Ces mains qui pinçaient les cordes des guitares et des pianos.

Ces mains qui fumaient la pipe, le cigare, et des paquets de Morris.
Ces mains qui peignaient Venise, qui peignaient des visages inquiétants.
Ces mains qui préparaient des couleurs odorantes sur des palettes.
Ces mains qui glissaient dans nos cheveux,
qui me faisaient voltiger dans le ciel.
" Dis... On fait l'avion ? "

Le dimanche béni. Loin de la messe.
La communion, la vraie, c'était dans votre chambre.
Papa et Maman. Le dimanche matin.
J'avais le droit de venir dans votre lit. Le privilège.
Avant le pain grillé, le chocolat, le café.
Le dimanche matin...
" On fait l'avion ! "

... Je t'ai cassé des côtes. Le petit doigt aussi ?...
Mais tu m'as fait voler dans le ciel.

M'apprenant que rien n'était impossible. Le bonheur.
Ces mains qui avaient caressé Maman.
Ces mains qui avaient dessiné Vavou, Chacha et moi.

J'en ai été jaloux. Elles étaient belles.
Il y avait des grandes feuilles de papier calque,
et des règles sophistiquées, de beaux crayons bien taillés,
des gommes qui sentaient bon. C'était ça, ton travail.
Il y avait l'échiquier qui sentait le bois et le vernis.
Les pinceaux, les toiles de Goya et de Velasquez.

Il y avait le tabac. Et les voiliers. Tes voiliers.
Loin des soleils effacés sur le sable, les carrés de toile blanche,

les triangles éclatants qui se balançaient sur les vagues,
près de la ligne qui sépare le ciel de la mer.
Tu nous as emmenés au large.
Je n'ai pas le pied marin.
Je préfère les tempêtes du piano.

Tu m'as appris à regarder l'horizon, à regarder les étoiles,
à regarder à travers les cloisons, l'immensité, l'océan, l'univers.
Tu m'as fait voler dans les airs. Le dimanche matin.
Les vacances en Espagne.

Tu m'as appris à rêver éveillé. A rêver. A dessiner. Imaginer.
A voir les images cachées dans les tableaux, dans les nuages, dans la musique.

Tu m'as appris à voir et à entendre. Tu m'as ouvert les yeux.
Tu m'as appris à me servir de mes mains.
Ces mains qui jouent du piano, qui jouent du clavier,

et qui t'écrivent aujourd'hui, merci, merci, merci...
Qui t'écrivent que je n'aurai pas assez de jours pour te remercier,
te rendre ce que tu m'as donné.
La vie sans doute. Le jour aussi.

Mais c'est peu de choses, finalement,
à côté de l'amour et de la tendresse que tu avais pour nous...
Ces mains qui sont un peu des tiennes,
qui continuent à dessiner des soleils sur le sable,
et des bonshommes.
Je raconterai peut-être un jour, à un petit d'homme,
l'histoire de Ian Shushu que tu me racontais.
L'histoire de ce Chinois. Ma préférée.
J'apprendrai peut-être un jour à mon tour à jouer aux échecs.
A regarder la mer. A regarder le jazz. A regarder les étoiles.

C'est à d'autres que je rendrai la pareille.
Je t'ai déçu souvent. Je t'ai mis en colère. Je t'ai fait de la peine.
J'ai été dur. Exigeant. Intransigeant. Insupportable.
L'adolescence. Mon Oedipe ultra-violent.
Je t'ai haï parfois. Je t'ai haï souvent. Mon rival...
J'ai été jaloux...
Mais je t'aime.
Mon père. Mon modèle. Félin.
Je peux te critiquer, aujourd'hui encore, mais je ne supporte pas que l'on te critique.
Tu m'as donné l'architecture, la peinture, Julien Clerc et Django Reinhardt.
La musique péruvienne, les mariachis du Mexique et la guitare andalouse.
Ray Charles. Sidney Bechet. Fats Domino. Duke Ellington.
J'ai beau chercher... Quel reproche pourrais-je te faire quand je te dois tout ?
C'est moi qui ai des choses à me faire pardonner.
Pardonne-moi pour le mal que je vous ai fait.
Je suis moi. Votre enfant, votre fils, votre élève.
Je veux faire la paix avec toi.
Te dire maintenant la chose essentielle.

