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Sept lunes

Publié le

Je n'ai plus de folies. Et je n'ai plus de thunes.
J'ai ouvert grand mon lit pour la septième lune.
Seul mon amour est fou. Je n'ai pas d'autres camps.
Si je ne sais pas où, si je ne sais pas quand,
je sais bien que c'est toi. Je sais bien que c'est nous.
Je le sens dans mes doigts. Je le veux à genoux.
Je n'ai plus de folies. Seul mon cœur m'importune.
Tout le ciel a pâli sous la septième lune.
Si je n'ai plus d'argent, plus riche que jamais,
je regarde les gens et je sais que j'aimais,
que j'aimerai demain et que j'aime aujourd'hui.
Je le vois dans mes mains. Je le lis dans la nuit.
Je n'ai plus de raison, je n'ai plus de fortune.
Je n'ai que ta maison dans la septième lune.
J'ai perdu ma rancœur, le venin, le poison.
Tu me donnes du cœur, éventres mes prisons.
Six mois miraculeux ou un conte de fées.
Le visage anguleux. Un lien plus-que-parfait.
Je n'ai plus un euro, je n'ai plus une thune.
J'ai trouvé le héros sur la septième lune.
Fauché comme les blés, le blé, je l'ai planté,
je me suis attablé aux rêves supplantés,
au désir harponneur. L'argent sent le moisi.
Du fric ou du bonheur, c'est toi que j'ai choisie.
Si j'avais tout perdu, j'ai trouvé ma fortune :
c'est toi qu'on m'a rendue sous la première lune.
Mes yeux reconnaissants l'ont reconnu à temps.
De cerceaux en croissants, l'astre est un cœur battant.
Sur mon œil imprimé, il éclaire les dunes.
Je vais tout arrimer à ma septième lune.



Philippe LATGER
Décembre 2001 à Toulouse

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Valeur ajoutée

Publié le

Rien ne vaut d'être aimé, adulé et chéri.
Que veut dire jamais quand le cœur est guéri ?
Coups de cœur ou coups bas, je n'en regrette aucun.
Rien ne vaut ici-bas de trembler pour quelqu'un.
Chair de poule soudain, quand j'entends son prénom.
C'est un coup de gourdin, pour un oui, pour un non.
C'est un coup de couteau, la foudre sur mon cœur.
Si l'amour est costaud, on est toujours vainqueur.
Je n'ai plus peur de rien. Rien à perdre à présent,
si ce n'est son soutien et mon désir cuisant.
Je lui donnerai tout, toujours, et sans compter,
mon énergie à bout, ma ferveur éhontée.
Rien ne vaut d'embrasser le bonheur sur la bouche,
ne pas s'embarrasser du peignoir sous la douche.
Sans avoir à punir tous ceux de ma tribu,
je peux me démunir de tous mes attributs,
oublier mon passé, ce qui faisait de moi
un homme compassé, mes valeurs et ma foi.
L'amour a dénoué le bandeau sur mes yeux.
Il a su déjouer notre sort insidieux.
Je m'envoûte aux parfums du jasmin, du henné.
Se lier à quelqu'un, ce n'est pas s'aliéner.
C'est reprendre ses droits, trouver sa liberté,
le pouvoir d'être soi, recouvrer sa fierté.
Au-delà des tabous, je vais contre le vent
qui me maintient debout, sait me rendre vivant.
Rien ne vaut la chaleur de ses épaules nues.
Je me ris du malheur, des angoisses connues.
Je me fous du savoir, du succès ou des cieux.
Rien ne vaut de valoir quelque chose à ses yeux.



