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Cinq ans

Publié le

J'ai coupé le buis,
coupé les orties.
Cinq ans aujourd'hui
que tu es partie.
J'ai coupé le bois,
taillé ma rancœur.
J'ai toujours ta voix
au fond de mon cœur.
Je vais relooker
ton caveau tanné.
J'ai fait un bouquet
de regrets fanés.
Les roses mordues
me font enrager.
Les ronces tordues
ont tout saccagé.
J'ai aimé la pluie.
Première sortie.
Cinq ans aujourd'hui
que tu es partie.
Maudit le soleil
qui tourne sans toi.
Béni le sommeil
qui veille sur moi.
J'ai gardé tes yeux
dans mes yeux jaloux.
J'ai pendu leur dieu
autour de mon cou.
J'ai gardé la soie,
le bruit des talons.
Je cherche tes doigts
dans mes cheveux longs.
Dans mon cœur la nuit
n'est plus un souci.
Cinq ans aujourd'hui
que tu es ici.

 

Philippe LATGER
Février 2002 à Toulouse

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Mea Culpa

Publié le

Je ne veux pas te nier, ou te faire souffrir,

te jeter au panier, laisser la fin s'ouvrir.

Je ne veux pas partir, rendre le tablier,

subir tous les martyres, ni même t'oublier.

Pardonne-moi, mon cœur, si j'ai perdu le fil.

Il n'y a pas de rancœur. Mon furetage est vil.

Je m'inquiète de tout, et j'ai honte de moi.

Je vois le mal partout, y compris dans mes doigts.

Tu m'as tant apporté, d'amour et d'émotions,

que j'ai dû reporter mon autodestruction.

Tu m'as sauvé la vie, tu me sauves de tout.

Mon angoisse a sévi, je suis devenu fou.

Ne tiens pas compte ici de mes égarements.

Je veux aimer aussi et rester ton amant.

Je devrais mieux mâcher avant de digérer.

J'ai peur de tout gâcher, de pas savoir gérer.

Des vagues de questions ont déferlé sur moi.

Aucune déviation ne cache mon émoi.

Sais-tu si de mes peurs, je serai acquitté ?

Même dans mes torpeurs, je ne peux te quitter.

 

Philippe LATGER
Janvier 2002 à Toulouse

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Le fils prodigue

Publié le

Il a perdu sa mère et des amours polies.

Il a pleuré la mer, invoqué la folie.

Du destin affranchi, il dénoua les liens.

L'Atlantique franchie, il regretta les siens.

A New York arrivé, de Montréal parti,

se laissant dériver, pour le temps imparti,

il cherchait le ressort de son propre destin.

Il maudissait le sort, le vin de ses festins.

Des liasses de dollars laissées sur les comptoirs,

crachées comme mollards lâchés sur le trottoir,

son verre remplissaient, d'alcool et de désirs.

Il buvait puis pissait sa honte du plaisir.

L'ivresse et l'abandon étaient son quotidien,

vomissant le pardon sous d'autres méridiens.

Les escortes payées pour ébranler son lit,

les amants balayés, noyés dans sa chienlit,

les rares prétendants, les amoureux transis,

ont tous été perdants de Brooklyn à Chelsea.

Il a traqué l'espoir dans les aéroports,

vanté le désespoir comme ultime support,

source de création et de bonheur tordu,

cour de récréation pour une âme perdue.

Il a cherché l'issue, limousine ou taxi,

la cinquième avenue, son avenir occis.

Il a cherché la mort, le soir, ivre au volant,

les limites du corps, le cœur sanguinolent.

Voulant payer le prix, mais sans gagner sa vie,

il but avec mépris tout le butin ravi,

dépensa sans compter, ni compter sur personne,

ce dans tout le comté, et jusqu'à Barcelone.

 

De son bonheur tari il paraissait comblé.

Il revint à Paris fauché comme les blés.

Il avait tout fumé, tout pris, tout embrassé,

tout brûlé, consommé, tout vu et tout brassé.

Il ne reconnaissait ce qu'il avait osé.

Toute sa vie passée lui donnait la nausée.

On le croyait fini. Il se pensait mauvais.

On le croyait puni. Il se savait sauvé.

Ces impasses voulues, empruntées de surcroît,

furent pour lui, moulu, tout un chemin de croix.

Lavé de ses péchés, il parvint à genoux,

à venir se cacher, dans ses terres, chez nous.

Nous l'avons accueilli, un peu embarrassés.

Il m'a semblé vieilli. Il m'a vu terrassé.

Nous avons fait pour lui ce que nous avons pu.