Sans pudeur. D'homme à homme.
Je t'aime.
Et merci.



Philippe LATGER
Septembre 2002 à Perpignan

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Relis-moi

Publié le

 Je t'aime, je le peux, toi et tes revenants.

Si je connais un peu l'homme de maintenant,

j'ignorais tout de toi, mais de toute façon,

je découvre pantois ce qui, petit garçon,

t'effrayait, te touchait, t'amusait, te veillait,

t'aimait, t'effarouchait, ce qui t'émerveillait.

C'est mon amour qui mue au fil de tous ces liens.

J'ai été très ému d'être parmi les tiens.

J'ai eu le cœur serré, le cœur en noir et blanc,

quand tu as déterré, on ne fait plus semblant,

ces photos du passé où je t'ai vu enfant,

les nuages chassés, le soleil triomphant.

Que l'on m'exclut après, c'est mon âme qu'on pince !

Ta mère m'a montré les portraits de son prince

qui est le mien aujourd'hui, qui le sera toujours.

Tout mes mots sont pour lui, plus faibles que l'amour

qui sait les animer et qui me les inspire.

Ce n'est que pour t'aimer que ma bouche respire.

Ton village et ton bois, ta maison et ta rue,

tout fait partie de moi. Tout revient et se rue

à mon bon souvenir et à ma propre enfance.

Je veux que l'avenir assure ma défense.

J'ai aimé tes parents, leurs chiens et leurs chevaux.

Tu dis que c'est marrant. Sais-tu ce que ça vaut ?

J'ai été bouleversé de voir ton univers.

En moi tu as versé du soleil en hiver.

Privilégié je suis quand tu te déshabilles,

que chez toi je te suis, reçu par ta famille.

Tu me montres tes lieux, m'invites à ton chevet,

me présentes à ton dieu, le rideau s'est levé,

tu me fais visiter, sous l'ardoise et la craie,

toutes tes vérités et tes jardins secrets.

Et je crains tout à coup, perdu entre mes lignes

et la corde à mon cou, de ne pas être digne

de l'honneur que tu fais à ton admirateur.

Je ne suis point parfait mais bien ton serviteur.

Pas digne de ton corps, digne de ta confiance ...

Ce n'est pas au décor que mon cœur se fiance.

Ce n'est pas à l'acteur que je voue ma passion,

ni même au séducteur, ni au petit garçon,

c'est à toi tout entier, mon amour et mon ange,

que je veux m'allier sur l'or d'une phalange.

Plus j'explore de toi, plus j'adore le tout.

J'ai dormi sous ton toit, je t'ai rêvé partout.

Si ce n'est de passion, ce n'est pas d'amitié

qu'il peut être question, de bonheur à moitié.

Après toi j'ai couru. Ne dis pas que tu pars.

Le chemin parcouru est un point de départ.

Comment tout cet amour à nos desseins peut nuire,

Quand nous n'avions toujours de cesse de construire ?

J'aimerai le tilleul si j'aime tes cheveux.

J'avance et même seul, j'apprends que je te veux.

Sans toi je ne suis rien, mais ce n'est pas le pire.

Bien des gens ne sont rien. Ce n'est rien de le dire.

Je préfère être tout si ce n'est que pour toi.

Le reste je m'en fous. Garde ma bague au doigt.

Le soleil a ramé. Sur tes bois il a plu.

Je suffoque d'aimer quand on ne m'aime plus.

Ma folie a sévi. Est morte ma démence.

Reviens me donner vie ; je te l'offre en silence.