Philippe LATGER
Décembre 2001 à Toulouse

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Ailleurs

Publié le

Emmène-moi ailleurs, sans attendre la nuit,
dans un monde meilleur où l'on rit de l'ennui.
Mène-moi loin d'ici pour aller droit devant,
sur ton tapis, assis, volant vers le levant.
Dans le vent emportés, sur tes nuages clairs
par le feu escortés, au-dessus des éclairs,
nous saurons affronter l'orage et le désert,
le tonnerre effronté, le vertige des airs.
Emmène-moi là-bas, au-delà des forêts,
des feuilles de tabac, des sapins décorés,
loin des champs de coton, des plaines calcinées,
des troupeaux de moutons, des villes dessinées,
des arbres décimés, des plages mazoutées,
du sang millésimé dans nos veines shootées.
Emporte-moi au loin, dans ces pays lointains
où l'on dort dans le foin jusqu'au petit matin.
Je veux voir le soleil, un océan d'oiseaux,
une lune en vermeil jouer dans les roseaux.
Emmène-moi courir sur la terre adoptée
où je pourrai nourrir des chevaux indomptés,
ce paradis secret où l'on est courageux,
où le sel est sucré, où l'amour est un jeu.
Peux-tu lever les fers d'une vie insultée,
pour aller voir la mer, et rire et exulter !
Mes valises levées seront vites bouclées.
De ton monde rêvé je veux avoir la clé.
Emmène-moi danser dans ta salle de bal.
Devenir fiancés en un rite tribal.
Je veux toucher le ciel, fouiller tous les envers.
Je veux goûter au miel de tous tes univers.
Je veux fuir les hivers, et les cirques glacés,
pour fondre tous mes vers au feu de mon passé.
Emmène-moi direct à la case printemps,
loin des regrets abjects et des affres du temps.
La neige c'est de l'eau. Le vent c'est des pensées.
La flamme est un halo que je veux dépenser.
Avec toi je vivrai, toujours de port en port,
et mon corps délivré sera ton passeport.
Je pourrai tout brûler, sauf mon désir pour toi :
ce goût acidulé me brûlera à moi.
Nous trouverons de l'or et des îles à tribord.
Tes yeux seront alors mon seul journal de bord.
Nous irons convoler en terres enchantées.
Emmène-moi voler sur des landes hantées,
dans les sombres manoirs, les superbes palais.
Nous irons nous asseoir sur des bancs de galets.
Nous roulerons nos corps dans les herbes et les prés.
Et si tu es d'accord, mon paquetage est prêt.
Emmène-moi ailleurs, peu importe l'endroit,
au pire ou au meilleur, car mon ailleurs c'est toi.



Philippe LATGER
Décembre 2001 à Toulouse

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Une voix

Publié le

Ta voix au téléphone, résonne, et m'électrise,
et sur l'électrophone, faisait ses vocalises.
Je l'ai gardée au fond de mon oreille émue.
Elle s'enroule au plafond et, dans ma chambre, elle mue.
C'est dans mon vestibule qu'elle pose son manteau,
monte comme une bulle et heurte le marteau.
J'ouvre mon pavillon, tous mes conduits pimpants,
pour que le tourbillon balaye mes tympans.
Ta voix est invitée à mes soirées de bal.
Dans mon intimité, la trompe d'Hannibal.
Et dans celle d'Eustache, glisse ton doux phrasé,
puis se tend, se relâche, avant de s'écraser.
De ces microsillons jaillissait ta chaleur,
comme un grand papillon allant de fleur en fleur.
Ce vent sur tous les tons, entrait dans mon séjour.
Sopranes et barytons se répondent toujours.
Je me nourris aussi de nos conversations,
l'échange radouci des communications.
Jouissive sonnerie d'un appel attendu.
Je tremble et je souris, à l'appareil pendu.
Je sens sous ton profil, le souffle au combiné,
qui vibre au bout du fil qui m'a embobiné.
Je te sens dans mon poing, toi et tes dérivés.
Ta voix part de si loin pour au cœur arriver.
Elle a su se frayer un chemin souterrain
sous le disque rayé de mon âme d'airain.
Elle creusait un sentier, dégageait une voie
dans mon corps tout entier où elle se fourvoie.
Tes airs, à l'unisson, au-delà des déserts,
me donnent le frisson, font bouillir mes geysers.
Je percevais tes ondes, aux sirènes pareilles.
De l'autre bout du monde, me venaient aux oreilles
la clameur d'une horde, le cri de ton organe,
ton instrument à cordes, ou le violon tzigane
qui s'accorde à mon corps, aux orgues de mon dieu.
Ta voix dans mon décor met de la poudre aux yeux.
Je l'aime à la radio comme dans l'écouteur,
sur une bande audio, lecteur ou projecteur ...
mais c'est sur l'oreiller que je voudrais l'entendre
pour être émerveillé et avoir su l'attendre.