Il est resté la nuit, guérir sa vie rompue.

Son cynisme brisé vint à s'évaporer

sous le soleil grisé de sa mer adorée :

la fin de la tempête et le ciel pur d'après.

Il redressa la tête et son cœur était prêt.

C'est alors qu'est venu, un ange bienveillant.

Un souffle contenu. Un sourire saillant.

Pas de mauvais bagou, mais de l'effervescence !

Il a repris le goût, il a trouvé le sens.

Ce regard averti a fait fondre sa glace.

Cet amour l'investit et le remplit de grâce.

Son cœur comme fusée, explosa sous mon nez.

Tout le parcours usé, au but l'avait mené.

Au Diable le passé, l'errance et les impasses !

Il faut, j'en sais assez, que jeunesse se passe.

 

Philippe LATGER
Janvier 2002 à Toulouse

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Minuit chrétien

Publié le

Je déteste Noël, ses bénédicités.
Le jour consensuel et sa publicité.
Charité et BA. Offrir en monnayant.
Le sourire béat, bien pensant, bienveillant.
Les chœurs à l'unisson et la course aux gros lots.
Les débiles chansons. Les cloches, les grelots.
Les enfants sont des rois, couverts de bons baisers.
Ils sont d'abord des proies, si papa est aisé.
Naïfs, émerveillés par les décorations
de galeries souillées par la consommation.
De gros saint-nicolas viendront courir vers eux,
donner du chocolat, en rabatteurs véreux.
La foire aux racketteurs qui fourguent leurs laitues.
Marché aux imposteurs, tout de rouge vêtus.
Le jour consensuel ? L'innommable hérésie !
La magie de Noël, c'est cette frénésie
à consommer surtout, ici plus que jamais !
On s'excite partout comme des affamés.
Il faut tout acheter, du caviar aux cadeaux.
L'horreur décachetée. Et le Christ a bon dos.
Méprisable alchimie du prix de l'affectif.
Abjecte boulimie. Délire collectif.
Cette abomination est à son paroxysme.
Par contamination, peu importe le schisme,
si plutôt que Jésus, le Diable nous fêtons.
Vive le dieu Prisu ! La foi est en béton.
C'est un nouveau veau d'or que nous adorerons.
Nabuchodonosors ! Nous nous enivrerons.
S'il y a des sans-abris, qu'on leur donne des sous !
Ils auront à bas prix des cadeaux comme nous !
Qu'ils consomment aussi et qu'ils soient de la fête !
Noël se fête ainsi ! Tout se vend et s'achète.
Toujours plus de jouets ! Champagne et chocolats.
Le bonheur est loué. L'argent est au-delà.
Des paquets arrachés. Des chariots renversés.
Dans les supermarchés, des foules déversées.
A coups de Jingle Bell, au rythme cautionné,
nous célébrons Noël, partout conditionnés.
S'il y a des miséreux, qu'on donne des oranges !
Il faut pour être heureux, que rien ne nous dérange.

 

Philippe LATGER
Décembre 2001 à Toulouse

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Sept lunes

Publié le

Je n'ai plus de folies. Et je n'ai plus de thunes.
J'ai ouvert grand mon lit pour la septième lune.
Seul mon amour est fou. Je n'ai pas d'autres camps.
Si je ne sais pas où, si je ne sais pas quand,
je sais bien que c'est toi. Je sais bien que c'est nous.
Je le sens dans mes doigts. Je le veux à genoux.
Je n'ai plus de folies. Seul mon cœur m'importune.
Tout le ciel a pâli sous la septième lune.
Si je n'ai plus d'argent, plus riche que jamais,
je regarde les gens et je sais que j'aimais,
que j'aimerai demain et que j'aime aujourd'hui.
Je le vois dans mes mains. Je le lis dans la nuit.
Je n'ai plus de raison, je n'ai plus de fortune.
Je n'ai que ta maison dans la septième lune.
J'ai perdu ma rancœur, le venin, le poison.
Tu me donnes du cœur, éventres mes prisons.
Six mois miraculeux ou un conte de fées.
Le visage anguleux. Un lien plus-que-parfait.
Je n'ai plus un euro, je n'ai plus une thune.
J'ai trouvé le héros sur la septième lune.
Fauché comme les blés, le blé, je l'ai planté,
je me suis attablé aux rêves supplantés,
au désir harponneur. L'argent sent le moisi.
Du fric ou du bonheur, c'est toi que j'ai choisie.
Si j'avais tout perdu, j'ai trouvé ma fortune :
c'est toi qu'on m'a rendue sous la première lune.
Mes yeux reconnaissants l'ont reconnu à temps.
De cerceaux en croissants, l'astre est un cœur battant.
Sur mon œil imprimé, il éclaire les dunes.
Je vais tout arrimer à ma septième lune.



