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Cause à effets

Publié le

Ce n'est pas de vieillir qui me cause souci
mais de ne plus bouillir sous tes mains adoucies.
La rousseur de ton front, la chaleur de tes yeux,
m'irradient au profond de mes rires anxieux.

Ce n'est pas de mourir qui me cause du tort,
de voir ma chair pourrir quand ma bouche se tord,
ni la voie écrémée du temps qu'on découdrait,
mais de ne plus t'aimer comme je le voudrais.

Ce n'est pas le poison qui me cause la nuit,
à travers mes cloisons, le pire des ennuis.
J'ai noyé le poisson, mes bateaux sabotés.
J'ai vomi la boisson, le prix de la beauté.

Ce n'est pas le passé qui me cause à effets.
Les affaires classées. Ce qui est fait est fait.
La vieillesse est un jeu. Un coup sempiternel.
Tu es mon seul enjeu, enjoué, éternel.

Ce n'est pas de faner qui me cause tourment,
pleurer sur les années où j'étais jeune amant,
mais de ne plus pouvoir être encore le tien,
de ne plus t'émouvoir et de n'être plus rien.

Ce n'est pas de croupir qui me cause folie.
La Mort peut s'accroupir dans le creux de mon lit.
Sur mon corps atrophié, elle peut faucher des mois.
Je veux bien la défier si tu restes avec moi.

Ce n'est pas le miroir qui me cause ce soir,
ce teint de désespoir qui reflète le noir
de mon âme blessée, ma vie rasée de près,
les images tressées de l'avant et l'après.

Réfléchie dans le vent, ma jeunesse pendue,
me rattrape souvent, à mon cou suspendue.
Que m'importe le temps si tu dois l'arrêter.
Je payerai content, le rendu, le prêté.

Ce n'est pas de souffrir qui me cause tracas.
La terre peut s'ouvrir dans d'horribles fracas.
Je veux juste t'avoir et être à la hauteur.
Peur de ne pas savoir, d'enrayer le moteur.

Je ne crains pas le pli de ma peau décatie,
ni l'acte inaccompli, l'oubli de l'empathie.
Empâté à loisir, saurai-je alors vraiment
suffire à tes désirs et être un bon amant ?

Voudras-tu me cueillir avec tes doigts de fée ?
Ce n'est pas de vieillir qui me cause en effet,
la pire des frayeurs, le pire des soucis,
le pire et le meilleur, quand tout sent le roussi.

Ce n'est pas d'oublier qui me cause folie,
le grain du sablier, récolté dans mon lit,
les problèmes semés, l'amour les résoudrait,
mais de ne plus t'aimer comme je le voudrais.

Ce n'est pas de mourir qui me cause à effets
la peur de voir courir les aiguilles griffées
sur mon fil entamé, la vie en découdrait,
mais de ne plus t'aimer comme tu le voudrais.

 

Philippe LATGER 2002

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