Philippe LATGER
Novembre 2001 à Toulouse

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Air opportun

Publié le

Tes pieds nus laissent des traces sur la grève

que les vagues bleues effacent, comme en rêve.

Ton corps nu sort de l'océan, tout ruisselant.

Libres comme nos cœurs béants, étincelants,

brillant de mille gouttes d'eau sur notre peau,

nous scrutons le ciel, sur le dos, nos oripeaux.

Allongés sur le sable roux, nous sourions.

C'est la musique des cailloux et des grillons.

J'ai aimé ce paysage, cette saison,

le soleil sur mon visage, sans horizon.

Ma serviette pleine de sel, et de parfums,

claque au vent de notre archipel. Air opportun.

La chaleur a endormi nos corps insulaires.

Tu enduis tes abdominaux d'huile solaire.

Solitaires sont les coraux, toujours vainqueurs.

Je caresse tes pectoraux où bat ton cœur.

Si l'écume frissonne en moi, sur ton rocher,

la vague monte sous tes doigts pour t'approcher.

 

Le désir au soleil est influençable.

Tes pieds nus laissent des traces sur le sable.



Philippe LATGER
Novembre 2001 à Toulouse

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Tu peux vieillir

Publié le

Tu perdras peut-être tous tes cheveux d'ange.

Sur la peau le spectre d'écorces d'oranges.

Gencives amollies, les mains tachées, séchées.

L'odeur de la folie. Souvenirs éméchés.

Et tu perdras ton souffle. Tu perdras la mémoire.

Pieds nus dans tes pantoufles, regretteras la moire

de ta peau d'autrefois, l'éclat de ton visage,

la force de ta foi et de tous tes mirages.

Alors tu douteras, videras tes tiroirs,

et tu te voûteras, haïssant les miroirs,

un soupir éperdu sur le passé volé,

la jeunesse perdue et l'issue dévoilée.

La nostalgie sanglée, accrochée à tes doigts,

un sanglot étranglé dans ton filet de voix,

tu fermeras les yeux sur ton corps étranger,

sur des remords odieux qu'il ne faut déranger.

Plus de cordes à ton arc, tu maudiras le temps.

Balades dans le parc à rêver du printemps.

Tu perdras des amis avec sérénité,

doubleras les paris sur leur éternité.

Tu seras fier de toi, du parcours achevé,

tu seras fier de moi, resté à ton chevet.

Car je serai présent, toujours à tes côtés,

à recompter les ans de nos vies ligotées.

Ne crois pas me lasser par la fatalité

pour te débarrasser de ma fidélité.

La vieillesse viendra pour dégrader ton corps,

mais blotti sous tes draps, je t'aimerai encor.

Tu me rejetteras, piqué par le dégoût,

ne m'ouvrant plus les bras, jetant tout à l'égout,

me conjurant de fuir, d'aller vivre ma vie,

tanner un autre cuir et changer de parvis.

Je ne comprendrai pas ton horreur de toi-même,

et restant sur tes pas, tu sauras que je t'aime.

Je me prosternerai, dans une révérence,

je t'exaspérerai par ma persévérance.

Et regardant tes mains, tu chercheras le lien.

Je serai ton chemin quand il n'y aura plus rien.

