Enfin libres
L'éblouissement. A ta bouche. A ton souffle. A ton âme.
A tes regards qui me sortent par les yeux. Enflamment le pigment.
A mes mains faites pour ta nuque. A tes ongles dans ma peau.
A tes cils qui m'éventent. A tes larmes à mes lèvres.
A ton bras replié sur mes hanches. A tes hanches qui s'évasent.
Tes chevaux qui s'évadent. A mon cœur qui s'évide.
A nos vases communicants. A nos fleurs solitaires.
Et nos peurs de disparaître dans l'autre.
A tes veines qui palpitent. A ta fièvre qui bourdonne.
A mes tempes qui résonnent. A mon pouls qui s'emballe.
Tes cheveux tourbillonnent comme volutes en spirales.
A tes jambes à mon cou. A mon sexe captif.
Et le désir de se dissoudre dans l'autre.
Au sourire au menton. A la langue à l'oreille.
Aux rouleaux d'océans. A l'écume, aux embruns.
A tes doigts innocents. A mes orgues, à tes cordes.
A nos chœurs consacrés. A ton nom. Ton parfum.
A ta voix qui se fraye. Aux chemins infinis.
Aux arènes encerclées. A mes taureaux exsangues.
Aux plaisirs volatiles. Sur le bout de ma langue.
Mille odeurs de paresse. De lumières en brasiers.
Et nos peurs d'exister ou d'apparaître à l'autre.
Aux étreintes invisibles. Aux liens inaliénables.
A tes cils qui m'inventent. Mes iris qui te créent.
Mes vœux qui t'imaginent. Et nos élans secrets.
Aux sécrétions tactiles. Aux substances de mort.
Aux appels érectiles. Horizons et aurores.
Plus beaux que la réalité.
Je n'avais pas vécu. Je n'avais pas été.
Moi qui craignais de me fondre. De me perdre.
J'existe enfin pour exister à tes yeux qui me fixent.
Qui me clouent au plafond. Qui crèvent l'édredon.
En une pluie de plumes. A nos corps qui écument.
Et tu sais être en vie. Et je sais être en manque.
Tu es la condition. Quand je suis le problème.
A tes pas qui s'en vont. A ton rire qui s'éloigne.
A ton dos qui se tourne. Et la porte emportée.
En orages qui souffrent. Du phosphore et la foudre.
Et la noirceur superbe qui révèle l'empreinte.
De silence et d'oubli. D'un espace sans toi.
Qui m'aspire et m'abîme. Me fustige et m'éreinte.
La chaleur de ton ventre où j'aurais, endormi,
rêvé d'être à nouveau, au plus près de moi-même,
au plus profond de toi, déshabillé du temps,
de mirages ou de pièges, face à face, en dedans,
au plus vrai que l'on puisse. L'histoire est suspendue.
Les rivières immobiles. Et l'Eden s'est perdu.
Narcisse veut son miroir. Mais il a ton image.
La plus belle de toutes. Un échange est possible.
A tes doutes touchants. A mes vagues d'angoisse.
A nos mers agitées, nos torrents qui affluent,
dont le fleuve a besoin, dont le ciel se nourrit,
à nos pluies de baisers, l'hydratation vitale.
Retrouvailles solaires. Tout s'arrête ou reprend.
A ta bouche. A ton souffle. A ton âme.
Enfin libres.
Philippe LATGER
Novembre 2009 à Paris
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