Je ne t'ai pas roulé dans mes alexandrins.

Sur tes reins ont coulé les aveux de mes drains.

Relis-moi de plus près si vient l'ombre d'un doute

sur ma sincérité et tout ce qu'il m'en coûte.

Dans mes vers essoufflés, je ne t'ai pas menti.

Dans ton verre soufflé, j'ai bu jusqu'à la lie.

Je l'ai écrit cent fois, et tu m'en vois navré :

je n'ai aimé que toi, je ne suis pas sevré.

Je me croyais amant. Ce signifié s'allège.

Quel est ce sentiment qui fait boule de neige ?

Envie de t'enlacer devenue un besoin.

Au lieu de me lasser, je veux aller plus loin.

Quelle est donc cette loi qui fait si peu de bruit.

Je n'ai aimé que toi, mais moins fort qu'aujourd'hui.

Je me surprends vraiment, à chaque jour qui passe,

à vouloir fermement nous sortir de l'impasse.

Car plus je te connais et plus tu m'émerveilles.

Des amours je n'en ai jamais eues de pareilles.

Les insultes tu dois oublier à tout prix.

C'est mon cœur maladroit. C'est mon cœur incompris.

Mon âme kidnappée sombrait dans la torpeur.

M'avais-tu échappé ? De te perdre j'ai peur.

Reviens-moi. Reviens-moi. Je te veux pour toujours.

Je n'ai aimé que toi depuis le premier jour.

Tu sais, j'ai progressé. Je me rallie à tout

ce que j'ai transgressé et je ne suis plus saoul.

Cette folie douce ne fera plus la loi.

Je renonce à tout ce qui m'éloigne de toi.

Je me fous de la baise et de mes décadences.

Je sais combien tu pèses dans la seule balance.

Le bonheur confisqué, je ne suis qu'un forçat.

Je ne peux plus risquer de te perdre pour ça.

J'ai beaucoup avancé, beaucoup appris de toi,

mûri, récompensé, et je suis fier de moi.

Je ne suis plus railleur, ni schizo, ni martien.

Tu m'as rendu meilleur. Un homme je deviens.

Un autre pourrait-il récolter sans effort

le fruit du grain subtil que tu as mis dans mon corps,

te voler les lauriers de ce travail géant,

ramasser les billets de ton jeu bienveillant ?

Des succès séduisants nous avons engrangés.

Pourquoi fuir à présent après m'avoir changé ?

Le but était précis, voulu pour être aimé.

Récolte donc ici ce que tu as semé.

C'est à toi que revient la moisson inouïe

de ce que je deviens, du bonheur dont je jouis.

Pourtant je suis puni. Tu m'as mis au mitard.

Peut-être est-ce fini. Peut-être est-ce trop tard.

Tu peux m'abandonner, tu ne me quittes pas.

Le tocsin peut sonner. Je te suis pas à pas.

Je te donne mon art, mes chansons et mes faits.

Tu es mon étendard. Relis Cause à effet.

Seul ton nom me convient, me sourit et m'enivre.

Tu restes mon seul bien ... Et ma raison de vivre.

Tu me prives de toi. Je suis seul en Salanque.

Je ne pense qu'à toi. Je te veux, tu me manques.

Le soleil a ramé. Sur tes doigts il a plu.

Je suffoque d'aimer quand on ne m'aime plus.

Mon cœur est tout mâché mais il fait du boucan.

Je suis prêt à marcher. La balle est dans ton camp.

Je te donnerai tout ce qu'il reste à donner.

Si j'étais fou et saoul, il faut me pardonner.

Je te donne mon or, mes tangos, mes délires.

Je t'aimerai encor quand restera le pire.

Je te donne mes yeux, je te donne ma peau,

je te donne mes lieues, mon manteau, mon chapeau,

mon piano, mes pensées, mes vers, mes litanies,

mes scènes insensées et mes rêves bannis ...