Tu ne comprendras pas ce qui m'attirera

dans ce vieux scélérat que tu mépriseras.

Mais j'espère savoir te refléter toujours

ce que mon cœur sait voir briller sous l'abat-jour.

Ta peau peut se flétrir et tes joues se creuser,

l'orgueil peut te pétrir et l'ennui te peser,

tu resteras pour moi le prince de mes nuits,

et j'ôterai d'un doigt le poids de tes ennuis,

le poids de tes années et le poids de tes doutes.

Tu seras condamné à me barrer la route.

Mon cœur ouvert au vent, je t'ouvrirai le ciel.

Je te rendrai vivant, vainqueur et immortel,

te donnerai mon sang et mon souffle amoureux,

le plaisir indécent d'un baiser langoureux.

Nous serons détestés, par tous du doigt montrés.

Le temps s'est arrêté quand je t'ai rencontré.

Contre la loi des heures, je suis entré en guerre.

La jeunesse est un leurre, une illusion vulgaire.

Je ris de nos frayeurs de voir nos corps vieillir.

Je sais qu'il y a des fleurs qu'il nous reste à cueillir.

Tu vas te lamenter sur les photos jaunies

célébrant ta beauté d'une époque honnie,

où ta force insultait le commun des mortels.

Ta lumière exultait de ton charme pluriel.

Tu avais du succès, et le monde à tes pieds.

Tu vivais de luxe et de fortune en papier,

tu tutoyais les anges, des langues dénouées,

drapé de leurs louanges, de bravos dévoués.

La gloire du passé, à ta fougue liée,

s'est lancée puis cassée sur tes rides pliées.

Pourquoi l'âge nier, sur cet affreux damier,

pour être le dernier de ces jeunes premiers ?

Tu es fort de ce don, de ce vécu fastueux.

Ajoute le pardon à ce que nous fait Dieu.

Tu sors en grand seigneur de ta magnificence,

avec tous les honneurs, notre reconnaissance.

Alors ne pleure pas sur ces jeunes années.

La vie a pris le pas. Nous sommes tous damnés.

Tu te noyais dans tes nabuchodonosors.

Ton masque de santé cachait ton vrai trésor.

Tu te perdais tout seul dans un flot d'illusions.

Ton image linceul voilait la profusion

de tant de grandeurs d'âme, de tes vraies qualités.

Quand sous ton aspartame dort un sucre fruité.

L'existence époussette ce traître de miroir,

le torrent de paillettes qui empêchaient de voir

une beauté profonde, tout ce que j'aime en toi.

Et que la glace fonde pour qu'enfin on te voie !

Tu peux vieillir mon cher, en souriant du passé !

Quant au goût de ta chair, je saurai l'embrasser.

Il gardera pour moi d'absolues voluptés.

Le monde peut rougir, nous blâmer, éructer.

J'aime l'enfant en toi et sa curiosité.

Garde-moi sous ton toit. Prends-moi sans hésiter.

Car pour tous ceux qui t'aiment, tu seras jeune et beau,

et puis, dans mes poèmes, un mythe à la Garbo.

Il y a sous cet acteur, un beau petit garçon,

et sous le séducteur, un ange à sa façon.

Au-delà de tes murs, il y a des yeux surpris.

C'est de cet esprit pur que je me suis épris.

L'amour tue le trépas et transcende le sang.

L'esprit ne vieillit pas. Le temps est impuissant.



Philippe LATGER
Novembre 2001 à Toulouse 

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Chaos et résurrection

Publié le

Le feu, depuis mon âme, dans mes bois descendit.
Et de mes champs en flammes, j'ai connu l'incendie.
Tout vint à crépiter, à noircir, à craquer.
Le vent précipitait mon bonheur détraqué.
Mes arbres calcinés, noyés dans la fumée.
Mes noyers décimés. Mes foyers allumés.
De troncs noueux, vrillés, quelques branches pendaient.
Les oiseaux s'enfuyaient, la mort se répandait.
Tout hurlait, éclatait, s'effondrait et sifflait.
Mes fourrés étouffaient. Mes sous-bois s'essoufflaient.
Des flancs du sang pissait, de charognes tordues.
La vie déguerpissait, à la nuque mordue.
Toute bête, au galop, cherchait à s'en sortir.

