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Une semaine

Publié le

Comment ? Qu'est-ce qu'une semaine ?
7 petits jours dérisoires.
Je repars vers ma vie, ailleurs.
Retour à la réalité.
Quelle réalité ?
La mienne ?...
Une autre. Autre chose. Celle sans toi.
Alors le poison se répand dans mes fibres,
la texture de mon histoire...
dérisoire.
Mes doigts orphelins cherchent du réconfort,
se crispant sur un crayon, un stylo,
quand ils devraient parcourir ton corps.
Alors, j'ai envie d'écrire de belles choses, pour toi.
Mais rien ne vient. Les mots sont trop faibles.
Je pose, excédé, ce crayon muet qui me sort par les yeux.
Et j'ai envie de parler de toi.
Une semaine. Ridicule. C'est le temps d'un battement de cils.
Je tourne comme un lion en cage, thoracique, ivre fou,
montant dans un train, puis un autre.
Quelques kilomètres par ici, quelques autres par là.
Il n'y a que des correspondances.
Téléphone, internet, fax... Où est la chair dans tout ça ?
Où sont les pupilles d'Antiochus ?
Je vois ton visage sur des photos,
ton nom dans les journaux,
mais ce n'est pas ma réalité. C'est un double fantôme.
L'image ne me nourrit pas en chaleur,
celle de ta peau.
Le reflet ne me nourrit pas en odeurs,
celles de tes parfums.


Les mots que tu murmurais contre les draps
me reviennent dans un rêve, avec la chaleur, les senteurs...
et je presse mon crayon muet pour que son jus s'écoule,
qu'il témoigne de ma dépendance, de ce sentiment,
que je ne sais pas exprimer.
Mais tout ce qui s'aligne sur le papier n'est pas à la hauteur.
Ce n'est pas assez grand, ce n'est pas assez fort,
ce n'est pas assez cela. Toi.
La silhouette dans une chambre, le peignoir sur le fauteuil.
Les rideaux tirés sur les jeux de lumières du soleil sur la piscine,
qui scintillent au plafond, et dans nos yeux agités.
Les mains dénouées sur les nourritures terrestres,
avides comme nos bouches humides.
La soif de prendre, de comprendre, de saisir et relâcher.
La faim de l'autre, de soi, de nous, de tout.
Le lit radeau, ring voluptueux, réalités aux vestiaires,
s'échouant au demi-repos. Acte inaccompli. Inachevé.
Echevelé.
Repousser l'aboutissement,
reporter le point d'orgue de peur qu'il ne soit final.
Recommencer encore, faire durer le plaisir jusque sous la douche,
palper les muscles saillants, tendus, sous le gel de nos bouches.
La gare allait me happer.
M'emporter loin du peignoir sur le fauteuil.
Et de ta chaleur humaine.
7 jours ne font qu'une semaine.




Philippe LATGER 2001

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