Prends tout ou je me meurs. Reviens-moi maintenant.

Je t'aime, j'en ai peur, toi et tes revenants.

C'est toi qui avais raison, il faut fuir la passion,

l'effroyable prison, sous pression, sous tension,

le dangereux élan, l'éphémère mirage,

le piège étincelant pris dans l'œil de l'orage.

La nôtre est consommée. L'écume se retire.

Je me suis consumé et mes cendres s'étirent.

Je suis prêt désormais à en porter le deuil.

De notre histoire aimée, je veux franchir le seuil.

La passion est un jeu, la nôtre est achevée.

Notre amour de ce feu pourra-t'il nous sauver ?

Pourra-t'il nous garder et nous faire survivre ?

Pourra-t'il résister, nous amener à suivre ?

Je suis prêt à passer au chapitre suivant.

Oublie donc mon passé pour me rendre vivant.

Tous mes efforts alors, ne seraient que du vent.

A ma phalange l'or ! Donne-moi de l'avant.

Je n'ai aimé que toi. Je n'aimerai que toi.

Mais l'angoisse me broie. Une bague à ton doigt.

Ta mère m'a montré les portraits de son prince.

Que l'on me chasse après, c'est mon cœur que l'on rince.

Je voudrais m'allonger contre toi dans ton lit,

juste dormir, songer, quand tes mains se délient,

une sage étreinte, chaste, tendre et pudique,

la lumière éteinte, pour que nos chairs s'appliquent.

Echec et mat. Capot. Hyde s'est fait la paire.

Je n'ai plus que ta peau. Je n'ai d'autres repères.

Tant pis pour le plaisir. Tu es seul maître à bord.

Le corps et le désir se résument à ton corps.

Je voudrais te sentir, du bout de mes fleurets,

de mes doigts, consentir à juste t'effleurer,

à tes fleurs me pâmer, éclore et m'effeuiller,

recueillir à jamais, tes lilas, tes œillets ...

Ta nature est en moi. C'est moi qu'elle fait bouillir.

C'est toi qui as le choix. Relis Tu peux vieillir.

Pour quoi donc suis-je fait, suis-je venu au monde,

pour quel ordre parfait, pour quelle lune ronde ?

Saurais-je donc jamais quel destin j'ai gagné ...

Je suis là pour t'aimer. Je veux t'accompagner.

Si j'ai tout exploré, je sais que mon cœur bat,

que c'est pour t'adorer que je vis ici-bas.

Tous les mots que je couve ne seront massacrés.

Ils se lèvent et te prouvent qu'ils te sont consacrés.

Si tu les trouves plats, alors tu m'assassines.

Bien sûr, je ne suis pas ni Hugo ni Racine.

Mais je mets tout mon poids, le feu et l'énergie,

mon espoir et ma foi, la fougue qui surgit,

ma force décuplée, dans ces lignes signées

pour te voir s'il te plaît, touché, ému, soigné,

pour te porter très haut et tes voiles gonfler,

ou t'apporter de l'eau, dans tes bronches souffler,

te rendre doux et fier, éclairer ton visage,

te donner de ma chair, te donner du courage.

Si tu doutes de toi, lis mon amour en moi.

Je t'aimerai deux fois. Accorde-moi le droit.

Le soleil est mon choix. C'est ailleurs qu'il a plu.

Je t'aimerai pour toi si tu ne t'aimes plus.

Je me ferai catho, hébreu ou anglican.

Je suis mon seul cadeau. La balle est dans ton camp.

De Province on rentrait dans la même voiture

et mes regrets entraient dans cette conjoncture.

Je suis reçu, promu, chez toi ... ça me revient.

J'ai été très ému d'être parmi les tiens.

J'ignorais tout de toi, mais de toute façon,

j'aimais autant le roi que le petit garçon.

Mes larmes ont perlé à l'intérieur blessé.

Je ne pouvais parler de peur de t'agacer.

Alors mon désespoir a dû rester pantois.