Affolé et ballot, j'hésitais à partir.
Et dans cette torpeur, j'ai perdu le berger.
La foudre avec fureur, foudroyait mon verger,

mes récoltes brûlait, mes troupeaux éventrait.
Dans l'air acidulé, l'horreur se concentrait.

Et moi, je titubais, tout seul, dans la tourmente,
dans ce feu qui gerbait une lie véhémente,
sa colère excitée, sa violence attisée,
dévastant ma cité, mon ciel électrisé.
Il fallait expirer, pour pouvoir respirer :
par mon souffle empirait le poison inspiré,
car c'était sur la braise que ma bouche soufflait.
Le cul entre deux chaises, le cou emmitouflé.
Je m'auto-asphyxiais. Je m'auto-suicidais.
Je buvais à l'excès la ciguë, décidé.
C'est moi seul qui avais flanqué le feu aux poudres.
Les mains je m'en lavais. Mais je dois en découdre.
Honte démaquillée. Le costume plié.
J'ai tout cassé, pillé, détruit et oublié.
Dans mon terreau fumant, le grain était méchant,
par ma peur inhumant mon futur alléchant.
Sur mon sol ravagé plut la consternation,
mon cœur endommagé et la désolation.
En terre absolument, il me fallait descendre
le corps de tes amants, cuisant là dans la cendre.
Dans ma vie déboisée, mon jardin attristé,
avant de le croiser, j'étais loin d'exister ...

Le miracle a eu lieu, venu de nulle part,
s'imposant comme un dieu sur la case départ.
Mon parc à ciel ouvert s'est mis à reverdir,
et sous ses pouces verts, j'ai fini par fleurir.
Je frémis sous ses doigts dont la chair me construit.
Dans ses yeux je me vois plus beau que je ne suis.
Et ma peur de se taire. Chenille ou papillon.
Il retourne ma terre, arrose mes sillons.
Sous son soc motivé bout ma fertilité.
Il sait me cultiver par sa vitalité.
Ma nature en sommeil vint à s'émerveiller.
Et puis sous son soleil, je me suis réveillé.
Mes fleurs à son toucher éclatent en couleurs.
Il est venu faucher le blé de ma douleur.
Et sa main m'accompagne dans le gouffre du temps.
Je serais la campagne, s'il était le printemps.
C'est la révolution, par l'Amour suscitée.
C'est ma libération. Je suis ressuscité.
Phoenix, je suis sauvé, renaissant de mes flammes,
de mes cendres lovées dans le four de mon âme.
Il m'a sorti du sang, de l'enfer, de la boue.
Il m'a sorti du rang pour me tenir debout.
Mon ciel s'est éclairci, les fantômes chassés,
ma clairière embellie, mes affaires classées.
J'ai relevé la tête, par son bras soulevé.
Il a tué la bête qui voulait m'achever.
Un fier cocorico vint percer le brouillard.
Rouge coquelicot, je me suis vu trouillard.
Oubliant le péché, le vice et la boisson,
sur ma terre asséchée j'attendrai la moisson.
Mes labours assainis, mes arbres élagués,
l'eau des cieux est bénie, sous mon passage à gué.
Mes torrents purifiés virent leurs alluvions.
Mon château fortifié, j'ai fui mes illusions.
C'est à lui que je dois cette reconstruction.
Je verdis sous ses doigts et sous sa protection.
La confiance rendue, j'ai enfin pu souhaiter
un avenir tendu à la félicité.
Renouveau génital. Bonheur invétéré.
Bouche-à-bouche vital. Je suis régénéré !