Philippe LATGER
Décembre 2001 à Toulouse

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Valeur ajoutée

Publié le

Rien ne vaut d'être aimé, adulé et chéri.
Que veut dire jamais quand le cœur est guéri ?
Coups de cœur ou coups bas, je n'en regrette aucun.
Rien ne vaut ici-bas de trembler pour quelqu'un.
Chair de poule soudain, quand j'entends son prénom.
C'est un coup de gourdin, pour un oui, pour un non.
C'est un coup de couteau, la foudre sur mon cœur.
Si l'amour est costaud, on est toujours vainqueur.
Je n'ai plus peur de rien. Rien à perdre à présent,
si ce n'est son soutien et mon désir cuisant.
Je lui donnerai tout, toujours, et sans compter,
mon énergie à bout, ma ferveur éhontée.
Rien ne vaut d'embrasser le bonheur sur la bouche,
ne pas s'embarrasser du peignoir sous la douche.
Sans avoir à punir tous ceux de ma tribu,
je peux me démunir de tous mes attributs,
oublier mon passé, ce qui faisait de moi
un homme compassé, mes valeurs et ma foi.
L'amour a dénoué le bandeau sur mes yeux.
Il a su déjouer notre sort insidieux.
Je m'envoûte aux parfums du jasmin, du henné.
Se lier à quelqu'un, ce n'est pas s'aliéner.
C'est reprendre ses droits, trouver sa liberté,
le pouvoir d'être soi, recouvrer sa fierté.
Au-delà des tabous, je vais contre le vent
qui me maintient debout, sait me rendre vivant.
Rien ne vaut la chaleur de ses épaules nues.
Je me ris du malheur, des angoisses connues.
Je me fous du savoir, du succès ou des cieux.
Rien ne vaut de valoir quelque chose à ses yeux.



Philippe LATGER
Décembre 2001 à Toulouse

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Ailleurs

Publié le

Emmène-moi ailleurs, sans attendre la nuit,
dans un monde meilleur où l'on rit de l'ennui.
Mène-moi loin d'ici pour aller droit devant,
sur ton tapis, assis, volant vers le levant.
Dans le vent emportés, sur tes nuages clairs
par le feu escortés, au-dessus des éclairs,
nous saurons affronter l'orage et le désert,
le tonnerre effronté, le vertige des airs.
Emmène-moi là-bas, au-delà des forêts,
des feuilles de tabac, des sapins décorés,
loin des champs de coton, des plaines calcinées,
des troupeaux de moutons, des villes dessinées,
des arbres décimés, des plages mazoutées,
du sang millésimé dans nos veines shootées.
Emporte-moi au loin, dans ces pays lointains
où l'on dort dans le foin jusqu'au petit matin.
Je veux voir le soleil, un océan d'oiseaux,
une lune en vermeil jouer dans les roseaux.
Emmène-moi courir sur la terre adoptée
où je pourrai nourrir des chevaux indomptés,
ce paradis secret où l'on est courageux,
où le sel est sucré, où l'amour est un jeu.
Peux-tu lever les fers d'une vie insultée,
pour aller voir la mer, et rire et exulter !
Mes valises levées seront vites bouclées.
De ton monde rêvé je veux avoir la clé.
Emmène-moi danser dans ta salle de bal.
Devenir fiancés en un rite tribal.
Je veux toucher le ciel, fouiller tous les envers.
Je veux goûter au miel de tous tes univers.
Je veux fuir les hivers, et les cirques glacés,
pour fondre tous mes vers au feu de mon passé.
Emmène-moi direct à la case printemps,
loin des regrets abjects et des affres du temps.
La neige c'est de l'eau. Le vent c'est des pensées.
La flamme est un halo que je veux dépenser.
Avec toi je vivrai, toujours de port en port,
et mon corps délivré sera ton passeport.
Je pourrai tout brûler, sauf mon désir pour toi :
ce goût acidulé me brûlera à moi.
Nous trouverons de l'or et des îles à tribord.
Tes yeux seront alors mon seul journal de bord.
Nous irons convoler en terres enchantées.
Emmène-moi voler sur des landes hantées,
dans les sombres manoirs, les superbes palais.
Nous irons nous asseoir sur des bancs de galets.
Nous roulerons nos corps dans les herbes et les prés.
Et si tu es d'accord, mon paquetage est prêt.
Emmène-moi ailleurs, peu importe l'endroit,
au pire ou au meilleur, car mon ailleurs c'est toi.