Mais tu dois le savoir : je n'attendrai que toi.

N'accepte mon discours que s'il ne te dérange.

Je mets tout mon amour dans l'or à ta phalange. 

 

Philippe LATGER
Août 2002 à Perpignan

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Maître d'armes

Publié le

Je connais les garçons. Je les ai maîtrisés.

J'ai appris leurs leçons. Je les ai méprisés.

J'ai joué avec eux, avec haine et dédain.

J'ai remué la queue dans les dîners mondains

et craché mon venin dans leurs bouches tordues,

salivé sur leurs mains, sur leurs lèvres mordues.

J'ai ausculté leurs corps, visité leur plaisir,

fait miroiter la mort pour troubler leurs loisirs.

J'ai joué avec leurs nerfs et leurs veines durcies.

J'ai fait monter la mer de leurs vœux obscurcis.

Leur faiblesse ne vaut que leur bestialité,

l'érotisme du veau et leur insanité.

J'ai failli m'attendrir sur plus d'un, bien souvent.

Mais il ne faut faillir et partir dans le vent.

Les hommes n'ont d'ailes qu'en tenue d'apparat.

Ils restent fidèles quand vous ne l'êtes pas.

Pugnaces, belliqueux, ils aiment le combat.

Les oreilles et la queue pour la paire de bas.

Conquérants dans l'âme, les fourbes séducteurs

affûtent leur lame, leurs crocs de prédateurs.

Plus le trophée s'ennuie, moins ils veulent jouir.

Plus le gibier s'enfuit, plus ils aiment courir.

Ces chasseurs ont besoin de gagner du terrain,

de tirer dans le foin et de casser des reins.

Besoin de nouveaux buts, de nouveaux objectifs.

Si l'action est en rut, leur ego est sportif.

Le challenge est donné : arriver à ses fins.

Si vous leur pardonnez, vous ravivez leur faim.

C'est pour se rassurer dans leur virilité,

qu'ils veulent assurer dans la sensualité.

Pour leur faire la cour, il suffit de tailler.

Si vous parlez d'amour, ils viendront à bâiller.

N'ouvrez pas votre cœur quand il suffit d'ouvrir

vos jambes, le shaker, pour mieux les découvrir.

On ne les garde au pieu jamais qu'en se couchant.

Ce constat à mes yeux, sait les rendre touchants.

Prévisibles, menteurs, volages, inconstants,

lâches, mauvais acteurs, puérils, inconsistants ...

Je peux vous en parler pour être l'un des leurs.

Je les ai emballés. Ils ne me font pas peur.

Je lis tout sur leur front, dans leurs yeux et leur look.

Entre eux et moi l'affront est un combat de boucs.

Je les connais par cœur, pour me connaître un peu,

avoir été vainqueur des duels et du feu,

pour avoir survécu aux regrets assassins

et pour avoir vaincu plus de cent fantassins.

Je fais bouillir leur sang, fais pourrir le terreau.

Je provoque les rangs, nargue les généraux ...

De leurs propres armes, je me sers volontiers.

J'occulte les larmes, tire à coups de mortier.

Je prends et je jette. Je séduis et m'en vais.

Ivre de conquêtes, je me suis fait mauvais.

Cruel et sans pitié, je hisse mon drapeau.

Pour eux, pas de quartier. C'est pour sauver ma peau.

L'adversaire est peureux. Il fait honte à son dieu.

Si je tombe amoureux, je dois me faire odieux.

Quand l'émoi s'attarde : si je flanche, je meurs.

Si j'ouvre ma garde ... il me touche en plein cœur.

Je dois parer les coups, être sourd au bagou,

savoir tordre le cou, attiser mon dégoût.

Je me suis emmuré, et construit mon armure !

Tous les mots susurrés ne sont que vils murmures.

Je ris quand on me dit qu'on m'aime à la folie.

J'adore et je maudis celui qui vient au lit.