Philippe LATGER
Novembre 2001 à Toulouse

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La lionne

Publié le

Elle a éclaté en sanglots,
folle de douleur,
à genoux, au pied du lit
où le corps était étendu.
Elle a juré qu'elle s'occuperait des garçons.
Notre clan était en deuil.
C'est toi, l'aînée,
qui a repris le flambeau de nos valeurs,
la flamme de la famille,
avec ta générosité, ta pudeur, ton énergie.
Toi, la lionne...
La force de la nature
qui emporte tout sur son passage,
qui grimpait aux arbres,
qui montait aux paniers.
C'est toi la fille,
c'est toi la sœur,
c'est toi l'épouse,
c'est toi la mère.
Ma sœur.
Tu as toujours été une deuxième maman.
Tu as toujours été une amie.
Et la copine !
Le fou rire de l'enfance.
Les blagues et les confidences.
Tes disques tournaient à l'étage,
m'inondaient de Disco et de chansons d'amour.
Tu m'as donné les Beatles et Véronique Sanson.
Tu peignais des soleils couchants à épingler à son col.
Tu composais des rires aux éclats, et l'insouciance de l'âme.
Toi, la sportive,
toujours à glisser sur la neige,
à glisser sur l'argent scintillant de la mer,
brandissant une voile,
pleine d'espoir et d'optimisme,
filant vers l'horizon.
Toi qui t'envolais, un ballon vissé au poignet,
pour marquer sous les bravos de la salle.
Elancée, tu décollais, le bras tendu,
telle une danseuse, bondissant, jaillissant
comme une statue Art Déco, élégante,
allégorie de la force féline, du surpassement,
de la liberté.
Mens sana in corpore sano.
J'étais si fier de toi.
" C'est elle, c'est ma grande sœur... "
Et puis, je me souviens,
dans la grande maison aux murs blancs,
l'annonce du miracle de la vie,
prenant forme dans ton ventre.
Cette chose incroyable qui ne s'appelait pas encore Emilie.
J'étais si fier de toi.
Si ému.
Quelle journée !...
Le bonheur pleuvait dans le cœur de Maman,
dans les yeux de tes frères.
Emilie est arrivée en ce monde.
Puis Ingrid.
Mes poupées chéries.
Ces deux vies comme cadeaux.
Les prolongements de notre histoire.
La chair de Maman toujours vibrante.
Le sang de deux grands-mères,
devenues immortelles.
Ta chair, mêlée à celle de Jean-Louis.
Votre amour incarné.
Votre amour qui marche, qui rit, qui chante...
Elles ont de la chance de t'avoir comme mère.
Elles savent qu'elles ont de la chance.
Comme j'ai de la chance de t'avoir comme sœur.
Toi qui donnes la vie,
toi qui donnes la lumière partout où tu passes,
toi qui donnes de ta personne,
sans compter,
qui donnes,
qui donnes tout.
Ton temps, ta joie de vivre.
Toi qui caches ta fatigue et ta tristesse,
qui cours toujours dans ta vie,
comme sur un terrain.
Des paniers à marquer, encore et toujours.
Tu es venue à Montréal,
tu as traversé l'Atlantique découvrir mon Nouveau Monde.
Tu es entrée dans mon univers, dont tu étais déjà le soleil.
Tu m'as pris par la main pour me conduire à mon destin.
Tu m'as toujours poussé à vivre ma vie,
à suivre mon chemin.
Sans juger.
Ne sois pas confuse à la lecture de cet hommage,
bien modeste à vrai dire.
Il est mérité.
Tu es exceptionnelle.
Nous t'aimons tous,
aussi fort que nous aimions Maman.
Je t'aime fort,
aussi fort que je peux aimer quelqu'un.
Merci pour ta bienveillance.
Merci pour ta chaleur, ta disponibilité.
Merci pour ton intelligence, ton exemple.
Merci pour ton franc parler, pour ta sincérité.
Merci pour ta cohérence.
Merci pour ton hospitalité, ta clairvoyance.
Tu as juré que tu t'occuperais des garçons.
Mission accomplie.
Maman est certainement fière de toi,
et reconnaissante.
Je suis reconnaissant...
Pour tout le bonheur que tu as diffusé autour de toi,
comme un halo de lumière, d'énergie positive.
Tu es un soleil. Le soleil.
Et nous brillons tous à ton contact.
Tu nous rends plus beaux, plus clairs.
Ce n'est pas de la magie.
C'est juste la vie,
la vie que tu sais mordre à pleine bouche,
intensément,
avec une fougue toujours intacte.
Toi qui sais être directe, et juste,
toi qui ne vieillis pas.
Jamais.
Tu m'as tellement appris.
Tu m'as tellement encouragé.
J'espère que tu seras fière de moi,
que je saurai être à la hauteur.
Anyway...
Vavou.
Tu as tout mon amour,
toi la Lionne...