Philippe LATGER
Décembre 2001 à Toulouse

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Une voix

Publié le

Ta voix au téléphone, résonne, et m'électrise,
et sur l'électrophone, faisait ses vocalises.
Je l'ai gardée au fond de mon oreille émue.
Elle s'enroule au plafond et, dans ma chambre, elle mue.
C'est dans mon vestibule qu'elle pose son manteau,
monte comme une bulle et heurte le marteau.
J'ouvre mon pavillon, tous mes conduits pimpants,
pour que le tourbillon balaye mes tympans.
Ta voix est invitée à mes soirées de bal.
Dans mon intimité, la trompe d'Hannibal.
Et dans celle d'Eustache, glisse ton doux phrasé,
puis se tend, se relâche, avant de s'écraser.
De ces microsillons jaillissait ta chaleur,
comme un grand papillon allant de fleur en fleur.
Ce vent sur tous les tons, entrait dans mon séjour.
Sopranes et barytons se répondent toujours.
Je me nourris aussi de nos conversations,
l'échange radouci des communications.
Jouissive sonnerie d'un appel attendu.
Je tremble et je souris, à l'appareil pendu.
Je sens sous ton profil, le souffle au combiné,
qui vibre au bout du fil qui m'a embobiné.
Je te sens dans mon poing, toi et tes dérivés.
Ta voix part de si loin pour au cœur arriver.
Elle a su se frayer un chemin souterrain
sous le disque rayé de mon âme d'airain.
Elle creusait un sentier, dégageait une voie
dans mon corps tout entier où elle se fourvoie.
Tes airs, à l'unisson, au-delà des déserts,
me donnent le frisson, font bouillir mes geysers.
Je percevais tes ondes, aux sirènes pareilles.
De l'autre bout du monde, me venaient aux oreilles
la clameur d'une horde, le cri de ton organe,
ton instrument à cordes, ou le violon tzigane
qui s'accorde à mon corps, aux orgues de mon dieu.
Ta voix dans mon décor met de la poudre aux yeux.
Je l'aime à la radio comme dans l'écouteur,
sur une bande audio, lecteur ou projecteur ...
mais c'est sur l'oreiller que je voudrais l'entendre
pour être émerveillé et avoir su l'attendre.



Philippe LATGER
Novembre 2001 à Toulouse

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Air opportun

Publié le

Tes pieds nus laissent des traces sur la grève

que les vagues bleues effacent, comme en rêve.

Ton corps nu sort de l'océan, tout ruisselant.

Libres comme nos cœurs béants, étincelants,

brillant de mille gouttes d'eau sur notre peau,

nous scrutons le ciel, sur le dos, nos oripeaux.

Allongés sur le sable roux, nous sourions.

C'est la musique des cailloux et des grillons.

J'ai aimé ce paysage, cette saison,

le soleil sur mon visage, sans horizon.

Ma serviette pleine de sel, et de parfums,

claque au vent de notre archipel. Air opportun.

La chaleur a endormi nos corps insulaires.

Tu enduis tes abdominaux d'huile solaire.

Solitaires sont les coraux, toujours vainqueurs.

Je caresse tes pectoraux où bat ton cœur.

Si l'écume frissonne en moi, sur ton rocher,

la vague monte sous tes doigts pour t'approcher.

 

Le désir au soleil est influençable.

Tes pieds nus laissent des traces sur le sable.



Philippe LATGER
Novembre 2001 à Toulouse

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Tu peux vieillir

Publié le

Tu perdras peut-être tous tes cheveux d'ange.

Sur la peau le spectre d'écorces d'oranges.

Gencives amollies, les mains tachées, séchées.

L'odeur de la folie. Souvenirs éméchés.

Et tu perdras ton souffle. Tu perdras la mémoire.

Pieds nus dans tes pantoufles, regretteras la moire

de ta peau d'autrefois, l'éclat de ton visage,

la force de ta foi et de tous tes mirages.

Alors tu douteras, videras tes tiroirs,

et tu te voûteras, haïssant les miroirs,

un soupir éperdu sur le passé volé,

la jeunesse perdue et l'issue dévoilée.

La nostalgie sanglée, accrochée à tes doigts,

un sanglot étranglé dans ton filet de voix,

tu fermeras les yeux sur ton corps étranger,

sur des remords odieux qu'il ne faut déranger.

Plus de cordes à ton arc, tu maudiras le temps.