Je refoule mes vœux, comme ma jalousie.

Il n'y aura pas d'aveux dans l'eau du jacuzzi.

Si je me sens fléchir, je me ferai violence.

Je saurai réfléchir, feindre l'indifférence.

Dans ma vie désertée, je reste si je pars.

Sur l'honneur, la fierté, j'ai bâti mes remparts.

J'ai battu mes phobies, tué le sentiment,

pour être sans habits, le meilleur des amants.

Les anguilles et le vent seront mes seuls modèles.

Je tromperai avant qu'on me soit infidèle.

Si l'amour, et le vrai !... vient me toucher de près,

je lui résisterai pour qu'il me courre après.

Si je lui donne tout, il m'abandonnera.

J'ai vu le piège à loup. Mais ils ne m'auront pas.

J'ai appris du passé. Il m'a fait libertin.

J'ai pris goût aux tracés, à l'esprit florentins.

Ma rage m'a plombé, blindé au cours des nuits.

Je ne suis pas tombé de la dernière pluie.

Mon chemin dans les bois n'est pas blanc comme neige.

Les hommes ont fait de moi le plus fin des stratèges.

J'ai beau être à jamais, le roi du bras de fer,

si je n'ai pas aimé, que je brûle en Enfer !

Bien souvent j'ai perdu mon cœur dans la victoire.

J'ai pleuré éperdu, des succès illusoires,

où pour sortir debout, j'ai tué mon amour.

J'ai noyé dans la boue les meilleurs troubadours.

Le bonheur éludé, j'ai brisé des cabots,

étouffant, décidé, les espoirs les plus beaux.

Tous ces garçons chéris, je les ai humiliés.

Bannis les égéries, les atouts, les alliés.

Je connais les regrets. Ils m'escortent toujours.

Il n'y a pas de progrès quand on saute son tour.

Sur les cendres du front, je contemple ma vie.

J'ai gardé quelques noms, des aveux, des avis,

et tout l'amour en moi que je n'ai pas servi.

Tout file entre les doigts. Et l'orgueil a sévi.

 

 

Philippe LATGER 2002

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Le soleil en moi

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Pour toi qui es parti à l'autre bout du monde,

le soleil est sorti, pour que la glace fonde.

Le feu du sentiment ne craint pas la distance.

En moi voici l'amant qui entre en résistance.

J'ai hissé sur mon toit le pli de ton drapeau.

J'ai gardé avec moi la chaleur de ta peau.

Tu as pris cet avion pour monter à cheval,

assouvir ta passion, ce rôle médiéval,

pour tourner au Québec et gagner du terrain.

Tu vois, mes yeux sont secs et mon cœur est serein.

Bien sûr, tu n'es pas là. Je te cherche partout.

Bien sûr, tu es là-bas. Mais je t'ai à mon cou.

A mon sang, à mon corps, reste ton empreinte.

Sur la corde et l'accord, vibrent nos étreintes.

Si mon lit est trop grand, j'ai toujours ton parfum :

il est gravé dedans, loin des vices défunts.

Je ne croirai jamais au bonheur défendu.

Je t'ai toujours aimé, et toujours attendu.

Feu la Plaza Real. Barcelone est quittée.

Tu es à Montréal, cette étrange cité,

où j'ai laissé de moi, des pans de mon passé

et des frères siamois, des espoirs fracassés.

Tu es sur ce rocher impassible aux torrents,

qui est resté couché sur l'eau du St-Laurent,

sur lequel il neigeait des besoins, des envies,

qui a su me protéger des foudres de la vie.

Sur mes terres tu es, mes arpents de coton,

sous le bleu des nuées et le jazz de Boston.

L'été vient à poindre. Mon amour impuni.

Je veux vous rejoindre. Toi et ma ville unis.

Je sais que je viendrai à l'aube vous surprendre.

Ce que j'ai pris de vrai, j'accourrai vous le rendre.