Philippe LATGER
Novembre 2001 à Toulouse

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Sinon lui

Publié le

Que s'est-il passé ?
Je suis dans l'œil d'Antiochus,
dans l'œil du cyclone,
dans la machine à laver.
Essorage.
Tête en l'air, tête en bas.
Les montagnes russes.
Tout est allé si vite.
On s'est rencontré,
il m'a pris sous le bras
et m'a emporté avec lui,
à Sydney, à Paris.
Je n'ai rien compris.
Je n'ai rien suivi,
sinon lui.
Sinon lui.
Depuis trois mois,
tout s'enchaîne,
se déchaîne.
Tapis de glands, forêt de chênes,
et la mer à perte de vue.
Je n'ai toujours rien compris.
Il m'a pris sous le bras,
enroulé comme un journal.
Il a compris mon langage,
m'a pris dans ses bagages,
et avec lui, je voyage,
changeons de paysages.
La Côte d'Azur, l'Espagne ou l'Australie,
la baignoire, la piscine et le lit.
Essorages.
Les orages.
Je n'ai rien compris.
Je ne sais pas si j'ai mérité ça,
si j'ai été sage.
Je ne sais pas s'il mérite mieux,
mieux que moi.
Mais voilà.
Je suis dans l'œil d'Antiochus,
dans l'œil du cyclope.
Et depuis trois mois,
je n'ai rien suivi...
sinon lui.



Philippe LATGER
Octobre 2001 à Sydney

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La bague

Publié le

La poche déchirée, lynchée par ma bague.
La roche découpée, léchée par la vague.
Je marche, les poings serrés dans le blouson.
L'air blasé, l'œil acéré.
L'air est frais pour la saison.
L'air effrayé, je découvre la profondeur de la falaise.
Le ciel se couvre et le soleil est mal à l'aise.
Les mouettes kamikazes dans leurs cris étouffés,
tournoient et se noient dans le bleu bouffé
par les nuages.
Les rouleaux se précipitent dans la baie,
déversant leur flot de surfeurs et d'algues vertes
sur la plage.
Il y a du sel et du sable, de la buée
sur la baie vitrée laissée ouverte.
A la maison, serai-je rentré à temps ?
Demi-saison. Est-ce l'automne ou le printemps ?
Je longe la côte sublime, massée par l'océan,
les rochers musculeux ramassés, posés sur leurs séants,
au rythme des eaux frissonnantes, frénétiques,
freinées par les minéraux cisaillés, squelettiques.
La pierre est aiguisée par le temps, comme une dague.
Je l'escalade et joue avec le vent.
Je joue avec ma bague.
Le corps se fracasse sur la dentelle en lames de rasoir
des massifs où l'eau explose, vole en éclats,
en lames de fond.
J'ai déchiré la poche de mon blouson.



Philippe LATGER
Octobre 2001 à Sydney

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