Balades dans le parc à rêver du printemps.

Tu perdras des amis avec sérénité,

doubleras les paris sur leur éternité.

Tu seras fier de toi, du parcours achevé,

tu seras fier de moi, resté à ton chevet.

Car je serai présent, toujours à tes côtés,

à recompter les ans de nos vies ligotées.

Ne crois pas me lasser par la fatalité

pour te débarrasser de ma fidélité.

La vieillesse viendra pour dégrader ton corps,

mais blotti sous tes draps, je t'aimerai encor.

Tu me rejetteras, piqué par le dégoût,

ne m'ouvrant plus les bras, jetant tout à l'égout,

me conjurant de fuir, d'aller vivre ma vie,

tanner un autre cuir et changer de parvis.

Je ne comprendrai pas ton horreur de toi-même,

et restant sur tes pas, tu sauras que je t'aime.

Je me prosternerai, dans une révérence,

je t'exaspérerai par ma persévérance.

Et regardant tes mains, tu chercheras le lien.

Je serai ton chemin quand il n'y aura plus rien.

Tu ne comprendras pas ce qui m'attirera

dans ce vieux scélérat que tu mépriseras.

Mais j'espère savoir te refléter toujours

ce que mon cœur sait voir briller sous l'abat-jour.

Ta peau peut se flétrir et tes joues se creuser,

l'orgueil peut te pétrir et l'ennui te peser,

tu resteras pour moi le prince de mes nuits,

et j'ôterai d'un doigt le poids de tes ennuis,

le poids de tes années et le poids de tes doutes.

Tu seras condamné à me barrer la route.

Mon cœur ouvert au vent, je t'ouvrirai le ciel.

Je te rendrai vivant, vainqueur et immortel,

te donnerai mon sang et mon souffle amoureux,

le plaisir indécent d'un baiser langoureux.

Nous serons détestés, par tous du doigt montrés.

Le temps s'est arrêté quand je t'ai rencontré.

Contre la loi des heures, je suis entré en guerre.

La jeunesse est un leurre, une illusion vulgaire.

Je ris de nos frayeurs de voir nos corps vieillir.

Je sais qu'il y a des fleurs qu'il nous reste à cueillir.

Tu vas te lamenter sur les photos jaunies

célébrant ta beauté d'une époque honnie,

où ta force insultait le commun des mortels.

Ta lumière exultait de ton charme pluriel.

Tu avais du succès, et le monde à tes pieds.

Tu vivais de luxe et de fortune en papier,

tu tutoyais les anges, des langues dénouées,

drapé de leurs louanges, de bravos dévoués.

La gloire du passé, à ta fougue liée,

s'est lancée puis cassée sur tes rides pliées.

Pourquoi l'âge nier, sur cet affreux damier,

pour être le dernier de ces jeunes premiers ?

Tu es fort de ce don, de ce vécu fastueux.

Ajoute le pardon à ce que nous fait Dieu.

Tu sors en grand seigneur de ta magnificence,

avec tous les honneurs, notre reconnaissance.

Alors ne pleure pas sur ces jeunes années.

La vie a pris le pas. Nous sommes tous damnés.

Tu te noyais dans tes nabuchodonosors.

Ton masque de santé cachait ton vrai trésor.

Tu te perdais tout seul dans un flot d'illusions.

Ton image linceul voilait la profusion

de tant de grandeurs d'âme, de tes vraies qualités.

Quand sous ton aspartame dort un sucre fruité.

L'existence époussette ce traître de miroir,

le torrent de paillettes qui empêchaient de voir

une beauté profonde, tout ce que j'aime en toi.

Et que la glace fonde pour qu'enfin on te voie !

Tu peux vieillir mon cher, en souriant du passé !

Quant au goût de ta chair, je saurai l'embrasser.

Il gardera pour moi d'absolues voluptés.

Le monde peut rougir, nous blâmer, éructer.

J'aime l'enfant en toi et sa curiosité.

Garde-moi sous ton toit. Prends-moi sans hésiter.

Car pour tous ceux qui t'aiment, tu seras jeune et beau,

et puis, dans mes poèmes, un mythe à la Garbo.

Il y a sous cet acteur, un beau petit garçon,

et sous le séducteur, un ange à sa façon.

Au-delà de tes murs, il y a des yeux surpris.

C'est de cet esprit pur que je me suis épris.

L'amour tue le trépas et transcende le sang.

L'esprit ne vieillit pas. Le temps est impuissant.



Philippe LATGER
Novembre 2001 à Toulouse 

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