Déjà, je tressaille. Accélérer le temps.

Doubles retrouvailles. Au Diable le Printemps !

Si j'ai su ramener un peu de Montréal

sur la mer surmenée, comme un enfant loyal,

dans mes cartons crevés et de pleines valises

de souvenirs rêvés, de vœux qu'on réalise,

à la case départ, à ma terre natale,

c'est qu'il n'y a pas d'écarts entre les eaux vitales.

Montréal est en moi, où que je sois au monde,

envahissant l'endroit, jusqu'aux brèches profondes.

De la même façon, tu m'habites toujours.

L'objet de ma passion est à l'ordre du jour.

Mon corps est irisé de tes propres couleurs.

Tu m'as vampirisé, sans mal et sans douleurs.

Tu es le grain de l'air qui roule avec aisance.

Dans ma fibre et ma chair, je ressens ta présence.

Je suis tout plein de toi. Ton image m'inonde.

Le soleil est en moi... A dans quelques secondes !

 

Philippe LATGER
Mai 2002 à Perpignan

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Cause à effets

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Ce n'est pas de vieillir qui me cause souci
mais de ne plus bouillir sous tes mains adoucies.
La rousseur de ton front, la chaleur de tes yeux,
m'irradient au profond de mes rires anxieux.

Ce n'est pas de mourir qui me cause du tort,
de voir ma chair pourrir quand ma bouche se tord,
ni la voie écrémée du temps qu'on découdrait,
mais de ne plus t'aimer comme je le voudrais.

Ce n'est pas le poison qui me cause la nuit,
à travers mes cloisons, le pire des ennuis.
J'ai noyé le poisson, mes bateaux sabotés.
J'ai vomi la boisson, le prix de la beauté.

Ce n'est pas le passé qui me cause à effets.
Les affaires classées. Ce qui est fait est fait.
La vieillesse est un jeu. Un coup sempiternel.
Tu es mon seul enjeu, enjoué, éternel.

Ce n'est pas de faner qui me cause tourment,
pleurer sur les années où j'étais jeune amant,
mais de ne plus pouvoir être encore le tien,
de ne plus t'émouvoir et de n'être plus rien.

Ce n'est pas de croupir qui me cause folie.
La Mort peut s'accroupir dans le creux de mon lit.
Sur mon corps atrophié, elle peut faucher des mois.
Je veux bien la défier si tu restes avec moi.

Ce n'est pas le miroir qui me cause ce soir,
ce teint de désespoir qui reflète le noir
de mon âme blessée, ma vie rasée de près,
les images tressées de l'avant et l'après.

Réfléchie dans le vent, ma jeunesse pendue,
me rattrape souvent, à mon cou suspendue.
Que m'importe le temps si tu dois l'arrêter.
Je payerai content, le rendu, le prêté.

Ce n'est pas de souffrir qui me cause tracas.
La terre peut s'ouvrir dans d'horribles fracas.
Je veux juste t'avoir et être à la hauteur.
Peur de ne pas savoir, d'enrayer le moteur.

Je ne crains pas le pli de ma peau décatie,
ni l'acte inaccompli, l'oubli de l'empathie.
Empâté à loisir, saurai-je alors vraiment
suffire à tes désirs et être un bon amant ?

Voudras-tu me cueillir avec tes doigts de fée ?
Ce n'est pas de vieillir qui me cause en effet,
la pire des frayeurs, le pire des soucis,
le pire et le meilleur, quand tout sent le roussi.

Ce n'est pas d'oublier qui me cause folie,
le grain du sablier, récolté dans mon lit,
les problèmes semés, l'amour les résoudrait,
mais de ne plus t'aimer comme je le voudrais.

Ce n'est pas de mourir qui me cause à effets
la peur de voir courir les aiguilles griffées
sur mon fil entamé, la vie en découdrait,
mais de ne plus t'aimer comme tu le voudrais.

 

Philippe LATGER 2002

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